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Texte Libre

18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 11:07

​Article publié le 17/03/2015 sur le site enseignons.be.

Quelques pas de géants ont été faits ces derniers mois vers la suppression des cours improprement nommés « philosophiques » au profit d’un cours commun de citoyenneté, de philosophie et histoire des religions, etc. au contenu encore imprécis. Et je m’en réjouis.

Rappelons d’abord trois éléments centraux dans ce dossier :

1. L’avis de trois constitutionnalistes qui, consultés en 2013, ont indiqué que le prescrit constitutionnel d’organiser des cours de morale et de religion pendant toute la durée de l’enseignement obligatoire n’entraînait en rien une obligation pour les élèves de suivre ces cours. Autrement dit, ils pouvaient parfaitement être rendus facultatifs.

2. L’accord de gouvernement signé l’été dernier, qui prévoit le remplacement d’une des deux heures hebdomadaire de morale ou de religion par un cours commun d’éveil à la citoyenneté.

3. l’arrêt de la Cour constitutionnelle qui, il a quelques jours, donnait raison à un parent réclamant pour sa fille le droit d’être dispensée de la fréquentation d’un de ces cours, au motif que l’on ne peut forcer un enfant à s’identifier comme appartenant à une famille convictionnelle particulière, un tel choix ressortant à la vie privée.

Nous voilà donc engagés dans une voie qui me paraît devoir mener inéluctablement, et ce dans un avenir assez proche, à la suppression totale des cours de morale et de religion, en tout cas en tant que cours figurant dans la grille horaire des élèves.

La question qui se pose alors est celle du contenu du cours commun qui se profile en remplacement de ces divers cours « convictionnels ».

Je salue avec le plus grand enthousiasme le fait que l’instruction religieuse soit progressivement renvoyée dans la sphère privée, l’école ayant à mon sens pour mission de former des futurs citoyens, et non des bons croyants de quelqu’obédience que ce soit. En revanche, je m’interroge quant au fait que le cours de morale soit considéré, à l’instar des cours de religion, comme un cours trop « engagé », insuffisamment neutre au fond que pour pouvoir accueillir les élèves ne se reconnaissant – ou dont les parents ne se reconnaissent – dans aucun des cinq cours de religion actuellement proposés (catholique, protestant, orthodoxe, israélite et islamique).

Car le fondement du cours de morale n’est rien d’autre que le libre examen, autrement dit « le droit que chacun se donne à lui-même d’examiner librement tout énoncé, toute idée, toute théorie, afin de déterminer s’il accepte de le tenir pour vrai, juste ou bon. »[1].

En cela, le cours de morale n’est donc absolument pas un cours où l’on apprend ce qu’il faut penser ; au contraire, il nous invite et nous incite à penser par nous-mêmes. Prétendre que le caractère non-confessionnel du cours de morale en ferait un cours incompatible avec les convictions des élèves croyants, c’est donc en réalité renoncer à la mission émancipatrice de l’enseignement, laquelle n’a jamais consisté à conforter les élèves dans les représentations du monde véhiculées par leur milieu familial, mais au contraire à leur permettre de s’en distancer par l’apprentissage de la démarche rationnelle.

Nos enfants ont un besoin urgent d’apprendre à penser. Rationnellement. Librement. Ce qui ne veut pas dire « comme ils veulent », mais par un travail laborieux, douloureux parfois, mais jouissif in fine, d’émancipation des idées reçues, des dogmes, des préjugés. Un travail qui ne peut se faire entre-soi, au sein d’un cours de religion ou de morale, mais en allant à la rencontre de l’autre, en échangeant, en se confrontant, en se heurtant à d’autres manières de voir, de penser, de juger.

Apprendre à penser, donc. Oserais-je dire que c’est, en gros, la mission que se fixe d’ores et déjà le cours de morale non confessionnelle ? Car ce cours, pour engagé qu’il est, ne s’est jamais donné pour mission d’apprendre aux élèves l’inexistence de Dieu, la stupidité des religions ou le fléau de la croyance. Non, il se limite – et c’est déjà extraordinairement ambitieux ! - à encourager les élèves à pratiquer une méthode appelée le libre examen. Loin de tout endoctrinement, qu’il soit religieux ou athée, cette méthode consiste à inviter les élèves à penser par eux-mêmes, librement, en usant de leur raison. En aucun cas le cours de morale ne prétend dire aux élèves quoi penser. Tout au plus tente-t-il de leur enseigner comment penser.

Et j’avoue avoir le plus grand mal à saisir pourquoi une si belle méthode, qui constitue le fondement même de la démarche scientifique et de l’activité philosophique – je pense ici à Descartes ou Poincaré -, ne pourrait être enseignée qu’à de petits athées, au prétexte qu’elle serait trop engagée.

Nadia Geerts

Maître-assistante en philosophie à la Haute école de Bruxelles, catégorie pédagogique Defré

[1] Nadia Geerts, Liberté ? Egalité ? Laïcité !, éd. du CEP, 2014

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Published by Nadia Geerts
17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 08:54

Ce texte a été publié dans La Libre du 17 mars 2015.

Madame la Ministre,

Deux mois se sont écoulés depuis les tragiques événements qui ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo et frappé la communauté juive de France. Durant ces deux mois, j’ai eu l’occasion de recueillir bon nombre de témoignages d’enseignants, mais aussi d’élèves, tant du primaire que du secondaire ou du supérieur. Et ce que j’ai entendu m’a effarée.

Trop souvent, le silence ou l’équidistance ont été la position adoptée par les enseignants pourtant chargés de « préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures » (décret « Missions », article 6-3°).

Le silence : de trop nombreux professeurs ont préféré ne pas parler des événements. Soit parce se sentant insuffisamment outillés pour le faire d’une manière qui ne soit pas contre-productive, soit parce qu’effrayés par la perspective d’un débat sur ce thème éminemment sensible, soit – et c’est peut-être le plus préoccupant – parce qu’eux-mêmes estimaient qu’ « on en faisait trop » autour de ce qu’il faut pourtant bien nommer un attentat terroriste, islamiste et antisémite, en plein Paris, en 2015. Et dans certaines écoles, des consignes auraient également été données par la direction afin que les enseignants n’abordent pas le sujet !

L’équidistance : de trop nombreux professeurs ont choisi de parler des événements en laissant les élèves débattre, mais en refusant de se prononcer eux-mêmes, invoquant pour cela leur devoir de neutralité. De la même manière que certains enseignants laissent tenir des propos homophobes sous prétexte qu’ils n’ont pas le droit de prendre parti, on a donc assisté à des cours lors desquels des élèves (parfois minoritaires) ont pu défendre la liberté d’expression, tandis que les autres affirmaient tranquillement que Charlie Hebdo « l’avait bien cherché », et « n’avait au fond que ce qu’il méritait » entre autres arguties religieuses justifiant le meurtre des blasphémateurs.

Madame la Ministre, cette situation témoigne d’un manque effarant de connaissances, de la part de beaucoup d’enseignants – et même de directions -, de leurs droits et devoirs en termes de neutralité. Beaucoup semblent ignorer qu’ils ont non seulement le droit, mais même le devoir de sortir de leur attitude de neutralité lorsque les principes fondamentaux d’un Etat de droit sont bafoués. Et comment ne pas voir que lorsque des êtres humains sont abattus en pleine rue pour leurs idées ou pour leur supposée confession ou identité, ces principes sont gravement, profondément, scandaleusement bafoués ? Comment ne pas voir qu’il n’est plus temps de pratiquer l’équidistance en s’efforçant de comprendre la réaction des musulmans blessés dans leur foi, mais urgent de dire haut et fort que rien ne justifie ces meurtres et que le blasphème, aussi choquant puisse-t-il être parfois, est un droit dès lorsqu’en démocratie, les préceptes religieux ne sauraient avoir force de loi ?

Non, la neutralité ne saurait devenir sans grave distorsion du décret qui la définit cette dramatique équidistance entre démocrates et terroristes, juifs et antisémites, homosexuels et homophobes.

Je ne jette pas la pierre aux enseignants, tantôt mal informés, tantôt mal outillés pour faire face à des débats aussi sensibles. Pour être moi-même enseignante depuis 25 ans, je sais à quel point il peut être difficile d’aborder certains sujets avec toute la rigueur, l’intelligence et la finesse nécessaires pour n’aboutir ni à cabrer certains élèves, ni à donner l’impression dramatique que tout se vaut. Je ne demande pas à tous les enseignants d’être capables de répondre à un élève qui demande pourquoi on pleure Charlie alors qu’on poursuit Dieudonné en justice, à un autre qui confond anticléricalisme et racisme ou à un autre encore qui invoque un mystérieux complot pour réfuter les faits tels qu’ils ont été relatés par les médias.

J’ai pu le constater de mes yeux : si à Uccle, Ottignies ou Woluwé, les locaux sont fréquemment décorés de couvertures de Charlie Hebdo ou de dessins de soutien réalisés par les élèves eux-mêmes, rien de tel à Forest ou à Molenbeek, où l’on préfère trop souvent s’en tenir à un silence prudent ou à un nébuleux : « Tu as le choix d’être Charlie ou de ne pas l’être ». Amen, inch’Allah et basta.

Je sais aussi le travail extraordinaire que font certains enseignants, y compris dans des écoles au public réputé « difficile » pour permettre à leurs élèves de penser par eux-mêmes, dans un laborieux et patient travail d’extirpation du dogme et des diktats communautaires.

Pour autant, on ne saurait se satisfaire de bricolage en la matière, ni compter sur le seul hasard pour permettre à tous les élèves d’aborder en classe, de manière cadrée, des questions aussi sensibles et fondamentales que celles de la liberté d’expression, de l’antisémitisme ou de l’homophobie.

Il n’est pas normal que, comme ce fut le cas dans certaines écoles, le traitement de l’ « affaire Charlie » soit renvoyé aux cours de religion et de morale, lieu par essence où les diverses visions du monde ne se confrontent pas. L’heure hebdomadaire de cours de citoyenneté qui devrait voir le jour bientôt constituera sans doute un début de réponse à ces difficultés, même si je reste convaincue qu’il ne s’agit que d’un premier pas, timide mais louable, vers la suppression des cours de religion et de morale. Pour autant, il me semble que le temps où les enseignants pouvaient se contenter d’être des experts de leur discipline est révolu. Aujourd’hui, il importe que les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme soient portées collectivement et explicitement par l’ensemble des équipes enseignantes.

Aussi, il me paraît qu’il y a urgence à pallier les difficultés évoquées, par exemple en organisant une formation obligatoire pour tous les enseignants sur le principe de neutralité tel que définit dans les décrets du même nom (seuls les enseignants diplômés après 2003 en ayant bénéficié), mais aussi en constituant des équipes mobiles d’intervention spécialement formées à aborder ces questions avec des publics variés. C’est le vivre ensemble qui est en jeu, et il n’est déjà que trop gravement menacé par les fanatiques : il est du devoir de l’institution scolaire de défendre sans tergiverser les principes démocratiques qui, seuls, nous permettront de lutter efficacement contre la propagation des idées extrémistes.

Nadia Geerts

Agrégée en philosophie

Maître-assistante en philosophie à la Haute école de Bruxelles, catégorie pédagogique (Defré)

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Published by Nadia Geerts
19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 10:38
De la hiérarchisation des crimes

Ces dernières semaines, suite aux attentats de Paris et de Copenhague, on assiste sur les réseaux sociaux à une prolifération de propos lénifiants. Dans un souci de « vivre ensemble », il faudrait visiblement, pour certains, cesser de pointer du doigt l’islam(isme), ou à tout le moins faire dans le même temps notre autocritique, dans un souci d’élémentaire équité, voire d’honnêteté intellectuelle.

Deux exemples parmi d’autres : d’abord ce dessin d’Eneko, ironisant sur le fait que nous, Occidentaux, qualifions de « sauvages » les auteurs des attentats, en oubliant que nous tuons, nous aussi, mais pour des motifs différents : des motifs économiques.

Comme s’il y avait, dans les rues de Bruxelles, de Madrid ou d’Oslo, des méchants capitalistes flinguant à bout portant de malheureux sans abris, ou prenant en otage des demandeurs d’emploi avant de les décapiter devant une caméra pour faire peur aux autres précarisés…

On me dira que non, bien sûr, mais que l’indifférence avec laquelle nous laissons mourir des humains exclus du système est tout aussi barbare, et bien plus cynique.

Je m’inscris radicalement en faux contre ce raisonnement : tout comme il y a une différence entre précipiter un chat vivant contre un mur et ne pas recueillir un chat errant qui crève de faim et de froid, il y a une différence fondamentale entre le meurtre délibéré et la non-assistance à personne en danger. Dire cela n’équivaut en rien, dans mon esprit, à absoudre le système capitaliste de ses torts, mais revient à refuser la mise sur le même pied de choses fondamentalement différentes. Personne ne veut la mort des sans-abri. Le problème est que, très certainement, trop peu de gens veulent vraiment qu’ils vivent. Les exclus meurent de notre indifférence, pas de par notre volonté délibérée – et agie ! – de les voir mourir.

Si le droit s’est donné tant de peine à classifier et hiérarchiser les délits et crimes, ce n’est certainement pas pour en revenir à de tels raisonnements binaires, qui font l’économie de toute nuance et, partant, de toute intelligence d’un fait donné.

L’autre exemple est issu du blog d’Irène Kaufer, où elle publie un article intitulé « Dois-je partir ? »[1]. Article qui établit un parallèle entre un juif et une musulmane : tous deux sont « de plus en plus en proie à « des mots blessants et plaisanteries douteuses ». Le premier constate la montée de l’antisémitisme (« Toulouse, Bruxelles, Paris, Copenhague... sans compter les attaques contre des lieux de culte, des profanations de cimetières, des agressions verbales ou même physiques contre des garçons qui portent la kippa. Tu te moquais de ceux qui voyais de l'antisémitisme derrière chaque critique d'Israël ; tu n'es plus aussi sûr de toi. »), tandis que la seconde voit la montée de l’islamophobie (« contrôles policiers au faciès, refus d'emploi, .. sans compter les attaques contre des lieux de culte ou des agressions, verbales ou parfois même physiques, contre des femmes voilées. Tu te moquais de ceux qui voyaient de l'islamophobie dans chaque exhortation à te démarquer des bourreaux tuant au nom de cette religion qui est aussi la tienne ; tu n'es plus aussi sûre de toi. »)

Le Juif constate qu’il n’oserait pas sortir avec une kippa sur la tête, et la musulmane – je vous le donne en mille ! – qu’elle n’oserait pas s’afficher avec un « foulard ».

Sauf que…

Sauf que les « ministres, médias, intellectuels », se bousculent pour retenir le Juif, tandis que les mêmes « détournent la tête sans voir ta détresse, le peuple des forums te lance au visage : allez vas-y, casse-toi, sans toi ce pays sera à nouveau notre pays, avec ses racines, avec ses valeurs ! »

Cet article, une foi encore, m’a ulcérée par sa posture relativiste : une fois encore, il s’agissait de dire aux juifs qu’on comprenait bien leur inquiétude, mais qu’il fallait bien reconnaître qu’ils n’en avaient pas l’exclusivité, et que les musulmans, eux aussi, étaient en butte à …

A quoi, en fait ? Oui, à de l’hostilité. Oui, à des discriminations sur base de leur physique ou de leur patronyme (mais je suis certaine qu’il est plus difficile de s’appeler Ahmed et d’être athée que Michaël et être converti). Oui, à une société de plus en plus laïque qui exige de tous davantage de retenue dans l’expression de leur « appartenance » religieuse. Mais non, pas à des attentats terroristes. Et certainement pas des actes terroristes commis par des juifs.

Le plus affolant, c’est que faire remarquer ça m’a fait accuser sur les réseaux sociaux de tous les maux de la terre : j’essentialiserais les musulmans, j’attiserais la haine entre juifs et musulmans, je me rendrais coupable de judéophilie et, bien sûr, d’islamophobie. Je pratiquerais la concurrence victimaire. Mais je dois le plus énorme à Ettore Rizza, qui après avoir dénoncé « l'évolution des statuts de Nadia Geerts, dont le verni de lutte pour la laïcité commence sérieusement à se craqueler » est allé jusqu’à écrire que ma haine de toutes les religions – sauf le judaïsme, précise-t-il – m’amènerait à m’énerver « contre un texte d'Irène Kaufer Briefel pourtant plein d'humanisme, dont le seul tort est de considérer qu'un musulman puisse être inclus dans le genre humain. »

Odieux.

Et je ne parle même pas de l’inévitable recours au conflit israélo-palestinien, utilisé pour me démontrer à quel point les juifs pouvaient être violents, eux aussi.

Or, je suis persuadée, et je le répète souvent, que « Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » (Camus). Et que partant, mettre sur un même pied des attentats antisémites ayant causé des morts ces dernières semaines et des actes de discrimination ou des regards hostiles, c’est ajouter à la confusion, c’est ajouter à la misère du monde.

Non que je veuille dresser un procès en règle à l’islam. Ce serait le catholicisme, ce serait le judaïsme, ce serait l’athéisme qui se rendrait coupables de tels crimes, que mon attitude serait la même. Si des athées se mettaient à décapiter des musulmans face caméra, histoire de bien faire comprendre aux musulmans du monde entier qu’ils ont intérêt à renoncer à leur religion, je dénoncerais de la même manière, avec la même vigueur, une « maladie de l’athéisme » qu’il serait urgent de prendre à bras le corps.

Mais ici, c’est d’islam qu’il s’agit. Il n’entre pas dans mon propos de disserter sur le fait de savoir si la violence est inhérente à l’islam, mais je précise tout de même qu’à mes yeux, le problème réside davantage dans le statut incréé du Coran ainsi que dans un défaut de culture de la controverse constructive au sein de la culture arabo-musulmane moderne que dans une quelconque essence de l’islam.

Je suis de plus en plus convaincue que nous ne sortirons de la tourmente que nous traversons que par un diagnotic lucide et sans complaisance. Des intellectuels musulmans nous y invitent, nous y exhortent même, tel Abdenour Bidar dans sa magnifique « Lettre ouverte au monde musulman ». Et avant lui Malek Chebel, Abdelwahab Meddeb, Mohamed Sifaoui, Leïla Babès, Ghaleb Bencheik, Rachid Benzine et d’autres encore.

Et ce diagnostic implique de refuser les comparaisons qui ne sont pas raison, et qui précisément procèdent de la concurrence victimaire. Ceux qui estiment que ce n’est pas pire de tirer à bout portant sur un humain sortant d’une synagogue, d’une salle de rédaction ou d’une épicerie casher (ou halal) que de refuser un emploi à quelqu’un sur base de son faciès ou de son patronyme nous diront peut-être demain que la Shoah, ce n’est pas pire que le naufrage du Costa Concordia. Ce jour-là, la misère du monde aura gagné.

[1] http://www.irenekaufer.be/index.php?option=com_content&view=article&id=206%3Adois-je-partir-&catid=1%3Aarticles-blog&Itemid=4

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Published by Nadia Geerts
18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 11:22

Cette interview, réalisée à l'origine pour le trimestriel "Morale Laïque" n'y paraîtra pas, Philippe Brewaeys ayant depuis été renvoyé dudit trimestriel. Je la publie donc ici avec son accord.

Le dernier opus de Nadia Geerts se lit rapidement et rappelle quelques notions essentielles. Mais, finalement, quoi de neuf?

"A vrai dire, j’ai d’abord écrit ce livre pour réparer ce qui me paraissait être une lacune dans ma bibliographie: moi qui parle tant de laïcité, qui suis considérée en Belgique et à l’étranger comme une militante laïque, je n’avais jamais écrit de livre spécifiquement consacré à cette question ! J’avais jusqu’ici abordé la question de la laïcité soit par le petit bout de la lorgnette, par le biais de la question du voile islamique et, plus largement, des signes religieux (dans « Fichu voile ! »), soit par le biais de la neutralité en milieu scolaire (dans « La neutralité n’est pas neutre ! »)".

Mais ne s'agit-il finalement pas de toujours remettre l'ouvrage sur le même métier, de toujours taper sur le même clou?

"Je pense en effet qu’il s’agit toujours de retaper sur le même clou, parce que la laïcité est sans cesse instrumentalisée et dévoyée, à gauche par ceux qui veulent en faire un synonyme de tolérance absolue au nom d'une idylle multiculturelle, et à droite par ceux qui tentent d’en faire un outil de lutte contre l’islam, sans être prêts pour autant à combattre la présence du religieux dans la sphère publique lorsqu’il s’agit du catholicisme".

"Fraternité", dans le titre a fait place à "Laïcité", un titre qui attire le regard. Néanmoins, un sentiment quelque peu désagréable se dégage: la vision de la laïcité dans le texte de Nadia Geerts est très individualiste, manquant quelque peu de solidarité et, justement, de fraternité, ce dont elle se défend.

"Je suis personnellement très attachée à la fraternité, comme à la solidarité. Mais j’estime que la fraternité est davantage une vertu éthique qu’un principe politique. La fraternité, pour moi, c’est la reconnaissance en tout être humain de mon frère, parce qu’il est profondément mon semblable, indépendamment de tout ce qui peut nous séparer. Mais je ne pense pas qu’on puisse fonder une politique là-dessus. Quant à la solidarité, c’est un mécanisme politique qui me semble indissociable de l’égalité: c’est parce que nous sommes égaux en dignité et en droits que nous devons, politiquement parlant, être solidaires, ce qui se traduit par exemple par la sécurité sociale. Je ne vois pas comment on pourrait défendre en même temps l’égalité et l’individualisme, sauf à tomber dans une forme extrême de cynisme".

Soit. Mais n'est-ce pas également un titre très "marketing"?

"En effet, soyons honnête: au-delà de toutes ces considérations, il s’agissait surtout pour mon éditeur et moi-même de trouver un bon titre ! Et celui-ci a le mérite, je pense, d’accrocher le regard tout en résumant une idée centrale que je développe dans mon livre, qui est que la laïcité est le principe politique qui permet de concilier ces deux exigences démocratiques fondamentales que sont la liberté et l’égalité. Fondamentalement, la laïcité reconnaît en chaque homme un membre du « laos », du peuple, sans que son statut éventuel au sein de l’Eglise puisse lui conférer un quelconque avantage. Ce faisant, elle restitue à chacun à la fois la liberté absolue de conscience et l’égalité. La laïcité est en ce sens fondatrice de toute démocratie moderne".

En Belgique, les laïques ont mis des siècle à se débarrasser (et encore, pas totalement) de l'influence de l'église catholique. Curieusement, le concept aberrant "d'accommodements raisonnables" est peu présent dans le manuscrit. Ces "accommodements" constituent pourtant une brèche ouverte par certains politiques dans laquelle les islamistes ne manquent pas de s'engouffrer… On se rappellera, par exemple, qu'en janvier 2014, l'Office National des Pensions belge a implicitement reconnu la bigamie. Une marocaine vivant en Belgique s'est ainsi vue privée de la moitié de la pension de son mari décédé, l'autre moitié étant maintenant versée à une autre épouse résidant au Maroc.

"Il se fait que depuis que je milite en faveur de la laïcité, je me suis exprimée à de multiples reprises sur l’aberration que constituent à mes yeux les accommodements « raisonnables ». Je me suis donc contentée, dans ce livre se voulant un retour aux fondamentaux, aux principes de base, de rappeler que la laïcité ne saurait s’accommoder de l’acceptation du principe de l’ « exception religieuse » qui fonde les accommodements raisonnables: la loi doit demeurer la même pour tous, et il ne saurait être question d’interdire une chose ou d’en imposer une autre tout en prévoyant des dérogations pour motif religieux. Ce serait - et c’est, au Québec où ils sont pratiqués - la porte ouverte à toutes les dérives. Cela étant, les Québecois semblent aujourd’hui revenir de ce mécanisme, qui a conduit à autoriser des comportements totalement contraires à l’égalité, par exemple entre hommes et femmes. Au-delà des accommodements raisonnables, il me semble qu’aujourd’hui, le plus grand danger consiste dans une sorte de tolérance mal comprise, où il devient suspect d’émettre la moindre critique vis-à-vis d’une idée, d’un précepte, d’un dogme religieux, d’un comportement mû par la religion, au motif que ce serait manquer de tolérance…".

Certains anciens gauchistes, flirtant parfois avec les Frères musulmans comme le sociologue de l'ULg Marc Jacquemain, n'ont pas hésité à qualifier Nadia Geerts de "nouvelle réacs. Pas vraiment flatteur pour ceux qui ont sans doute oublié que Dieu est l'opium du peuple.

"Je pense que les difficultés d’une frange importante de la gauche actuelle vis-à-vis de la laïcité viennent du fait qu’elle est tiraillée entre son anticléricalisme historique et sa solidarité atavique avec les « damnés de la terre ». Tant qu’il s’agit de tirer sur le pape ou les curés, les choses sont simples, confortables: l'Eglise catholique est riche, puissante et « de chez nous ». Les choses sont nettement plus inconfortables lorsqu’il s’agit de l’islam, puisque là, il faut choisir entre une posture laïque (qui mènerait à dénoncer avec la même virulence les tentatives d’immixtion de l’islam que celles du catholicisme dans la sphère du politique) et une posture de solidarité avec les musulmans, perçus comme les nouveaux « damnés de la terre » (ce qui est par ailleurs partiellement vrai, notamment du fait du racisme dont sont trop souvent victimes les personnes d’origine maghrébine). Tout se passe comme si certains se voyaient dans l’impossibilité de dégager une troisième voie, permettant de concilier laïcité et antiracisme. De ce fait, certains deviennent les alliés objectifs de l’islamisme".

Philippe Brewaeys

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Published by Nadia Geerts
20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 10:28

Je savais que le formidable élan de solidarité qui a fait descendre des millions de personnes dans les rues pour clamer « Je suis Charlie ! » ne durerait pas. Je savais que le choc serait rude, que les « mais… » ne tarderaient pas, et peut-être finiraient même par prendre le dessus. Et c'est la forme de l’équidistance que cette consternante relativisation a choisi de prendre.

Avec Yasmina Khadra d’abord, expliquant doctement que « L’amalgame entre Islam et terrorisme est le produit d’un « affrontement des extrêmes ». « En France la liberté d’expression est sacrée. Dans les pays musulmans la religion est sacrée. Tous les deux ont raison de défendre leurs valeurs et tous les deux ont tort d’imposer leurs valeurs aux autres. C’est au plus intelligent et au plus cultivé de faire certaines concessions. Il faut respecter la foi des autres ». [1]

Ainsi donc, au sacré des uns répondrait le sacré des autres, et basta. Soyons les plus intelligents, et bouclons-là. Et tant pis si du coup, les imbéciles assourdissent la Terre de leurs stupidités. Et sinon, ne nous plaignons pas de nous ramasser encore un attentat sur le coin de la figure : on l’aura au fond bien cherché.

Sauf que si, en effet, la liberté d’expression est une valeur socle de nos démocraties modernes, je cherche en vain un défenseur de la liberté d’expression qui aurait tué 17 personnes, ou même une seule, pour défendre cette liberté d’expression. Si opposition il y a, c’est entre ceux qui estiment qu’on ne tue pas un être humain, et entre ceux qui estiment au contraire qu’on peut l’abattre, pour peu qu’il soit caricaturiste, Juif, homosexuel, apostat, femme, bloggeur, chrétien, j’en passe et des « meilleures ».

En matière d’équidistance, on a aussi pu assister à une poussée de fièvre des aficionados de la position « middelmatique » entre Juifs et musulmans.

D’abord avec Henri Goldman, opposant la couverture de Charlie Hebdo illustrant un musulman disant « 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire » et son détournement par Joe Le Corbeau faisant dire à un Juif « 1 millions de rabais sur les 6, en échange de la Palestine ! » et écrivant très sérieusement que

« Il est temps de se demander pourquoi, des deux caricatures qui illustrent ce billet, la première (de Charlie Hebdo) relèverait de la satire antireligieuse protégée par la liberté d’expression et pourquoi la deuxième (détournement de la première par Joe le Corbeau, un émule de Dieudonné) est perçue comme une caricature antisémite – donc raciste – insupportable ayant recours aux pires stéréotypes. Cette impression de « double standard » n’a pas fini de faire des dégâts. »[2]

La réponse à cette question est pourtant simple : la première grossit un fait réel (les islamistes ont effectivement une fâcheuse tendance à recourir aux coups de fouet pour punir les "déviants") tandis que la seconde ne se fonde sur aucune base réelle, à moins de considérer, comme Joe le Corbeau, que les Juifs sont en effet tellement animés par l'appât du gain qu'ils seraient même prêts à négocier le nombre de victimes de la Shoah en échange de la Palestine. ce qui ne serait pas encore grave en soi si le but était de faire rire des antisémites, voire de pratiquer un humour « bête et méchant » qui ne dit encore rien de ce que pense réellement son auteur.[3] Or, Dieudonné, dont Joe le Corbeau est une émule, a cessé depuis bien longtemps d’être un humoriste : très exactement le jour où il a commencé à tenir en interview, mais aussi dans des meetings politiques, les mêmes propos antisémites et négationnistes que lors de ses spectacles.

Puisque la question semble désormais être : « N’en fait-on pas un peu trop pour défendre les Juifs, alors qu’on stigmatise sans problème l’islam ? »[4], mentionnons encore Irène Kaufer, dans deux publications récentes sur son mur Facebook :

« Dimanche dernier, Jean-Claude Marcourt a repris la phrase de Manuel Valls : "La Belgique (la France) sans les juifs ne serait pas la Belgique (la France)". Si on y réfléchit, cette phrase est horrible : aux juifs elle dit qu'ils ne sont pas vraiment des citoyens comme les autres (est-ce qu'on dirait : "Sans les Bruxellois, la Belgique ne serait pas la Belgique" ?), et aux autres (plus précisément, aux musulmans) qu'en ce qui les concerne, le pays pourrait très bien s'en passer... »

« Personne ne pense sérieusement qu'on peut rire de tout. Ici on s'est indigné (à juste titre) quand l'Iran a organisé un concours de caricatures de la Shoah ; et la France elle-même, si soucieuse dans les discours de liberté d'expression, envoie en prison des jeunes qui se sont moqués des attaques terroristes. En fait, tout le monde a ses "vaches sacrées" ; mais les nôtres nous paraissent "naturelles" tandis que celles des autres seraient la preuve d'une sensibilité "excessive".

Passons sur cette dernière citation, qui ne fait que dire autrement la même chose que Yasmina Khadra, et attardons-nous sur la première, qui a à tout le moins l’immense mérite de boucler la boucle :

4 personnes ont été abattues lors d’une prise d’otage dans une épicerie casher. Ces personnes étaient très vraisemblablement de confession juive. Du coup, on se sent obligés de rendre hommage aux Juifs, sans qui la France (ou la Belgique, puisque nous avons eu, de notre côté, l’attentat commis contre le musée juif) ne serait pas ce qu’elle est. Mais de ce fait, on oublie les musulmans, voire même on suggère qu’eux n’ont rien apporté à la Belgique.

Mais qu’est-ce que c’est que ce délire ? N’y aurait-il pas au contraire une monstrueuse inconvenance, alors qu’il s’agit de dénoncer un crime antisémite pour ce qu’il est, de s’empresser d’ajouter qu’on est très contents aussi d’avoir sur notre territoire des musulmans – et pourquoi pas des athées, des bouddhistes, des végétariens et des footballeurs, tant qu’on y est ?

Faudrait-il s’excuser de parler spécifiquement des Juifs lorsque c’est en effet en tant que Juifs qu’ils ont été assassinés ?

Et qu’on ne me parle pas des victimes collatérales que seraient les musulmans, à qui il faudrait témoigner de l’empathie parce que ça doit être difficile d’être musulmans aujourd’hui, après ce qui s’est passé. C’est certainement vrai. Mais d’une part, il y a un moyen très simple d’éviter les amalgames et la stigmatisation : c’est de dénoncer tous ensemble le fléau de l’islamisme. Et sans « oui mais ». Clairement. Sans ambigüité. D’autre part, il y a une singulière indécence à renvoyer dos-à-dos Juifs et musulmans, ou plus exactement à les englober dans une commune empathie, comme s’ils étaient également victimes. Lorsqu’un attentat commis par des non-musulmans contre un lieu de culte musulman fera des morts, ici, en France ou en Belgique, il sera bien temps – et bien nécessaire – de rendre hommage aux victimes musulmanes du fanatisme anti-musulman.

Au rayon de l’équidistance, la perle revient sans doute à Marc Jacquemain, qui titrait le 12 janvier 2015 l’un de ses articles ainsi : « Douze morts et deux mondes ».

La date est importante, puisque le 12 janvier, comme cela n’aura échappé à personne, c’est après le 9, jour de la prise d’otage qui a fait 4 morts. J’y reviendrai. Et les deux mondes, c’est évidemment le monde qui s’interroge sur la responsabilité « occidentale » dans ces morts, versus celui que de telles questions n’effleurent jamais.

Donc, Marc Jacquemain nous parle de 12 morts. Et de charitables internautes lui font alors remarquer qu’il n’y en a pas 12, mais 17, et que c’est quand même un peu dommage d’en passer 5 sous silence. Alors, que fait Marc Jacquemain ? Je vous le donne en mille : il modifie son titre en « Vingt morts et deux mondes ». Et il s’en explique ainsi :

« J'ai un peu vite repris les titres de la presse et titré mon billet sur 12 morts. Ce qui est faux évidemment, puisqu'il y a eu des assassinats ailleurs qu'à Charlie. Je n'ai jamais eu l'intention de nier ces assassinats (comme certains m'en ont accusé), j'ai seulement écrit un peu vite. J'ai donc commis l'erreur que je reproche souvent à la presse; Je l'admets sans détour et je m'en suis excusé auprès de ceux qui me l'ont fait remarquer (c'est la quatrième fois, pour ceux qui ont lu tous les commentaires)

Mais comment rectifier ? Certains m'ont proposé "17 morts". Mais je ne peux pas accepter l'idée que les terroristes exécutés (même si je ne crois pas que la police pouvait faire autrement) ne soient pas des "morts". Ce ne sont pas des "victimes" mais c'étaient des êtres humains et ils sont morts. ».

Remarquable manière d’occulter la question de la responsabilité individuelle. Car si l’on titre sur 12 ou 17 morts, il est évident que les responsables de ces morts sont les trois terroristes. Mais si l’on titre sur 20 morts, cela devient des morts sans meurtrier, en somme, des morts « dans l’espace ». Morts d’on ne sait quoi, par la faute d’on ne sait qui.

Parce que si on nomme les Juifs assassinés, alors il faut aussi nommer les terroristes exécutés. Et tant pis si du coup, et même si Marc Jacquemain s’en défend, on dirait qu’on est en présence de 20 victimes d’un mystérieux tueur.

Dans un monde idéal, nous serions tous des humains, sans plus. Non que nos différences seraient niées, mais elles seraient subsumées, transcendées en quelque sorte, par notre commune humanité.

Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Nous sommes dans un monde ou des islamistes tuent des Juifs parce qu’ils sont Juifs. Nous sommes dans un monde ou des gens expriment leur désaccord par la parole, l’écriture, le dessin, éventuellement la plainte en justice, tandis que d’autres recourent à la violence et au meurtre. Et tant que nous serons dans ce monde, nous devrons nous faire un point d’honneur de nommer les choses, plutôt que de nous cacher derrière le pathétique petit doigt de l’équidistance.

[1] http://www.elwatan.com/actualite/yasmina-khadra-je-n-ai-pas-le-droit-d-etre-charlie-18-01-2015-285320_109.php

[2] http://blogs.politique.eu.org/Musulmans-avec-majuscule

[3] voir à ce sujet http://nadiageerts.over-blog.com/article-on-peut-rire-de-to….

[4] Une question que j’avais déjà traitée ici en 2010: http://nadiageerts.over-blog.com/article-lettre-ouverte-a-une-jeune-inconnue-58619866.html

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 21:59

Ces derniers jours, comme ce fut le cas à intervalles réguliers depuis le 11 septembre 2001, un débat agite la toile : celui de savoir s’il faut que les musulmans s’expriment, se désolidarisent, se distancient de l’attentat commis contre Charlie Hebdo ce 7 janvier 2015.

Certains s’indignent qu’une telle idée puisse effleurer qui que ce soit de sensé, partant d’un principe qui m’est cher, selon lequel la citoyenneté surpasse tout, et qu’on ne peut à la fois se réclamer des idéaux universalistes républicains et renvoyer les musulmans à leur supposée communauté, le tout en les sommant de s’en dégager.

D’autres estiment qu’il est du devoir de tout musulman de clamer haut et fort qu’il est Charlie, afin qu’aucun doute ne puisse subsister sur sa loyauté première.

Ma position en la matière est plus nuancée.

1. J’estime que nul n’a à décider pour quelqu’un qu’il est musulman (sur base de son physique, de son patronyme, de son origine ethnique…) et à l’assigner de ce fait à prendre position. Ce serait en effet à peu près aussi absurde que de considérer que tous les « blancs » sont catholiques et donc complices de la pédophilie de certains prêtres. En ce sens, l’interpellation de Rokhaya Diallo par Ivan Rioufol est choquante, puisqu’il a, selon ses propres mots « sommé » la journaliste, musulmane, de se désolidariser des attentats, suscitant ses larmes et sa colère :

« Je me sens visée. J'ai l'impression que toute ma famille et tous mes amis musulmans sont mis sur le banc des accusés. (….). Est-ce que vous osez me dire ici que je suis solidaire ? (…) Vous avez vraiment besoin que je verbalise que je suis aussi choquée que vous ? (…) Je suis extrêmement choquée par ce que vous êtes en train de dire Ivan Roufiol ».

2. J’estime également que, dans une société idéale (1), les appartenances communautaires – qu’elles soient religieuses, ethniques, sexuelles,… - seraient subsumées par une seule et même appartenance citoyenne. Il n’y aurait alors plus de noirs, de juifs, de femmes, de vieux, de roux, de roms ni de musulmans, mais seulement des hommes, des citoyens libres et égaux en dignité et en droits dont nul ne s’aviserait d’attendre qu’ils s’expriment autrement que comme tels. C’en serait enfin fini de la valse des étiquettes, des assignations identitaires et du repli communautaire, et nous pourrions vivre en paix dans une douce indifférence à nos différences, pénétrés de l’importance et de la beauté de ce qui nous rassemble.

3. Mais nous ne vivons pas dans ce monde idéal. Dans notre monde, des gens se font exploser dans des tours ou des trains pour combattre un Occident dégénéré et mécréant. Dans notre monde, des gens vocifèrent par milliers dans les rues du monde entier pour dénoncer les caricatures qu’un dessinateur danois a faites du prophète Mahomet. Dans notre monde, des fous de Dieu abattent froidement des hommes parce qu’ils étaient libre-penseurs ou juifs. Dans notre monde, des élèves justifient ces crimes au nom d’un relativisme malsain, sur l’air du « Ils l’ont quand même un peu cherché… ». Et ces gens le font au nom de l’islam et du respect qui lui serait dû.

J’aimerais qu’ils ne fassent rien de tout cela. J’aimerais que personne ne commence plus jamais une phrase par « Moi, en tant que musulman… » - ou en tant que juif, ou en tant que femme, ou en tant que belge,… lorsqu’il s’agit de défendre des principes. J’aimerais que ce soit notre humanité qui s’exprime, et rien qu’elle.

Mais on n’en est pas là. Et je comprends, et je partage l’inquiétude de ceux qui voyaient hier des milliers de musulmans descendre dans les rues « en tant que musulmans » pour crier leur révolte qu’on ait caricaturé leur prophète, et qui aimeraient assister à une telle mobilisation pour que, de la même manière, des milliers de musulmans dénoncent les crimes odieux commis au nom de l’islam.

Certains le font. Des intellectuels, des dessinateurs, des responsables de mosquées font entendre leur voix, disent que c’est intolérable. J’ignore si c’est suffisant.

Je pense que notre société démocratique vient de subir un choc terrible. Certains ont parlé d’un 11 septembre français, et personnellement, je le vis comme ça. Des gens sont morts parce qu’ils pensaient librement, parce qu’ils exorcisaient les démons de l’humanité par le rire, parce qu’ils étaient pleinement humains. Je ne sais ce qu’il est juste de demander à nos concitoyens musulmans. Je pense, plus exactement, que nous n’avons certainement pas à les sommer de dire quoi que ce soit, mais que nous avons un besoin urgent qu’ils aient la maturité de prendre la parole pour nous rassurer, pour que demain nous puissions faire encore société ensemble.

Je m’opposerai toujours à quiconque désignera qui que ce soit nommément parce que supposé musulman, le sommant de se distancer. Mais je remercie d’ores et déjà du fond du cœur tous ceux qui comprendront que lutter conte l’islamisme et ce que certains appellent « islamophobie » passera nécessairement par l’établissement d’un cordon sanitaire strict vis-à-vis des adversaires de la liberté. En ce compris la liberté de basphémer. Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de leur aide.

(1) société idéale que défendait d'ailleurs Charb ici en 2011: http://www.liberation.fr/culture/2015/01/10/charb-en-2011-j-en-ai-marre-qu-on-s-inquiete-de-voir-les-musulmans-moderes-ne-pas-reagir_1177658

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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 15:08

Je suis Charlie

Ce billet ne sera pas politiquement correct. Pas respectueux. Pas soucieux de ne pas blesser les sensibilités. Il sera à l’image de ce que je suis aujourd’hui : profondément triste, mais aussi et surtout terriblement en colère, que dire ? En rage.

En rage bien sûr contre ces salauds qui ont abattu froidement 12 personnes. Et pas n’importe lesquelles : des dessinateurs, des journalistes qui incarnaient les valeurs auxquelles je tiens : la liberté, évidemment. L’antiracisme, la laïcité, la république. Mais aussi l’irrévérence, l’esprit potache de ceux qui savent qu’il faut rire de tout, surtout de ce qui est sérieux, surtout de ce qui est sacré.

En rage aussi contre ceux que j’appelle les Charlie de la 25è heure, ceux qui se découvrent soudain des élans de solidarité avec Charlie Hebdo alors qu’ils le condamnaient durement en 2006, lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, l’accusant alors de « jeter de l’huile sur le feu ».

Jeter de l’huile sur le feu ?? Ce serait drôle si ce n’était pas si triste… Rappelons que si Charlie a publié les 12 caricatures du Jyllands-Posten, c’est déjà parce que l’auteur d’une des caricatures, Kurt Westergaard, était menacé de mort pour avoir osé représenter le prophète avec une bombe dans le turban. Et non seulement cela, mais les manifestations violentes, attentats contre des ambassades danoises, mises à prix de la tête du dessinateur, boycotts de produits danois, s’étaient alors multipliées pendant des mois.

Et si le Jyllands-Posten avait publié ces caricatures, c’est parce que personne ne voulait illustrer le livre d’un écrivain, Kare Bluitgen, sur la vie de Mahomet, et ce depuis que Théo Van Gogh avait été assassiné en 2004.

Et si Théo Van Gogh avait été assassiné, c’était parce que ce réalisateur néerlandais avait réalisé un court-métrage sur l’islam, Submission. Un court-métrage qualifiant les musulmans d’ « enculeurs de chèvres » et Mahomet de « violeur de petites filles ».

Ça vous choque ?

Je vais vous dire : je m’en fous.

Moi, ce qui me choque, c’est qu’on puisse tuer des gens, en 2004 ou en 2015, parce qu’ils ont le tort de dire des choses qui choquent.

Alors oui, pour montrer son soutien au journal danois, Charlie Hebdo avait republié les caricatures, assorties d’une treizième, réalisée par Cabu, montrant Mahomet la tête entre les mains, se lamentant : « C’est dur d’être aimé par des cons ! ».

Et il s’est trouvé des cul-bénis, des précautionneux, des midelmatiques, des enculeurs de mouches – plus difficile que les chèvres – pour tortiller du croupion en invoquant la nécessité de comprendre la sensibilité des musulmans outragés, de calmer le jeu, de ne pas échauffer les esprits, au besoin en s’excusant platement.

Mais s’excuser de quoi, bon sang ? S’excuser d’oser penser que l’islam est atteint d’une maladie grave, mortelle même, appelée « islamisme » ? S’excuser d’avoir osé traduire cette maladie par un dessin, juste un petit dessin ? Depuis le 11 septembre, le monde est régulièrement ensanglanté par des attentats commis par des islamistes. Il ne se passe guère de jour sans qu’on lise dans la presse un nouveau méfait commis par un fêlé du bulbe se revendiquant de l’islam. Et on voudrait que les non-musulmans dans leur ensemble reconnaissent la bouche en cœur et sans réserve aucune que l’islam est une religion de paix et d’amour ?

Faudrait pas déconner, non plus.

Je ne sais pas ce qu’est le « vrai » islam, et j’ai tendance à penser qu’il n’y a pas plus de vrai islam qu’il n’y a de vrai catholicisme ou de vrai judaïsme. Il y a des hommes et des femmes qui se réclament de telle ou telle religion, pour le meilleur ou pour le pire. Mais je ne peux pas en vouloir à ceux qui, quand on leur dit « islam », ne voient pas des danseuses orientales se déhanchant au son d’une flûte de pan dans un jardin digne des Mille et une Nuits où le nectar coule à flots, mais des imbéciles sanguinaires tranchant des têtes en éructant « Allah Akhbar ».

Alors, si on veut changer la vision de l’islam, faudrait peut-être arrêter de buter tous ceux qui s’en méfient un tantinet, à force de le voir brandi aux sauces les plus sanguinaires, et que certains musulmans fassent du combat contre l’islamisme leur priorité, plutôt que de dépenser une énergie phénoménale à dénoncer l’islamophobie et à faire interdire des publications jugées blasphématoires.

Je suis certaine que la plupart des musulmans n’approuvent pas cet attentat contre Charlie Hebdo. Mais je suis tout aussi sûre que beaucoup d’entre eux désapprouvent les caricatures qu’il a publiées en 2006. Et c’est bien là qu’est le problème : entre dénonciation des assassinats et dénonciation des caricatures, ils n’arrivent pas à choisir. Dire « Je suis Charlie », ça leur arracherait la gueule. Alors ils ne disent rien, ou ils disent « Je suis Charlie, mais… » ou « Je ne suis pas Charlie, mais… ».

Alors soyons clair : j’aime mieux encore cette attitude-là que celle des précédents, ceux qui tout-à-coup deviennent Charlie, alors qu’ils le traînaient au tribunal en 2006, alors qu’ils appelaient à ne pas jeter d’huile sur le feu et à avoir une attitude « responsable ».

Mais reste qu’on a un problème, un vrai problème : comment faire pour continuer à faire monde commun avec ceux-là qui estiment que leur sacré doit être respecté absolument ? Avec ceux qui, sous prétexte qu’un dessin serait de mauvais goût, ont le très mauvais goût de penser qu’on devrait en interdire la diffusion ?

Ceci me fait penser à ce qu’écrivait Diderot : « (…) demandez au vicaire de votre paroisse, de ces deux crimes : pisser dans un vase sacré, ou noircir la réputation d’une femme honnête, quel est le plus atroce ? Il frémira d’horreur au premier, criera au sacrilège ; et la loi civile, qui prend à peine connaissance de la calomnie, tandis qu’elle punit le sacrilège par le feu, achèvera de brouiller les idées et de corrompre les esprits ».

Nous ne sommes plus en 1796 et aujourd’hui, on peut pisser dans un vase sacré sans encourir les foudres de la loi. Ce dont ne se privait pas Charlie Hebdo. Mais il ne faudrait pas que demain, par la faute de ces obscurs illuminés, nous nous retenions de pisser pour éviter d’être tués.

Aussi, comme je l’écrivais en 2012,

« C’est pour cela que je soutiens Charlie Hebdo. Parce que, comme d’autre dessinateurs et bien plus que la presse écrite en général, ils ruent dans les brancards. Certes, ils le font sans délicatesse, sans respect, peut-être même parfois sans grande intelligence. Mais ils réaffirment que non, l’intimidation, la menace, le terrorisme ne passeront pas. Que oui, plus l’islam servira de prétexte à des fous furieux, plus il sera caricaturé. Parce que cesser de le faire, ce serait accepter leurs diktats. Parce que le rire, c’est aussi un moyen de défense. O combien plus intelligent, ô combien plus salutaire qu’une ceinture d’explosifs.»[1]

Non, vous ne nous ferez pas taire. Au contraire, nous serons toujours plus nombreux à vous résister, toujours plus nombreux à nous dresser contre vous qui voulez nous museler. Parce que ce à quoi vous vous attaquez, c’est ce que nous avons de plus cher. C’est la seule chose qui nous arrache à l’animalité. C’est la liberté. Et vous devrez apprendre à vivre avec notre liberté. Vous devrez apprendre à supporter nos textes, nos dessins, nos films, nos œuvres d’art qui vous choquent, vous heurtent dans ce que vous avez de plus cher, à savoir votre religion. Fermez vos yeux si vous ne voulez pas voir, bouchez vos oreilles si vous ne voulez pas entendre, car nous ne nous tairons pas.

« Ami, si tu tombes

Un ami sort de l'ombre

A ta place »

[1] http://nadiageerts.over-blog.com/article-qui-incite-a-la-ha…

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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 14:18
Liberté ? Egalité ? Laïcité !
En séparant le religieux du politique, la laïcité rend possible l’exercice de plusieurs droits fondamentaux proclamés depuis 1789.
La liberté bien sûr, et en particulier la liberté de conscience, dès lors que l’Etat renonce à se mêler des convictions de ses citoyens.
L’égalité ensuite : égalité entre tous les citoyens, dès lors que l’Etat ne privilégie ni ne discrimine personne en fonction de ses convictions ou de son statut de membre ou non du clergé ; égalité entre les sexes, mais aussi entre les « races », dès lors où seule compte désormais la qualité de citoyen.
En ce sens, la laïcité constitue un pilier essentiel de tout Etat démocratique.

Or, confondue avec l'athéisme, sommée d'être ouverte, voire instrumentalisée à des fins politiques antidémocratiques, la la¨icité se vide de sa substance.
Pourtant, nous avons besoin de laïcité, autant que de liberté et d'égalité. Peut-être même est-elle ce qui permet la synthèse de ces deux principes fondateurs de nos démocraties modernes.
"Liberté ? Egalité ? Laïcité !" est dès à présent disponible en librairie, mais aussi sur commande via http://www.cep-editions.com/CEP-Commander.htm.

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 21:23
Soirée caritative Filigranes

Ce jeudi 23 octobre 2014, je dédicacerai mes livres chez Filigranes (avenue des Arts 39-40, 1040 Bruxelles) de 20h à 23h, lors de la Nocturne caritative organisée au profit de l'association Aquarelle.
Ce sera l'occasion de découvrir en primeur mon dernier livre: "Liberté ? Egalité ? Laïcité !" tout frais sorti de presse aux éditions du CEP.

20% de tous vos achats et 100% des consommations au bar seront reversées à Aquarelle, qui vient en aide à des mamans et futures mamans en situation de précarité.

Plus d'infos sur: www.aquarelle-bru.be

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 15:56

Le récent débat organisé par le Cercle du Libre Examen de l’ULB a mis en exergue quelques divergences majeures entre certaines féministes et moi, dont la question du voile ne fut que le symptôme. Symptôme d’un désaccord bien plus profond à mon sens, entre celles pour qui le féminisme consiste en la défense des femmes et ceux et celles pour qui il constitue un idéal d’égalité.

A mes yeux, être féministe, c’est défendre le principe d’égalité entre les hommes et les femmes. C’est refuser que l’anatomie ou la biologie constitue l’alpha et l’oméga de la condition féminine – ou masculine d’ailleurs. C’est revendiquer le droit pour les femmes – comme pour les hommes d’ailleurs – de choisir librement leur vie, leur métier, leurs hobbies. C’est vouloir l’émancipation, plutôt que l’enfermement dans des carcans religieux, politiques, culturels, qui dénient à chacun ce droit au libre choix. Etre féministe, c’est d’abord être humaniste.

De ce point de vue, je ne peux me sentir solidaire de toutes les femmes, pour la seule raison qu’elles sont femmes. Cela m’est impossible, pour la simple raison qu’il est des femmes qui font reculer le projet d’égalité entre les hommes et les femmes. Il est des femmes qui, mieux que certains hommes, perpétuent les dogmes du patriarcat dans ce qu’il a de plus insupportable. Des femmes qui pensent que leur devoir est de rester dans l’ombre de leur époux ; des femmes qui estiment qu’on ne saurait être pleinement femme sans être mère ; des femmes qui s’opposent à la contraception ou à l’IVG, des femmes qui perpétuent l’excision, des femmes homophobes, et j’en passe.

Il me semble que les grands combats féministes ont toujours eu maille à partir avec les cléricaux - en ce compris les cléricales. Avec ceux et celles qui, au nom du prescrit religieux, prétendaient confiner les femmes à un rôle subalterne, ou à tout le moins complémentaire à celui des hommes.

La complémentarité, quelle supercherie !

La complémentarité, c’est prétendre que dans tous les domaines de la vie – pas seulement dans celui de l’amour et de la sexualité hétérosexuels – homme et femme sont porteurs de vertus spécifiques. C’est louer la douceur, l’empathie, le sens social, quand ce n’est pas le talent de mère, de cuisinière et de ménagère des femmes, et lui opposer la hardiesse, la combativité, l’assertivité et la force des hommes. C’est préparer le terrain à l’enfermement des uns et des autres dans leurs rôles « naturels », voulus par Dieu.

Or, et les protestations indignées des relativistes n’y changeront rien, le voile est l’expression de cela. Il est le stigmate par lequel certaines femmes musulmanes – pas toutes, loin s’en faut – acceptent de rappeler urbi et orbi qu’elles sont soumises à une obligation de pudeur toute féminine. Il rappelle que la femme est la tentatrice, l’objet du désir, et l’homme le mâle priapique et libidineux dont il convient de brider les pulsions en couvrant ses cheveux, quand ce n’est pas ses formes, son corps, son visage même.

La féministe que je suis ne peut se résoudre à considérer qu’il serait de son devoir de batailler au côté de ces femmes pour qu’elles puissent porter leur voile en tout lieu, au détriment d’autres principes. Cela me semble aussi absurde que de batailler pour que les femmes – et elles seules - obtiennent le droit à un statut de mères au foyer.

Car certes, une telle « conquête » servirait les intérêts de certaines femmes, mais elle ferait reculer le féminisme en faisant reculer l’égalité.

Il me semble qu’un certain féminisme se fourvoie aujourd’hui en déclarant vouloir écouter la parole des femmes, quoi qu’elles disent. D’ailleurs, aucun féminisme ne fait ça. Le féminisme a depuis longtemps, et avec raison, cessé de se pencher avec attention et respect sur la parole des grenouilles de bénitiers dissertant de droit à la vie des fœtus, d’instinct maternel et de nature féminine. Pourquoi n’est-il pas capable d’en faire autant lorsque les grenouilles sont musulmanes plutôt que catholiques ?

Pourquoi, Mesdames les féministes « amies de toutes les femmes », persistez-vous à les traiter comme si elles étaient les victimes de notre intolérance ? Victimes, elles le sont, certes, mais du patriarcat, du machisme, du dogmatisme religieux, du cléricalisme borné. De tout ce que vous avez toujours combattu, avant. Quand elles n’en sont pas les alliées, bataillant pathétiquement pour leur « liberté », c’est-à-dire pour leur droit inaliénable à opter pour la servitude volontaire.

Pour ma part, je ne prétends pas parler à leur place. Mais je parle d’autre chose, sans doute. D’émancipation. D’égalité. D’humanisme.

Et parfois, je me sens bien seule.

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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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