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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Jeudi 13 juin 2013 4 13 /06 /Juin /2013 09:49

Petit rappel concernant la modération des commentaires: http://nadiageerts.over-blog.com/pages/moderation-des-commentaires-8341301.html.

 

Ce 15 juin 2013, le Soir consacre un long article à la question des signes convictionnels à l’école. Il y a rappelle le changement de positionnement d’Edouard Delruelle en la matière, désormais favorable à une interdiction généralisée, et y fait un état des lieu de l’évolution (disons plutôt de la stagnation) du dossier dans le monde politique. Mais surtout, on y apprend, sous la plume de Ricardo Guttierez, que « la situation est particulièrement  tendue en région bruxelloise, où plus de 40% des élèves de l’enseignement secondaire officiel sont musulmans, mais où à peine quatre établissements (sur un total de 98) tolèrent encore le port de signes convictionnels ».

 

« Particulièrement tendue », la situation ? C’est curieux : de par ma profession, je suis amenée à visiter quantité d’écoles de l’enseignement officiel, dans tous les coins de Bruxelles. Que ce soit dans les couloirs, dans les classes ou aux abords des écoles, jamais je n’ai constaté la moindre tension. Je vois des jeunes gens et des jeunes filles qui discutent, parlent de choses et d’autres, rient, se chamaillent. Je vois des jeunes filles qui rajustent leur voile dans le hall de l’école ou à la sortie avant de rentrer chez elles, et d’autres qui sortent les cheveux au vent. Nulle part je n’ai perçu le moindre climat insurrectionnel s’articulant autour du « foulard ».

Je me souviens à cet égard d’un reportage réalisé par une chaine flamande que, par le plus grand des hasards, j’avais découvert sur le net. Ce reportage donnait la parole à des jeunes filles de confession musulmane. Il y avait celles qui ne portaient pas le voile du tout et expliquaient que selon elles, ce n’était pas une obligation religieuse, ou bien qui s’estimaient trop jeunes pour franchir ce cap. Il y avait celles qui portaient le voile et fréquentaient une école qui l’acceptait. Et puis surtout, il y avait celles qui portaient le voile, et expliquaient qu’elles l’enlevaient pour entrer à l’école et que ça ne leur posait aucun problème.

Cette troisième catégorie de jeunes musulmanes, on ne leur donne jamais la parole. A la première non plus, d’ailleurs. Lorsqu’une école décide de modifier son règlement d’ordre intérieur pour interdire les signes convictionnels, nos médias donnent longuement la parole aux jeunes filles « brimées », aux hommes qui défendent bec et ongles leur « droit fondamental », aux associations qui ont fait du droit de porter le voile à l’école leur cheval de bataille. Mais jamais on n’entend celles qui comprennent les raisons de l’interdiction, celles qui acceptent, voire approuvent cette dernière, celles qui trouvent dans cette interdiction un espace de liberté.

Ce qui est vrai en revanche, c’est que quatre écoles du réseau officiel accueillent à elles seules les jeunes filles musulmanes qui ne peuvent ou ne veulent ôter leur voile durant le temps scolaire. Et que de ce fait, ces écoles sont dramatiquement ghettoïsées. Ça aussi, je l’ai vu : des classes de deuxième secondaire dans lesquelles la majorité des filles est voilée, et dans lesquelles la totalité des élèves est musulmane. La quasi totalité des profs également, d’ailleurs, ce qui ne cesse de me poser question.

L’article de Ricardo Guttierez ne le mentionne pas, mais une des raisons fondamentales pour lesquelles Edouard Delruelle a changé d’avis sur la question, c’est l’expérience de la préfète de l’athénée royal d’Anvers, qui après avoir fait le pari de la diversité et de l’ouverture, a dû adopter une politique d’interdiction, tant une partie de ses élèves se radicalisaient, brimant la liberté de leurs condisciples.

On ne lutte pas contre la ghettoïsation de l’enseignement, et donc pour plus de justice sociale, en pratiquant une politique de la patate chaude, telle que la pratiquent nos politiques depuis de trop longues années maintenant, se retranchant derrière l’autonomie des établissements pour ne pas légiférer.

Par ailleurs, la question des droits fondamentaux mériterait d’être interrogée en profondeur. Et si l’article de Ricardo Guttierez rappelle la position d’Amnesty international – position élaborée par le siège anglo-saxon d’A.I. - et celle du collectif Neutralite.be en la matière, il ignore superbement le fait que, dans différents arrêts, la Cour européenne des droits de l’homme a considéré que l’interdiction des signes religieux ostensibles était acceptable dans un Etat laïque tel que la France, et donc que la laïcité française est bien conforme au droit européen puisqu’elle relève de la « protection des droits et libertés d’autrui et de l’ordre public”. » (1):

« l’interdiction de tous les signes religieux ostensibles dans l’ensemble des classes en établissements scolaires est motivée par la sauvegarde du principe constitutionnel [français] de laïcité, objectif conforme aux valeurs sous-jacentes à la Convention et à la jurisprudence de la Cour. » (2)

 Bref, en ne citant que les points de vue corroborant l’idée selon laquelle l’interdiction des signes religieux est une atteinte aux droits fondamentaux, voilà un article qui risque fort de susciter ou raviver une tension qu’il prétend se borner à constater.

 

Pour une réflexion plus approfondie sur la gestion de la diversité convictionnelle à l’école, voir mon dernier livre: "La neutralité n'est pas neutre ! » aux éditions La Muette, 2012.

(1) La Cour Européenne des Droits de l’Homme a validé l’exclusion d’élèves pour le port de signes religieux ostensibles, 20 août 2009, http://www.sundep.org/spip.php?article771

(2) idemNeutralite-couverture.jpeg

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mardi 11 juin 2013 2 11 /06 /Juin /2013 11:31

Ainsi donc, le parc d’attraction Walibi a décidé d’offrir – enfin, façon de parler – la possibilité à ses clients d’éviter les files, contre la modique somme de 35 euros. Qui viennent s’ajouter au prix du ticket d’entrée, évidemment. Et Philippe Courard de s’indigner contre cette mesure discriminatoire, injuste, qui ouvre la porte à une société à deux vitesses, et j’en passe.

 

Ah ben oui, c’est un scoop : notre société, le monde même, n’est pas juste. Oui, il vaut mieux être jeune, beau, riche et intelligent que vieux, moche, pauvre et con. Et vous savez quoi ? Il y a même des gens qui sont tellement dans la dèche qu’ils n’ont même pas les moyens d’aller à Walibi-avec-files. Si si. Et il y a même des gens tellement cons que, même dans la dèche, ils vont encore payer des sommes pas possible pour mal bouffer et mal boire, un samedi de juillet, sous un soleil tapant, en faisant la file devant une attraction qui leur fera ensuite tout dégueuler aussi sec. Si je puis dire.

Mais je m’égare.

Donc, les files.

Selon Madame Crucifix, porte-parole de Walibi, les files, pour certains clients, ce sont des endroits de convivialité. A l’entendre ce matin sur la Première, elle semblait même croire qu’il y avait des gens qui allaient dans son parc rien que pour ça : des groupes d’amis, des copains qui, plutôt que de s’emmerder comme des rats morts en se baladant tous ensemble en forêt de Soignes (gratuit), préfèrent payer chacun une trentaine d’euros pour pouvoir aller papoter joyeusement dans une file, si possible bien longue, parce que rien n’est plus exaspérant que de devoir interrompre une conversation pour gueuler en levant les bras dans les descentes. Et ces gens-là, évidemment, préféreraient mourir plutôt que de devoir se priver de files.

Moi, ce qui m’épastrouille, dans tout ça, c’est que Philippe Courard, secrétaire d’Etat aux familles, semble découvrir le monde comme il va. Comme si le privilège de ceux qui ont du fric par rapport à ceux qui n’en ont pas était limité au nouveau système tarifaire de Walibi :

« WALIBI, en prenant cette décision, se profile comme un parc d’attractions pour familles les plus riches et non pour toutes les familles, commente Philippe COURARD. L’appât du gain lui fait en outre oublier tout sens pédagogique de base : comment expliquer à un enfant qu’il doit faire la file alors qu’il en voit d’autres passer devant lui, juste parce que papa et maman ont plus de sous ? »

Exactement,  Monsieur Courard, comme des chiées de parents expliquent chaque jour à leurs enfants

  • qu’ils doivent prendre leurs tartines et une gourde d’eau à Walibi alors que d’autres peuvent se bâfrer de délicieuses saloperies ;
  • qu’ils n’iront pas à Walibi mais faire une chouette promenade au parc de Tervuren ;
  • qu’ils n’auront pas un nouveau cartable à la rentrée, même si l’autre fait hyper ringard et tape la honte ;
  • qu’ils n’iront pas au sport d’hiver cette année, pas plus que les précédentes d’ailleurs, et que pour apprendre à skier ils attendront les classes de neige ;
  • qu’ils n’iront pas en vacances cette année, mais que papa et maman ont un tas d’idées d’excursions chouettes et pas chères, avec gourde et tartines ;
  • qu’ils n’auront pas de nouveaux vêtements, puisque ceux du grand frère leur vont comme un gant et sont à peine usés.

Je pourrais poursuivre longtemps, mais l’idée est simple : le monde, Monsieur Courard, est injuste. Et Walibi n’est pas une asbl, n’a de vocation ni sociale ni culturelle et n’a jamais prétendu faire de la pédagogie. Walibi fait du business, point. Avec les gogos qui accepteront de payer plus du double du ticket de base pour ne pas faire la file. Libre à chacun d’accepter de marcher ou non dans le système, au demeurant fondé sur la rentabilité. Mais, que je sache, l’accès à Walibi n’est pas encore un droit fondamental reconnu à chaque enfant. Et je serais tentée de dire que c’est heureux. Par contre, ce serait vraiment bien si les droits fondamentaux de chaque enfant pouvaient enfin être respectés. Si plus aucun enfant ne dormait dans la rue, si plus aucun enfant ne mourait victime de mauvais traitements, si tout enfant mangeait à sa faim, si chaque enfant pouvait grandir et s’épanouir, accéder à la culture, à la connaissance. Si l’école pouvait être un levier d’émancipation plutôt qu’un outil de reproduction sociale. Si…

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 12:28

Cette lettre ouverte a été publiée dans le Soir Magazine du 15 mai 2013.

 

Monsieur,

 

Vous me pardonnerez, j’espère, de passer les formalités d’usage. Vous êtes de Belgique, moi aussi. Vous êtes prince, mais qu’importe ? C’est à l’homme que je veux m’adresser, à celui dont on parle de plus en plus comme de notre futur roi.

Je ne vous connais pas et n’ai donc pas la prétention d’évaluer vos compétences en matière de gouvernance de l’Etat. D’ailleurs, cette lettre, j’aurais pu l’écrire à votre père, il y a vingt ans, tout comme je pourrais l’adresser à votre fille, dans vingt ans, si rien n’a changé d’ici là dans le mode de désignation du chef de l’Etat Belgique – ou de ce qu’il en reste.

Car reconnaissez-le, tout de même : la monarchie est singulièrement anachronique. Désuète. Obsolète. Périmée, en quelque sorte. Vous naissez d’un roi – attention, hein : d’une union légitime, avec mariage et tout et tout -, il se trouve que vous êtes le premier-né, et hop ! votre avenir est tout tracé : vous serez roi. Pas tout de suite, non. Vous aurez d’abord à tuer le temps pendant quelques décennies, d’une manière suffisamment digne pour justifier votre coquette dotation. Et puis un jour, ce sera à vous de monter sur le trône, sous les yeux ébahis,  circonspects, franchement hostiles ou fichtrement indifférents de quelques millions de personnes.

Au fil des années, vous acquerrez peu à peu un pouvoir. Une influence, dirait le constitutionnaliste de la Cour. Forcément : les ministres, les parlementaires, les « élus » passeront, mais vous resterez. Vous resterez non pas parce que vous faites fort bien votre boulot – ce qui est fort possible au demeurant -, mais parce qu’il n’est nullement prévu  que vous quittiez vos fonctions. Certes, vous serez critiqué, parfois même devra-t-on peut-être vous rappeler à l’ordre, car vous avez abusé de vos prérogatives ou enfreint votre sacro-sainte neutralité de roi « au-dessus de la mêlée ». Certains se désoleront de vous avoir pour roi, espéreront que votre fille aura une conception plus moderne de la fonction, regretteront la bonhommie de votre père, vous compareront à votre oncle, qui vous a paraît-il appris le métier de roi.

Qu’importe : vous resterez sur le trône. Parce que, à moins que vous ne décidiez vous-même que ça suffit, personne n’osera jamais provoquer une crise de régime en demandant votre abdication. Pensez donc : quelle tempête ce serait ! Quelle aubaine aussi, pour ceux qui veulent la fin de la Belgique et voient dans la monarchie le dernier rempart à franchir ! C’est pourquoi vous pourrez toujours compter sur le soutien de vos ministres : même s’ils se déclarent « républicains de cœur » en aparté, nul ne prendra le risque de déclencher une tourmente dont on ne sait ce qui en sortira : en fait, ce n’est jamais le moment.

Il existe pourtant quantité de pays dans lesquels, lorsque le chef de l’Etat se satisfait pas, on en change. Sans révolution. Sans crise de régime. Ca s’appelle la république. Et les fils de roi y sont libres, comme tout citoyen, de vivre leur vie comme ils l’entendent, loin des projecteurs. Ca ne vous tente pas ?

 

Nadia Geerts

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : République
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Mardi 7 mai 2013 2 07 /05 /Mai /2013 15:08

URL Courte : https://12833.lapetition.be/

Catégorie : Politique

Pour l’instauration d’un cours philosophique commun à tous les élèves de l’enseignement obligatoire

• Attendu que l’instruction religieuse est l’affaire des parents, et non de l’école officielle ;
• Attendu que, lors des cours « philosophiques » (morale non-confessionnelle et religions catholique, protestante, islamique, israélite et orthodoxe), la séparation des élèves selon les convictions de leurs parents nuit à la cohérence des projets pédagogiques et à l’harmonie des relations entre élèves.
• Attendu que l’école officielle organise déjà six cours « philosophiques »; que ce nombre risque de croître avec la reconnaissance récente du bouddhisme et celle, prévisible, de l’hindouisme ; et que l’organisation de ces cours relève d’un casse-tête pour les chefs d’école et d’un gouffre financier pour la Fédération Wallonie-Bruxelles ;
• Attendu que le « référentiel commun » voulu par la ministre Simonet ne répond en rien aux objections émises ci-dessus ;
• Attendu que le cours de morale « neutre » proposé par Madame Simonet - outre qu’une morale neutre nous semble une gageure, voire un oxymore - viendrait s’ajouter aux six cours existants, et ne répond donc pas davantage aux objections émises ci-dessus ;
• Attendu que la Constitution précise en son article 24 que « les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu’à la fin de l’année scolaire, le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle » ;
• Attendu que les trois constitutionnalistes -Christian Behrendt (ULg), Hugues Dumont (St Louis) et Marc Uyttendaele (ULB) - consultés en mars 2013 par la commission enseignement ont estimé que cet article obligeait certes les écoles à proposer lesdits cours, mais en aucun cas les parents à y inscrire leurs enfants ;
• Attendu que, dans la perspective de la construction et du renforcement du vivre ensemble, il est urgent que les élèves soient familiarisés dès leur plus jeune âge à la culture du débat et à la confrontation des idées dans le respect des personnes ;

Nous demandons aux responsables politiques compétents de supprimer le caractère obligatoire des cours dits « philosophiques » et d’instaurer en leur lieu et place un cours obligatoire commun à tous les élèves, axé sur le développement de la citoyenneté démocratique et des principes qui la sous-tendent et la découverte des grands courants de la pensée philosophique, religieuse et humaniste, et ce pendant toute la durée de l’enseignement obligatoire.

Pour le R.A.P.P.E.L.,

Philipp Bekaert
Yvan Biefnot
Farouk Boustami
Dominique Celis
Chemsi Cheref-Khan
Elie Cogan
Gisèle De Meur
Nadia Geerts
André Nayer
Jean-Claude Nicolay
Michèle Peyrat
Philippe Schwarzenberger
Fatoumata Sidibe
Jamila Si M’Hammed
Sam Touzani
Georges Verzin
Willy Wolsztajn

 


Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Jeudi 25 avril 2013 4 25 /04 /Avr /2013 11:52

Après le coup d’éclat de quatre activistes Femen à l’ULB, surgissant seins nus et aspergeant d’eau Monseigneur Léonard venu débattre avec Guy Haarscher de la liberté d’expression, le débat fait rage sur ce nouveau visage du féminisme. Peut-on, lorsqu’on est une femme, utiliser son corps pour dénoncer le sexisme ? N’est-ce pas sacrifier à ce qu’on dénonce ?

Et si la vraie question n’était pas là ?

 

Dans notre société, le culte de l’image, et par conséquence du corps et de la plastique parfaite, règne en maître. Et sans doute est-ce encore plus vrai pour les femmes, sommées d’être jeunes, belles, grandes et minces. Et si possible en petite tenue, que ce soit pour nous vendre des yaourts ou des bagnoles.

Nombre de féministes semblent donc embarrassés – non, je ne me résoudrai jamais à mettre le mot « féministe » au féminin ! – à la vue de ces femmes jeunes exhibant leur poitrine en même temps que des slogans : quoi, c’est ça, le nouveau féminisme ? C’est donner aux médias ce qu’ils attendent, à savoir des femmes aux tétons à l’air ?

Personnellement, je dis : pourquoi pas ? Et davantage qu’une vile concession, j’y vois un habile détournement : vous voulez des seins à l’air, soit. On va vous les donner. Mais auparavant, on  les aura barbouillés d’inscriptions provocatrices, et malgré nos seins nus, on ne se tiendra pas au rôle que vous, médias, nous assignez trop souvent. Nous serons des femmes aux seins nus, certes, mais ni alanguies, ni offertes, ni mêmes désirables. Nous irons sur votre terrain, mais en apparence seulement, pour mieux vous amener ensuite sur le nôtre.

Ce qui me gêne en revanche, c’est le principe qui consiste à s’en prendre physiquement, même de manière soft, à quelqu’un venu pour débattre. Même si la comparaison entre le mémorable Burqa blabla et l’action des Femen a ses limites, dès lors qu’ici, le débat a pu se poursuivre, il n’en reste pas moins qu’un intervenant a été physiquement pris à partie, et ce sans que le recours à cette forme de violence (très symbolique, bien sûr, mais néanmoins réelle) ne soit à mes yeux justifiable : en effet, en Belgique, et avec des gens comme Monsieur Léonard, le débat est possible, sans que nul régime autoritaire ne soit là pour l’empêcher.

Dans un contexte pareil, les mots continuent de me paraître la meilleure arme, et je dirais même la seule arme qui vaille. Sans compter l’effet pervers pointé par de nombreux observateurs : l’action de l’ULB, c’est l’arroseur arrosé : le capital de sympathie, c’est l’arrosé qui le recueille, et l’homophobie réelle de ce dernier en est éclipsée.

Comme l’écrit Caroline Fourest sur son mur Facebook : « autant je trouve les FEMEN très courageuses et efficaces lorsqu’elles foncent seins nus sur des personnages sexistes et intouchables comme Poutine, Berlusconi ou le patriarche Kirill, autant le jet d'eau (fût-elle faussement bénite) envers quelqu'un venu débattre relève de l'agression physique contre-performante. Tout comme la tarte à la crème, qui ne m’a jamais fait rire. Même envers un personnage symbolisant l'incitation à la haine homophobe comme monseigneur Léonard, et même s'il n'avait sans doute pas besoin que l'ULB lui donne une tribune supplémentaire. ».

Par Nadia Geerts - Publié dans : Féminisme
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Vendredi 19 avril 2013 5 19 /04 /Avr /2013 08:56

C’est la dernière idée en date de la ministre Simonet : organiser, à côté du cours de morale « laïque », un cours de morale vraiment neutre. Parce que bon, c’est vrai quoi : le système actuel ne coûte pas assez cher, et surtout, n’est pas suffisamment respectueux des convictions de chacun…

 

 Ce serait drôle si ce n’était pas si exaspérant : voilà des années qu’on se tue à nous répéter que le cours de morale est « non-confessionnel » (attention, hein : pas « laïque » !), et voilà qu’aujourd’hui, on en épingle les aspects trop engagés pour promouvoir, à ses côtés, un cours de morale « vraiment neutre ». Faudrait savoir…

L’idée lumineuse, c’est celle-ci : à côté des cours engagés que sont les cours de religion et de morale-qu’on-ne-sait-plus-comment-appeler, il faudrait un cours pour les malheureux élèves qui ne se reconnaissent dans aucun de ses engagements : les témoins de Jéhovah, les chiites dans les écoles où le prof de religion islamique est sunnite, les baha’is, les hindouistes – du moins jusqu’à ce qu’ils aient obtenu leur reconnaissance -, les vaguement déistes, etc. A ces élèves-là, on enseignerait une morale rigoureusement neutre.

Une morale rigoureusement neutre ? Kekséksa, Madame la Ministre ? Comment une morale pourrait-elle être neutre, dès lors qu’elle se fonde nécessairement sur des valeurs que l’on juge préférables à d’autres ? Et en admettant même que cette morale neutre existe, pourquoi ne pas décider de l’enseigner dorénavant à tous, plutôt que de faire de ce projet ambitieux un cours résiduel ?

J’ai sans doute mauvais esprit, mais j’ai du mal à ne pas voir dans cette lumineuse saillie une nouvelle manière, après le fameux tronc commun, de ne surtout rien changer tout en donnant l’impression de beaucoup réfléchir, et même d’innover.

Et puis surtout, j’aimerais lui dire ceci, à madame la Ministre :

Oui, le cours de morale non-confessionnelle est un cours engagé. Même si la Commission permanente du Pacte scolaire définit en 1963 le cours de morale comme: «  un guide d’action morale fondée sur des justifications sociologiques, psychologiques et historiques. Il ne fait pas appel à des motivations de caractère religieux; il ne tend pas non plus à la défense d’une ultime conception philosophique déterminée (1), le programme de morale de l’enseignement secondaire précise quant à lui que

« la finalité du cours de morale non confessionnelle est d’exercer les élèves et les étudiants, dont les parents ne se réclament d’aucune confession, à résoudre leurs problèmes moraux sans se référer à une puissance transcendante ni à un fondement absolu, par le moyen d’une méthode de réflexion basée sur le principe du libre examen » (2); et le programme applicable à l'enseignement fondamental, adopté en 2005, précise quant à lui que le cours s’adresse aux enfants « dont les parents se réclament d'une forme de pensée laïque »(3).

Pour autant, le cours de morale ne s’est jamais donné pour mission d’apprendre aux élèves l’inexistence de Dieu, la stupidité des religions ou le fléau de la croyance. Non, il se limite – et c’est déjà extraordinairement ambitieux ! - à encourager les élèves à pratiquer une méthode appelée le libre examen. Loin de tout endoctrinement, qu’il soit religieux ou athée, cette méthode consiste à inviter les élèves à penser par eux-mêmes, librement, en usant de leur raison. En aucun cas le cours de morale ne prétend dire aux élèves quoi penser. Tout au plus tente-t-il de leur enseigner comment penser.

Et j’avoue, Madame la Ministre, avoir le plus grand mal à saisir pourquoi une si belle méthode, qui constitue le fondement même de la démarche scientifique et de l’activité philosophique – je pense ici à Descartes ou Poincaré -, ne pourrait être enseignée qu’à de petits athées, au prétexte qu’elle serait trop engagée.

 


(1) Xavier Delgrange, Le cours de morale entre neutralité et prosélytisme, http://webcampus.fundp.ac.be/claroline/backends/download.php?url=L0RFTEdSQU5HRV8rK19sZV9jb3Vyc19kZV9tb3JhbGUucGRm&cidReset=true&cidReq=FAGRM409&11dfa0bc3276e0fa688ae0abd1132b7e=1698a852b9977f58f5fa9df15ee4928d

(2)Programme du cours de morale pour l'enseignement secondaire de plein exercice, premier degré,

2002, p. 1 (http://www.restode.cfwb.be/download/programmes/181-2002-240.pdf).

 (3) Programme de cours de morale pour l'enseignement fondamental, p. 7

(http://www.restode.cfwb.be/download/programmes/512-14.pdf).

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Dimanche 7 avril 2013 7 07 /04 /Avr /2013 12:15

Ceci n’est pas un article, mais un coup de gueule. Depuis quelques semaines en effet, on entend abondamment parler dans la presse du rapport rendu par le Réseau européen contre le racisme (Enar), pointant l’ « islamophobie » alarmante qui toucherait l’ensemble de l’Europe. Islamophobie ? Racisme ? Sexisme ? Laïcité ? L’Enar se s’embarrasse pas, semble-t-il, de ces distingos subtils…

 

Il faudrait en effet d’abord qu’on m’explique pourquoi un réseau de lutte contre le racisme s’intéresse à la discrimination envers les musulmans. J’ignorais en effet que l’islam soit une ethnie, et j’en connais, Sénégalais, Bosniaques ou Français « de souche » qui seraient très surpris d’apprendre qu’ils appartiennent à la même « minorité ethnique », dont le public persiste à avoir une perception négative, si l’on en juge par le rapport rendu par l’Enar.

 

Bref. Acceptons le cadre un brin cafouilleux, et penchons-nous donc sur les discriminations dont sont victimes les musulmans dans tant de pays européens. Une « islamophobie », donc, qui touche particulièrement les femmes.

Tiens donc… C’est bizarre, ça… Pourquoi donc les femmes, alors qu’on a tant entendu louer, dans les décennies passées, le fait que les filles « issues de l’immigration » (pardon, voilà que je me mets moi aussi à confondre ethnie, origine et religion) s’intégraient tellement mieux, réussissant souvent fort bien à l’école tandis que leurs frères, moins conscients de tout ce qu’ils avaient à conquérir via l’instruction, tenaient les murs des cités…

Pourquoi les femmes, donc ? La suite de la phrase nous l’apprend : « à cause de leur tenue vestimentaire », selon Sarah Isal, membre d’Enar.

Nous y voilà. On est donc passés en quelques lignes du racisme qui persiste en Europe, particulièrement envers les minorités ethniques, aux discriminations envers les musulmans, puis à l’islamophobie qu’exprime sans nul doute possible l’interdiction du voile islamique dans certaines fonctions.

Quel admirable tour de passe-passe ! Si donc une femme se voit refuser un emploi parce qu’elle porte le voile, si une fille se voit imposer d’enlever son voile à l’école, peu importe qu’elle s’appelle Malika, Anka, Bintou, Indah ou Marie-Thérèse, peu importe sa couleur de peau ou son origine nationale, peu importent les motifs que l’on peut avoir de lui demander de retirer son voile : c’est de l’islamophobie, de la discrimination raciale, du racisme.

 

Et personne ne semble se rendre compte que même dans certains pays musulmans, le voile – et parfois même la barbe ! – est interdit dans certaines fonctions, sans que nul ne songe, et pour cause, à y voir la moindre preuve d’islamophobie.

Alors oui, la discrimination religieuse existe certainement. Par exemple lorsqu’on suppose qu’Abdallah ou Rachida sont certainement musulmans, et vont donc émettre des revendications particulières, avoir des comportements dérangeants, etc. et ce alors qu’Abdallah ou Rachida n’ont rien dit ou fait qui puisse laisser présager de cela.

Mais si, se fichant comme d’une guigne de la religion d’Abdallah ou Rachida, on refuse de les engager sur la base seule de leur patronyme et de leur origine ethnique réelle ou supposée, c’est du racisme.

Et si, se fichant comme d’une guigne de l’origine de Fabienne, on lui demande de retirer le voile qui couvre sa tête, ce ne sera de la discrimination religieuse que si dans le même temps, Jonathan arbore une belle grande croix autour de cou et que Moshé arbore sa kippa sans que nul n’y trouve rien à redire.

 

Et cette manière d’amalgamer tout et n’importe quoi, dans l’intention évidence de disqualifier toute exigence laïque, c’est tout simplement insupportable. 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Lundi 1 avril 2013 1 01 /04 /Avr /2013 10:48

Cette carte blanche a été proposée à La Libre le 29 mars 2013, laquelle l'a refusée ce 1er avril.

Le récent décret relatif aux congés scolaires fait couler beaucoup d’encre. Chose étonnante pour un décret qui n’apporte pas grand chose de neuf, en vérité et fort malheureusement.

 

La seule chose qu’apporte en effet ce décret, c’est un mode de calcul des dates des congés scolaires qui vaille une fois pour toutes, alors que jusqu’ici, la Fédération Wallonie-Bruxelles devait établir tous les deux ans le calendrier des deux années à venir. Rien de bien révolutionnaire en cela, les noms desdits congés étant déjà déconfessionnalisés depuis 2000 et 2005 (pour le congé de Toussaint devenant congé d’automne).

Faut-il voir dans cette mesure cosmétique une tentative de nier « nos racines », dans une tentation autoritaire insufflée par les milieux laïques et maçonniques se faisant pour l’occasion les alliés objectifs des « phalanges gauchistes et islamistes » ? Ou au contraire un premier pas, d’une regrettable timidité, vers l’application du principe de neutralité – consacré par les décrets de 1994 et 2003 – de l’enseignement officiel belge francophone ?

 

Si la neutralité consiste à ne privilégier ni discriminer aucune conviction, rappelons en effet que le calendrier des jours de congé en vigueur dans l’école officielle actuelle est tout, sauf neutre : sur dix jours de congés légaux, six sont d’inspiration chrétienne – et cinq d’entre eux tombent en période scolaire – : le lundi de Pâques, l’Ascension, le lundi de Pentecôte, l’Assomption, la Toussaint et la Noël. Quatre sont d’inspiration non-religieuse : le 1er janvier, le 1er mai, le 21 juillet et le 11 novembre. Aucun n’est inspiré d’une religion autre que chrétienne.

 

Loin de moi l’idée de vouloir nier les spécificités de la culture occidentale et européenne, ni les apports du christianisme à celle-ci. Mais force est de constater qu’à l’heure actuelle, si certaines fêtes comme Noël ou le Carnaval - d’ailleurs d’origine païenne – sont entrées dans le domaine culturel, il n’en va pas de même pour d’autres, telles l’Ascension ou la Pentecôte, qui restent indissolublement liées au christianisme et sans signification aucune pour un musulman, un juif ou un athée.

A cela s’ajoute que le calendrier des congés scolaires, pour déconfessionnalisé qu’il soit à première vue, n’en continue pas moins à privilégier les petits catholiques, lesquels n’ont pas à bénéficier du moindre « mot » de leurs parents ni de la moindre compréhension de leur école pour célébrer dignement leurs fêtes religieuses. Notons également que les différents congés continuent à être calculés sur base du 1er novembre, du jour de Noël et du jour de Pâques… Les élèves juifs, quant à eux, n’ont qu’à se débrouiller pour fêter Roch Hachana ou le Youm Kippour, de même que les élèves musulmans ou orthodoxes devront « s’arranger » pour concilier l’Aïd ou le Noël orthodoxe avec leurs obligations scolaires. Ceci sans même parler des enseignants, pour qui le problème est d’autant plus complexe qu’ils ne sont pas censés témoigner de leurs convictions devant leurs élèves – ce qu’ils feraient inévitablement en s’absentant pour célébrer une fête religieuse non prévue au calendrier officiel.

Que faire alors ? Surtout ne rien changer, au nom des traditions séculaires de la Belgique ? Opter pour un « pluralisme actif » en introduisant dans le calendrier officiel des fêtes religieuses non chrétiennes, signe de la reconnaissance de la diversité culturelle présente en Belgique ?

Si la première option me semble incompatible avec la neutralité de notre enseignement officiel, la seconde me semble irréaliste, mais aussi contraire au principe de laïcité que je défends, car il est selon moi la seule manière de traduire dans la pratique l’exigence théorique de neutralité qui s’impose à tout Etat démocratique.

A quand, dès lors, une réelle réforme du calendrier scolaire, qui alterne semaines de cours et semaines de repos dans le souci unique d’harmoniser le rythme de travail des enfants et enseignants, sans se préoccuper des fêtes religieuses des uns ni des autres, qu’il resterait loisible à chacun de célébrer dans la sphère privée ?

 

Nadia Geerts

Agrégée en philosophie, auteur de « Ecole, profs, élèves : La neutralité n’est pas neutre ! » (La Muette 2012)

 

Voir la carte blanche de Drieu Godefridi dans La Libre du 29 mars 2013.

On pourrait gloser longtemps sur les origines païennes de Noël, de même dailleurs que sur les origines chrétiennes du 1er janvier, mais là nest pas le propos.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Dimanche 3 février 2013 7 03 /02 /Fév /2013 19:54




Afficher son orientation sexuelle derrière le guichet d’une administration anversoise, c’est niet.
Voilà en tout cas ce que vient de clamer Bart de Wever, très inquiet à l’idée qu’on puisse ne pas parler de lui quelques jours durant. Car non, il ne veut pas savoir si le fonctionnaire qui le
sert est musulman, homosexuel et électeur du Vlaams Begang.


Aussitôt, d’aucuns ont crié au scandale, protestant que l’homosexualité n’est en rien comparable à un signe politique ou
religieux, puisqu’elle n’est en rien une conviction. Ce en quoi je m’empresse de dire qu’ils ont parfaitement raison. Non, être homosexuel, ce n’est pas être profondément convaincu, après avoir
mûrement soupesé les mérites comparés de la papouille homo ou hétéro, que la première l’emporte très nettement sur la seconde. Tout comme être hétérosexuel, sauf chez les refoulés compulsifs, n’a
rien à voir avec le fait de considérer que l’hétérosexualité, c’est définitivement le top du top et que l’essayer devrait mener à l’adopter. Il y a même – c’est dingue…- des homos qui
préféreraient être hétéros (ne serait-ce que pour ne pas se faire dévisager, version soft, ou casser la gueule, version hard, pour une menotte dans une autre) et des hétéros qui trouvent
l’homosexualité vachement cool  - si si, en cherchant un peu, ça doit se trouver.


Donc, l’homosexualité n’est pas une conviction, et être homosexuel et prosélyte, équivaudrait à être crétin à un point que ma
confiance désespérée en le genre humain ne peut se résoudre à envisager. Et donc, petit 1, Bart a tort.


Pourtant, à y réfléchir de plus près, je ne vois pas très bien en quoi l’orientation sexuelle du fonctionnaire qui
renouvelle mon passeport me regarde, ni surtout en quoi il éprouve le besoin de me la faire connaître. Quoi, n’aurait-il vraiment, dans sa garde-robe, que des t-shirts ornés d’un arc-en-ciel et
surmontés d’un slogan « Homo for ever » ? Est-ce vraiment une intolérable entrave à sa liberté d’expression que de lui demander de s’abstenir de dire toute la journée, par
l’intermédiaire d’un imprimé ad hoc, qu’il éprouve une attirance sexuelle nettement supérieure pour les humains de son sexe que pour ceux de l’autre ? D’autant que, en ces temps troublés,
l’expression d’une telle homophilie pourrait être perçue comme une prise de position politique en faveur du mariage, voire de l’adoption, voire même de droits égaux en toutes choses pour tous,
indépendamment de l’orientation sexuelle. Où l’on revient à l’idée bien soixante-huitarde et néanmoins pas tout-à-fait fausse selon laquelle tout est politique, même le sexe. Et donc, petit 2,
Bart a raison.


Quoique finalement, je me demande si la vraie question est là. Car enfin, quelqu’un peut-il me dire si cette bonne ville
d’Anvers a été confrontée récemment à un mouvement d’homosexuels exhibitionnistes affichant urbi et orbi les administrations communales leur affection rien moins que chaste pour les
humains du même sexe ? Voire même à un seul homosexuel particulièrement désireux de communiquer sa préférence sexuelle à l’humanité entière par le biais d’un arc-en-ciel, en commençant par
les administrés d’Anvers ?


J’ai comme l’impression que la réponse est non, et que Bart ne fait en réalité qu’agiter le t-shirt arc-en-ciel dans le but
d’escagasser, donc de séduire, l’électeur homophobe. et que donc, petit 3, Bart a tort.


 


 
Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 12:00

En Belgique, le financement public des cultes reconnus coûte annuellement plus de 100 millions d’euros. En 2012, c’est pas moins de 103,4 millions qui ont ainsi été affectés au payement des salaires et pensions des ministres des cultes. Une somme à laquelle il faut encore ajouter 2,8 millions pour les diverses subventions dont bénéficient la laïcité, le culte islamique et le bouddhisme.

Mais à ces 106,2 millions déboursés par l’Etat, il faut encore ajouter les sommes déboursées par  les communautés pour l’enseignement des religions et de la morale non confessionnelle – une somme estimée à 66 millions d’euros pour la seule Fédération Wallonie-Bruxelles -, ainsi que les sommes affectées par les pouvoirs locaux à l’entretien des bâtiments religieux. Soit, en 2011, pas moins de 80 millions d’euros.

Ce qui fait un total appréciable de plus de 250 millions d’euros.

Le débat autour du financement public des cultes n’est pas neuf. Mais il serait étonnant que suite à la publication de ces chiffres dans la presse, le débat ne soit pas ravivé. Avec, en particulier, la résurgence d’une proposition déjà ancienne d’adoption d’un système d’impôt « dédicacé ».

Passons sur la terminologie hasardeuse, issue d’une mauvaise traduction de l’anglais : il faudrait en effet plutôt parler d’impôt dédié. Au-delà d’une question de vocabulaire, certains semblent ne pas voir en effet que ce système ne remet en rien en cause le principe du financement public des cultes, qu’il rend simplement plus équitable.

A l’heure actuelle, le culte catholique reçoit en effet 85 pourcent du budget alloué à l’ensemble des cultes reconnus – en ce compris la laïcité organisée. Un pourcentage qui ne correspond évidemment en rien au nombre de catholiques effectifs parmi la population vivant en Belgique. Face à cette injustice manifeste, d’aucuns souhaitent dès lors une modification de la clé de répartition du gâteau, afin que chaque culte reçoive la part de financement qui lui revient en fonction du pourcentage effectif de fidèles dont il peut se prévaloir.

Ce système, cependant, ne remet en rien en cause le principe d’un financement public des cultes, principe qui constitue pourtant une entorse majeure à la laïcité de l’Etat. La séparation des Eglises et de l’Etat s’accommode en effet on ne peut plus difficilement du financement des unes par l’autre.

D’abord parce qui dit financement, dit reconnaissance. L’Etat, pour financer un culte, doit d’abord le reconnaître. Or, outre que les critères de reconnaissance des cultes par l’Etat belge manquent de clarté – présence suffisamment établie sur le territoire, nombre suffisant de fidèles,… - est-ce bien le rôle de l’Etat de distribuer en quelque sorte des bons et des mauvais points aux différentes mouvances philosophiques ? On voit bien que certains pays reconnaissent ainsi l’Eglise de scientologie, que nous considérons comme une secte – à mon sens à juste titre, mais là n’est pas la question : le salafisme ne me semble pas moins sectaire, et n’en est pas moins financé par les deniers publics. Dans une perspective laïque, les citoyens peuvent certes pratiquer ou non le culte de leur choix, le financer de manière privée si tel est leur bon plaisir, mais l’Etat devrait se tenir à distance, sans reconnaître ni financer aucun culte ni mouvement philosophique.

Mais le contrôle, me dira-t-on ?

Voilà une objection qui m’a toujours fait sourire autant qu’agacée.

Agacée, parce que si contrôle il y a, il est totalement insuffisant aujourd’hui. Je pense en particulier ici à l’enseignement officiel, où la désignation des professeurs de religion se fait par l’organe chef de culte, et non par la Fédération Wallonie-Bruxelles ; où le chef d’établissement ne peut contrôler le contenu des cours de religion ; et où de manière générale, nombre d’abus existent, lesquels ne mènent que trop rarement à une solution structurelle. Je précise que ces règles, curieusement, ne valent pas pour les professeurs de morale non confessionnelle, lesquels sont désignés par le pouvoir organisateur.

Fait sourire parce que cette objection véhicule en filigrane l’idée selon laquelle un Etat qui ne finance pas ne peut contrôler. Voilà bien une curieuse conception des choses ! Rappelons à cet égard que nul n’est au-dessus des lois, et certainement pas les Eglises, qu’elles soient ou non publiquement financées. C’est bien pour cette raison que la Scientologie s’apprête à subir un procès retentissant, auquel elle ne peut espérer échapper au prétexte qu’elle ne reçoit pas un euro vaillant de l’Etat belge.

Non, vraiment, la laïcité s’accommode fort mal, dans son principe, d’un financement public des cultes. Et lorsque ce financement inclut la laïcité dite « organisée », le paradoxe est à son comble : la laïcité, en effet, ne saurait être considérée sans la dénaturer profondément comme un pilier convictionnel. Car la laïcité, c’est d’abord et avant tout un principe politique d’organisation de l’Etat, qui, en proclamant l’indépendance de ce dernier envers toutes les options philosophiques, assure à chacun la liberté de conscience et l’égalité de traitement.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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