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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 15:18

Mes lecteurs réguliers le savent bien: la laïcité est un sujet qui m'intéresse hautement, en plus d'être un combat que je mène depuis plusieurs années. Au fil du temps, j'ai donc été amenée à intervenir de plus en plus souvent sur la laïcité, tant pour faire ce que j'appellerais de la pédagogie de la laïcité que pour me prononcer sur des débats de société qui soulèvent la question des rapports entre le politique et le religieux.

Pourtant, jamais je n'avais encore écrit spécifiquement sur le thème de la laïcité, si l'on excepte bien sûr l'un ou l'autre article, l'une ou l'autre conférence ou intervention lors d'un colloque.

C'est à présent chose faite, puisque j'ai le plaisir de vous annoncer la publication prochaine de mon dernier livre, intitulé "Liberté ? Egalité ? Laïcité !". J'ai choisi de le publier aux éditions du CEP. Un choix qui ne doit rien au hasard, puisque cette toute jeune maison d'édition est dirigée, entre autres, par Richard Miller, dont on se souvient des actions qu'il a menées en tant que parlementaire afin que soit introduit un cours de philosophie dans l'enseignement officiel belge francophone.

L'enseignement est en effet un autre de mes centres d'intérêt, et particulièrement dans ses liens avec les convictions individuelles. En 2012, je publiais d'ailleurs un livre intitulé "Parents, profs, élèves: La neutralité n'est pas neutre !" (La Muette). Un livre qui sort ces jours-ci en version actualisée.

Deux bonnes raisons de vous précipiter en librairie ces prochaines semaines, donc !

A paraîtreA paraître

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 11:05

Depuis quelques jours, médias et réseaux sociaux se font l’écho de la décision d’un instituteur primaire de refuser le poste pour lequel il avait été embauché, au motif que la direction de l’établissement lui aurait demandé de ne pas dévoiler son homosexualité[1]. Homophobie ou tempête dans un verre d’eau ?

L’affaire a d’abord éclaté dans la presse flamande, où il était mentionné que l’enseignant en question souhaitait partir de son vécu homosexuel pour sensibiliser les élèves à la question de l’homophobie[2]. L’enseignant, quant à lui, affirme qu’il n’avait aucunement l’intention de faire la « promotion » de l’homosexualité ou d’avoir une attitude militante, mais que simplement, il refuse de se cacher, comme s’il devait avoir honte de ce qu’il est.

Fort bien. Mais que lui demandait-on au juste ? Et peut-on considérer qu’il a été victime de « discrimination » - comme certains, notamment dans les milieux politiques et associatifs, le prétendent – du simple fait qu’il lui a été demandé de ne pas révéler son homosexualité ?

A mon sens, certainement pas. D’ailleurs, il a été engagé, et c’est lui qui a choisi de ne pas occuper le poste qu’il avait décroché.

Avait-on néanmoins le droit de lui demander de ne pas dévoiler son homosexualité ? Tout dépend, me semble-t-il, de ce qu’on entendait par là.

S’il s’agissait de lui demander de ne pas annoncer de but en blanc aux élèves qu’il était homosexuel, ou même de ne pas en faire état spontanément – par exemple dans le cadre d’une leçon sur la discrimination -, j’estime la demande parfaitement justifiée : il me semble en effet que les élèves n’ont pas à être au courant de tous les aspects de la vie privée de leurs enseignants, et qu’il est essentiel de pouvoir parfois leur dire que certaines choses ressortent du jardin secret de l’enseignant, et qu’il ne souhaite pas les partager avec eux.

S’il s’agissait en revanche de lui interdire de faire ce que tant d’enseignants hétérosexuels font, à savoir mettre une photo de leur conjoint sur leur bureau de classe ou venir accompagnés par leur petite famille lors de la fête de l’école, alors, c’est inadmissible.

Il me semble donc que deux principes doivent guider l’enseignant, mais aussi le chef d’établissement ou tout intervenant en milieu scolaire :

D’abord le principe d’équité : il ne saurait être question, à mes yeux, d’autoriser à un enseignant hétérosexuel ce qu’on ne serait pas prêt à accorder à un enseignant homosexuel. Le mariage homosexuel est autorisé par la loi belge, l’homophobie est passible de poursuites judiciaires, la discrimination sur base de l’orientation sexuelle aussi. Peu importe donc que les enfants ou leurs parents aient parfois des difficultés à accepter l’homosexualité : l’école aussi est là pour rappeler qu’elle n’est ni un crime, ni un délit, ni une maladie, ni une perversion. Ni, soit dit en passant, un choix.

Ensuite la distinction entre vie privée et identité professionnelle. Une distinction qui est notamment au fondement du décret « Neutralité ». Précisons d’emblée que ce décret ne saurait s’appliquer directement à la question ici soulevée, dès lors que l’homosexualité n’est pas une conviction religieuse ou politique, ni même une conviction tout court. Cependant, l’idée sous-jacente à ce décret est bien celle d’une distinction souhaitable entre ce qui ressort de l’identité de chacun et ce qui ressort de sa mission en tant qu’enseignant. Même si on enseigne évidemment avec ce qu’on est, le décret « Neutralité » invite l’enseignant à cultiver son identité professionnelle, et à la distinguer de ce qu’il est par ailleurs et qui n’a pas à être communiqué aux élèves. Non parce qu’il doit en avoir honte, mais parce que cela ne les regarde pas et n’apporte rien à la relation éducative.

Aussi, je persiste à ne pas comprendre les cris d’orfraie de ceux qui voient de l’homophobie dans la demande formulée à l’égard de cet enseignant. D’autant que le fait même que cet enseignant ait cru bon de mentionner son homosexualité lors de son entretien d’embauche me pose question : quel était son but, ce faisant ? S’assurer qu’il n’y avait aucun problème avec cela ? Si tel était le cas, son engagement aurait dû le rassurer. Parler de son projet d’aborder la question avec ses futurs élèves ? Si tel est le cas, je comprends la réponse qui lui fut faite.

Et je m’inquiète de cette propension grandissante à voir dans toute demande de retenue, de réserve dans l’expression de certains aspects intimes de son être une forme larvée de discrimination, voire de « phobie ».

Et à ce propos... Une version actualisée de mon livre "La neutralité n'est pas neutre !" paraîtra normalement en octobre prochain.

[1] Voir par exemple http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20140822_00516941

[2] voir http://www.standaard.be/cnt/dmf20140819_01223359

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 11:04

La décision du conseil communal de Saint-Josse d’imposer un uniforme aux élèves dès la rentrée scolaire prochaine suscite bon nombre de réactions, souvent scandalisées, sur les réseaux sociaux. Et pour certains, l’équation coule de source : uniforme = fascisme, dictature, pensée unique, tout ça tout ça.

Personnellement, je n’ai pas d’avis arrêté sur la question. Plus exactement, l’adolescente rebelle qui sommeille toujours en moi bondit : « bleu marine ? Beurk ! ». Je l’avoue, je n’ai jamais aimé le bleu marine, couleur des forces de l’ordre, donc de l’ordre, de la discipline, de la règle. Re-Beurk.

Mais quittons un peu l’adolescente rebelle…

L’uniforme, c’est aussi le tablier des écoliers du début du siècle – oui, le précédent. Pas la peine de me rappeler que l’adolescente rebelle date un peu.

C’est cette tenue qui avait pour vocation de mettre tous les élèves à égalité, symboliquement. De laisser les différences sociales à la porte de l’école. De rappeler aux élèves qu’ils étaient à l’école pour travailler, pas pour parader, séduire, frimer. Et ça, ma foi, je me dis : « Pourquoi pas ? ».

Oui mais « la liberté », me dira-t-on.

La liberté ? Quelle liberté ?

Avec ou sans uniforme, nos adolescents ne sont pas libres, loin s’en faut. Il y a bien sûr les normes sociales, qui leur interdisent de se présenter à l’école en robe à crinoline, en scaphandre ou en étui pénien. Mais aussi et surtout – car je gage qu’aucun ne penserait à adopter pareille tenue – les normes spécifiques de leur groupe, à savoir les autres jeunes, ou la « communauté » à laquelle ils appartiennent.

Et dans cette mesure, les règlements scolaires, qui balisent la liberté en matière de tenues vestimentaires, ont parfois pour effet salutaire d’opposer une limite à l’emprise du groupe sur l’individu, et donc de lui restituer une part de liberté qui lui serait, sinon, confisquée par le groupe tout-puissant.

Je pense évidemment aux signes religieux, et en particulier au voile islamique. Interdire ce dernier à l’école, en effet, n’est pas liberticide, mais profondément émancipateur, puisqu’il s’agit de restituer à chaque jeune fille son statut d’être humain non assujetti, en tout cas dans l’espace scolaire, à un prescrit soi-disant religieux qui a pour principale fonction de rappeler son infériorité.

Or, voilà le paradoxe : le lycée Guy Cudell, tout en imposant l’uniforme par souci d’égalité et de gommage des particularismes, continuera à accepter le voile. Le voile, cet uniforme imposé par les théocrates par souci d’inégalité. Le voile, affirmation d’une différence, d’un particularise qui divise.

Cherchez l’erreur.

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 12:36

Le 24 mai 2014, quatre personnes étaient abattues froidement devant et dans le musée juif de Bruxelles. Deux touristes israéliens et deux travailleurs du musée, dont une bénévole.

Quelques jours plus tard, on apprenait que le coupable était très probablement un certain Mehdi Nemmouche, un islamiste français.

Et comme lors de l’affaire Merah, comme lors des attentats du 11 septembre et ceux qui ont suivi, la même double antienne revenait : « Ne stigmatisons pas l’islam dans son ensemble ! » d’une part, et « Qu’attendent les musulmans pour condamner radicalement cet acte ignoble ? » de l’autre.

Evidemment, les noms d’oiseau et anathèmes réciproques n’ont pas tardé à fleurir, entre les accusations de racisme, d’islamophobie, de surf sur la haine et la peur à gauche, et celles de naïveté, d’angélisme, de politiquement correct et de bienpensance de l’autre.

Et puis, il y a eu l’intervention d’Hamid Benichou. Hamid Benichou, ce policier bruxellois d’origine algérienne actif dans le secteur associatif. Musulman.
Hamid Benichou, donc a publié un appel aux citoyens belges musulmans. Un texte qui commence par ces mots : « J'ai honte: ma religion est-elle tombée si bas pour qu'elle soit prise en main et gérée par des voyous autoproclamés imams en prison, de mèche avec des prédicateurs sans scrupules, des associations caritatives douteuses, et autres confréries toxiques », et se termine ainsi :

« Il est temps pour nous musulmans de monter dans le train qui mène à ces valeurs d’humanité et de progrès social, plutôt de demeurer bêtement dans la gare à regarder le quai. Nous, musulmans d’Europe, devons combattre ces agents du diable qui travestissent l’islam en religion de haine, qui prônent le retour du califat et des guerres de religion. Nous devons prendre des décisions fermes contre ces dérives sectaires . Je le dis avec force : pas de liberté pour ces ennemis de la liberté qui veulent nous imposer une lecture fondamentaliste et conflictuelle de l'islam ».

Et j’ai respiré soudain un air plus frais.

Et j’ai envie, aujourd’hui, de dire simplement « Hamid, merci ».

Parce qu’en effet, on a raison, à gauche, de rappeler qu’on n’est jamais responsables de ceux qui confisquent une idéologie à leur profit pour commettre le pire. Il n’y a pas de « communauté » tellement fermée, tellement étanche, tellement soudée qu’on y soit collectivement responsable de chacun des actes commis par n’importe lequel de ses membres.

Mais oui, on a raison, à droite, de s’inquiéter que le reflexe communautaire fonctionne si bien lorsqu’il s’agit de dénoncer les caricatures de Mahomet ou de défendre le peuple palestinien, et qu’il fonctionne si mal lorsqu’il s’agit de descendre dans la rue pour dénoncer les fous de Dieu issus de la « communauté » et qui la salissent pourtant.

Non, chers musulmans de Belgique, vous n’êtes pas responsables de Nemmouche, ni de Merah, ni de Ben Laden et de ses sbires. Evidemment non.

Mais oui, je pense que nous avons besoin, nous, non-musulmans, de vous entendre dire « NON » à ces meurtriers, de vous entendre leur dire que votre islam n’est pas celui-là. Nous en avons besoin parce que les formules incantatoires, les exhortations à la tolérance, à l’amour de la diversité et au vivre-ensemble ne suffisent plus.

Nous devons à présent, et d’urgence, y travailler ensemble. Main dans la main, juifs, musulmans, athées et autres chrétiens. En formons un front uni, soudé, par delà nos différences de convictions religieuses, contre notre adversaire commun.

Et cet adversaire commun, c’est Nemmouche et Merah, aussi bien que Le Pen.

Alors, merci Hamid.

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 16:29

Ça faisait déjà un petit temps que je me disais que quelque chose n’allait pas. Et puis ces derniers jours, ça m’a sauté aux yeux. En fait, c’est clair : je suis une dominante. Une « Belge de souche » comme on dit, une « intellectuelle », une « bourgeoise ». Et donc, je devrais un peu moins la ramener, rapport aux dominés, vous comprenez.

Il y a quelques jours, suite à un absurde malentendu, j’ai été la cible de propos extrêmement agressifs sur les réseaux sociaux. Certains de ces propos incitaient même clairement à la violence physique à mon égard. Mais quand je m’en suis émue, on m’a clairement fait comprendre que je ne savais rien de ce qu’était la vraie violence, que j’étais dans un rapport de domination où j’étais évidemment la dominante, et que ces propos un peu vifs n’avaient rien de comparable avec la véritable violence symbolique, institutionnelle et tout et tout, que subissaient chaque jour les femmes musulmanes (sous-entendu : voilées) à cause de gens comme moi.

(Oui, je dois préciser que quand ça merde, c’est souvent autour des femmes musulmanes (sous-entendu : voilées). Décidément, c’est mon opposition aux signes religieux (sous-entendu : au voile islamique) dans la sphère publique que ne me pardonnent pas certains « progressistes »).

L’anecdote est révélatrice : régulièrement, je me vois invectiver, insulter, menacer, railler, calomnier. Qu’on ne se méprenne pas : je ne me plains pas. Je suis une « personne publique », comme on dit, ce qui entraîne inévitablement ce genre de petits désagréments. On s’y fait, même si ce n’est pas ma conception du débat.

Non, ce qui me frappe, c’est que ces propos peu amènes me soient adressés par des gens qui n’ont que le mot « respect » à la bouche. Tout particulièrement, évidemment, lorsqu’il s’agit de respecter les convictions, la diversité des cultures, la richesse de notre société et toutes ces autre choses si jolies qui cachent mal le véritable objet de ce respect obligatoire, à savoir : les-femmes-voilées.

Pourtant, je les respecte, moi, ces femmes. Jamais je ne me permettrais de les insulter, de leur témoigner du mépris ou de m’en prendre physiquement à elles. Comme je respecte tout individu, ce qui ne m’empêchera jamais de lui dire que je suis en désaccord avec lui, parfois profondément, parfois radicalement. Mais j’en ai un peu marre de les voir considérer comme des « dominées », à plus forte raison si c’est moi qui suis supposée endosser sans broncher le rôle de la « dominante ».

Car oui, je suis la première à dire que le voile est un instrument de domination des femmes, par le biais du contrôle exercé grâce à lui sur l’ensemble de leur vie publique, professionnelle ou amoureuse, pour le plus grand bénéfice des machistes qui utilisent la religion pour asseoir leur volonté de pouvoir, et donc de domination.

Mais je refuse la responsabilité de cela. Comme je refuse le misérabilisme qui veut que les femmes voilées soient forcément tout en bas de l’échelle sociale, peu instruites et peu au fait des ficelles du système. Certaines de ces femmes prennent la parole publiquement, occupent des tribunes politiques ou médiatiques, les rapports de domination ont bon dos. Alors je pose la question : a-t-on alors le droit de les traiter comme des « dominantes », et donc de les invectiver, insulter, menacer, agresser verbalement ?

Non, bien sûr. Rien ne justifie que l’on traite quelqu’un avec violence, qu’elle soit physique ou verbale. Ni son voile, ni sa position sociale, ni ses idées, ni ses origines, ni rien. Tout, par contre, exige que l’on traite chacun sur un pied d’égalité, « en dignité et en droits » comme disait l’autre.

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 11:01

À l'attention de Joe le Corbeau, éditeur de son "Shoah Hebdo"

Monsieur,

Sur la quatrième de couverture du recueil de caricatures "Shoah Hebdo" vous utilisez sans autorisation mon nom, assorti d'un commentaire destiné à tromper le lecteur en lui faisant croire que je cautionne votre "humour".

Or, j'ai publiquement dénoncé vos productions et j’ai manifesté, notamment dans mon article intitulé « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui » (http://nadiageerts.over-blog.com/article-on-peut-rire-de-tout-mais-pas-avec-n-importe-qui-110565612.html), que je les considérais non seulement comme médiocres, dépourvues de la moindre trace d’humour, mais surtout comme indubitablement antisémites. Et les collaborateurs dont vous semblez vous honorer, qu'il s'agisse de Soral, de Dieudonné ou de Faurisson, achèvent de lever tout doute à ce sujet.

Vous ne pouvez ignorer qu'en utilisant mon nom comme vous le faites, vous détournez totalement mes propos, vous les privez de leur sens en les dépouillant de leur contexte. Il n’est pas question que j’apparaisse comme une caution morale de votre production nauséabonde et que je rejette.

Si, à mon plus grand étonnement, vous aviez un tant soit peu d'honnêteté intellectuelle, vous insérerez dans chacun des exemplaires de votre recueil un « erratum » reproduisant le texte des présentes et vous supprimerez toute mention de mon nom des éventuelles prochaines éditions de votre livre. La présente constitue une mise en demeure.

Nadia Geerts

À l'attention de Joe le Corbeau, éditeur de son "Shoah Hebdo"
À l'attention de Joe le Corbeau, éditeur de son "Shoah Hebdo"À l'attention de Joe le Corbeau, éditeur de son "Shoah Hebdo"

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 14:19

« Bravo pour votre livre. Je savais que je serais globalement de votre avis mais vous poussez la réflexion bien au-delà des habitudes et les livres qui font réfléchir sont salutaires. » (G.P.)

« C'est vraiment super bien écrit, très agréable à lire, souvent très drôle, et il y a plein d'idées intéressantes qu'on entend relativement rarement. » (S.B.)

« Il y a des lectures dont on sort grandi et des livres dont on aurait aimé écrire chaque ligne, c’est le cas pour le dernier livre de Nadia Geerts « Et si on en remettait une couche ? ».

Si vous aimez la réflexion, l’analyse, le doute ou au contraire si vous êtes enfermés dans vos certitudes, je vous le recommande vivement surtout en cette période où tout le monde a un avis sur tout et l’exprime de façon plus ou moins intelligente… Bien entendu, je me sens concernée.

A la lecture de l’ouvrage – lequel participe à déconstruire, en analysant des événements qui ont fait l’actualité récente, des automatismes du « prêt-à-penser » – vous serez amenés à repenser ce qui vous semblait comme évident parce que nous devons « apprendre à penser » et pour cela, il nous faut être en « éducation permanente », le tout est de le vouloir et/ou de le pouvoir… » (J.T.)

« analyses, argumentations et honnêteté caractérisent le style de ce livre. En plus du courage. A conseiller à toute personne intéressée par des sujets d'actualité. Bravo » (A.S.)

« Du haut de ma petite butte d'humilité, je me permets de recommander à tout qui ne veut pas rester légume engraissé de prêt-à-penser, le dernier livre de N.G."Et si on en remettait une couche?" qui, non seulement, donne à penser (bien et souvent juste) mais donne à ré-fléchir en ré majeur. Sans flatterie aucune. Merci N.G. » (J-P.M.)

Sélectionné parmi les "coups de coeur" de la librairie Cook & Book.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 11:24

Ainsi donc, les parents devraient pouvoir bientôt choisir de donner à leur enfant le nom du père, celui de la mère ou les deux, dans l’ordre de leur choix. En cas de désaccord entre eux – ce qui augure mal de la longévité du couple, à mon humble avis… -, l’enfant portera d’office les deux noms, en commençant par celui du père. Une belle avancée vers plus d’égalité, selon beaucoup. Dont je ne suis pas.

 

Mes prises de position en la matière, que ce soit dans la presse ou sur les réseaux sociaux, m’ayant valu les railleries de ceux qui y voyaient une risible incohérence – quoi, moi, la féministe universaliste, j’invoquais soudain la nature et la différence entre les sexes !? – je vais tenter d’expliciter ici plus longuement mon point de vue.

 

Je récuse en effet tout féminisme différentialiste, qui attribuerait aux hommes et aux femmes des qualités, compétences et autres comportements sur base de leurs différences morphologiques et génétiques. Pour le dire simplement, je ne pense pas qu’avoir un utérus fasse des femmes des êtres naturellement maternants, ni d’ailleurs soumis, passifs, empathiques ou que sais-je encore. De même, je ne pense pas qu’avoir un pénis fasse des hommes des êtres naturellement dominateurs, assertifs ou conquérants. Je suis convaincue que toutes ces déterminations souvent associées au sexe sont bien davantage sociales que biologiques, et en ce sens je distingue le genre – construction sociale – du sexe.

Pour autant, il ne me viendrait pas à l’esprit de nier l’existence de quelques caractéristiques morphologiques que seule une mauvaise foi crasse pourrait faire nier. Alors oui, je l’affirme crânement : seules les femmes, dans l’état actuel des choses, peuvent porter les enfants. Scoop.

Avant d’aller plus loin, je précise d’emblée que cela ne saurait nullement obliger les femmes à avoir des enfants. Car une potentialité ne saurait, sans dérive inquiétante, se muer en obligation : c’est pour le coup que la nature imposerait sa « loi », limitant dramatiquement la liberté !

Venons-en maintenant à la problématique du nom de l’enfant. L’idée que je défends est la suivante : puisque la  mère entre dans la maternité par le biais de la grossesse – qui peut être éprouvante, merveilleuse ou relativement bien balancée entre moments de joie et nausées et autres douleurs, là n’est pas la question -, il ne me semblait pas idiot de prévoir pour celui – ou celle, car mon raisonnement vaut également pour les couples de femmes – qui n’a pas porté l’enfant une autre manière d’entrer dans la parentalité. Mécanisme symbolique donc, qui ne permet ni ne dédouane évidemment d’aucun rôle effectif d’éducation de l’enfant, mais signe l’entrée dans un rôle, celui de coparent – je préfère ce terme à celui de « père », qui restreint l’approche à un point de vue hétérosexuel.

Je ne voyais donc aucune injustice à ce que l’enfant porte comme seul nom celui de son père. Plus, j’y voyais également un mécanisme, tout aussi symbolique, par lequel la mère reconnaissait l’identité de celui – car ceci valait hélas uniquement pour les couples hétérosexuels – avec lequel elle avait conçu l’enfant. Une manière de dire à la société que ce petit être qu’elle mettait au monde avait été conçu avec Monsieur X, et n’était donc – toujours symboliquement – pas né d’elle seule.

 

Ce sont ces raisons qui font que je ne vois pas de motif de se réjouir – au nom de l’égalité – de ce que les enfants puissent désormais porter le nom de leurs deux parents, et encore moins de ce qu’ils puissent porter le nom de leur mère seule. Je vois en effet dans cette dernière possibilité (et le fait qu’elle soit validée par le père n’y change rien) une manière de faire symboliquement de l’enfant celui de sa mère seule, et donc de nier le second coparent, qui existe nécessairement dans un couple marié.

Or, rappelons que cette loi ne vaudra bien évidemment que pour les couples mariés : pour les autres, la possibilité existait déjà et continuera d’exister de donner à l’enfant leur seul nom de sa mère, pour peu que le père n’ait pas reconnu l’enfant. Ce qui ne peut se faire qu’avec l’accord de la mère.

 

Ainsi Irène Kaufer épinglait-elle ainsi mes positions en la matière : “Nadia Geerts, qui se dit radicalement opposée aux quotas et autres "discriminations positives" en faveur des femmes au nom d'un "féminisme universaliste", soutient par ailleurs l'importance "symbolique" du nom du père et proclame son hostilité à la nouvelle loi sur la transmission du nom de famille, avec des arguments qui me paraissent tout à fait "différencilaistes" (ou pour le dire autrement : dans ce raisonnement, hommes et femmes sont présentés comme "complémentaires"). Voilà qui me paraît tout à fait contradictoire... »

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Published by Nadia Geerts - dans Féminisme
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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 16:46

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Je débattrai de mon nouveau livre avec Arnaud Ruyssen le samedi 22 février 2014 de 12h à 13h à la Foire du Livre (Tribune des éditeurs). Cet entretien sera suivi d'une séance de dédicaces sur le stand d'Interforum (302).

Vous pourrez par ailleurs lire un portrait de moi dans Le Soir Mag qui paraîtra ce mercredi 19.

"Et si on en remettait une couche ?" sera disponible en librairie et en version électronique dès le jeudi 20 février.

A bientôt !

Nadia Geerts

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Published by Nadia Geerts - dans Société
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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 13:14

Madame,

 

J’apprends avec stupeur que vous refusez ma venue dans votre établissement (sis à Louvain-la-Neuve), au motif que mon républicanisme serait… Serait quoi, au juste ? Incompatible avec l’appellation de votre athénée, royal ? Ou avec la dignité de ma fonction, peut-être ? Ou, si j’ai bien compris, avec le serment de fidélité au roi et obéissance à la Constitution et aux lois du peuple belge que j’ai prêté ?

Sachez, Madame, que jamais il n’a été dans mes intentions de parler de république à vos chers élèves – dont j’espère évidemment que dans votre noble souci de les préserver de tout endoctrinement, vous ne les avez jamais autorisés et ne les autoriserez jamais, sous la conduite d’un enseignant féru de monarchie, à se déplacer pour une quelconque joyeuse entrée…

Et quand bien même j’aurais parlé de monarchie et de république, d’ailleurs ? Quand bien même j’aurais osé évoquer devant vos élèves le fait que la transmission héréditaire du rôle de chef de l’Etat était peu conforme à  une conception moderne de la démocratie ? Votre conception du rôle de l’enseignement officiel s’accommode-t-elle vraiment si mal de l’ouverture à un point de vue certes minoritaire, mais profondément démocratique ?

 

Ma visite, rappelons-le, n’aurait eu comme but que de rencontrer les élèves d’une classe de morale de 2è secondaire, et ce pour m’entretenir avec eux de laïcité. Je répète, pour que ce soit bien clair : je devais venir parler de laïcité à des élèves du cours de morale non confessionnelle, à l’invitation de leur professeur. Mais cela n’a pas eu l’heur de vous plaire… Vous avez donc refusé ma visite, non pas sur base du projet – qui me semble dans le droit fil de ce qu’un enseignant de morale peut organiser dans sa classe – mais sur base de ma personne, dont les idées que je défends par ailleurs ne vous semblent pas autorisées.

Pardonnez ma brutalité, Madame, mais en quoi cela vous concerne-t-il ? Est-ce à vous de décider si j’enfreins mes engagements d’enseignante en défendant par ailleurs (j’ai bien dis « par ailleurs ») des idées républicaines ?

Je suis enseignante depuis 1991, soit 22 ans. Lorsque j’ai cofondé le Cercle républicain, en 2000, je n’étais pas encore nommée. Cela ne m’a pas empêchée de l’être, alors même que j’avais publié un ouvrage en 2003 abominablement républicain, « Baudouin sans auréole ». Lorsque j’ai quitté en 2009 la Ville de Bruxelles, où j’étais nommée, pour un poste de maître-assistante en philosophie à la Haute école de Bruxelles, je n’ai pas non plus été arrêtée pour flagrant délit de républicanisme.

Et vous savez quoi ? C’est normal. Comme je l’explique dans mon dernier livre (1), les textes décrétaux définissant les obligations de l’enseignant en matière de neutralité sont en effet clairs : s’ils enjoignent à l’enseignant de s’abstenir de toute attitude et de tout propos partisans et de ne témoigner en faveur d’aucun système, c’est bien devant les élèves (2). En d’autres termes, l’enseignant conserve son entière liberté de s’engager, de militer, de manifester, de pétitionner, de prendre enfin des positions publiques, pourvu qu’il ne le fasse pas durant ses activités d’enseignement ou, plus précisément, devant les élèves. Et Xavier Delgrange de préciser : « L’enseignant demeure pour le reste “un citoyen à part entière, qui doit pouvoir participer aux débats philosophiques, idéologiques ou religieux de la société dans laquelle il s’insère et y exprimer ses propres conceptions, sans préjudice du respect de sa vie privée, de sa liberté syndicale, de son droit à se porter candidat aux élections ou d’assister à un office religieux”. »(3)

Certes, me direz-vous, mais les enseignants «  ne peuvent se livrer à aucune activité qui est en opposition avec la Constitution et les lois du peuple belge, qui poursuit la destruction de l'indépendance du pays ou qui met en danger la défense nationale ou l'exécution des engagements de la Belgique en vue d'assurer sa sécurité. Ils ne peuvent adhérer, ni prêter leur concours à un mouvement, groupement, organisation ou association ayant une activité de même nature. »(4)

Mais quelle interprétation faites-vous donc de cet article si vous en déduisez qu’il m’est interdit, de par son existence, de militer démocratiquement et pacifiquement pour un changement dans la méthode de désignation du chef de l’Etat ? Considérez-vous alors que nos représentants politiques, dès lors qu’ils prêtent ce même serment, s’engagent à ne jamais vouloir modifier aucun point de la Constitution ni aucune loi du peuple belge ? 

 

C’est la première fois, Madame, que l’on m’interdit de m’exprimer dans une école. Le seul précédent concerne une « plainte » que Vigilance Musulmane avait déposée contre moi, mais c’était après que je me sois exprimée – et ce think thank a évidemment été débouté par la Communauté française. Laquelle, contrairement à vous, avait fort bien compris que, tout enseignante que je sois, j’avais parfaitement le droit de m’exprimer de manière engagée, en tant que militante, devant des élèves d’une autre école que celle dans laquelle j’enseignais, et qui n’étaient donc pas mes élèves. Voici à cet égard la réponse donnée par Marie-Dominique Simonet à la question de Christine Defraigne :

« À la suite d’une conférence donnée à l’Athénée provincial Jean d’Avesnes à Mons, une enseignante a fait l’objet d’une plainte déposée par Vigilance musulmane.

Conformément à la procédure prévue en l’espèce, j’ai sollicité une mission d’information auprès de la direction générale de l’enseignement obligatoire. Son rapport, qui vient de m’être communiqué, signale que la conférencière en question est désormais maître de conférences dans l’enseignement supérieur. Elle n’enseigne donc pas aux élèves dudit athénée et n’exerce aucune autorité sur eux. Elle avait été invitée, comme conférencière à s’exprimer sur l’un de ses ouvrages.

Dans le cadre de cette conférence, d’autres intervenants ont pris la parole. Un débat s’en est suivi dans l’école. À cette occasion, des opinions différentes ont été échangées, comme il est courant de le faire lorsqu’un conférencier aborde une thématique. Ce type d’activité permet de confronter divers avis et d’ouvrir le champ à la réflexion. En cela elle correspond bien aux objectifs pédagogiques de la Communauté française. Le rapport conclut en disant qu’il n’y a pas violation du décret sur la neutralité. Sur la base de tous ces éléments, que je trouve tout à fait pertinents, je ne donnerai pas suite à cette plainte.»(5)

 

Je suis scandalisée, mais aussi infiniment désolée, qu’une représentante de l’enseignement officiel surpasse, en matière de tentative de censure, une association défendant les intérêts partisans d’une communauté religieuse particulière.

Pour ma part, je suis profondément attachée à la démocratie, aux droits humains, à la liberté de conscience et à la laïcité. C’est de cet attachement que j’aurais témoigné devant quelques uns de vos élèves, si vous ne vous y étiez stupidement opposée. Dois-je en conclure que votre établissement est davantage royal qu’athénée (6) ?

 

Avec mes salutations profondément laïques et résolument républicaines

 

Nadia Geerts

(1) “Ecole, profs, élèves: La neutralité n’est pas neutre !” (La Muette 2012)

(2) sous-entendu évident: ses élèves.

(3) Commentaire de larticle 4 de la proposition devenue le décret de 1994, cité par Xavier Delgrange dans Enseignant et neutre ?, op.cit., p.45

(4) arrêté royal du 22/03/1969, chapitre II, article 12

(5) Parlement de la Communauté française, session 2009-2010, 9 juin 2010

(6) dans l’Antiquité, lieu de rassemblement des philosophes, à Athènes.

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Published by Nadia Geerts - dans Enseignement
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Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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