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Texte Libre

23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 14:34

Depuis que le décret fondant le cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté (EPC) établit une égalité d’accès à l’enseignement de ce cours entre les professeurs de morale et leurs collègues de religions, les réactions vont bon train. Parmi elles, celle de professeurs de morale qui annoncent saisir la justice, s’estimant mieux placés pour enseigner le nouveau cours que leurs collègues, notamment parce que plus neutres.

Le cours de morale : entre particularisme et universalisme

La question de la neutralité du cours de morale est ancienne et complexe. En effet, ce cours trouve son origine dans le souhait bien légitime de parents non croyants de ne pas voir imposer à leur enfant un catéchisme (catholique) alors obligatoire pour tous les élèves. Depuis, le Pacte scolaire est venu fixer un cadre légal imposant à toute école officielle l’organisation de cours dits « philosophiques », parmi lesquels un cours de « morale non-confessionnelle » dont le programme spécifie explicitement qu’il s’adresse aux enfants « dont les parents se reconnaissent d’une forme de pensée laïque » (programme du primaire) ou « ne se réclament d’aucune confession » (programme du secondaire) afin de les exercer à « résoudre leurs problèmes moraux sans se référer à une puissance transcendante ni à un fondement absolu par le moyen d’une méthode de réflexion basée sur le principe du libre examen. ».

Il est donc exact de dire que le cours de morale trouve son fondement historique dans la nécessité d’offrir aux enfants de parents non croyants un cours correspondant à leurs convictions.

Pour autant, il serait inexact d’en conclure que le cours de morale a pour vocation de transmettre une quelconque doctrine athée. A la différence des cours de religion, le cours de morale n’est d’ailleurs pas sous le contrôle d’un quelconque « organe chef de culte » - le CAL n’a même aucun pouvoir sur les désignations et nominations des profs de morale ni sur les programmes. Il s’agit bien plutôt, j’y reviendrai, d’offrir aux élèves des outils leur permettant de penser par eux-mêmes, sans tenir d’emblée pour vrai aucune assertion, aucun dogme qu’ils n’auraient pas d’abord soumis à l’analyse rationnelle et à la critique.

Le programme du cours de morale témoigne d’ailleurs de son orientation résolument tournée vers la pratique du questionnement philosophique et de la résolution de problèmes éthiques. En particulier, depuis le début des années 2000, le programme du cours de morale non confessionnelle a été largement revu afin d’y faire une large place à la pratique de la philosophie, en tout cas au degré supérieur. La question devenait donc celle-ci : faut-il réserver l’exercice de la démarche philosophique aux seuls élèves inscrits au cours de morale non confessionnelle ou en revendiquer l’accès pour tous les élèves fréquentant l’enseignement officiel, quelles que soient leurs convictions religieuses ?

Un clou chasse l’autre… à moitié

Cela fait par ailleurs longtemps déjà que bon nombre d’acteurs de l’enseignement, mais aussi certains politiques, appellent de leurs vœux un véritable cours de philosophie.

La question restait « Comment faire ? » dès lors qu’il était inenvisageable d’augmenter l’horaire hebdomadaire des élèves. La voie la plus sage aurait sans doute été de suivre jusqu’au bout la voie ouverte en 2013 par la commission « Education » du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans le cadre de l’examen de la proposition de Richard Miller d’instaurer, en 5è et 6è secondaire, un cours de philosophie, de citoyenneté et d'histoire culturelle des religions, celle-ci avait en effet auditionné trois professeurs de droit constitutionnel, MM. Behrendt (ULg), Dumont (St Louis) et Uyttendaele (ULB). Et ceux-ci ont estimé unanimement que le prescrit constitutionnel n’imposait pas aux élèves de suivre les cours « philosophiques », mais seulement aux établissements scolaires de les organiser. Autrement dit : ils pouvaient parfaitement être rendus facultatifs.

Malheureusement, au lieu de retirer ces cours de la grille horaire, le gouvernement a préféré ménager la chèvre et le chou en maintenant une heure de morale/religion, et en introduisant dès la rentrée 2016 (pour le primaire) et 2017 (pour le secondaire) une heure hebdomadaire d’EPC.

Les professeurs de morale et de religion voient donc leur nombre d’heures diminuer de moitié (au moins, car les élèves pourront également choisir de renoncer totalement au cours de morale/religion pour suivre deux heures d’EPC par semaine), et s’inquiètent bien légitimement pour leur emploi. De manière assez compréhensible, ils espèrent pouvoir compenser leur perte d’heures en donnant le cours d’EPEC. La question devient alors : sont-ils suffisamment neutres que pour pouvoir dispenser ce cours ?

A chaque cours ses compétences spécifiques

C’est ici que la confusion est portée à son comble, certains professeurs de religion s’indignant ainsi, par média interposés, qu’on les soupçonne de ne pas être capables de « faire le part des choses ».

Pourtant, il ne s’agit nullement ici d’évaluer les compétences individuelles et « spontanées » de tel ou tel enseignant en matière de neutralité. Il s’agit en réalité uniquement de déterminer quelle formation est à la fois nécessaire et suffisante pour enseigner le cours d’EPC, cours qui, dès lors qu’il sera un cours dispensé à tous les élèves indépendamment de leurs convictions, devra répondre aux mêmes exigences en termes de neutralité que tous les autres cours généraux.

Or, depuis 2004, une formation à la neutralité est imposée à tous les futurs enseignants dans le cadre de leur formation pédagogique.

Et précisément, cette formation pédagogique, tous les professeurs de religion sont loin de l’avoir suivie : les futurs instituteurs peuvent certes suivre une formation en morale ou en religion catholique dans le cadre de leurs études, selon qu’ils fréquentent une Haute école du réseau officiel ou du réseau libre confessionnel ; quant aux régents, ils peuvent opter (selon le réseau dans lequel ils étudient) pour un cursus en français-morale ou en français-religion catholique. Mais les quatre autres religions proposées dans l’enseignement officiel (orthodoxe, israélite, protestante et islamique) ne disposent pas de haute école pédagogique assurant la formation spécifique des enseignants. A cela s’ajoute que l’organe chef de culte est seul compétent pour désigner et nommer les enseignants de religion.

Autrement dit, le réseau officiel ne forme lui-même, outre les enseignants de cours généraux, que les professeurs de morale. Et ces derniers sont les seuls à devoir suivre un programme établi par la Fédération Wallonie-Bruxelles, par ailleurs responsable de leur désignation, nomination, etc.

Ce cours de morale, de par son contenu, est en outre résolument axé sur la formation philosophique et citoyenne, et c’est donc spécifiquement à ces compétences-là que sont déjà formés aujourd’hui les futurs enseignants de morale, tandis que les professeurs de religion sont assez logiquement formés à transmettre des éléments de connaissance spécifique à leur religion.

Enfin, les professeurs de morale ont nécessairement dû suivre une formation à la neutralité. Parmi leurs collègues de cours « philosophiques », seuls les professeurs de religion catholique sont dans le même cas.

Apprendre à penser

Si l’on veut réellement que le nouveau cours d’EPC remplisse l’ambitieuse mission à laquelle il est censé répondre, il est essentiel qu’il ne soit pas confié à la légère à des enseignants certes compétents dans leur discipline particulière (la théologie), mais insuffisamment préparés à développer l’autonomie intellectuelle et affective de l’enfant ni à forger des compétences citoyennes ou philosophiques – toutes choses qui ne s’improvisent pas.

Nos enfants ont un besoin urgent d’apprendre à penser. Rationnellement. Librement. Ce qui ne veut pas dire « comme ils veulent », mais par un travail laborieux, douloureux parfois, mais jouissif in fine, d’émancipation des idées reçues, des dogmes, des préjugés. Un travail qui ne peut se faire entre soi, au sein d’un cours de religion ou de morale, mais en allant à la rencontre de l’autre, en échangeant, en se confrontant, en se heurtant à d’autres manières de voir, de penser, de juger.

Apprendre à penser, donc. C’est, en gros, la mission que se fixait d’ores et déjà, et depuis longtemps, le cours de morale non confessionnelle. Car ce cours, pour engagé qu’il est, ne s’est jamais donné pour mission d’apprendre aux élèves l’inexistence de Dieu, la stupidité des religions ou le fléau de la croyance. Non, il se limite – et c’est déjà extraordinairement ambitieux ! - à encourager les élèves à pratiquer une méthode appelée le libre examen. Loin de tout endoctrinement, qu’il soit religieux ou athée, cette méthode consiste à inviter les élèves à penser par eux-mêmes, librement, en usant de leur raison. En aucun cas le cours de morale ne prétend dire aux élèves quoi penser. Tout au plus tente-t-il de leur enseigner comment penser.

Et j’avoue avoir le plus grand mal à saisir pourquoi une si belle méthode, qui constitue le fondement même de la démarche scientifique et de l’activité philosophique – je pense ici à Descartes ou Poincaré -, ne pourrait être enseignée qu’à de petits athées, au prétexte qu’elle serait trop engagée. Le débat autour de la neutralité du cours de morale non confessionnelle me paraît donc un faux débat, et seules des considérations politiciennes peuvent expliquer que le cours de morale ait été traité sur le même pied que les cours de religion. Car si le cours de morale est engagé, c'est en faveur de principes issus des Lumières, qui devraient constituer le socle de l'enseignement officiel : le libre examen, la raison, l'autonomie individuelle, le refus de tout dogmatisme.

Published by Nadia Geerts
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 13:13

Le débat, après avoir connu une accalmie ces dernières années, resurgit en force ces dernières semaines. On connaît le leitmotiv « Ne me libère pas, je m’en charge ! » et le postulat : les femmes savent ce qui est bon pour elles, à elles de choisir le stratégies d’émancipation, et dès lors qu’elles ont choisi de porter le voile, de quel droit irions-nous les critiquer ? Ne sommes-nous pas, après tout, partisans de la liberté ?

Et la petite voix de poursuivre : « à moins que cette liberté ne soit jamais que la liberté pour ces femmes d’être comme vous, c’est-à-dire en somme des fashion victims consentantes, soumises aux diktats de la mode, esclaves du regard des hommes et de l’obligation de séduire ? ».

Et à ceux qui parlent de la réalité du voile en Iran, en Afghanistan, au Qatar ou ailleurs, les mêmes de s’étonner : en quoi l’utilisation qui est faite du voile ailleurs devrait-elle faire obligation aux femmes d’ici ? Quel rapport entre celle qu’on violente ou humilie là-bas parce que mal voilée, et celle qui décide librement de se couvrir la tête - avec la bénédiction de quelques grandes enseignes de la confection comme H&M, Marc & Spencer ou Dolce Gabana d’ailleurs ?

Excellente question, à laquelle je vais tenter de répondre ici.

Le voile signifie quelque chose. Et ce, indépendamment du sens que lui donne celle qui le porte. Et il en ira ainsi tant que, précisément, des mouvements politico-religieux en feront l’étendard de leur conquête. On peut certes décider que cela ne nous concerne en rien, nous les femmes occidentales, mais c’est un peu comme si un juif décidait de porter l’étoile jaune parce que ça fait joli sur son costume, ou parce qu’il croit que c’est ainsi qu’on marque qu’on est juif. Imaginons que la scène se passe, qui plus est, en Amérique au début des années 40, et on n’aura plus le choix que d’hésiter entre naïveté confondante et scandaleuse provocation.

Que signifie le voile ? Il est avant tout une manière de codifier la pudeur féminine islamique. La femme musulmane pudique dissimule ses cheveux sous un voile, et manifeste ainsi – consciemment, volontairement ou non - qu’elle n’est pas une femme de petite vertu ni une non-musulmane. Elle introduit ainsi une distinction nette entre elle et celles qui, d’une manière ou d’une autre, manquent à ce devoir de vertu. Elle indique aux hommes qu’elle est respectable, à épouser ou déjà mariée, mais en aucun cas disponible pour les jeux de séduction – en tout cas en théorie…

Bien sûr, toutes les femmes qui portent le voile ne veulent pas dire cela, et j’entends régulièrement proclamer qu’elles défendent vigoureusement le droit de chacune à s’habiller comme elle l’entend et d’être respectée.

Je ne doute pas de leur sincérité, mais elles n’en sont pas moins les instruments inconscients d’un projet politique qui les dépasse, et qui consiste à marquer les femmes, à les stigmatiser, au sens premier du terme, c’est-à-dire à leur faire porter la marque de leur infamie, à savoir leur sexe.

Oui, pour les islamistes – comme pour les premiers chrétiens, comme pour les juifs orthodoxes – la femme est créature diabolique. Elle est la tentatrice, la pécheresse, celle par qui le mal arrive. Il faut donc à tout prix dissimuler, domestiquer, dompter ce corps objet de désir. Il s’agit de conditionner la présence de la femme dans l’espace public : cacher ses cheveux, dissimuler ses formes, la faire accompagner de son père ou de son mari, la transformer en fantôme rasant les murs, grillager jusqu’à ses yeux, tout cela sont des conditions auxquelles la femme doit se plier si elle veut paraître sans scandale.

Qu’elle ne vienne pas se plaindre si, non voilée, elle est insultée, battue, molestée : elle n’avait qu’à exhiber les signes extérieurs de sa respectabilité, et rien de tout cela ne serait arrivé !

Le voile, en d’autres termes, rend non seulement la présence, mais aussi la respectabilité de la femme conditionnelle. Il proclame que si l’on veut être respectée, il faut être respectable. Une idée qui est l’exact contraire de la dignité inconditionnelle de la personne humaine proclamée par la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Et la mini-jupe, dans tout ça ?

Certes, elle est un outil de séduction, comme le maquillage, les talons, les décolletés. Et à ce titre, elle consiste à accepter d’entrer dans un jeu dont nous n’avons pas édicté les règles nous-mêmes. Car ce sont bien entendu les hommes, des hommes, qui ont élaboré l’objet fantasmatique qu’est la femme objet, femme fatale, séductrice, tentatrice – tiens tiens… la revoilà !

Et pourtant, quelle différence ! Car les codes vestimentaires de la séduction laissent aux femmes infiniment plus de liberté que ceux de la pudeur islamique, version ayatollahs, mollahs et autres islamofascistes. Je crois pouvoir dire que je ne connais aucune femme sacrifiant tous les jours, à chacune de ses sorties, à ces codes. Certes, beaucoup de femmes ont dans leur garde-robe l’une ou l’autre pièce de vêtement évoquant davantage la bimbo que la femme moderne soucieuse de confort avant tout. Mais nous jouons toutes de ces codes, alternant jeans et mini-jupe, talons-aiguille et vieilles baskets. Sans que jamais ce jeu ne nous fasse courir le moindre risque physique : nulle police de la vertu pour nous rappeler que nous ne sommes pas assez sexy, nulle loi pour nous imposer un quelconque dress-code. Libre à nous de sacrifier un peu, beaucoup ou pas du tout aux diktats de la mode. Sans que jamais nous n’en soyons plus ou moins respectables.

Le jour où des femmes pourront porter un voile un jour, mais pas le lendemain, ce jour-là, le voile sera devenu l’équivalent de la mini-jupe. Mais ce ne sera plus un voile : ce sera un foulard, un accessoire de mode comme un autre, sans signification particulière autre que la recherche d’élégance, d’originalité ou de beauté. Il sera devenu ce que certains veulent à toute force que nous y voyions aujourd’hui, alors que l’évidence crève les yeux : le voile n’est pas un accessoire, parce qu’il est une obligation, un prescrit politico-religieux.

P.S. 1 Suite à la parution de cet article, certains se sont offusqués de ce que j'ose comparer le voile à l'étoile jaune. J'avoue ne pas comprendre ce que cette comparaison a de choquant, ni pour qui : serait-ce choquant de comparer les femmes aux juifs ? A moins que ce soient les islamistes qu'on ne saurait comparer aux nazis ? Doit-on se sentir vexé en tant que femme ? En tant que musulmane ? En tant que juif ? En tant qu' islamiste ?

Selon moi, l'étoile jaune comme le voile ont été imposés par un pouvoir totalitaire comme condition à la parution d'une partie de la population (les juifs dans un cas, les femmes dans l'autre) dans l'espace public. Ne pas les porter s'accompagne ou s'est acommpagné, pour l'un et pour l'autre, de risques pour sa sécurité, voire pour sa vie, dans les régimes où il est/était imposé. Le voile comme l'étoile jaune sont par essence discriminatoires en ce qu'ils conditionnent la présence de certains dans l'espace public. Ils inculquent en cela la honte d'être soi et l'obligation de porter sur soi le stigmate de sa condition. La seule différence est que les islamistes n'ont pas le projet d'exterminer les femmes, mais seulement de les rendre invisibles...

Au sujet de cette comparaison, on peut d'ailleurs lire ici les propos de Chahdorttt Djavann, que je reprenais déjà dans "Fichu voile" :http://lautjournal.info/articles-mensuels/226/le-voile-cest-letoile-jaune-de-la-condition-feminine.

P.S. 2 Il y a quelque chose de surréaliste dans la manière dont certains se voilent la face devant certaines évidences, dont le caractère éminemment politique du voile aujourd'hui. Dans une société mondialisée, comment peut-on faire comme si ce qui se passe à quelques milliers de kilomètres d'ici ne nous concernait en rien ? Comment peut-on ignorer que le voile fonctionne à l'évidence comme un marqueur, un stigmate ? Ma comparaison avec l'étoile jaune ne voulait que pointer cela, car quel meilleur exemple de stigmate que cette étoile jaune que les nazis imposèrent aux juifs pour mieux les marquer, puis les persécuter et les exterminer ? Je n'ignore rien de cela, et mon seul propos était de montrer à quel point il était ironique que des femmes, ICI, choisissent de s'affubler d'un signe qui, ailleurs, est l'emblème-même de la persécution. Est-ce si compliqué à comprendre ?

Published by Nadia Geerts
25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 18:00

À chaque scandale dans un abattoir relayé par les médias, les réseaux sociaux s'enflamment : les sympathisants de la cause animale s'indignent, et parmi eux, les défenseurs du végétarisme, du végétalisme ou du véganisme sautent sur l'occasion pour rappeler qu'il serait grand temps de repenser notre alimentation, considérant que l'abattage industriel, avec ses dérives, n'est que la conséquence logique de notre mode de vie carnassier.

On ne tarde pas alors à voir les amateurs de viande réagir avec une extrême virulence, dénonçant le végétarisme et ses avatars plus radicaux comme la nouvelle religion du siècle.
Et en effet, à première vue, le refus de consommer de la chair animale, voire des produits issus de l'élevage, peut faire penser à l'attitude des religieux qui, de tous temps, ont érigé des interdits, notamment alimentaires, qu'elles ont tenté d'imposer à tous à grand renfort d'arguments moralisateurs et culpabilisants. Au plaisir revendiqué par les uns - plaisir de la chair, dans toutes les acceptions du terme -, elles opposaient le devoir moral de continence, d'ascétisme, de privations. Le corps, disent les religions, doit être tenu sous contrôle, dompté, corseté. Et l'homme qui se laisse mener par le but du nez par la quête effrénée de plaisirs charnels ne vaut guère mieux que l'animal.
Aussi n'est-il guère surprenant que les amateurs de chair animale voient rouge lorsqu'ils croient assister au retour des censeurs qui prétendent se mêler du contenu de leur assiette : c'était bien la peine de se débarrasser, parfois à grand peine, des interdits religieux, si c'était pour voir apparaître d'autres intégristes, cette fois de la cause animale !
Et certes, il y a parmi les "végés" (1) des gens qui voudraient imposer à tous leur point de vue, et dégoulinent de réprobation morale dès qu'ils se trouvent face à quelqu'un qui mange de la viande, voire même des œufs ou du miel. Ce qui est d'ailleurs étonnant, dès lors que le nombre de ceux qui, parmi eux, n'ont pas été d'abord omnivores doit être ridiculement faible, et qu'ils doivent donc bien savoir qu'il y a dans la consommation de chair animale une dimension éminemment culturelle dont on ne peut s'extraire que difficilement. Au fond, c'est une part d'eux-mêmes qui en juge une autre, désormais révolue.

Cela étant, peut-on raisonnablement soutenir que le végétarisme, en soi, est une religion ? Commençons par rappeler ce qu'est une religion. Pour Emile Durkheim, il s'agit d'un "système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent." (Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912).

Pour qu'il y ait religion, il faut donc que les interdits, le sacré, repose sur un système de croyances : il ne suffit pas, par exemple, de considérer la vie humaine comme sacrée et d'être en conséquence opposé à la peine de mort pour appartenir à une religion.
Quelles seraient alors les croyances sur lesquelles reposerait le choix végé ? Une croyance impliquant, je le rappelle, l'adhésion à un énoncé dont la véracité n'est pas démontrée, adhésion rendue possible par la foi.
1. Les végés considèrent les animaux comme des êtres sensibles.
Il s'agit là d'un constat objectif étayé par les travaux de nombreux scientifiques. Plus personne aujourd'hui ne considère, comme le faisait Descartes, l'animal comme une machine dont les cris seraient comparables aux grincements d'un rouage mal huilé.
2. Les végés considèrent que leur corps n'a pas besoin de produits animaux pour vivre ni pour être en bonne santé.
Si un régime sans aucune protéine animale (produits laitiers, œufs) risque effectivement de conduire à des carences si l'individu ne recourt à aucune supplémentation, de très nombreuses personnes témoignent de ce qu'il est parfaitement possible de se maintenir en bonne santé sans consommer de viande ni de poisson. Et les recherches récentes accréditent plutôt la thèse que nous mangeons trop de viande, et que celle-ci est néfaste à la santé. Qui plus est, il est parfaitement irréaliste de croire pouvoir nourrir 7 milliards d'individus selon les standards de notre alimentation d'occidentaux. L'empreinte écologique d'un Belge correspond à quatre planètes, ce qui signifie que nous consommons chaque année quatre fois ce que la terre est capable de nous fournir sur cette même période.
3. Les végés considèrent qu'ils n'ont pas le droit, moralement, d'infliger de la souffrance à des êtres sensibles dès lors que cette souffrance n'est pas nécessaire à leur survie ni à leur santé.
Tout comme diminuer drastiquement sa consommation de viande est un choix parfaitement rationnel, décider de s'en passer complètement est un choix éthique rationnellement étayé, conséquence directe des énoncés 1 et 2.

Certes, me dira-t-on, mais il y a tout de même dans le postulat végé un refus de la supériorité de l'homme sur l'animal, celle qui donne au premier le droit de tuer le second pour s'en nourrir, dès lors que cela contribue à son bon plaisir.
Et en effet, il y a de cela. Mais à nouveau, en quoi s'agit-il d'une attitude religieuse ? L'étude des espèces animales nous démontre à suffisance que les catégories anciennes de la pensée, qui faisaient des animaux des êtres frustres, et de l'homme le sommet de la hiérarchie animale, échouent à rendre compte de la complexité du vivant. Il n'est pas jusqu'au domaine législatif qui s'en trouve profondément modifié, comme en témoignent ces trois exemples parmi d'autres :
Depuis 2015, le code civil français a cessé de considérer les animaux comme des biens meubles.
En 2013, l'Inde a reconnu les dauphins comme des "personnes non humaines" et interdit les delphinariums.
En 2014, un orang-outang détenu dans un zoo de Buenos Aires, Sandra, s'est vu reconnaître le droit à la liberté en tant que personne non humaine :
""C'est une personne non humaine car elle a des liens affectifs, elle réfléchit, elle ressent, elle se frustre d'être enfermée, elle prend des décisions, elle est dotée de conscience et de perception du temps, elle pleure quand elle perd (un proche), elle apprend, elle communique et elle est capable de transmettre son savoir", expliquait l'AFADA." (2)

Bien sûr, un dauphin n'est pas comparable à une moule, ni un chimpanzé à un poulet. Et sans doute le lecteur omnivore jurera-t-il ses grands dieux que jamais, au grand jamais, il n'accepterait de manger l'un de ces animaux "supérieurs".
Néanmoins, cet argument contient en creux trois difficultés majeures :
La première consiste à considérer que le fondement de notre refus de manger tel animal serait son intelligence. Or, rien ne permet de démontrer un lien quelconque entre intelligence et sensibilité. Autrement dit, pourquoi serait-il plus légitime de tuer un animal peu intelligent pour se nourrir, dès lors que les souffrances qu'il endure de par le processus d'élevage industriel auquel il est soumis ne sont pas moindres du fait de son cerveau moins développé ?
La deuxième réside dans le fait qu'en réalité, nous mangeons des animaux très intelligents, et nous abstenons d'en manger d'autres, qui le sont beaucoup moins. Sans même parler de la cervelle de singe, très prisée sous d'autres latitudes, pensons à l'intelligence du cochon, très proche de celle du chien. Cela ne nous empêche pas de transformer le premier en saucisse et le second en membre de la famille. Où est la raison dans tout cela ?
La troisième est la difficulté d'établir un critère rationnel nous permettant de distinguer les animaux qu'on mange de ceux auxquels on reconnaîtrait le droit de vivre. Ou mettre la limite ? Certes, il est normal d'avoir plus d'empathie pour un veau que pour un poulet, pour un poulet que pour un saumon, pour un saumon que pour une moule, dès lors que nous savons bien, grâce aux travaux de psychologues, que notre empathie est d'autant plus grande que l'autre nous apparaît comme notre semblable. Et les yeux d'un veau ont quelque chose de plus "humain" que ceux d'une moule - qui d'ailleurs en est dépourvue. Mais passé ce constat, comment décider si c'est le veau, le poulet, le saumon ou la moule qui constituera notre seuil maximal de tolérance ? N'est-il pas en somme plus rationnel de prendre pour critère celui de l'existence d'un système nerveux, donc d'une probable capacité à ressentir de la douleur (3) ?
J'ajouterai qu'il est un peu curieux de tenir comme évident que notre supériorité nous donnerait le droit de tuer et de manger les plus faibles. On peut aussi considérer, au contraire, que ladite supériorité implique un devoir moral de protection et d'assistance plutôt qu'un droit de vie et de mort.

Considérer, enfin, que l'homme est naturellement programmé pour manger de la viande, qu'il est un animal omnivore, voire prédateur, me paraît un raisonnement somme toute plus proche de la religiosité que de la rationalité. En effet, il y a là une sacralisation de la nature humaine, voire du projet de Dieu - ce dernier ayant créé les animaux pour que l'homme s'en nourrisse, souvenons-nous du mythe d'Abel et de Caïn - fort peu compatible avec une approche humaniste, qui considère que l'homme n'est soumis à aucun projet autre que ceux qu'il se fixe, et que s'il y a une nature humaine, elle réside précisément dans la capacité de l'homme à s'arracher à la nature. Toute l'histoire de l'humanité n'est rien d'autre que l'histoire d'une sortie de l'homme de la nature. Des premiers rituels funéraires aux travaux d'irrigation, de l'usage des plantes médicinales à la contraception ou au vaccin, de la roue à la sonde spatiale, c'est toujours la même histoire : celle d'une conquête d'une marge d'autonomie de plus en plus grande par rapport aux lois de la nature.
Quel curieux paradoxe que de voir alors les contempteurs du végétarisme perçu comme une nouvelle religion recourir à un argument aussi religieux que l'invocation d'une Nature divinisée auquel l'homme aurait à se soumettre !

L'argument ultime, finalement, semble donc bien être celui du plaisir. Oui, le mangeur de viande n'entend pas renoncer à manger quelque chose qu'il apprécie, qui lui procure du plaisir, et ce quand bien même ce plaisir contribue à la perpétuation de la souffrance et de la mort de plusieurs dizaines de milliards d'animaux par an.
Aurait-on affaire alors à une nouvelle religion, celle du plaisir ? Un plaisir érigé en dogme absolu, que rien ne saurait venir gâcher, et qui nécessite dès lors un nécessaire et fascinant aveuglement volontaire. Ça ne vous rappelle rien ?

On me dira qu'un juste milieu existe entre la recherche de son plaisir et la souffrance qu'il nécessite. C'est cette attitude que prônent ceux qui exigent des conditions d'élevage et d'abattage plus respectueuses de l'animal, afin de réduire autant que possible son stress et sa souffrance. Mais cela ne supprimera pas la mort inéluctable de celui-ci au terme du processus, aussi "humain" soit-il. Une mort dont on peut difficilement soutenir qu'elle soit naturelle ou nécessaire.

Cela étant, je suis convaincue qu'il est moins illusoire de diminuer la consommation de viande de mes concitoyens que de les transformer tous en végés. A la condamnation de principe de toute consommation animale, on peut donc préférer une approche plus pragmatique, qui sera finalement plus bénéfique à la gent animale. Car 90% de consommateurs occasionnels de viande feront davantage pour la cause animale que 10% de végés stricts.
Pour autant, railler et dénigrer le choix végé me semble une absurdité. Car si les végés pêchent, c'est par excès de cohérence. Et s'ils ont à subir autant d'hostilité, y compris lorsqu'ils se contentent de poser des choix pour eux-mêmes sans vouloir convaincre qui que ce soit, c'est probablement parce qu'ils mettent sans le vouloir le doigt sur l'incohérence de ceux qui prétendent se soucier du bien-être animal, s'émeuvent de la chasse à la baleine, du meurtre des bébés phoques, de la corrida et de l'abattage sans étourdissement, mais dégustent sans sourciller leur entrecôte, leur homard ou leur blanquette.



(1) je recourrai à ce terme dans la suite de ce texte pour désigner tant les végétariens (qui ne mangent pas de chair animale, ni viande ni poisson donc) que les végétaliens (qui ne mangent aucun produit d'origine animale, ni viande, ni lait ni œufs, ni miel, etc) et les vegans (qui refusent le recours à tout produit d'origine animale, en ce compris en dehors du registre alimentaire, et bannissent donc le cuir, la laine, etc.)

(2) l'Association de fonctionnaires et avocats pour les droits des animaux

(3) Je dis "probable" parce que les recherches récentes ne permettent pas de affirmer avec certitude que les mollusques souffrent. Il revient alors à chacun d'opter pour le principe de précaution en la matière, ou de préférer en manger tant qu'il n'est pas avéré qu'ils sont capables de ressentir de la douleur.

Published by Nadia Geerts
21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 12:09

Dans les jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre à Paris, j’ai eu cette pensée terrible : au moins, cette fois, on ne se divisera pas, entre ceux qui trouvent des circonstances atténuantes ou même des justifications aux terroristes, et ceux qui condamnent sans réserve.

J’avais particulièrement mal encaissé les « Je suis Charlie, mais… », et je pensais qu’au moins, face à une barbarie qui cible des jeunes qui s’amusent – pas des journalistes, pas des Juifs, non : vous et moi, n’importe qui en somme – on serait tous unis.

Aujourd’hui, je dois déchanter.

Je dois déchanter, non pas parce que certains adopteraient une posture ambiguë relativement aux attentats de Paris, non. Mais parce que le soupçon d’indignation sélective se répand insidieusement : « Quoi, vous pleurez les morts parisiens, mais avez-vous seulement versé une larme pour Beyrouth, il y a une semaine, ou pour le Mali hier ? ». A en croire ces fins observateurs du monde-comme-il-va, la colère et l’émotion exprimées suite aux attentats de Paris attesteraient, de par son intensité, de notre manque d’empathie pour le reste du monde, voire de notre racisme larvé.

Alors, il me semble nécessaire de préciser deux ou trois petites choses à l’intention de ces pseudo-intellectuels de salon qui semblent avoir pris pour habitude d’adopter un point de vue prétendument distancié, c’est-à-dire de hauteur et d’intelligence, face à nous, ces émotifs sélectifs qui ne voient même pas qu’on les manipule.

La loi du mort-kilomètre

Tout journaliste le sait : plus un mort est géographiquement proche de nous, plus il suscitera notre empathie. C’est comme ça. On peut le déplorer, mais pas en faire un indice de racisme, parce que c’est faire fi d’une évidence : les morts de Paris, en novembre comme en janvier, étaient de toutes origines, de toutes confessions, et personne ne trie ses larmes en fonction de l’origine, de la couleur de peau ou de la religion des morts parisiens.

Et que celui qui ne s’est pas davantage préoccupé de la voiture de police stationnée dans sa rue, gyrophare allumé, que du conflit interethnique sévissant au même moment quelque part en Afrique me jette la première pierre.

L’identification

De la même manière, il est parfaitement hypocrite de nier cette évidence : il est plus facile de s’identifier à ce jeune gars qui est mort alors qu’il assistait à un concert, à cette femme qui a perdu la vie à une terrasse de café, à ces gens qui ont frôlé la mort parce qu’ils étaient allés voir un match de foot, qu’à des gens qui meurent sous les bombes à Beyrouth, Gaza ou Bamako. Bien sûr, de toute évidence, ce sont des humains comme nous, et ils ont tout autant droit à la vie et à la sécurité. Pourtant, leur quotidien ne ressemble pas au nôtre. C’est terrible à dire, mais c’est la réalité : il y a des régions du monde où la violence, la guerre et la mort sanglante sont plus habituelles que dans d’autres. Certes, on devrait ne jamais s’y habituer. Mais les faits sont là, têtus : on meurt plus dans certaines régions du monde que dans d’autres. Et de ce fait, la mort de 130 personnes en plein Paris revêt un caractère exceptionnel, extraordinaire au sens littéral du terme, qui explique également notre émotion.

Et lorsqu’on apprend que ces attentats ont été préparés en partie en Belgique, à Bruxelles, à Molenbeek, l’étau se resserre. Les tueurs sont tout près, les prochaines victimes aussi, peut-être. On connaît tous quelqu’un qui a connu l’un des terroristes, ou l’une des victimes. Alors on a peur, et c’est bien normal.

La symbolique de la France

La France, outre qu’il ne s’agit pas d’un pays en guerre – et par là j’entends que ce n’est pas un pays sur le territoire duquel a lieu un conflit armé – est aussi un pays doté d’une charge symbolique évidente. La France, non seulement pour les Français, mais aussi pour beaucoup d’autres pays, parfois très lointains, incarne un certain nombre de valeurs, résumées par le triptyque républicain Liberté – Egalité – Fraternité. Oui : la France est le pays des Lumières, foyer de la lutte contre l’obscurantisme religieux, le fanatisme et la superstition. La France est le berceau des droits de l’homme. La France, c’est aussi la république et la laïcité, ces deux fondements de la démocratie. Et puis la France, c’est aussi Paris, et tout un imaginaire collectif qui tient certes de la carte postale (Les Folies Bergères, la Tour Eiffel, les bouquinistes des quais de Seine, Montmartre, les bistrots, …) mais qui « parle » à des gens parfois très éloignés de la capitale française.

Je ne vous parle pas ici de politique française, qu’elle soit intérieure ou extérieure. Mon propos, en effet, n’est pas d’expliquer pourquoi la France peut incarner l’ennemi à abattre pour des fous de Dieu - qui, soit dit en passant, s’attaquent aussi et avant tout à des musulmans en terre d’islam, ce qui devrait suffire à ce que la dimension géopolitique ne vienne pas évacuer trop commodément la dimension religieuse -, mais d’expliquer à tous ceux qui m’accusent, moi et tant d’autres, de pleurer les morts de Paris plus que les autres, que je refuse leurs discours culpabilisateurs. Je n’ai pas à rougir de mon émotion, ni de ma colère, ni à me justifier.

Oui, les attentats de Paris me touchent particulièrement. Pour toutes les raisons déjà évoquées, mais également parce qu’ils ciblent des valeurs et une mode de vie auquel je suis particulièrement attachée. Si c’était la politique française qui avait été visée, ce sont les bâtiments et hommes politiques incarnant cette politique qui auraient été dans le collimateur des terroristes. Mais non, c’est une certaine idée de la vie qui a été mise en joue : la musique, la danse, le rock, les cafés, le foot, la jeunesse, l’insouciance, la douceur de vivre dans un pays libre, dans une république laïque, où l’on peut sortir le soir et s’amuser sans crainte.

Et c’est précisément pour cela que nous devrions être unis, indépendamment de tous nos particularismes secondaires – origine, religion, etc. – pour faire bloc contre ces fous sanguinaires. Il est grand temps pour cela, il est urgent que d’une seule voix, nous condamnions avec la plus grande fermeté ceux qui prétendent nous imposer leur islam fondamentaliste et sanguinaire. Sans contorsions intellectuelles, sans angélisme, sans réserve.

Published by Nadia Geerts
16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 12:40

Nouvel attentat à Paris, vendredi soir. 132 morts, plus de 300 blessés. Me reviennent en mémoire ces mots de Martin Luther King : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. ». Et cette question, fort peu politiquement correcte : « Qui doit apprendre à vivre avec qui ? ».

A chaque attentat, à chaque fatwa, à chaque décapitation – quelle horreur d’avoir à écrire ces mots ! -, le même discours revient : « Stop aux amalgames ! », « Surtout ne stigmatisons pas ! », « L’immense majorité des musulmans est démocrate et ne demande qu’à vivre en paix ». Et comme en écho, beaucoup de musulmans se manifestent pour dire « Nous n’avons rien à voir avec ça ! », « Ces terroristes ne sont pas de vrais musulmans ! », « L’islam est une religion d’amour et de paix ! ».

Et puis, il y a aussi ceux qui nous accusent, nous qui pleurons les morts parisiens. A les en croire, notre indignation serait sélective, donc suspecte. On ne nous aurait pas entendus lors des attentats à Beyrouth, il y a quelques jours. On aurait bien de la chance, encore, de ne pas vivre à Gaza. Et d’ailleurs, certains préviennent : si on fait une minute de silence, ils viendront avec leur drapeau palestinien.

Tout cela, je l’ai lu sur les réseaux sociaux, ainsi que la sempiternelle accusation de l’Occident, de l’Europe, de l’impérialisme, du colonialisme ou du capitalisme…

Loin de moi la volonté de souffler sur les braises, au contraire. Mais je suis de ceux qui pensent qu’il faut connaître le passé si l’on veut avoir une chance de ne pas le revivre. Or, cette phrase, contrairement à ce que certaines belles âmes semblent croire, ne vaut pas que pour le nazisme. Elle vaut aussi pour le terrorisme islamiste, qui de l’Algérie à l’Iran, de l’Afghanistan à l’Arabie Saoudite, a amplement montré son hideux visage.

Non, je ne vais pas me lancer dans une diatribe anti-islam. Mais pour autant, j’en ai par-dessus la tête de l’aveuglement dominant. Parce que oui, il y a un problème avec l’islam, aujourd’hui. J’en veux pour preuve cette étude du Berlin Social Science Center[1] portant sur le fondamentalisme musulman et chrétien en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, en Suède et en Autriche. Pour la Belgique, 1200 musulmans ont été interrogés. Trois affirmations leur étaient soumises, auxquelles ils devaient répondre par oui ou non :

1. "Les musulmans devraient retourner aux racines de la foi"

2. "Il n'y a qu'une seule interprétation du Coran et tout musulman devrait s'y tenir"

3. "Les règles du Coran sont plus importantes que les règles du pays dans lequel je vis"

Et les résultats sont pour le moins préoccupants, puisque plus de la moitié des sondés se sont déclarés d’accord avec les trois affirmations.

Qui plus est, 60% ne souhaiteraient pas d’amis homosexuels, 56,7% se méfieraient des juifs et 63% penseraient que l’Occident veut détruire l’islam.

Alors non, tous les musulmans ne sont pas terroristes, ni même islamistes. Mais croire que 99,9% des musulmans sont de braves gens profondément tolérants et ouverts, cela relève du wishfull thinking, pas de la réalité. Il y en a, certes, à un bout du spectre de la grande famille musulmane. A l’autre bout, il y a des crapules sanguinaires qui haïssent l’Occident et tout ce qu’il représente, et qui ont décidé de s’en prendre aux écrivains (Salman Rushdie), aux journalistes et dessinateurs (Charlie Hebdo), aux juifs (le Musée juif de Belgique, l’hypercasher), et enfin à la vie tout simplement : la jeunesse, l’amusement, la musique, la danse, l’amour, la légèreté, l’insouciance.

Entre les deux, il y a un grand ventre mou. Des gens qui certainement ne prendront jamais une kalashnikov, mais qui, pour autant, partagent partiellement la vision du monde de ces salauds. Antisémitisme, homophobie, refus de toute contextualisation du texte coranique, primauté de la loi divine sur les lois civiles, refus du « blasphème », condamnation du mode de vie occidental considéré comme immoral et dissolu…

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

Et bien on éduque, pardi. On cesse de se flageller parce que nous manquerions de compréhension, de tolérance, d’ouverture pour des gens qui pensent différemment. On affirme tranquillement qu’on n’a aucun problème à vivre avec l’islam, pour peu que cet islam accepte de vivre avec nous. C’est aussi simple que ça. Tu ne manges pas de porc ? OK, personne ne t’y oblige, mais tu ne m’empêches pas de bouffer mon salami, y compris en rue pendant le ramadan si j’ai un petit creux. Tu trouves que l’homosexualité est un péché ? OK, moi pas mais c’est pas grave : tout ce que je te demande, c’est de laisser à Dieu le soin d’en juger dans l’au-delà, et tu fous la paix aux homos en attendant – t’inquiète, c’est pas contagieux. Pareil pour tout ce que tu n’aimes pas dans le mode de vie des mécréants. Parce qu’il faudra que tu t’y fasses : le temps des territoires monocultuel est terminé, mon gars. Où que tu ailles, tu trouveras des juifs – pas beaucoup, t’inquiète : leur nombre est largement surestimé par les gens qui pensent qu’ils dirigent le monde -, des athées, des polythéistes – les abominables « associateurs » que ton Coran condamne -, des homosexuels, des filles libres, des gens qui aiment danser, chanter, boire, aimer, rire, et qui,

« quand ils ont bien bu

Se plantent le nez au ciel

Se mouchent dans les étoiles

Et (ils) pissent comme je pleure

Sur les femmes infidèles »[2]

Alors oui, on éduque. Au respect de l’autre. Mais en insistant bien, s’il vous plaît, sur le fait que l’autre, c’est certes le musulman, l’arabe, l’étranger, mais c’est aussi tous ces autres que certains tuent au nom de l’islam.

On éduque, et on condamne sans langue de bois, sans circonvolutions alambiquées, sans lâches concessions : on ne tue pas des gens, bordel de merde. Rien de justifie ça. Non, il n’y a pas de « mais ». Aucun « mais » possible : le type qui prend une kalashnikov, un sabre ou une ceinture d’explosifs pour rendre la justice divine, c’est un salaud, mon gars. Si tu veux dénoncer, c’est lui qu’il faut dénoncer, clairement. Lui et personne d’autre. Et tu laisses la Palestine et le capitalisme en-dehors de tout ça, vu ? C’est pro-israélien d’aimer la vie ? C’est capitaliste d’être jeune, de « cueillir dès aujourd’hui les roses de la vie »[3] ?

T’as pas le monopole de la spiritualité, mec. Et tu ne détiens pas davantage la vérité. Tu as des croyances, des convictions. Moi aussi. Alors on éduque. On éduque à la différence entre une conviction et une vérité. Parce que c’est de là que tout découle, en fait. On ne peut pas tuer quelqu’un pour une conviction, une fois qu’on a compris que peut-être bien qu’on se trompe, même si on croit très fort qu’on a raison.

Aujourd’hui, j’ai presqu’envie que Dieu existe, tiens. Parce que soit c’est un immonde salopard, soit vous passez un mauvais quart d’heure là-haut. Et que si ce quart d’heure dure une éternité, je ne verserai pas une larme.

[1] L’étude complète est disponible ici (en anglais): http://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/1369183X.2014.935307

[2] Brel, Amsterdam

[3] Ronsard, grand capitaliste du 16è siècle

Published by Nadia Geerts
9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:19
Y aura-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Depuis l’avis rendu par la Cour constitutionnelle, qui reconnaît le droit pour les élèves d’être dispensés de cours philosophiques, on assiste à un mauvais feuilleton, où la Belgique confirme une fois de plus son affection pour le surréalisme.

D’abord, on a imaginé des élèves laissés à eux-mêmes deux heures par semaine, dès la rentrée prochaine. Selon leur horaire, jouant à l’OXO ou s’abimant les pouces sur leur portable en salle d’étude, ou commençant deux heures plus tard ou terminant deux heures plus tôt pour les plus chanceux. On imagine aisément les demandes de dispense se multiplier soudain dès communication de leur horaire aux élèves, en fonction de la place occupée par les cours dits « philosophiques » dans leur grille horaire. Et les professeurs desdits cours ont tremblé pour leur emploi, déjà rudement menacé par le remplacement, dès septembre 2016, d’une heure de leur cours par une heure de citoyenneté. Donnée par qui ? On l’ignore encore, mais il est à craindre que la Fédération Wallonie-Bruxelles adopte en la matière la même attitude que celle adoptée jusqu’ici, à savoir qu’un enseignant ne peut donner dans le même établissement un cours « philosophique » et un cours soumis au décret neutralité[1]. Autrement dit, il est à craindre que les enseignants de morale/religion voient à moyen terme leur horaire purement et simplement divisé par deux.

Mais la ministre Joëlle Milquet a vite sonné la fin de la récréation : pas question en effet d’instaurer un cours de « rien », au sujet duquel de nombreux internautes ironisaient déjà, imaginant une formation en « rien » débouchant sur un certificat d’aptitude à enseigner le « rien » après vérification consciencieuse de leur maîtrise dans les aspects didactiques et méthodologiques, mais aussi évidemment dans les contenus du « rien », devant correspondre scrupuleusement aux socles de compétences – encore à définir – du « rien ».

Nous voici donc maintenant fixés : dès la rentrée 2015, les élèves ayant choisi la dispense se verront tout de même imposer un « encadrement pédagogique alternatif » (EPA) : des travaux, recherches, lectures, visionnages de films, censés travailler les notions de citoyenneté notamment.

A ce stade, deux réflexions :

Tout d’abord, et pardon de le dire brutalement : soit cet EPA sera une joyeuse foutaise, un verni permettant de dissimuler habilement le « rien », et l’aspect cosmétique de cette lumineuse idée ne devrait pas tarder à éclater au grand jour ; soit cet EPA aura un véritable contenu, et des voix devraient alors rapidement s’élever pour exiger que ce « rien devenu quelque chose » soit imposé à tous les élèves, en lieu et place des cours « philosophiques ».

Ensuite, et c’est crucial : qui se chargera de cet EPA ? La ministre, la bouche en cœur, nous explique que ce seront précisément les professeurs de morale et de religion qui se verront confier celui-ci, afin de compenser leur perte d’heures…

Si je récapitule, on va donc demander à des professeurs d’encadrer et d’évaluer des élèves qui ont justement choisi de ne plus suivre leur cours… Moi je sais pas, mais je trouve qu’il y a comme qui dirait une erreur logique quelque part.

Mais évidemment, les enseignants de cours « philosophiques » sont piégés, l’argument de l’emploi n’étant pas négligeable.

Et au fond, le résultat n’est pas très éloigné de ce que la ministre Simonet prônait en 2013, à savoir un cours de morale « neutre », à côté du cours de morale non-confessionnelle, jugé trop engagé par la ministre cdH.

Il me semble quant à moi que …

Si les partis historiquement laïques n’avaient pas laissé l’enseignement aux mains du cdH ;

Si l’on avait pu faire prévaloir l’idée que le cours de morale non-confessionnelle, s’il était certes engagé, l’était dans le sens des missions fondamentales de l’enseignement officiel et non dans le sens d’une quelconque « évangélisation laïco-athée » ;

Si l’on avait pour une fois évité les demi-mesures à la mords-moi-le-nœud pour penser vraiment le rôle de l’enseignement officiel au vingt-et-unième siècle, particulièrement en matière de gestion de la diversité convictionnelle ;

Et bien, on n’en serait pas là.

[1] Les cours de morale et de religion étant eux aussi soumis au dit décret, mais de manière fort logiquement différente, les enseignants de ces cours ayant le droit de témoigner en faveur d’un système philosophique ou religieux particulier, contrairement à leurs collègues “généralistes”.

Published by Nadia Geerts
18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 11:07

​Article publié le 17/03/2015 sur le site enseignons.be.

Quelques pas de géants ont été faits ces derniers mois vers la suppression des cours improprement nommés « philosophiques » au profit d’un cours commun de citoyenneté, de philosophie et histoire des religions, etc. au contenu encore imprécis. Et je m’en réjouis.

Rappelons d’abord trois éléments centraux dans ce dossier :

1. L’avis de trois constitutionnalistes qui, consultés en 2013, ont indiqué que le prescrit constitutionnel d’organiser des cours de morale et de religion pendant toute la durée de l’enseignement obligatoire n’entraînait en rien une obligation pour les élèves de suivre ces cours. Autrement dit, ils pouvaient parfaitement être rendus facultatifs.

2. L’accord de gouvernement signé l’été dernier, qui prévoit le remplacement d’une des deux heures hebdomadaire de morale ou de religion par un cours commun d’éveil à la citoyenneté.

3. l’arrêt de la Cour constitutionnelle qui, il a quelques jours, donnait raison à un parent réclamant pour sa fille le droit d’être dispensée de la fréquentation d’un de ces cours, au motif que l’on ne peut forcer un enfant à s’identifier comme appartenant à une famille convictionnelle particulière, un tel choix ressortant à la vie privée.

Nous voilà donc engagés dans une voie qui me paraît devoir mener inéluctablement, et ce dans un avenir assez proche, à la suppression totale des cours de morale et de religion, en tout cas en tant que cours figurant dans la grille horaire des élèves.

La question qui se pose alors est celle du contenu du cours commun qui se profile en remplacement de ces divers cours « convictionnels ».

Je salue avec le plus grand enthousiasme le fait que l’instruction religieuse soit progressivement renvoyée dans la sphère privée, l’école ayant à mon sens pour mission de former des futurs citoyens, et non des bons croyants de quelqu’obédience que ce soit. En revanche, je m’interroge quant au fait que le cours de morale soit considéré, à l’instar des cours de religion, comme un cours trop « engagé », insuffisamment neutre au fond que pour pouvoir accueillir les élèves ne se reconnaissant – ou dont les parents ne se reconnaissent – dans aucun des cinq cours de religion actuellement proposés (catholique, protestant, orthodoxe, israélite et islamique).

Car le fondement du cours de morale n’est rien d’autre que le libre examen, autrement dit « le droit que chacun se donne à lui-même d’examiner librement tout énoncé, toute idée, toute théorie, afin de déterminer s’il accepte de le tenir pour vrai, juste ou bon. »[1].

En cela, le cours de morale n’est donc absolument pas un cours où l’on apprend ce qu’il faut penser ; au contraire, il nous invite et nous incite à penser par nous-mêmes. Prétendre que le caractère non-confessionnel du cours de morale en ferait un cours incompatible avec les convictions des élèves croyants, c’est donc en réalité renoncer à la mission émancipatrice de l’enseignement, laquelle n’a jamais consisté à conforter les élèves dans les représentations du monde véhiculées par leur milieu familial, mais au contraire à leur permettre de s’en distancer par l’apprentissage de la démarche rationnelle.

Nos enfants ont un besoin urgent d’apprendre à penser. Rationnellement. Librement. Ce qui ne veut pas dire « comme ils veulent », mais par un travail laborieux, douloureux parfois, mais jouissif in fine, d’émancipation des idées reçues, des dogmes, des préjugés. Un travail qui ne peut se faire entre-soi, au sein d’un cours de religion ou de morale, mais en allant à la rencontre de l’autre, en échangeant, en se confrontant, en se heurtant à d’autres manières de voir, de penser, de juger.

Apprendre à penser, donc. Oserais-je dire que c’est, en gros, la mission que se fixe d’ores et déjà le cours de morale non confessionnelle ? Car ce cours, pour engagé qu’il est, ne s’est jamais donné pour mission d’apprendre aux élèves l’inexistence de Dieu, la stupidité des religions ou le fléau de la croyance. Non, il se limite – et c’est déjà extraordinairement ambitieux ! - à encourager les élèves à pratiquer une méthode appelée le libre examen. Loin de tout endoctrinement, qu’il soit religieux ou athée, cette méthode consiste à inviter les élèves à penser par eux-mêmes, librement, en usant de leur raison. En aucun cas le cours de morale ne prétend dire aux élèves quoi penser. Tout au plus tente-t-il de leur enseigner comment penser.

Et j’avoue avoir le plus grand mal à saisir pourquoi une si belle méthode, qui constitue le fondement même de la démarche scientifique et de l’activité philosophique – je pense ici à Descartes ou Poincaré -, ne pourrait être enseignée qu’à de petits athées, au prétexte qu’elle serait trop engagée.

Nadia Geerts

Maître-assistante en philosophie à la Haute école de Bruxelles, catégorie pédagogique Defré

[1] Nadia Geerts, Liberté ? Egalité ? Laïcité !, éd. du CEP, 2014

Published by Nadia Geerts
17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 08:54

Ce texte a été publié dans La Libre du 17 mars 2015.

Madame la Ministre,

Deux mois se sont écoulés depuis les tragiques événements qui ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo et frappé la communauté juive de France. Durant ces deux mois, j’ai eu l’occasion de recueillir bon nombre de témoignages d’enseignants, mais aussi d’élèves, tant du primaire que du secondaire ou du supérieur. Et ce que j’ai entendu m’a effarée.

Trop souvent, le silence ou l’équidistance ont été la position adoptée par les enseignants pourtant chargés de « préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures » (décret « Missions », article 6-3°).

Le silence : de trop nombreux professeurs ont préféré ne pas parler des événements. Soit parce se sentant insuffisamment outillés pour le faire d’une manière qui ne soit pas contre-productive, soit parce qu’effrayés par la perspective d’un débat sur ce thème éminemment sensible, soit – et c’est peut-être le plus préoccupant – parce qu’eux-mêmes estimaient qu’ « on en faisait trop » autour de ce qu’il faut pourtant bien nommer un attentat terroriste, islamiste et antisémite, en plein Paris, en 2015. Et dans certaines écoles, des consignes auraient également été données par la direction afin que les enseignants n’abordent pas le sujet !

L’équidistance : de trop nombreux professeurs ont choisi de parler des événements en laissant les élèves débattre, mais en refusant de se prononcer eux-mêmes, invoquant pour cela leur devoir de neutralité. De la même manière que certains enseignants laissent tenir des propos homophobes sous prétexte qu’ils n’ont pas le droit de prendre parti, on a donc assisté à des cours lors desquels des élèves (parfois minoritaires) ont pu défendre la liberté d’expression, tandis que les autres affirmaient tranquillement que Charlie Hebdo « l’avait bien cherché », et « n’avait au fond que ce qu’il méritait » entre autres arguties religieuses justifiant le meurtre des blasphémateurs.

Madame la Ministre, cette situation témoigne d’un manque effarant de connaissances, de la part de beaucoup d’enseignants – et même de directions -, de leurs droits et devoirs en termes de neutralité. Beaucoup semblent ignorer qu’ils ont non seulement le droit, mais même le devoir de sortir de leur attitude de neutralité lorsque les principes fondamentaux d’un Etat de droit sont bafoués. Et comment ne pas voir que lorsque des êtres humains sont abattus en pleine rue pour leurs idées ou pour leur supposée confession ou identité, ces principes sont gravement, profondément, scandaleusement bafoués ? Comment ne pas voir qu’il n’est plus temps de pratiquer l’équidistance en s’efforçant de comprendre la réaction des musulmans blessés dans leur foi, mais urgent de dire haut et fort que rien ne justifie ces meurtres et que le blasphème, aussi choquant puisse-t-il être parfois, est un droit dès lorsqu’en démocratie, les préceptes religieux ne sauraient avoir force de loi ?

Non, la neutralité ne saurait devenir sans grave distorsion du décret qui la définit cette dramatique équidistance entre démocrates et terroristes, juifs et antisémites, homosexuels et homophobes.

Je ne jette pas la pierre aux enseignants, tantôt mal informés, tantôt mal outillés pour faire face à des débats aussi sensibles. Pour être moi-même enseignante depuis 25 ans, je sais à quel point il peut être difficile d’aborder certains sujets avec toute la rigueur, l’intelligence et la finesse nécessaires pour n’aboutir ni à cabrer certains élèves, ni à donner l’impression dramatique que tout se vaut. Je ne demande pas à tous les enseignants d’être capables de répondre à un élève qui demande pourquoi on pleure Charlie alors qu’on poursuit Dieudonné en justice, à un autre qui confond anticléricalisme et racisme ou à un autre encore qui invoque un mystérieux complot pour réfuter les faits tels qu’ils ont été relatés par les médias.

J’ai pu le constater de mes yeux : si à Uccle, Ottignies ou Woluwé, les locaux sont fréquemment décorés de couvertures de Charlie Hebdo ou de dessins de soutien réalisés par les élèves eux-mêmes, rien de tel à Forest ou à Molenbeek, où l’on préfère trop souvent s’en tenir à un silence prudent ou à un nébuleux : « Tu as le choix d’être Charlie ou de ne pas l’être ». Amen, inch’Allah et basta.

Je sais aussi le travail extraordinaire que font certains enseignants, y compris dans des écoles au public réputé « difficile » pour permettre à leurs élèves de penser par eux-mêmes, dans un laborieux et patient travail d’extirpation du dogme et des diktats communautaires.

Pour autant, on ne saurait se satisfaire de bricolage en la matière, ni compter sur le seul hasard pour permettre à tous les élèves d’aborder en classe, de manière cadrée, des questions aussi sensibles et fondamentales que celles de la liberté d’expression, de l’antisémitisme ou de l’homophobie.

Il n’est pas normal que, comme ce fut le cas dans certaines écoles, le traitement de l’ « affaire Charlie » soit renvoyé aux cours de religion et de morale, lieu par essence où les diverses visions du monde ne se confrontent pas. L’heure hebdomadaire de cours de citoyenneté qui devrait voir le jour bientôt constituera sans doute un début de réponse à ces difficultés, même si je reste convaincue qu’il ne s’agit que d’un premier pas, timide mais louable, vers la suppression des cours de religion et de morale. Pour autant, il me semble que le temps où les enseignants pouvaient se contenter d’être des experts de leur discipline est révolu. Aujourd’hui, il importe que les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme soient portées collectivement et explicitement par l’ensemble des équipes enseignantes.

Aussi, il me paraît qu’il y a urgence à pallier les difficultés évoquées, par exemple en organisant une formation obligatoire pour tous les enseignants sur le principe de neutralité tel que définit dans les décrets du même nom (seuls les enseignants diplômés après 2003 en ayant bénéficié), mais aussi en constituant des équipes mobiles d’intervention spécialement formées à aborder ces questions avec des publics variés. C’est le vivre ensemble qui est en jeu, et il n’est déjà que trop gravement menacé par les fanatiques : il est du devoir de l’institution scolaire de défendre sans tergiverser les principes démocratiques qui, seuls, nous permettront de lutter efficacement contre la propagation des idées extrémistes.

Nadia Geerts

Agrégée en philosophie

Maître-assistante en philosophie à la Haute école de Bruxelles, catégorie pédagogique (Defré)

Published by Nadia Geerts
19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 10:38
De la hiérarchisation des crimes

Ces dernières semaines, suite aux attentats de Paris et de Copenhague, on assiste sur les réseaux sociaux à une prolifération de propos lénifiants. Dans un souci de « vivre ensemble », il faudrait visiblement, pour certains, cesser de pointer du doigt l’islam(isme), ou à tout le moins faire dans le même temps notre autocritique, dans un souci d’élémentaire équité, voire d’honnêteté intellectuelle.

Deux exemples parmi d’autres : d’abord ce dessin d’Eneko, ironisant sur le fait que nous, Occidentaux, qualifions de « sauvages » les auteurs des attentats, en oubliant que nous tuons, nous aussi, mais pour des motifs différents : des motifs économiques.

Comme s’il y avait, dans les rues de Bruxelles, de Madrid ou d’Oslo, des méchants capitalistes flinguant à bout portant de malheureux sans abris, ou prenant en otage des demandeurs d’emploi avant de les décapiter devant une caméra pour faire peur aux autres précarisés…

On me dira que non, bien sûr, mais que l’indifférence avec laquelle nous laissons mourir des humains exclus du système est tout aussi barbare, et bien plus cynique.

Je m’inscris radicalement en faux contre ce raisonnement : tout comme il y a une différence entre précipiter un chat vivant contre un mur et ne pas recueillir un chat errant qui crève de faim et de froid, il y a une différence fondamentale entre le meurtre délibéré et la non-assistance à personne en danger. Dire cela n’équivaut en rien, dans mon esprit, à absoudre le système capitaliste de ses torts, mais revient à refuser la mise sur le même pied de choses fondamentalement différentes. Personne ne veut la mort des sans-abri. Le problème est que, très certainement, trop peu de gens veulent vraiment qu’ils vivent. Les exclus meurent de notre indifférence, pas de par notre volonté délibérée – et agie ! – de les voir mourir.

Si le droit s’est donné tant de peine à classifier et hiérarchiser les délits et crimes, ce n’est certainement pas pour en revenir à de tels raisonnements binaires, qui font l’économie de toute nuance et, partant, de toute intelligence d’un fait donné.

L’autre exemple est issu du blog d’Irène Kaufer, où elle publie un article intitulé « Dois-je partir ? »[1]. Article qui établit un parallèle entre un juif et une musulmane : tous deux sont « de plus en plus en proie à « des mots blessants et plaisanteries douteuses ». Le premier constate la montée de l’antisémitisme (« Toulouse, Bruxelles, Paris, Copenhague... sans compter les attaques contre des lieux de culte, des profanations de cimetières, des agressions verbales ou même physiques contre des garçons qui portent la kippa. Tu te moquais de ceux qui voyais de l'antisémitisme derrière chaque critique d'Israël ; tu n'es plus aussi sûr de toi. »), tandis que la seconde voit la montée de l’islamophobie (« contrôles policiers au faciès, refus d'emploi, .. sans compter les attaques contre des lieux de culte ou des agressions, verbales ou parfois même physiques, contre des femmes voilées. Tu te moquais de ceux qui voyaient de l'islamophobie dans chaque exhortation à te démarquer des bourreaux tuant au nom de cette religion qui est aussi la tienne ; tu n'es plus aussi sûre de toi. »)

Le Juif constate qu’il n’oserait pas sortir avec une kippa sur la tête, et la musulmane – je vous le donne en mille ! – qu’elle n’oserait pas s’afficher avec un « foulard ».

Sauf que…

Sauf que les « ministres, médias, intellectuels », se bousculent pour retenir le Juif, tandis que les mêmes « détournent la tête sans voir ta détresse, le peuple des forums te lance au visage : allez vas-y, casse-toi, sans toi ce pays sera à nouveau notre pays, avec ses racines, avec ses valeurs ! »

Cet article, une foi encore, m’a ulcérée par sa posture relativiste : une fois encore, il s’agissait de dire aux juifs qu’on comprenait bien leur inquiétude, mais qu’il fallait bien reconnaître qu’ils n’en avaient pas l’exclusivité, et que les musulmans, eux aussi, étaient en butte à …

A quoi, en fait ? Oui, à de l’hostilité. Oui, à des discriminations sur base de leur physique ou de leur patronyme (mais je suis certaine qu’il est plus difficile de s’appeler Ahmed et d’être athée que Michaël et être converti). Oui, à une société de plus en plus laïque qui exige de tous davantage de retenue dans l’expression de leur « appartenance » religieuse. Mais non, pas à des attentats terroristes. Et certainement pas des actes terroristes commis par des juifs.

Le plus affolant, c’est que faire remarquer ça m’a fait accuser sur les réseaux sociaux de tous les maux de la terre : j’essentialiserais les musulmans, j’attiserais la haine entre juifs et musulmans, je me rendrais coupable de judéophilie et, bien sûr, d’islamophobie. Je pratiquerais la concurrence victimaire. Mais je dois le plus énorme à Ettore Rizza, qui après avoir dénoncé « l'évolution des statuts de Nadia Geerts, dont le verni de lutte pour la laïcité commence sérieusement à se craqueler » est allé jusqu’à écrire que ma haine de toutes les religions – sauf le judaïsme, précise-t-il – m’amènerait à m’énerver « contre un texte d'Irène Kaufer Briefel pourtant plein d'humanisme, dont le seul tort est de considérer qu'un musulman puisse être inclus dans le genre humain. »

Odieux.

Et je ne parle même pas de l’inévitable recours au conflit israélo-palestinien, utilisé pour me démontrer à quel point les juifs pouvaient être violents, eux aussi.

Or, je suis persuadée, et je le répète souvent, que « Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » (Camus). Et que partant, mettre sur un même pied des attentats antisémites ayant causé des morts ces dernières semaines et des actes de discrimination ou des regards hostiles, c’est ajouter à la confusion, c’est ajouter à la misère du monde.

Non que je veuille dresser un procès en règle à l’islam. Ce serait le catholicisme, ce serait le judaïsme, ce serait l’athéisme qui se rendrait coupables de tels crimes, que mon attitude serait la même. Si des athées se mettaient à décapiter des musulmans face caméra, histoire de bien faire comprendre aux musulmans du monde entier qu’ils ont intérêt à renoncer à leur religion, je dénoncerais de la même manière, avec la même vigueur, une « maladie de l’athéisme » qu’il serait urgent de prendre à bras le corps.

Mais ici, c’est d’islam qu’il s’agit. Il n’entre pas dans mon propos de disserter sur le fait de savoir si la violence est inhérente à l’islam, mais je précise tout de même qu’à mes yeux, le problème réside davantage dans le statut incréé du Coran ainsi que dans un défaut de culture de la controverse constructive au sein de la culture arabo-musulmane moderne que dans une quelconque essence de l’islam.

Je suis de plus en plus convaincue que nous ne sortirons de la tourmente que nous traversons que par un diagnotic lucide et sans complaisance. Des intellectuels musulmans nous y invitent, nous y exhortent même, tel Abdenour Bidar dans sa magnifique « Lettre ouverte au monde musulman ». Et avant lui Malek Chebel, Abdelwahab Meddeb, Mohamed Sifaoui, Leïla Babès, Ghaleb Bencheik, Rachid Benzine et d’autres encore.

Et ce diagnostic implique de refuser les comparaisons qui ne sont pas raison, et qui précisément procèdent de la concurrence victimaire. Ceux qui estiment que ce n’est pas pire de tirer à bout portant sur un humain sortant d’une synagogue, d’une salle de rédaction ou d’une épicerie casher (ou halal) que de refuser un emploi à quelqu’un sur base de son faciès ou de son patronyme nous diront peut-être demain que la Shoah, ce n’est pas pire que le naufrage du Costa Concordia. Ce jour-là, la misère du monde aura gagné.

[1] http://www.irenekaufer.be/index.php?option=com_content&view=article&id=206%3Adois-je-partir-&catid=1%3Aarticles-blog&Itemid=4

Published by Nadia Geerts
18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 11:22

Cette interview, réalisée à l'origine pour le trimestriel "Morale Laïque" n'y paraîtra pas, Philippe Brewaeys ayant depuis été renvoyé dudit trimestriel. Je la publie donc ici avec son accord.

Le dernier opus de Nadia Geerts se lit rapidement et rappelle quelques notions essentielles. Mais, finalement, quoi de neuf?

"A vrai dire, j’ai d’abord écrit ce livre pour réparer ce qui me paraissait être une lacune dans ma bibliographie: moi qui parle tant de laïcité, qui suis considérée en Belgique et à l’étranger comme une militante laïque, je n’avais jamais écrit de livre spécifiquement consacré à cette question ! J’avais jusqu’ici abordé la question de la laïcité soit par le petit bout de la lorgnette, par le biais de la question du voile islamique et, plus largement, des signes religieux (dans « Fichu voile ! »), soit par le biais de la neutralité en milieu scolaire (dans « La neutralité n’est pas neutre ! »)".

Mais ne s'agit-il finalement pas de toujours remettre l'ouvrage sur le même métier, de toujours taper sur le même clou?

"Je pense en effet qu’il s’agit toujours de retaper sur le même clou, parce que la laïcité est sans cesse instrumentalisée et dévoyée, à gauche par ceux qui veulent en faire un synonyme de tolérance absolue au nom d'une idylle multiculturelle, et à droite par ceux qui tentent d’en faire un outil de lutte contre l’islam, sans être prêts pour autant à combattre la présence du religieux dans la sphère publique lorsqu’il s’agit du catholicisme".

"Fraternité", dans le titre a fait place à "Laïcité", un titre qui attire le regard. Néanmoins, un sentiment quelque peu désagréable se dégage: la vision de la laïcité dans le texte de Nadia Geerts est très individualiste, manquant quelque peu de solidarité et, justement, de fraternité, ce dont elle se défend.

"Je suis personnellement très attachée à la fraternité, comme à la solidarité. Mais j’estime que la fraternité est davantage une vertu éthique qu’un principe politique. La fraternité, pour moi, c’est la reconnaissance en tout être humain de mon frère, parce qu’il est profondément mon semblable, indépendamment de tout ce qui peut nous séparer. Mais je ne pense pas qu’on puisse fonder une politique là-dessus. Quant à la solidarité, c’est un mécanisme politique qui me semble indissociable de l’égalité: c’est parce que nous sommes égaux en dignité et en droits que nous devons, politiquement parlant, être solidaires, ce qui se traduit par exemple par la sécurité sociale. Je ne vois pas comment on pourrait défendre en même temps l’égalité et l’individualisme, sauf à tomber dans une forme extrême de cynisme".

Soit. Mais n'est-ce pas également un titre très "marketing"?

"En effet, soyons honnête: au-delà de toutes ces considérations, il s’agissait surtout pour mon éditeur et moi-même de trouver un bon titre ! Et celui-ci a le mérite, je pense, d’accrocher le regard tout en résumant une idée centrale que je développe dans mon livre, qui est que la laïcité est le principe politique qui permet de concilier ces deux exigences démocratiques fondamentales que sont la liberté et l’égalité. Fondamentalement, la laïcité reconnaît en chaque homme un membre du « laos », du peuple, sans que son statut éventuel au sein de l’Eglise puisse lui conférer un quelconque avantage. Ce faisant, elle restitue à chacun à la fois la liberté absolue de conscience et l’égalité. La laïcité est en ce sens fondatrice de toute démocratie moderne".

En Belgique, les laïques ont mis des siècle à se débarrasser (et encore, pas totalement) de l'influence de l'église catholique. Curieusement, le concept aberrant "d'accommodements raisonnables" est peu présent dans le manuscrit. Ces "accommodements" constituent pourtant une brèche ouverte par certains politiques dans laquelle les islamistes ne manquent pas de s'engouffrer… On se rappellera, par exemple, qu'en janvier 2014, l'Office National des Pensions belge a implicitement reconnu la bigamie. Une marocaine vivant en Belgique s'est ainsi vue privée de la moitié de la pension de son mari décédé, l'autre moitié étant maintenant versée à une autre épouse résidant au Maroc.

"Il se fait que depuis que je milite en faveur de la laïcité, je me suis exprimée à de multiples reprises sur l’aberration que constituent à mes yeux les accommodements « raisonnables ». Je me suis donc contentée, dans ce livre se voulant un retour aux fondamentaux, aux principes de base, de rappeler que la laïcité ne saurait s’accommoder de l’acceptation du principe de l’ « exception religieuse » qui fonde les accommodements raisonnables: la loi doit demeurer la même pour tous, et il ne saurait être question d’interdire une chose ou d’en imposer une autre tout en prévoyant des dérogations pour motif religieux. Ce serait - et c’est, au Québec où ils sont pratiqués - la porte ouverte à toutes les dérives. Cela étant, les Québecois semblent aujourd’hui revenir de ce mécanisme, qui a conduit à autoriser des comportements totalement contraires à l’égalité, par exemple entre hommes et femmes. Au-delà des accommodements raisonnables, il me semble qu’aujourd’hui, le plus grand danger consiste dans une sorte de tolérance mal comprise, où il devient suspect d’émettre la moindre critique vis-à-vis d’une idée, d’un précepte, d’un dogme religieux, d’un comportement mû par la religion, au motif que ce serait manquer de tolérance…".

Certains anciens gauchistes, flirtant parfois avec les Frères musulmans comme le sociologue de l'ULg Marc Jacquemain, n'ont pas hésité à qualifier Nadia Geerts de "nouvelle réacs. Pas vraiment flatteur pour ceux qui ont sans doute oublié que Dieu est l'opium du peuple.

"Je pense que les difficultés d’une frange importante de la gauche actuelle vis-à-vis de la laïcité viennent du fait qu’elle est tiraillée entre son anticléricalisme historique et sa solidarité atavique avec les « damnés de la terre ». Tant qu’il s’agit de tirer sur le pape ou les curés, les choses sont simples, confortables: l'Eglise catholique est riche, puissante et « de chez nous ». Les choses sont nettement plus inconfortables lorsqu’il s’agit de l’islam, puisque là, il faut choisir entre une posture laïque (qui mènerait à dénoncer avec la même virulence les tentatives d’immixtion de l’islam que celles du catholicisme dans la sphère du politique) et une posture de solidarité avec les musulmans, perçus comme les nouveaux « damnés de la terre » (ce qui est par ailleurs partiellement vrai, notamment du fait du racisme dont sont trop souvent victimes les personnes d’origine maghrébine). Tout se passe comme si certains se voyaient dans l’impossibilité de dégager une troisième voie, permettant de concilier laïcité et antiracisme. De ce fait, certains deviennent les alliés objectifs de l’islamisme".

Philippe Brewaeys

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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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