Bonjour !

    

 

 


 

 

 

  

Agenda

Je participerai ce dimanche midi aux émissions Controverse et Mise au Point. 

Le thème de Mise au Point sera 
"Voile: autoriser ou interdire?", avec

- Mahinur Özdémir, CDH, députée bruxelloise
- Denis Ducarme, MR, député fédéral
- Isabelle Durant, ECOLO, co-présidente d'Ecolo
- Emir Kir, PS, secrétaire d'Etat - Région de Bruxelles Capitale
- Edouard Delruelle, Directeur du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme
- Isabelle Praile, vice-présidente francophone de l'Exécutif des Musulmans de Belgique
- Eliane Deproost, secrétaire générale du Centre d'action laïque
- Nadia Geerts, initiatrice réseau RAPPEL

Le thème de Controverse sera "Le voile au Parlement : le retour du religieux en politique ?", avec
  • Mahinur Özdemir : Députée cdH
  • Antoinette Spaak : Députée bruxelloise - FDF
  • Zoé Genot : Députée fédérale Ecolo 
  • Denis Ducarme : Député MR
  • Emir Kir : Secrétaire d'Etat bruxellois - PS
  • Nadia Geerts : initiatrice du R.A.P.P.E.L.
  • Radouane Bouhlal : Président du MRAX
  • Guy Haarscher : Philosophe à l'ULB 
  • Philippe Van Geel : Directeur de l'Institut des filles de Marie à Saint-Gilles
 
 

 

Texte Libre

La Louvière 9 sept. 2008

Dimanche 28 juin 2009

Tout ce que j’aurais voulu dire

 

S’exprimer sur un plateau télévisé, surtout lorsqu’il est composé de huit intervenants et aborde un thème très large – celui du port du voile, et partant, des autres signes religieux, non seulement dans une assemblée parlementaire, mais encore dans la fonction publique et à l’école – est toujours frustrant. Voici donc ici tout ce que j’aurais voulu dire sur les plateaux de Mise au Point et de Controverse, ce dimanche midi.

 

Mon constat de départ est le suivant : l’arrivée d’une députée voilée au Parlement bruxellois suscite, chez bon nombre de mes concitoyens, des interrogations, un malaise, voire de la tristesse ou de la colère. Ces sentiments me paraissent tout à fait légitimes, et j’y vois, si l’on excepte les inévitables expressions de racisme, trois causes fondamentales :

 

La première, c’est un sentiment de recul de la neutralité de l’Etat belge, où, depuis plusieurs décennies, le cadre laïque paraissait grosso modo accepté, même s’il n’est pas inscrit dans la Constitution : on ne mélange pas le religieux et le politique dans l’exercice de ses fonctions. Or, quoi que l’on prétende, le voile dans une assemblée politique est l’intrusion d’un symbole religieux dans un espace dévolu à la chose politique.

 

La deuxième, c’est un sentiment de recul d’un point de vue féministe. Le voile, spécialement depuis la fin des années 70, est un stigmate, une injonction faite à la femme et à elle seule d’afficher sa religion, mais aussi et surtout sa respectabilité. Or, la respectabilité des femmes, comme leurs idées, est dans leur tête, et pas sur leur tête. Prétendre le contraire, c’est accepter qu’une femme, contrairement à un homme, doive afficher sa vertu, et qui plus est le faire au nom de codes culturels vieux d’à peu près vingt siècles.

 

La troisième, c’est le contexte géopolitique : partout, des femmes se battent pour avoir le droit de ne pas porter le voile. Partout, les islamistes prétendent le leur imposer. Et ici, des femmes défendent le droit de pouvoir porter librement ce symbole d’oppression. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur ce refus de voir les visées fondamentalistes qui se cachent derrière la recrudescence des voiles. À ce propos, je voudrais citer ici un message parmi tant d’autres que j’ai reçus ces derniers jours :

« Bravo pour votre combat que je soutiens à 200%...
Je suis d'origine Algérienne et suis sur la même longueur d'ondes que vous..
J'ai grandi en Algérie et ai commencé avoir des "voiles" dans la rue, en pensant que ce n'était que l'expression d'une pratique de religion qu'il fallait tolérer, quelle erreur!!!! Pour moi ce n'est, aujourd'hui, rien de plus ni de moins qu'une vitrine politique.... Je suis très attristé de voir la même chose aujourd'hui ici en Belgique pays qui m'a adopté il y a 2 ans... Les démons du passé reviennent et ce qui me choque le plus c'est que certains politiques font un elèctoralisme de base avec des sujets très dangereux!!!!
La religion de mes parents musulmans tous deux n'a rien à voir avec celle de ces "criminels de la pensée". »

 

Au-delà de ces trois éléments essentiels, j’aimerais revenir sur quelques constantes dans les débats sur ces thèmes. A en entendre certains, et Radouane Bouhlal est friand de ce genre d’amalgame, demander une certaine retenue dans l’expression de ses convictions religieuses, et ce dans le cadre de certaines fonctions, revient à souhaiter une fonction publique où seuls seraient admis les « visages pâles ». Cette confusion entre ce qu’on est et ce que l’on choisit d’afficher conduit certains intervenants à se poser en partisans de la diversité, face à des gens qui seraient, eux, partisans d’une uniformité absolue. Or, les élus issus de l’immigration sont nombreux, de même qu’il y a sans doute des musulmans parmi eux, et cette diversité est positive. La seule question qui mérite d’être posée étant celle des limites souhaitables à l’expression des convictions, en particulier religieuses, dès lors que l’on souhaite vivre ensemble. Et il est vraiment regrettable qu’aucune personne issue de l’immigration, et pourquoi pas musulmane, n’ait été invitée à défendre un point de vue laïque. Pourtant, ces personnes existent ; elles sont plusieurs parmi les fondateurs du R.A.P.P.E.L., et nombreuses à nous écrire pour nous apporter leur soutien. Si le débat pourrit tellement ces derniers temps, c’est sans aucun doute en partie parce que les médias opposent systématiquement des « visages pâles » et uniquement des « visages pâles » à des défenseurs de l’autorisation du port du voile. Il y en aurait, pourtant, des femmes d’origine algérienne, iranienne, marocaine, turque, etc. qui pourraient témoigner de ce que le voile représente pour elles, en termes d’aliénation, d’oppression et de contrôle social, et de leur attachement consécutif à la laïcité !


On ne saurait non plus passer sous silence le sempiternel argument du respect des convictions religieuses. Interdire les signes religieux dans le cadre de certaines fonctions, ce serait ne pas respecter les convictions des personnes qui les arborent, voire même les discriminer. Deux anecdotes me semblent ici intéressantes à relever. Il y a quelques années, la députée Zoé Genot a fait modifier un vieux règlement de la Chambre qui interdisait le port de couvre-chefs dans les tribunes, pour le public donc. Sa volonté explicite était alors de permettre à des femmes et jeunes filles voilées – par exemple dans le cadre de visites scolaires – d’assister aux sessions parlementaires. Initiative louable, s’il en est. Mais je m’explique mal, alors, que l’on ait conduit au poste, pour cause de « provocation », un homme qui arborait un chapeau sur lequel était écrit « Dieu n’existe pas », le jour de la prestation de serment des députés bruxellois.

 

Je ne m’autorise pas à juger du sens particulier que revêt pour Mahinur Özdemir le port du voile. Et bon nombre de « progressistes » soucieux de tolérance semblent trouver qu’effectivement, nous n’avons pas le droit d’en juger. Mais alors, j’aimerais que l’on s’abstienne de considérer comme provocateur l’acte consistant à proclamer son athéisme. Certes, nul « dogme » athée n’impose d’afficher son athéisme, et pour cause. Mais je pourrais comprendre que certains athées aient désormais envie, voir ressentent le besoin, d’afficher leur incroyance, dans un monde qui semble si prêt au respect des convictions religieuses. Et je n’accepterais pas qu’on considère ipso facto leur acte comme relevant d’une provocation.

Si réellement certains pensent que le vivre ensemble serait mieux garanti dans un monde où chacun arborerait les signes extérieurs de ses convictions religieuses, et ce en tout temps et en tout lieu, alors cela doit valoir pour tous, y compris pour les athées.

Personnellement, ce n’est jamais ainsi que j’ai considéré les choses, convaincue que mon incroyance relevait de la sphère privée, et donc ne regardait que moi. Et si chaque député arborait demain au Parlement ses convictions religieuses, je ne suis pas persuadée que cela contribuerait à la sérénité des débats. Mais après tout, peut-être faut-il essayer ?

 



Note: à ce propos, le site http://www.dieunexistepas.com/d-tshirt.html commercialise des t-shirts "Dieu n'existe pas". Le promoteur de cette initiative souligne qu'il est tout-à-fait opposé au port de ces t-shirts au parlement, à l'école, à l'administration ou encore à la justice. Selon lui, "cela tombe sous le sens !". Ce qui achève de rendre son initiative sympathique à mes yeux, outre le fait qu'il m'en a fort aimablement offert un exemplaire, peut-être pour éviter que je me ridiculise encore avec mon petit bonnet fait main ?


Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mardi 16 juin 2009

Mahinur Özdemir, la fameuse candidate CDH dont le portrait avait été malencontreusement recadré afin de gommer son voile, a donc été élue. Et, chose curieuse, des esprits progressistes s’en réjouissent.

 

Commençons par préciser les choses : oui, dans l’état actuel des choses, Madame Özdemir avait parfaitement le droit de poser voilée sur ses affiches électorales. Et oui, elle a parfaitement le droit, comme elle a affirmé en avoir la ferme intention, de siéger voilée au Parlement bruxellois, comme elle le fait d’ailleurs depuis trois ans au conseil communal de Schaerbeek.

On connaît mes positions en matière de laïcité. A mes yeux, la séparation des cultes et de l’Etat, qui définit la laïcité, impose nécessairement que les mandataires politiques évitent de faire intervenir leurs convictions religieuses (privées) dans l’exercice de la prise de décision politique. Cela ne leur interdit évidemment pas d’en avoir, mais leur impose (dans l’idéal, je le répète, puisque la Belgique n’est pas un Etat laïque) d’argumenter sur le terrain politique en utilisant des arguments relatifs au bien commun, partageables par tous donc, et non des arguments d’ordre religieux, nécessairement non recevables pour certains de leurs collègues.

Or, le voile est à la fois beaucoup plus et beaucoup moins qu’un argument. Beaucoup moins d’abord, parce qu’il se borne à exposer une conviction sans l’expliciter. Beaucoup plus, parce qu’il l’expose en permanence, rendant impossible la mise sur le côté d’une information pourtant non pertinente dans la sphère politique, puisqu’elle concerne les convictions privées de celle qui le porte.

Inévitablement se pose dès lors la question : à quel titre Madame Özdemir va-t-elle siéger au Parlement bruxellois ? Est-ce en tant qu’élue CDH, ou en tant que musulmane ?

 

Cela, c’est en partie le problème du CDH. Un CDH qui n’a d’ailleurs pas brillé par la transparence dans cette affaire, tiraillé qu’il était sans doute entre un œcuménisme stratégique lui faisant voir d’un bon œil la présence d’une candidate voilée sur ses listes et un vieux fond catholique y voyant comme qui dirait un hiatus.

 

Ce qui ne lasse pas de me fasciner, en revanche, c’est l’enthousiasme avec lequel certains progressistes saluent l’élection de Mahinur Özdemir. Car enfin, elle n’est de toute évidence pas la première candidate de confession musulmane à être élue. Ce ne peut donc être qu’en tant que candidate voilée que son élection est ainsi saluée.

A mes yeux, c’est un peu comme si demain, des hommes et des femmes résolument « de gauche » saluaient l’arrivée d’un Loubavitch ou d’un disciple de Monseigneur Léonard parmi les élus du peuple. Le monde à l’envers…
Dans quelques années, se trouvera-t-il une belle âme "progressiste" pour de réjouir de la présence de la première femme en burqa élue au Parlement fédéral ?

 

 

 

Sur le même thème, voir aussi : http://nadiageerts.over-blog.com/article-31966191.html

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Jeudi 4 juin 2009

Cet article a été publié dans La libre Belgique du 4 juin 2009, dans un face-à-face avec Radouane Bouhlal. Le titre est de la rédaction.


Pour Nadia Geerts (1), la question du port du voile à l’école s’inscrit plus largement dans celle de l’affichage de signes d’appartenance religieuse dans l’espace scolaire. Et en même temps, elle la dépasse indéniablement. Pour des raisons qui n’ont rien à voir avec une quelconque intolérance.

 

À première vue, le voile est un signe religieux par lequel la femme ou la jeune fille – et parfois la petite fille – manifeste son appartenance à la religion islamique, comme d’autres recourent à d’autres « marqueurs » pour exprimer leur attachement à une autre religion.

Dans ce cadre, les opposants à l’interdiction des signes d’appartenance religieuse à l’école invoquent volontiers le droit de manifester sa religion ou sa conviction consacré par la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948, droit dont découlerait en quelque sorte l’obligation de laisser les élèves porter les signes extérieurs de leurs convictions.

Or, si l’on raisonne ainsi, prenant à la lettre le texte de la Déclaration, il serait tout aussi illégitime d’interdire aux élèves de prier dans l’enceinte des établissements scolaires ou de sécher les cours pour cause de fête religieuse.

On voit donc bien, par le biais de ce raisonnement par l’absurde, que le droit de manifester sa religion ou sa conviction ne saurait être compris comme un droit absolu.

Manifester sa religion ou sa conviction, en effet, peut se faire de quantités de manières. Et il est pour le moins curieux que certains se focalisent aujourd’hui à ce point sur le port de « signes » religieux. Ce qui importe manifestement, c’est de montrer aux autres, en tout temps et en tout lieu, de quelle foi on se chauffe. Avec tous les risques de fragmentation de la communauté scolaire en groupes convictionnels distincts que cela comporte. Dès lors que l’on ne vient plus à l’école en tant qu’élève, mais en tant que musulman, que Juif, que chrétien, ou en tant que socialiste, que libéral ou que communiste, on tend à transformer, volontairement ou non, l’école en « chambre d’échos des passions du monde ».

 

À cela s’ajoutent deux composantes du voile qui le différencient de la croix, de la kippa ou du poignard sikh par exemple. Il s’agit de ses dimensions sexuelle et politique.

Il y a en effet de toute évidence une dimension sexuée au voile, dès lors qu’il s’agit d’un signe dont le port est recommandé aux femmes, et à elles seules, et ce dans le but de dissimuler une partie de leur corps à la concupiscence masculine. Ainsi, pendant que les jeunes garçons musulmans ont toute liberté de déambuler en jeans et en baskets, comme tout adolescent de leur âge, c’est sur les filles, et sur elles seules, que pèsent le poids de l’affirmation religieuse « urbi et orbi », et, trop souvent, du contrôle social qui va de pair. Il y aurait en ce sens beaucoup à dire sur l’accusation portée par certains, en vertu de laquelle l’interdiction du voile est discriminatoire envers les jeunes filles musulmanes : n’est-ce pas plutôt une certaine interprétation de l’islam qui est, de fait, discriminatoire envers elles ? Et l’école, dans ce sens, a indéniablement un rôle essentiel à jouer pour que, au moins en son sein, garçons et filles soient libres et égaux.

 

Il est difficile, enfin, de passer sous silence la dimension politique du voile, dimension qui, si les jeunes filles qui le portent n’en sont sans doute pas conscientes, n’en est pas moins réelle. Le voile, en effet, a toujours été une manière, pour les fondamentalistes musulmans, de réaffirmer leur emprise sur le corps des femmes et, partant, sur leurs libertés. L’argument religieux peut par ailleurs être aisément déconstruit, dès lors que l’on sait que le voile était une pratique culturelle établie bien avant la naissance de l’islam. « Les femmes mariées n’[ont] pas leur tête découverte. Les prostituées ne [sont] pas voilées », proclamait déjà, au XIIè siècle avant notre ère, le roi d’Assyrie Teglat Phalazar 1er. En d’autres termes, si tant est que le Coran prescrive le port du voile pour toutes les musulmanes – chose qui est contestée au sein même de l’islam –, il n’a manifestement fait que reprendre une coutume préexistante et qui était conforme aux usages de l’époque. En quoi, dès lors, une coutume traditionnelle datant des premiers siècles et partagée par des êtres de religion différente devrait-elle obliger les jeunes filles du XXIè siècle ? De toute évidence, les femmes qui choisissent de porter le voile se soumettent non pas à leur religion, mais à une pratique culturelle archaïque et patriarcale que certains fondamentalistes religieux ont contribué, avec le talent qu’on connaît à ces gens-là, à sédimenter et à sacraliser.

 

Malgré tout ce qui précède, les tenants de l’autorisation du voile à l’école prétendent généralement vouloir lutter pour la liberté de « porter ou non le foulard à l’école ». Passons sur le doux euphémisme que constitue l’usage du terme « foulard » par les adeptes de son autorisation, comme si le centre du débat était un simple accessoire de mode. D’un simple point de vue pragmatique, il va de soi qu’il est impossible de défendre à la fois la liberté de porter le voile pour celles qui l’ont choisi, et celle de ne pas le porter pour celles qui y sont contraintes. Le règlement d’ordre intérieur d’une école ne peut en effet s’adapter à des situations particulières, sans quoi il ne serait plus un règlement. Autoriser le voile à l’école laisserait donc inévitablement sans recours ni protection les jeunes filles que leur milieu ou la pression sociale contraignent de porter le voile. En outre, arguer que le voile peut être un choix librement consenti néglige singulièrement le fait que les mineur(e)s sont, par essence, considérés comme incapables de porter des choix réellement libres et, partant, devant être l’objet d’une protection spéciale « afin d'être en mesure de se développer d'une façon saine et normale sur le plan physique, intellectuel, moral, spirituel et social, dans des conditions de liberté et de dignité. »[1]

Enfin, considérer qu’interdire le voile revient à exclure les jeunes filles musulmanes de l’enseignement repose sur un raisonnement casuistique, qui fait du voile un attribut consubstantiel à la jeune fille, et rendrait en toute bonne logique caduc tout règlement scolaire. Mais a-t-on jamais vu protester quiconque de ce que les règlements interdisant de fumer dans les bâtiments scolaires visaient en réalité à exclure les élèves fumeurs de la sphère scolaire ?

On le voit bien par cet exemple : en réalité, derrière les arguments de ceux qui défendent l’autorisation du voile à l’école se cache un raisonnement qui consiste à accorder aux prescrits religieux un surcroît de respectabilité par rapport aux autres choix, engagements et préférences des élèves.

Contre cette logique dangereuse, il s’agit de défendre l’accès égal pour tous à l’enseignement, dans le respect des lois et règlements.

 


[1] Déclaration des droits de l'enfant proclamée par l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies le 20 novembre 1959, Principe 2

(1) Nadia Geerts est agrégée en philosophie et initiatrice du Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat Laïque (R.A.P.P.E.L.). Elle est l’auteur de « L’école à l’épreuve du voile » (Labor 2006) et a dirigé l’ouvrage collectif du R.A.P.P.E.L. « La Laïcité à l’épreuve du XXIè siècle » (Luc Pire 2009). Le R.A.P.P.E.L. a mené récemment une large enquête auprès des candidats aux prochaines élections afin de connaître leur positionnement en matière de laïcité. (http://rappel.over-blog.net/)

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Jeudi 28 mai 2009

Port du voile : encore et toujours la confusion

 

À en croire la presse, la question du port du voile est devenu un élément central de la campagne électorale. L’affaire Mahinur Özdemir, candidate voilée se présentant sur les listes du cdH, fait grand bruit. Sur fond de discours non seulement politiquement corrects, mais encore extraordinairement confus.

 

Interviewée dans Le Soir de ce jeudi 28 mai, Mahinur Özdemir déclare que ce qui compte, ce n’est pas ce qu’elle a sur la tête, mais ce qu’elle a dans la tête. Et comment ne pas lui donner raison ? Mais comment aussi ne pas relever la contradiction entre ce propos de bon sens et les déclarations de la candidate, qui affirme, « en cas d’élection, qu’elle prêtera serment avec son foulard et qu’elle continuera à le porter “d’autant plus qu’il n’existe aucune interdiction juridique de ce genre au Parlement bruxellois“. » (http://www.parlemento.com/).

Car enfin, si réellement ce qui compte, c’est ce qu’elle a dans la tête – y compris donc sa foi –, quel besoin a-t-elle de porter un voile et, qui plus est, de refuser de s’en séparer dans l’exercice de ses futures fonctions parlementaires ? Madame Özdemir serait-elle moins musulmane si elle ôtait son voile ?

Cela dit, la moindre des choses pour le cdH aurait été d’assumer le choix qu’il fait d’accepter la présence d’une candidate voilée sur ses listes sans user de ridicules entourloupes pour masquer ce voile, à grands renforts de recadrages spécifiques de sa photo. De deux choses l’une en effet : soit le port d’un signe religieux ostensible par des candidats aux élections ne pose pas de problème – et alors pourquoi le gommer, si ce n’est pour des motifs bassement électoralistes ? –, soit il pose problème, et alors pourquoi l’accepter ?

 

Autre confusion, toujours dans Le Soir d’aujourd’hui : un article d’Hugues Dorzée dénonce un mail qui a largement circulé et qui reprends des extraits de la liste PS aux élections régionales bruxelloises, dénonçant le nombre de candidats au nom à consonance étrangère. J’ai moi-même reçu ce mail, et éprouvé le même sentiment de malaise que le journaliste : qu’importe en effet de quelle origine « ethnique » sont les candidats qui se présentent à nos suffrages ? L’essentiel n’est-il pas de savoir s’ils sont compétents, de connaître les idées qu’ils défendent, etc. ? Bien qu’on ne puisse nier que le communautarisme et le « vote ethnique » soient des facteurs d’explication de la présence de nombreux candidats sur les listes électorales, et d’élus au sein des différentes assemblées, il ne me paraît pas plus dérangeant que la pratique qui consiste à exiger la parité hommes/femmes sur les mêmes listes.

En revanche, Hugues Dorzée croit bon de préciser qu’on se fiche non seulement de l’origine nationale des candidats, mais encore de la taille de leur foulard. Là encore, il me semble qu’il s’agit de deux choses pourtant radicalement différentes :

Le candidat qui s’appelle Mohammed ne saurait être disqualifié pour cette seule raison, sans pratiquer un racisme éhonté, en tant que futur élu. De même d’ailleurs, les candidats et les élus ont évidemment le droit d’avoir des convictions religieuses, et il ne saurait être question, sous peine d’athéisme d’Etat digne des pires régimes communistes, de réserver les fonctions politiques à des mécréants.

Mais la question du voile est toute différente, puisqu’il ne s’agit plus d’accepter qu’un (ou plutôt, en l’occurrence, une) candidate soit d’origine étrangère, ni qu’il ait des convictions religieuses, mais qu’il les affiche dans le cadre de sa campagne électorale, et peut-être ensuite, dans l’exercice de ses fonctions représentatives.

Alors non, on ne s’en fout pas. Ou du moins on ne devrait pas. Car ce serait faire le contraire de ce que la porteuse de voile demande, consciemment ou non. En portant son voile, elle se présente aux électeurs en tant que musulmane. Et donc, il est normal que cette information qu’elle donne volontairement (au contraire du candidat prénommé Mohammed, dont le seul prénom ne dit encore rien de ses convictions religieuses) soit prise en compte par l’électeur. Prétendre le contraire, c’est dire « Je vous montre très fort mes convictions religieuses, mais surtout ne les regardez pas ! ».

Que Madame Özdemir choisisse de s’afficher sur ses photos de campagne électorale avec son voile est une chose. Qu’elle affirme vouloir le porter au sein du Parlement bruxellois si elle est élue en est une autre.

Mais qu’elle ne vienne pas s’étonner que son voile suscite des réactions, et surtout qu’elle n’en déduise pas, comme elle le fait en turc dans un article publié par le quotidien turc Zaman (conservateur musulman) le 25 mai dernier, être « exclue parce que je suis musulmane » – un comble, alors qu’elle figure bel et bien sur les listes électorales !

Une déclaration qui, si on la met en parallèle ave une autre de ces déclarations (« Les femmes voilées existent, il est donc important qu’elles soient présentes à tous les niveaux de la société ») montre bien à quel point Madame Özdemir confond la religion islamique et le voile d’une part, et la vie sociale et les fonctions de représentation politique de l’autre.

 

Non Madame Özdemir, je n’ai rien contre le fait que vous portiez votre voile dans la rue, dans les commerces, dans les trains, dans les cafés, dans les bus, ni même lorsque vous allez faire une démarche à la maison communale ou consulter un médecin à l’hôpital public.

Par contre, j’estime qu’en tant que peut-être future représentante de la population – car c’est en tant que telle que vous vous présentez, et pas seulement en tant que future représentante des musulmans de Belgique – vous commettez une erreur en affichant vos convictions religieuses, et que c’est mon droit le plus strict, en tant qu’électrice, de ne pas voter pour vous. Sans être accusée de vouloir vous exclure « parce que musulmane ». Vous affichez vos opinions religieuses – dont je vois mal, personnellement, ce qu’elles ont à faire dans la sphère politique –, quoi de plus normal que j’en prenne acte ?

 

Mais visiblement, ce n’est plus très politiquement correct de raisonner ainsi. Afficher ses croyances religieuses sur une affiche électorale, visiblement, c’est devenu pour certains exactement pareil que porter un nom à consonance maghrébine ou turque.

N’est-il pas grand temps de rappeler que si nous choisissons (dans une certaine mesure) nos convictions, et plus encore de les afficher ou pas, nous ne choisissons pas nos origines, ni notre patronyme. Et que le racisme réside donc dans la stigmatisation de caractéristiques que nous n’avons pas choisies, et non dans la critique d’idées et de choix que nous posons ?

 

Amen

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 27 mai 2009

Suite à la publication des résultats de l’enquête du R.A.P.P.E.L. concernant la sensibilité laïque des candidats aux prochaines élections (http://rappel.over-blog.net/article-31892559.html), Ricardo Guttierez (Le Soir) se fend d’un articulet dans lequel il laisse une fois de plus transparaître son parti-pris. Analyse.

 

Selon Guttierez, « sur les 3.255 candidats wallons et bruxellois, 131 ont répondu ». Ce qui est doublement inexact. D’abord parce que cela laisse entendre que tous ont été contactés, ce qui n’est pas vrai : nous avons en effet délibérément ignoré les candidats se présentant sur des listes non démocratiques, et il ne nous a pas été possible de contacter tous les candidats figurant sur de « petites listes ». Mais soit, cela, Guttierez n’était pas censé le savoir. En revanche, ce qu’il ne pouvait ignorer, c’est que deux partis (ECOLO et le cdH) ont pris l’initiative de répondre au nom de l’ensemble de leurs candidats. En toute bonne logique, il faudrait donc considérer que les candidats de ces deux listes qui n’ont pas pris la peine de répondre individuellement souscrivent à la position de leur parti. Et ajouter donc quelques centaines de candidats aux 131 réponses personnelles.

 

Mais il y a plus grave. Dans son petit article (qui ne mentionne évidemment pas le lien vers le blog du R.A.P.P.E.L., où figure l’ensemble des résultats de notre enquête), Guttierez ne cite aucun nom de candidat partageant les vues du R.A.P.P.E.L., préférant s’appesantir sur ceux qui s’opposent à l’interdiction des signes philosophiques, politiques ou religieux à l’école. Une cause dont on sait qu’elle tient à cœur à Ricardo Guttierez, qui avait déjà qualifié de partis qui « avancent » ceux qui défendent l’autorisation du port du voile, et de partis qui « reculent » ceux qui prôneraient son interdiction…

Or, la question du port de signes d’appartenance divers n’est pas celle qui fait le plus question au sein des candidats laïques. En réalité, ce sont la remise en question du financement des cultes et la contestation de la présence de lobbys religieux (considérés, soit dit en passant, comme des « partenaires », et donc non astreints aux règles de transparence imposées aux autres lobbys) qui suscitent le plus d’hésitation, voire d’opposition, parmi les candidats laïques.

 

Ricardo Guttierez aurait voulu inciter à voter pour des candidats « laïques mais pas trop », c’est-à-dire opposés à l’interdiction du port de signes religieux, philosophiques et politiques à l’école, qu’il n’aurait pas agi autrement. Ce qui n’est guère étonnant dès lors qu’il taxait encore récemment le R.A.P.P.E.L. de « laïques radicaux », sans bien entendu expliciter ce qu’il entendait par là, laissant ainsi la porte ouverte à toutes les interprétations, et à toutes les suspicions.

 

 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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