Bonjour !

 

 

      portraits nadia 2011 220

Agenda

Le 8 décembre à 18h30, conférence-débat avec Mr Christian RENARD, administrateur de la Maison de la Laïcité de Charleroi, sur le thème "La laïcité menacée". A l'invitation de l'asbl Cenforsoc, dans la salle Allende (FGTB Charleroi, Bd Devreux 36/38 à 6000 Charleroi).


Texte Libre

La Louvière 9 sept. 2008

Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 09:26

Cet article est paru dans La Libre des 21-22 janvier 2012 sous le titre "Décloisonner les chapelles".

 

La ministre Simonet prévoit pour la rentrée 2013 une harmonisation des programmes du cours de morale non-confessionnelle et des cours de religion, tant en primaire qu’en secondaire, afin d’y introduire le questionnement philosophique, des éléments de connaissance des religions et des laïcités ainsi que des éléments de citoyenneté. Une belle avancée, diront certains. Une manière de ne surtout pas toucher au système actuel, diront d’autres.

 

Familiariser les élèves avec le questionnement philosophique, qui s’en plaindrait ? Introduire d’avantage de formation à la citoyenneté à l’école, quelle belle idée ! Et de même, faire en sorte que les élèves sortant de l’enseignement officiel – seul concerné, et pour cause, par cette mesure – connaissent un peu mieux les religions et convictions de leurs concitoyens, voilà bien un noble projet, ô combien nécessaire qui plus est en ces temps de recrudescence de l’intégrisme religieux, de l’intolérance et du populisme.

On peut donc se réjouir que la ministre compétente ait enfin pris la mesure du vide actuel – rappelons que si la citoyenneté est au programme de l’enseignement primaire  et secondaire depuis 2007, cette formation se réduit trop souvent à une peau de chagrin, tant par manque d’enseignants formés que par absence d’heures dévolues à cet effet dans les grilles horaire – et de l’urgence de le combler.

Cependant, on peut s’interroger sur ce qui apparaît à bien des égards comme une demi-mesure : si réellement il s’agit de « développer la pensée rationnelle, logique et argumentative autour de trois grands axes : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à une citoyenneté active » ; si réellement la citoyenneté, la connaissance des religions et de l’humanisme – dans ses différentes variantes que sont l’athéisme ou la laïcité politique -  et la démarche philosophique sont essentielles à la formation de nos élèves, pourquoi ne pas pousser la logique à son terme et proposer, purement et simplement, la suppression des cours si improprement nommés « philosophiques »  au profit d’un cours commun à tous ?

Peut-on sérieusement soutenir, en d’autres termes, que les cours de religion contribuent à « développer la pensée rationnelle, logique et argumentative » ? Je ne nie pas ici que certains enseignants de religion favorisent en effet l’émergence d’une telle pensée chez leurs élèves. Cependant, il faut bien reconnaître que ceux-là sortent peu ou prou de la mission catéchistique historiquement dévolue aux cours de religion, et choisissent de faire, à peu de choses près, ce que font leurs collègues de morale non-confessionnelle. Ces derniers, rappelons-le, n’ont jamais eu pour vocation ni pour mission d’enseigner à leurs élèves l’inexistence de Dieu, mais bien de leur apprendre autant que possible à penser par eux-mêmes, hors de tout dogmatisme.

 

Outre que l’enseignement religieux, en tant que transmission d’un corpus dogmatique, n’a guère sa place à l’école officielle, un cours commun permettrait la rencontre et l’échange entre les tenants de diverses conceptions du monde, et ce faisant la mise en perspective par chacun de ses convictions personnelles au regard de celles de l’autre, ce qui favoriserait bien plus certainement la tolérance et le respect de l’autre que le cloisonnement actuel.

Un cours commun axé sur la citoyenneté, la connaissance du fait religieux et de l’humanisme et la philosophie permettrait également de substantielles économies à une Communauté française qui en a grand besoin. Mais surtout, cette formule, tout en étant respectueuse des convictions de chacun, serait infiniment plus en phase avec l’un des objectifs généraux décrits dans le décret « Missions », à savoir : » préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société  démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures ».

 

La mesure actuelle ne fâchera sans doute personne : ni les syndicats soucieux de préserver l’emploi des enseignants (en l’occurrence de cours dits « philosophiques ») ni les défenseurs desdits cours, dont l’autonomie est préservée et la pertinence réaffirmée, ni les acteurs du monde de l’éducation attachés à l’introduction d’éléments de citoyenneté, de philosophie ou d’éducation au fait religieux – en ce compris la laïcité. Et c’est probablement sa principale, si pas sa seule vertu.

Car la logique qui prévaut reste profondément ancrée dans un modèle belge dont la mise en question serait bienvenue : un modèle pilarisé, qui organise l’enseignement en chapelles et, au sein de la « chapelle officielle » reproduit l’existence de six chapelles différentes, correspondant aux religions reconnues et à la morale non-confessionnelle.

Un nombre qui est destiné à augmenter, dès lors que le bouddhisme a eu accès récemment à la reconnaissance publique, et que d’autres « communautés convictionnelles » frapperont très certainement dans les prochaines années à la porte du financement public.

Verra-t-on demain huit ou dix cours « philosophiques » dispenser en parallèle la même formation à vocation universaliste ? Quelles seront les exigences en termes de neutralité qui seront fixées aux enseignants de ces différents cours lorsqu’ils aborderont les convictions voisines ? Quelle formation – initiale ou continuée - prévoit-on pour les enseignants qui seront amenés à dispenser ces cours à partir de 2013 ?

Et surtout, combien de temps encore réformera-t-on l’enseignement à coups de mesurettes consensuelles plutôt que de poser la seule vraie question qui importe en l’occurrence, à savoir : de quoi nos enfants ont-ils un urgent besoin ? Est-ce de connaître leur religion ou d’apprendre à penser et à devenir des citoyens responsables ?

 

Nadia Geerts

 

Décret relatif au renforcement de l’éducation à la citoyenneté responsable et active au sein des établissements organisés ou subventionnés par la Communauté française du 12 JANVIER 2007

Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre 24 JUILLET 1997.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 14:31

Suite au cocktail Molotov lancé sur Charlie Hebdo, le Collectif « Les Mots sont importants » se fend d’un article intitulé « Pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo ! ». Montrant une fois de plus sa mauvaise foi et son affection toute particulière pour le détournement du sens des mots.

 

Mis en ligne sur le site des Indigènes de la république, cet article dénonce « l’instrumentalisation bouffonne et intéressée » qui serait faite de la liberté d’expression dans cette affaire : après tout, ce cocktail Molotov n’a fait que des dégâts matériels, n’est-ce pas ? Il n’y a donc pas lieu, selon les signataires, de s’apitoyer sur les journalistes de l’hebdomadaire satirique, puisqu’ils sont assurés et que, grâce à l’ « islamophobie ambiante », leurs ventes seront décuplées. Bref, c’est finalement tout benef pour Charlie. A se demander s’ils n’ont pas eux-mêmes balancé ce cocktail Molotov, comme le suggèrent déjà pas mal de fins analystes de comptoirs virtuels sur les réseaux sociaux.

D’ailleurs, ce collectif des amoureux de la langue nous rassure : « la liberté de critiquer l’islam est tout sauf menacée », et les kiosques à journaux et les programme télé en sont la preuve, eux qui fourmillent non seulement de critiques, mais aussi de caricatures et d’injures, « en toute tranquillité et en toute bonhommie ». J’aurais aimé, à ce stade de ma lecture, trouver quelques exemples de ces caricatures et injures, mais le collectif n’a pas de temps à perdre en vaines explications. Car il y a plus important : « en revanche, il est une liberté d’expression qui est bel et bien menacée, et même plus d’une : celle pour commencer des femmes qui voudraient s’habiller comme bon leur semble, sans qu’un Etat national-laïque leur impose par la loi un dress-code de bonne musulmane cheveux aux vents ; celle de ces mêmes femmes lorsqu’elles voudraient faire entendre leur ras-le-bol des regards, injures et discriminations qu’elles subissent quotidiennement au motif qu’elles portent un foulard ».

Nous y voilà ! Ouh le vilain Etat « national-laïque » - je sais pas vous, mais moi, ça me fait furieusement penser à autre Etat national-quelque chose, de sinistre mémoire – qui brime les femmes musulmanes dans leur liberté d’expression tout en prétendant défendre corps et âme ladite liberté d’expression !

Je dois être atteinte de cécité, de surdité ou de mal-compréhension chronique, mais je dois avouer n’avoir jamais eu l’impression que les femmes musulmanes étaient contraintes par la loi à se balader cheveux au vent. Je dois même être atteinte d’hallucinations, mais je vois régulièrement des femmes se promener en rue avec les cheveux dissimulés par un foulard, sans qu’aucun agent des forces de l’ordre ne s’en émeuve. Et c’est d’ailleurs très bien ainsi.

En revanche, je dois être atteinte de paranoïa aigüe, car j’ai toujours pensé que le type de propos tenus par des journalistes d’un hebdomadaire satirique serait inacceptable de la part d’un fonctionnaire public – d’une enseignante comme moi, par exemple. Et je me frotte les mains en songeant à toutes les horreurs blasphématoires que je vais pouvoir débiter en classe dès demain, dès lors que l’Etat (si c’est en Belgique comme en France) protège scandaleusement les anticléricaux primaires dans mon genre…

L’article continue en revendiquant que soit aussi donnée la parole « à la masse de celles et ceux, musulmans ou pas, qui n’éprouvent absolument aucune sympathie pour Charlie Hebdo ». ah ben oui, voilà une bonne idée ! C’est vrai que c’est quand même scandaleux : on lance un misérable petit cocktail Molotov de rien du tout dans un bâtiment désert, et du coup, on ne parle plus que des victimes ! Ne devrait-on pas entendre dans les médias, outre ceux qui se sont déjà exprimés avec la délicatesse que l’on sait, tous ceux pour qui Charlie, c’est de la merde, qu’il l’a pas volé, et que ce serait pas une grande perte s’il disparaissait du paysage médiatique ? D’ailleurs, ne devrait-on pas, de manière générale, donner plus la parole à ceux qui n’éprouvent aucune sympathie pour les victimes ? Moi, je trouve que ça ouvre des perspectives vertigineuses, pas vous ?  On profane un cimetière juif ou musulman, et zou, on va interviewer ceux qui n’ont aucune sympathie pour les Juifs ou les musulmans. Un personnage public se fait agresser : hop, on tend le micro à tous ceux qui trouvent que c’est bien fait, ou qui simplement trouvent que c’était quand même pas un mec très cool.

On pourrait même aller plus loin. Mais bon, je vous laisse y aller seuls, y a comme une odeur, je trouve.

Ce qui est chouette, c’est que l’article conclut sur des bons conseils aux amis de Charlie Hebdo. De ces conseils qui sentent l’amitié vraie : « la liberté d’expression consisterait, pour que les amis de Charlie Hebdo retrouvent une once d’honneur, à donner abondamment la parole aux proches de Ion Salagean, à ses amis résidents du 163 rue des Pyrénées, et plus largement aux Roms qui subissent depuis de nombreux mois, et depuis bien plus longtemps en fait, le plus brutal et le plus assumé des racismes d’Etat.»

Et ça, c’est vachement sympa, je trouve. Parce que bon, chacun a droit à l’erreur : Charlie Hebdo en a fait une, et de taille, en sombrant dans l’ « anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe ». Mais il peut se rattraper, en parlant dorénavant des sujets que lui fournira le Collectif Les Mots sont Importants. Pour la plus grande gloire de la liberté d’expression.

 

 

http://lmsi.net/Pour-la-defense-de-la-liberte-d, Article signé par Saïd Bouamama, Youssef Boussoumah, Houria Bouteldja, Henri Braun, Abdelaziz Chaambi, Ismahane Chouder, Olivier Cyran, Christine Delphy, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo, Sébastien Fontenelle, Nawel Gafsia, Laurent Lévy, Hassina Mechaï, Ndella Paye, Faysal Riad, Arielle Saint Lazare, Karim Tbaili, Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, et Najate Zouggari

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 16:53

Léonard a encore frappé. Je parle évidemment du primat de Belgique, qui a cru utile de déconseiller aux divorcés d’enseigner la religion ou d’exercer une fonction de direction dans l’enseignement catholique.

 

L’affaire fait grand bruit, et les représentants de l’enseignement catholique, notamment, s’indignent au nom de la vie privée, du refus de la discrimination à l’embauche, etc. Et certes, il est un peu surprenant d’exiger d’un enseignant ou d’un directeur d’école un état civil particulier.

Pourtant, n’est-ce pas ce que l’Eglise catholique fait très communément, lorsqu’elle interdit la prêtrise aux femmes, ainsi bien sûr qu’aux hommes mariés - ou aux homosexuels ? Il est rare qu’on parle alors de discrimination à l’embauche, tant il est admis que la profession de prêtre n’est pas tout à fait comme les autres, et, surtout, que l’Eglise a bien le droit de décider qui, et selon quels critères, est apte à prêcher la parole de Dieu dans Sa maison. Cela ne la rend ni moderne, ni en phase avec les réalités de ce temps, mais encore une fois, rien ne l’y oblige.

Si le mission de l’école chrétienne consiste bien à « évangéliser en éduquant » (1), si elle a « la conviction qu'elle n'humanise en plénitude qu'en ouvrant à Dieu et au Christ. », si « Les écoles catholiques et l'Église      se reconnaissent mutuellement comme des partenaires privilégiés, inspirés à une source commune: celle de l'Évangile annoncé par Jésus- Christ » et si l’Eglise maintient que la chasteté, la fidélité et l’hétérosexualité sont voulues par Dieu, alors il n’y a pas à tortiller , et Léonard a raison de ne pas vouloir confier l’éducation des rejetons de bonnes familles chrétiennes à ces pécheurs de divorcés. On se demande simplement pourquoi il ne conseille pas pareillement aux célibataires ayant perdu leur pucelage, aux époux infidèles et aux homos de s’abstenir également de souiller son école chrétienne de leurs turpitudes. Et le distingo vie privée / vie publique semble en l’occurrence une ratiocination de rationaliste ou de laïque, totalement absurde pour qui se donne pour mission d’élever les âmes vers le Christ.

Si en revanche l’enseignement catholique « inscrit son action dans la logique du service public en s’ouvrant à tous ceux qui acceptent son projet, quelles que soient leurs convictions », alors l’école chrétienne devient l’école de tous, et en tant que service public, elle ne peut discriminer qui que ce soit sur une base aussi éminemment non pertinente que la situation matrimoniale. Et dans ce cas, Léonard a tout faux.

Le hic, c’est que l’école chrétienne se cherche : tantôt elle se veut « service public fonctionnel » à peine teinté d’un chouia de pluralisme situé, tantôt elle se veut évangélisatrice, missionnaire, prosélyte même. Ce qui lui permet à la fois de percevoir de généreux subsides publics et de revendiquer son enracinement religieux.

Alors moi, je proposerait bien un deal à André-Joseph Léonard : on lui laisse ses directeurs et enseignants mariés, fidèles et tout le toutim, et lui, il renonce à ses subsides publics. Comme ça, tout le monde est content. Et pour ceux qui ne le seraient toujours pas, il reste l’enseignement officiel, qui accueille tout le monde dans le respect de ses convictions et en se foutant comme d’une guigne de sa vie privée.

On fait comme ça ?

(1) Cette citation, comme les suivantes, est tirée du document « Mission des écoles chrétiennes », http://www.segec.be/mission_EC_web.pdf

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 17:18

 

« Minorités et droits de l’homme », tel était le thème de la conférence-débat de ce 13 mai 2011 à l’Académie royale de Belgique, avec Henri Goldman et Caroline Fourest comme orateurs. L’occasion d’assister à un débat courtois permettant de cerner les désaccords entre deux intellectuels engagés.


 

Plutôt que de faire ici un compte rendu exhaustif de la soirée, j’ai choisi de repartir d’une intervention de la salle : celle d’Irène Kaufer, déplorant qu’une fois de plus, on débattait des minorités sans qu’elles soient aucunement représentées à la tribune. Au-delà de la réponse de Caroline Fourest, rappelant non sans humour qu’en tant que femme et lesbienne, elle avait bien du mal à se considérer comme la représentante de la majorité, je voudrais souligner ici l’absurdité du raisonnement.

Irène Kaufer, il me paraît pertinent de le rappeler ici, traque sans merci la représentation des femmes dans les débats politiques et autres. Alors que je considère qu’un débat est bien orchestré s’il met en scène des représentants d’opinions diverses et divergentes, quels que soient leur sexe, leur âge, leur origine, etc., elle estime quant à elle qu’il est du devoir des organisateurs de débat d’inviter des femmes, si possible en nombre égal à celui des hommes présents. Soit. Mais ici, il y en avait une, de femme, et non des moindres. La parité était même parfaite – si on excepte le modérateur masculin. Mais ce n’était pas assez.

À l’évidence, il aurait fallu un musulman, ou mieux une musulmane, ou mieux encore une musulmane voilée. Étrange, vraiment. Car le sujet de la soirée n’était ni l’islam, ni le voile, même si les débats se sont orientés vers cette thématique en cours de soirée.

Mais passons. Le raisonnement, qui n’est pas propre à Irène Kaufer, consiste à supposer que l’on ne parle bien que de ce qu’on connaît, et qu’on ne connaît que ce qu’on vit de l’intérieur. Pas question alors de parler de peinture si l’on n’est pas peintre, de littérature si l’on n’est pas écrivain, des camps de concentration si l’on n’y a pas séjourné, de la violence conjugale si on n’en est pas victime (ou acteur ?), et du nazisme si l’on n’est pas nazi.

Je sens qu’à ce stade, j’en fais bondir plus d’un. Et pourtant…

Revenons à cette soirée. Il est quand même étrange que pour parler des minorités, d’aucuns considèrent comme allant de soi que la personne la plus indiquée, voire la seule réellement habilitée, c’est une musulmane. Comme si la musulmane (voilée évidemment) incarnait désormais les minorités dans leur ensemble. À moins que l’objection soit venue du fait qu’on abordait la question du voile ? Mais alors, les deux intervenants étaient-ils en droit de parler du kirpan sikh ? N’auraient-ils pas dû interrompre immédiatement le débat, faute de sikh pour témoigner de son rapport au kirpan ? Etaient-ils en droit de parler des juifs hassidiques, faute de membre de cette communauté pour communiquer au public son rapport au religieux ? Combien de fois n’a-t-on pas mentionné les Bretons ? Et Sarkozy, et Hortefeux, et Marine Le Pen, sans qu’aucun Breton ni aucun porte-parole de ces individus ne soit invité à monter à la tribune, dans un louable souci d’équité ?

Tout cela me rappelle une séance préparatoire à la constitution de listes électorales du parti Ecolo, au temps où j’en étais encore une membre active et enthousiaste. Je me souviens en particulier de la satisfaction générale née du constat qu’il y avait des candidats d’origine marocaine et turque (certains se vantant de leurs bons contacts avec la mosquée), et même un gay, et puis du désappointement soulevé par la remarque de l’un d’eux, remarquant à juste titre qu’il n’y avait pas de Kurde…

Si l’on accepte la logique selon laquelle ce ne sont pas les points de vue qui, dans un débat démocratique, doivent être représentés – ce qu’ils étaient parfaitement hier soir -, mais les communautés, je crains que tout débat ne devienne rapidement impossible. Une fois qu’on aura trouvé une femme musulmane voilée, qu’est-ce qui nous prouvera que cette femme est le moins du monde représentative de celles qu’elle est censée représenter ? Est-elle chiite ou sunnite ? Voilée de noir, de blanc, d’un tissu chatoyant, en niqab ? Elégamment habillée et maquillée, ou disparaissant derrière son voile ? Porte-t-elle son voile par quête identitaire, au nom d’un prétendu féminisme islamique, parce qu’elle le considère comme un prescrit islamique, parce qu’elle veut avoir la paix, parce qu’elle le portait déjà dans son pays d’origine, parce qu’on lui a appris ici à le porter ?

Mais je crains surtout qu’en entérinant cette logique absurde, on fasse une nouvelle fois passer les appartenances communautaires avant les idées. Nous avions hier soir en face de nous deux intervenants défendant, quoique certains aient pu en penser, des idées extrêmement différentes. N’est-ce pas ça, l’essence-même d’un débat ? Et à force de se focaliser sur l’apparence de ceux qui portent les idées, ne risque-t-on pas de passer dramatiquement à côté de cette essence et d’ouvrir la voie à la concurrence des minorités ?

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires
Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 19:21

Je participais ce midi au « Forum de midi » sur la Première (1). Thème obligé en ce jour de mariage princier : la monarchie. Du moins Fabienne Vande Meersche avait-elle tenu à s’éloigner radicalement du glamour et du people pour aborder la question de la légitimité de l’institution monarchique. À l’heure où l’on ne parle que de robe, baiser, voiture et autres tralalas, c’est une initiative à saluer comme il se doit.

 

Mais force est de constater qu’hormis cette émission radio – et l’agence de presse indépendante Parlemento -, aucun média n’a jugé utile de relayer le point de vue républicain. En tout cas dans le monde francophone. Car en Flandre, tant VTM que le Nieuwsblad, le Laatste Nieuws ou la VRT ont saisi l’occasion du mariage princier britannique pour donner la parole au président du Cercle républicain belge (http://www.crk.be/). Probablement cela s’explique-t-il, du moins partiellement, par la crainte actuelle, dans le monde francophone, que toute contestation de la monarchie ne renforce les tenants du séparatisme. Pourtant, on peut légitimement se demander si le roi détient un pouvoir suffisant pour empêcher la scission du pays – ce qui serait à mon humble avis en soi inquiétant.

Au-delà de cela, puisque c’est de monarchie britannique que tout le monde parle aujourd’hui, j’ai eu la désagréable impression de revivre le mariage de Philippe et Mathilde : même déchaînement médiatique, et surtout même unanimisme de façade : comme le peuple belge il y a onze ans, le peuple britannique tout entier serait en liesse aujourd’hui…

Et pourtant… Le Soir nous apprend que, selon le Guardian, non seulement 46% des Britanniques ne sont pas intéressés par ce mariage, mais encore que 32% estiment que la monarchie a perdu sa pertinence, et que 26% estiment même que le pays se porterait mieux sans elle. Ce dernier chiffre grimpe même à 37% pour la tranche des 19-24 ans.

Le républicanisme, autrement dit, est loin d’être marginal au Royaume-Uni. Quel média, pourtant, consacrera ne serait-ce que quelques lignes à l’Alliance of European Republican Movements (https://www.facebook.com/home.php?ref=home#!/republicanalliance), qui organisait aujourd’hui une street parade à Londres, en marge du mariage ? Les mouvements républicains de Belgique, du Danemark, des Pays-Bas, de Norvège, d’Ecosse, de Suède, d’Espagne et bien sûr du Royaume-Uni y étaient représentés, tout comme ils étaient déjà à Stockholm l’an dernier.

Parce que quelles que soient les tentatives de l’institution de se moderniser ou d’apparaître comme proche du citoyen, elle reste indécrottablement, viscéralement et principiellement anti-démocratique ; en parfaite contradiction avec l’article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, aussi, qui proclame que :

1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.
3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.

Ces évidences auront une fois encore été occultées par les fastes d’un mariage en grande pompe – et partiellement aux frais du contribuable britannique. Espérons que la raison finira par triompher. Pour que William, Kate, Philippe, Mathilde et tous les autres puissent enfin jouir du bonheur d’être des citoyens libres et égaux en dignité et en droits… C’est tout le mal que je leur souhaite.

 

(1) Emission réécoutable ici:  http://podaudio.rtbf.be/pod/lp-forum_le_forum_de_midi_292f042f2011-quelle_e_9606969.mp3

Par Nadia Geerts - Publié dans : République
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mardi 26 avril 2011 2 26 /04 /Avr /2011 20:13

Je suis toujours étonnée lorsque je rencontre un laïque convaincu qui s’accommode sans difficulté de la monarchie, ou au contraire un républicain qui considère la laïcité comme un détail. Pour moi, il m’a toujours semblé que les deux concepts étaient indissociables. Et cette consubstantialité, je la ressens particulièrement aujourd’hui que notre bon roi Albert s’apprête, avec la bénédiction et la couverture du Premier ministre sortant, à assister à la béatification de Jean-Paul II.

 

Qu’est-ce que la laïcité ? Etymologiquement, le mot provient du grec « laos », c’est-à-dire « peuple », par opposition au membre du clergé (le clerc) qui est au-dessus du peuple. Un Etat laïque, c’est donc un Etat où tous, quelle que soit leur proximité avec un hypothétique créateur, sont traités à égalité, sans considération pour leur statut de clercs.

Qu’est-ce que la république ? Etymologiquement à nouveau, le terme provient des mots latins « res » et « publica », et désignent la « chose publique », c’est-à-dire ce qui est à tous : l’Etat.

 

Comment alors concevoir sans perversion du sens des mots une république qui ne soit pas laïque, ou un Etat laïque qui ne soit pas une république ? Pour que l’Etat soit le bien de tous, il faut nécessairement qu’il ne soit pas confisqué par certains. La laïcité empêche qu’il soit confisqué par un clergé, institué, autoproclamé ou informel. La république empêche qu’il soit confisqué par une dynastie. Le tout au détriment de la volonté populaire, seul fondement légitime du pouvoir dans un Etat démocratique moderne.

 

« Et Albert II dans tout ça ? », me direz-vous. Chef de l’Etat non élu, en poste exclusivement par le privilège archaïque du sang, il met encore plus à mal une légitimité déjà bien faible en manifestant aussi ostensiblement et officiellement les liens privilégiés qu’il entretient avec le Vatican et l’Eglise catholique. Il a certes le droit d’être catholique, mais son rôle de chef de l’Etat lui impose de ne pas témoigner de ses préférences religieuses, au risque de cesser d’apparaître comme le représentant de ce qui est « de tous », et de n’être plus que « de certains ».

Quand à Yves Leterme, qui justifiait ce matin sur les ondes de la RTBF sa présence aux côtés du roi par la nécessité de couvrir chacun des actes de ce dernier, il atteste par cette fumeuse explication que la présence du roi au Vatican est bel et bien un acte politique, sans quoi il n’aurait pas à être couvert par un ministre.

Le bon sens exigerait que si le roi tient absolument à assister à une cérémonie de béatification, cela se fasse à titre rigoureusement privé et à ses frais ; de même bien entendu pour tout homme ou femme politique élu. Le même bon sens exigerait d’ailleurs qu’aucun pouvoir ne puisse être acquis sans procédure élective ni possibilité de sanction. Et que ce pouvoir s’exerce au nom du bien commun, c’est-à-dire du peuple, et non de Dieu - ou de ce que certains lui attribuent comme volonté.

Par Nadia Geerts - Publié dans : République
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 09:51

On parle encore de voile, ces jours-ci dans la presse. En cause, la société Hema, qui a décidé de ne pas renouveler le contrat d’une de ses intérimaires, engagée via Randstad, parce que celle-ci portait un voile qui dérangeait la clientèle. Un argument pour le moins problématique à mon sens. Mais les arguments de certains défenseurs de l’intérimaire ne me le paraissent pas moins.

 

Précisons d’emblée que le motif premier d’Hema n’a pas été l’hostilité au voile – sinon, la société n’aurait pas autorisé cette intérimaire à le porter, dans un premier temps – mais bien un argument de type commercial. Autant pour l’accusation fourre-tout d’ « islamophobie ». Il n’en reste pas moins préoccupant que le client puisse, par ce qui pourrait dans certains cas s’apparenter clairement à de l’intolérance, dicter sa conduite à une entreprise.

Le client est roi, dit-on souvent. Pourtant, en août 2009, la Cour du travail de Bruxelles avait condamné l’entreprise Feryn parce qu’elle refusait d’engager des travailleurs étrangers au motif que ses clients n’acceptaient pas que des étrangers viennent placer chez eux des portes de garage. Autrement dit, le tribunal a estimé que le fait que « ça dérange le client » ne pouvait constituer un motif suffisant pour refuser d’engager – ou de renouveler le contrat – d’un salarié. Et c’est heureux, tant il importe que la lutte contre les discriminations ne capitule pas devant la volonté d’une clientèle raciste, sexiste ou homophobe.

D’autre part, je suis toujours étonnée, et je dois bien le dire, de plus en plus inquiète, lorsque j’entends brandir la liberté, ou plus spécifiquement la liberté de culte, consacrées par les conventions internationales des droits de l’homme, pour s’opposer à toute interdiction du port du voile.

 

Liberté de s’habiller comme on l’entend, disent les uns. Ceux-là perdent manifestement de vue que les policiers, les magistrats, les infirmiers, les hôtesses de l’air et bien d’autres n’ont aucun choix en la matière. Que les vendeuses dans les boutiques de mode ou les parfumeries sont tenues d’être élégantes, et si possible jeunes et jolies en sus. Que les employés derrière un guichet de banque n’ont conquis que récemment le droit de tomber la veste et montrer leurs avant-bras, même par forte chaleur. Que peu de professions autorisent le port du bermuda. Que rarissimes sont les skinheads travaillant au contact d’une quelconque clientèle « bien comme il faut » tout comme d’ailleurs le tailleur strict serait malvenu chez une tenancière de bar libertin.

En bref, il semble que l’usage soit de demander aux employés en contact avec le public de refléter l’image de l’entreprise qui les emploie. Dans un temple de la mode, on ne s’habille pas d’un sac informe (sauf si c'est le dernier cri en la matière). Dans un bar gay, le classicisme désuet d’un costume trois pièces détonnerait. Dans une banque, un bleu de travail ferait tache.

 

Ah oui, mais c’est pas pareil ! Disent les autres. Un voile n’est pas comparable à un bleu de travail ou un tailleur, parce que bon, ici, on parle quand même d’un droit fondamental de tout homme (et de toute femme) : la liberté de culte. Nous y voilà. 

Il m’arrive souvent de me demander si quelqu’un avait conscience, lors de l’adoption en 1948 de ce texte proclamant la liberté de « pratiquer son culte, tant en public qu’en privé », qu’il servirait à justifier, soixante ans plus tard, l’application la plus stricte de quantité de prescrits religieux (ou présentés comme tels) jusque dans le monde du travail. Il me semble qu’ils devaient penser aux multiples persécutions qu’avaient subi les protestants sous le joug catholique ou les juifs partout en Europe, à tous ces régimes qui traquaient les pratiquants de telle ou telle religion jusque dans leur sphère privée et prétendaient les priver de lieux de culte, allant jusqu’à punir toute manifestation publique d’appartenance à une foi jugée déviante par rapport au culte majoritaire. Les régimes communistes ont frappé fort dans ce domaine également, au nom d’un athéisme d’Etat qui prétendait éradiquer toute manifestation de religiosité.

Est-ce vraiment de cela qu’il s’agit aujourd’hui ? Les musulmans sont-ils brimés dans leur droit de pratiquer leur culte dans les lieux dévolus à cet effet ? Quiconque se mêle-t-il de traquer jusque dans leur intimité l’étendue de leur pratique religieuse ?

Je ne prétends pas que la discrimination religieuse n’existe pas. Elle est patente lorsqu’un employeur, par exemple, licencie un employé sur la seule base de ses convictions religieuses privées, dont il a découvert l’existence.

Mais ici, ce n’est de toute évidence pas de cela qu’il s’agit.

 

Je déplore, je le répète, que le seul « dérangement » ressenti par la clientèle à la vue d’un voile puisse motiver un non renouvellement de contrat, parce que cela donne au client un pouvoir démesuré, celui de refuser d’être servi par un noir, par une femme, par un maghrébin, par un Juif, par un musulman, par un handicapé, par un obèse, etc.

Mais je récuse également l’idée selon laquelle aucune borne ne pourrait être mise à l’expression par un travailleur de ses convictions religieuses ou politiques, car c’est là méconnaître le droit d’une entreprise à définir son image, laquelle peut être familiale, sérieuse, libertine, branchée, contestataire, et même chrétienne ou islamique (imagine-t-on une préposée à l’accueil à l’abbaye de Maredsous ou une vendeuse dans un magasin de tenues islamiques portant bas résilles, mini-jupe et décolleté vertigineux ?).

 

Ce dont nous manquons cruellement, en d’autres termes, c’est d’une législation et d’une règlementation claire en la matière, qui balise la portée et les limites d’une liberté de culte certes fondamentale en démocratie, mais qui ne saurait se confondre avec la prééminence de la liberté de culte sur toute autre norme légale.

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 15:13

Cet article a été proposé comme carte blanche au Soir.

Les bras m’en sont tombés lorsque j’ai lu le titre en Une du Soir : « Une circulaire pro-IVG envoyée aux écoles ». Quoi, y aurait-il des gens qui font la promotion de l’avortement, qui incitent les filles et les femmes à y recourir, qui les découragent de garder l’enfant qu’elles portent ? A en croire l’article, c’est bien de cela qu’il s’agit, puisque certains font le parallèle avec des circulaires émanant de milieux religieux qui, si elles diffusaient dans les écoles un discours anti-avortement, susciteraient des cris d’orfraie. Confusion, confusion…

La loi belge autorise depuis une vingtaine d’années, et sous strictes conditions, la pratique de l’interruption volontaire de grossesse. Celle-ci n’est jamais présentée comme une solution idéale, comme une sorte de contraception de secours, mais comme un choix difficile, potentiellement traumatisant, mais pouvant néanmoins être considéré comme la moins mauvaise solution lorsqu’une grossesse non désirée se présente. Informer les jeunes filles fréquentant l’enseignement secondaire de l’existence de la loi et de la possibilité pour elles d’y recourir en cas de nécessité, ce n’est en aucun cas faire la promotion de l’avortement. En réalité, ce n’est rien d’autre que promouvoir la connaissance par les adolescents de leurs droits et de leurs devoirs, tels qu’ils sont établis par la législation belge.

Partant de là, mettre sur le même pied une brochure d’information et une brochure militante visant à combattre une pratique absolument légale – que l’on reste évidemment libre de refuser pour soi-même, pour des raisons de conscience – relève d’une singulière confusion. Et le fait que cette brochure soit distribuée dans tous les réseaux, libre confessionnel y compris, ne change rien à l’affaire : les élèves ont droit à l’information, et la présenter comme de la propagande dénote d’une singulière ignorance de ceci : informer laisse chacun libre, tandis que les discours propagandistes ont pour but avoué de peser sur les décisions, en l’occurrence en fonction d’un prisme éthique dont les fondements sont loin d’être partagés par tous.

 Autrement dit, l’information précède la formation d’une opinion, et présumer qu’informer pourrait heurter les consciences revient à ouvrir la porte à la censure. L’école ne peut se contenter d’accueillir les élèves tels qu’ils sont ; elle a aussi pour mission de les former à être demain des citoyens responsables, conscients de leurs droits et devoirs et capables d’exercer leur jugement de manière libre et indépendante de tout prosélytisme.

Cela, évidemment, c’est l’idéal d’une école laïque. Non pas une école athée, donc,  mais une école où la formation du jugement se fait sans recourir à un quelconque dogmatisme ni à une quelconque transcendance. Ce qui pose nécessairement la question de la pertinence d’un enseignement confessionnel financé par les fonds publics : l’Etat n’a ni à organiser, ni à financer un enseignement inspiré par des textes religieux, quels qu’ils soient. Il n’a pas à « évangéliser en éduquant » mais à promouvoir l’émancipation par l’instruction.

Sera-t-on demain soupçonné d’infraction à la neutralité et au pacte scolaire parce qu’on aborde à l’école des concepts comme celui de majorité sexuelle, de libre examen, de législation sur les mariages forcés, d’égalité entre hommes et femmes ou de théorie de l’évolution ?

 Notons que le lendemain, Hugues Dorzée enfonçait le clou en qualifiant la circulaire d'"inappropriée et tendancieuse" (http://archives.lesoir.be/inappropriee-et-tendancieuse_t-20110217-018UY3.html), avec l'argumentaire suivant:

"1. En Belgique, l’enseignement est neutre. Il ne tolère, en théorie, ni prosélytisme religieux ou philosophique, ni militantisme affirmé.

2. Le CAL est l’organe officiel de la laïcité organisée et financé comme tel. En toute logique, les autres cultes reconnus seraient donc en droit de diffuser leur vision de l’IVG à l’école. C’est intenable.

3. Si Pro Vita ou les adeptes d’un islam rigoriste étaient parvenus à faire de l’entrisme dans l’administration, pour sûr que les laïques auraient hurlé, à raison, à la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Voilà pourquoi, oui, cette circulaire de la Direction générale était tendancieuse et inappropriée."

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 09:53

Cette interview a été publiée dans La Libre de ce 1er février, en face-à-face avec celle d'Irène Wouters (http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/639815/est-il-interdit-d-interdire-le-niqab-dans-la-rue.html)

 

Nadia Geerts: Si un règlement interdit de déambuler masqué hors le Carnaval, il n’y a pas de dispense sous prétexte de religion. Le niqab est un problème de sécurité publique et un emblème de soutien à des régimes islamistes fascisants.


Quelle lecture avez-vous du jugement selon lequel il serait interdit d’interdire le niqab en rue ?

Ce qui me frappe dans ce jugement, c’est que le tribunal de police semble considérer que la réactivation d’un règlement de police interdisant de déambuler masqué en dehors de périodes de carnaval est illégitime, dès lors que le motif pour lequel le visage est dissimulé est d’ordre religieux. Or, si un règlement de police interdit de déambuler masqué en dehors du Carnaval, une attitude laïque consisterait précisément à ne pas accorder de dispense à cette règle sous prétexte de conviction religieuse : la loi doit valoir pour tous, sans que la religion puisse constituer en aucune manière un passe-droit. Je crains que ce jugement conforte une propension actuelle à pratiquer l’exception religieuse, comme par exemple lorsque la religion autorise l’abattage d’animaux sans étourdissement préalable.


Pourquoi devrait-on interdire le port de la burqa ou du niqab dans l’espace public ?

Le voile intégral non seulement pose un problème de sécurité publique, mais constitue aussi et surtout un emblème politique de soutien à des régimes islamistes fascisants : comment ignorer que ce scandaleux sac de toile est, pour tant de femmes dans le monde, la condition sine qua non pour que leur présence soit tolérée dans les lieux publics ? Sous le voile intégral, la femme est transformée en un fantôme inidentifiable. Accepter un espace public dans lequel déambuleraient des fantômes inidentifiables, c’est saper le fondement même du vivre ensemble, qui fait du contact visuel, et du visage, un médium essentiel. Porter le voile intégral, c’est instaurer avec l’autre une relation à sens unique, lui refuser le droit élémentaire de nous voir, alors même que nous avons toute liberté de le dévisager. Par ailleurs, je dois bien dire mon étonnement et mon inquiétude lorsque je vois que des partis politiques réfractaires à l’interdiction du voile dans la sphère institutionnelle ou à l’école soutiennent une loi d’interdiction du voile intégral : il ne faudrait pas, en effet, que ce soit la préfiguration d’un marchandage politique dramatique. Car c’est exactement la stratégie déployée par les islamistes selon le juriste Jamil Sayah :” le fondamentalisme musulman déploie sa stratégie à la recherche de l’outil le plus viable susceptible de niveler par le bas les valeurs de la République. Aussi, ils instrumentalisent le voile intégral pour légitimer le “moins intégral”. La bonne ruse !” (“Burqa, les pièges du débat” dans Libération, 31/07/09).


Un règlement communal (comme à Etterbeek) ou une loi fédérale belge (comme votée à la Chambre en avril 2010 et relancée aujourd’hui) qui bannit le voile facial seront donc toujours contraires à la Convention européenne des droits de l’homme et donc invalidés par nos tribunaux ?

La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme montre en tout cas que pour limiter la liberté d’expression, un simple règlement ne suffit pas. En revanche, d’autres jugements de cette même cour montrent qu’il est possible de limiter la liberté (en l’occurrence ici religieuse) au nom de principes constitutionnels, tels que la laïcité de l’Etat. C’est bien le sens de l’arrêt du 29 juin 2004 de la Cour européenne des droits de l’Homme, qui rappelait (dans l’affaire Leyla Sahin contre Turquie) l'article 24 de la Constitution turque , lequel stipule que “Nul ne peut de quelque manière que ce soit, exploiter la religion, les sentiments religieux ou les choses considérées comme sacrées par la religion, ni en abuser dans le but de faire reposer, même partiellement, l’ordre social, économique, politique ou juridique de l’État sur des préceptes religieux ou de s’assurer un intérêt ou une influence sur le plan politique ou personnel.”

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires
Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 09:50

Cette carte blanche a été publiée dans Le Soir du 1er février 2011 (http://www.lesoir.be/debats/cartes_blanches/2011-02-01/exception-religieuse-ou-laicite-819138.php).

 

Dans un jugement récent, le tribunal de police de Bruxelles a estimé que l’interdiction du port du voile intégral dans l’espace public décrétée par la commune d’Etterbeek était illégale. Un jugement qui réaffirme l’urgence de légiférer… et d’inscrire clairement dans la Constitution belge le principe de laïcité.

La séparation du politique et du religieux, en effet, sous-tend l’idée que les citoyens doivent être traités à égalité de droits, sans que leurs convictions religieuses puissent constituer ni un avantage, ni un handicap.

L’Etat, dans cette optique, n’a pas à se prononcer sur la pertinence de telle ou telle croyance, mais uniquement à veiller à ce que les lois soient les mêmes pour tous.

Or, on sait que l’apparition en Belgique de femmes portant le voile intégral a suscité chez certains la volonté de légiférer. Pour ce faire, plusieurs communes bruxelloises ont embrayé le pas à la zone de police Vesdre (Verviers, Dison, Pepinster) qui a inséré en 2008 un nouvel article aux règlements coordonnées des polices de la zone, lequel stipulait que « le port d’une tenue vestimentaire dissimulant le visage des personnes est interdit en tout temps et dans tout lieu public » (1). Il s’agissait là, en réalité, de la réactivation d’un très vieux règlement de police interdisant de déambuler masqué en dehors des périodes de Carnaval. Et c’est bien le droit d’appliquer ce règlement à des personnes dont la dissimulation du visage est motivée par des convictions présentées comme religieuses que la Justice conteste aujourd’hui, s’agissant du voile intégral, s’appuyant pour cela sur l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui exige que toute restriction à la liberté de religion se base sur un intérêt légitime et reste proportionnée.

Or, si un règlement de police interdit de déambuler masqué en dehors du Carnaval, une attitude laïque consisterait précisément à ne pas accorder de dispense à cette règle sous prétexte de conviction religieuse : la loi doit valoir pour tous, sans que la religion puisse constituer en aucune manière un passe-droit.

Un principe laïque qui, soit dit en passant, devrait également s’appliquer à l’abattage rituel, lequel constitue également une exception à la règle selon laquelle les animaux ne peuvent être abattus sans étourdissement préalable : « L’abattage ne peut se pratiquer qu’après étourdissement de l’animal ou, en cas de force majeure, suivant la méthode la moins douloureuse. (Les dispositions du chapitre VI de la présente loi, à l’exception de l’article 16, § 2, alinéa 2, ne s’appliquent toutefois pas aux abattages prescrits par un rite religieux). (2)

L’examen de la jurisprudence européenne démontre que seul le principe de laïcité constitue un outil efficace pour empêcher les convictions religieuses de se transformer en passe-droit. C’est bien le sens de l’arrêt du 29 juin 2004 de la Cour européenne des Droits de l’Homme, qui rappelait (dans l’affaire Leyla Sahin contre Turquie) l'article 24 de la Constitution turque , lequel stipule que « nul ne peut de quelque manière que ce soit, exploiter la religion, les sentiments religieux ou les choses considérées comme sacrées par la religion, ni en abuser dans le but de faire reposer, même partiellement, l’ordre social, économique, politique ou juridique de l’État sur des préceptes religieux ou de s’assurer un intérêt ou une influence sur le plan politique ou personnel ». (3)

Ne pas accepter que les convictions religieuses soient utilisées pour faire reposer, même partiellement, l’ordre social, économique, politique ou juridique de l’Etat sur des préceptes religieux, tel sera sans doute l’un des nombreux défis du prochain gouvernement…

 

(1) Article 113 bis.

(2) Loi du 14 août 1986 relative à la protection et au bien-être des animaux, chapitre VI, Art. 16. § 1.

(3) Affaire Leyla Sahin c. Turquie.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Accueil

Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

Mes bouquins

fichuvoile-f6f88

 

 

 

Recherche

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés