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Le 19 septembre à 19h: Présentation de mon livre "La neutralité n'est pas neutre" à l'assemblée citoyenne du Mouvement de Gauche, Fontaine L'Evêque, taverne Le Richelieu
Le 23 septembre à 19h30: Prticipation à une conférence débat organisée à l'ULB par le Cercle du libre examen sur le thème "Laïcité et diversité font-elles bon ménage ?" avec Pierre Galand, Mehmet Saygin et Marc Jacquemain. Infos: https://www.facebook.com/events/560632677326604/
Le 15 octobre à 14h: Conférence "La neutralité n'est pas neutre"  UMONS boulevard Dolez 31 
Le 18 octobre à 20h: Maison de la Laïcité de Colfontaine - conférence sur « La Laicité au XXIème siècle ».

Texte Libre

12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 15:19

« Bravo pour votre livre. Je savais que je serais globalement de votre avis mais vous poussez la réflexion bien au-delà des habitudes et les livres qui font réfléchir sont salutaires. » (G.P.)

« C'est vraiment super bien écrit, très agréable à lire, souvent très drôle, et il y a plein d'idées intéressantes qu'on entend relativement rarement. » (S.B.)

« Il y a des lectures dont on sort grandi et des livres dont on aurait aimé écrire chaque ligne, c’est le cas pour le dernier livre de Nadia Geerts « Et si on en remettait une couche ? ».

Si vous aimez la réflexion, l’analyse, le doute ou au contraire si vous êtes enfermés dans vos certitudes, je vous le recommande vivement surtout en cette période où tout le monde a un avis sur tout et l’exprime de façon plus ou moins intelligente… Bien entendu, je me sens concernée.

A la lecture de l’ouvrage – lequel participe à déconstruire, en analysant des événements qui ont fait l’actualité récente, des automatismes du « prêt-à-penser » – vous serez amenés à repenser ce qui vous semblait comme évident parce que nous devons « apprendre à penser » et pour cela, il nous faut être en « éducation permanente », le tout est de le vouloir et/ou de le pouvoir… » (J.T.)

« analyses, argumentations et honnêteté caractérisent le style de ce livre. En plus du courage. A conseiller à toute personne intéressée par des sujets d'actualité. Bravo » (A.S.)

« Du haut de ma petite butte d'humilité, je me permets de recommander à tout qui ne veut pas rester légume engraissé de prêt-à-penser, le dernier livre de N.G."Et si on en remettait une couche?" qui, non seulement, donne à penser (bien et souvent juste) mais donne à ré-fléchir en ré majeur. Sans flatterie aucune. Merci N.G. » (J-P.M.)

Sélectionné parmi les "coups de coeur" de la librairie Cook & Book.

Sélectionné parmi les "coups de coeur" de la librairie Cook & Book.

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 11:24

Ainsi donc, les parents devraient pouvoir bientôt choisir de donner à leur enfant le nom du père, celui de la mère ou les deux, dans l’ordre de leur choix. En cas de désaccord entre eux – ce qui augure mal de la longévité du couple, à mon humble avis… -, l’enfant portera d’office les deux noms, en commençant par celui du père. Une belle avancée vers plus d’égalité, selon beaucoup. Dont je ne suis pas.

 

Mes prises de position en la matière, que ce soit dans la presse ou sur les réseaux sociaux, m’ayant valu les railleries de ceux qui y voyaient une risible incohérence – quoi, moi, la féministe universaliste, j’invoquais soudain la nature et la différence entre les sexes !? – je vais tenter d’expliciter ici plus longuement mon point de vue.

 

Je récuse en effet tout féminisme différentialiste, qui attribuerait aux hommes et aux femmes des qualités, compétences et autres comportements sur base de leurs différences morphologiques et génétiques. Pour le dire simplement, je ne pense pas qu’avoir un utérus fasse des femmes des êtres naturellement maternants, ni d’ailleurs soumis, passifs, empathiques ou que sais-je encore. De même, je ne pense pas qu’avoir un pénis fasse des hommes des êtres naturellement dominateurs, assertifs ou conquérants. Je suis convaincue que toutes ces déterminations souvent associées au sexe sont bien davantage sociales que biologiques, et en ce sens je distingue le genre – construction sociale – du sexe.

Pour autant, il ne me viendrait pas à l’esprit de nier l’existence de quelques caractéristiques morphologiques que seule une mauvaise foi crasse pourrait faire nier. Alors oui, je l’affirme crânement : seules les femmes, dans l’état actuel des choses, peuvent porter les enfants. Scoop.

Avant d’aller plus loin, je précise d’emblée que cela ne saurait nullement obliger les femmes à avoir des enfants. Car une potentialité ne saurait, sans dérive inquiétante, se muer en obligation : c’est pour le coup que la nature imposerait sa « loi », limitant dramatiquement la liberté !

Venons-en maintenant à la problématique du nom de l’enfant. L’idée que je défends est la suivante : puisque la  mère entre dans la maternité par le biais de la grossesse – qui peut être éprouvante, merveilleuse ou relativement bien balancée entre moments de joie et nausées et autres douleurs, là n’est pas la question -, il ne me semblait pas idiot de prévoir pour celui – ou celle, car mon raisonnement vaut également pour les couples de femmes – qui n’a pas porté l’enfant une autre manière d’entrer dans la parentalité. Mécanisme symbolique donc, qui ne permet ni ne dédouane évidemment d’aucun rôle effectif d’éducation de l’enfant, mais signe l’entrée dans un rôle, celui de coparent – je préfère ce terme à celui de « père », qui restreint l’approche à un point de vue hétérosexuel.

Je ne voyais donc aucune injustice à ce que l’enfant porte comme seul nom celui de son père. Plus, j’y voyais également un mécanisme, tout aussi symbolique, par lequel la mère reconnaissait l’identité de celui – car ceci valait hélas uniquement pour les couples hétérosexuels – avec lequel elle avait conçu l’enfant. Une manière de dire à la société que ce petit être qu’elle mettait au monde avait été conçu avec Monsieur X, et n’était donc – toujours symboliquement – pas né d’elle seule.

 

Ce sont ces raisons qui font que je ne vois pas de motif de se réjouir – au nom de l’égalité – de ce que les enfants puissent désormais porter le nom de leurs deux parents, et encore moins de ce qu’ils puissent porter le nom de leur mère seule. Je vois en effet dans cette dernière possibilité (et le fait qu’elle soit validée par le père n’y change rien) une manière de faire symboliquement de l’enfant celui de sa mère seule, et donc de nier le second coparent, qui existe nécessairement dans un couple marié.

Or, rappelons que cette loi ne vaudra bien évidemment que pour les couples mariés : pour les autres, la possibilité existait déjà et continuera d’exister de donner à l’enfant leur seul nom de sa mère, pour peu que le père n’ait pas reconnu l’enfant. Ce qui ne peut se faire qu’avec l’accord de la mère.

 

Ainsi Irène Kaufer épinglait-elle ainsi mes positions en la matière : “Nadia Geerts, qui se dit radicalement opposée aux quotas et autres "discriminations positives" en faveur des femmes au nom d'un "féminisme universaliste", soutient par ailleurs l'importance "symbolique" du nom du père et proclame son hostilité à la nouvelle loi sur la transmission du nom de famille, avec des arguments qui me paraissent tout à fait "différencilaistes" (ou pour le dire autrement : dans ce raisonnement, hommes et femmes sont présentés comme "complémentaires"). Voilà qui me paraît tout à fait contradictoire... »

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 16:46

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Je débattrai de mon nouveau livre avec Arnaud Ruyssen le samedi 22 février 2014 de 12h à 13h à la Foire du Livre (Tribune des éditeurs). Cet entretien sera suivi d'une séance de dédicaces sur le stand d'Interforum (302).

Vous pourrez par ailleurs lire un portrait de moi dans Le Soir Mag qui paraîtra ce mercredi 19.

"Et si on en remettait une couche ?" sera disponible en librairie et en version électronique dès le jeudi 20 février.

A bientôt !

Nadia Geerts

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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 14:14

Madame,

 

J’apprends avec stupeur que vous refusez ma venue dans votre établissement (sis à Louvain-la-Neuve), au motif que mon républicanisme serait… Serait quoi, au juste ? Incompatible avec l’appellation de votre athénée, royal ? Ou avec la dignité de ma fonction, peut-être ? Ou, si j’ai bien compris, avec le serment de fidélité au roi et obéissance à la Constitution et aux lois du peuple belge que j’ai prêté ?

Sachez, Madame, que jamais il n’a été dans mes intentions de parler de république à vos chers élèves – dont j’espère évidemment que dans votre noble souci de les préserver de tout endoctrinement, vous ne les avez jamais autorisés et ne les autoriserez jamais, sous la conduite d’un enseignant féru de monarchie, à se déplacer pour une quelconque joyeuse entrée…

Et quand bien même j’aurais parlé de monarchie et de république, d’ailleurs ? Quand bien même j’aurais osé évoquer devant vos élèves le fait que la transmission héréditaire du rôle de chef de l’Etat était peu conforme à  une conception moderne de la démocratie ? Votre conception du rôle de l’enseignement officiel s’accommode-t-elle vraiment si mal de l’ouverture à un point de vue certes minoritaire, mais profondément démocratique ?

 

Ma visite, rappelons-le, n’aurait eu comme but que de rencontrer les élèves d’une classe de morale de 2è secondaire, et ce pour m’entretenir avec eux de laïcité. Je répète, pour que ce soit bien clair : je devais venir parler de laïcité à des élèves du cours de morale non confessionnelle, à l’invitation de leur professeur. Mais cela n’a pas eu l’heur de vous plaire… Vous avez donc refusé ma visite, non pas sur base du projet – qui me semble dans le droit fil de ce qu’un enseignant de morale peut organiser dans sa classe – mais sur base de ma personne, dont les idées que je défends par ailleurs ne vous semblent pas autorisées.

Pardonnez ma brutalité, Madame, mais en quoi cela vous concerne-t-il ? Est-ce à vous de décider si j’enfreins mes engagements d’enseignante en défendant par ailleurs (j’ai bien dis « par ailleurs ») des idées républicaines ?

Je suis enseignante depuis 1991, soit 22 ans. Lorsque j’ai cofondé le Cercle républicain, en 2000, je n’étais pas encore nommée. Cela ne m’a pas empêchée de l’être, alors même que j’avais publié un ouvrage en 2003 abominablement républicain, « Baudouin sans auréole ». Lorsque j’ai quitté en 2009 la Ville de Bruxelles, où j’étais nommée, pour un poste de maître-assistante en philosophie à la Haute école de Bruxelles, je n’ai pas non plus été arrêtée pour flagrant délit de républicanisme.

Et vous savez quoi ? C’est normal. Comme je l’explique dans mon dernier livre (1), les textes décrétaux définissant les obligations de l’enseignant en matière de neutralité sont en effet clairs : s’ils enjoignent à l’enseignant de s’abstenir de toute attitude et de tout propos partisans et de ne témoigner en faveur d’aucun système, c’est bien devant les élèves (2). En d’autres termes, l’enseignant conserve son entière liberté de s’engager, de militer, de manifester, de pétitionner, de prendre enfin des positions publiques, pourvu qu’il ne le fasse pas durant ses activités d’enseignement ou, plus précisément, devant les élèves. Et Xavier Delgrange de préciser : « L’enseignant demeure pour le reste “un citoyen à part entière, qui doit pouvoir participer aux débats philosophiques, idéologiques ou religieux de la société dans laquelle il s’insère et y exprimer ses propres conceptions, sans préjudice du respect de sa vie privée, de sa liberté syndicale, de son droit à se porter candidat aux élections ou d’assister à un office religieux”. »(3)

Certes, me direz-vous, mais les enseignants «  ne peuvent se livrer à aucune activité qui est en opposition avec la Constitution et les lois du peuple belge, qui poursuit la destruction de l'indépendance du pays ou qui met en danger la défense nationale ou l'exécution des engagements de la Belgique en vue d'assurer sa sécurité. Ils ne peuvent adhérer, ni prêter leur concours à un mouvement, groupement, organisation ou association ayant une activité de même nature. »(4)

Mais quelle interprétation faites-vous donc de cet article si vous en déduisez qu’il m’est interdit, de par son existence, de militer démocratiquement et pacifiquement pour un changement dans la méthode de désignation du chef de l’Etat ? Considérez-vous alors que nos représentants politiques, dès lors qu’ils prêtent ce même serment, s’engagent à ne jamais vouloir modifier aucun point de la Constitution ni aucune loi du peuple belge ? 

 

C’est la première fois, Madame, que l’on m’interdit de m’exprimer dans une école. Le seul précédent concerne une « plainte » que Vigilance Musulmane avait déposée contre moi, mais c’était après que je me sois exprimée – et ce think thank a évidemment été débouté par la Communauté française. Laquelle, contrairement à vous, avait fort bien compris que, tout enseignante que je sois, j’avais parfaitement le droit de m’exprimer de manière engagée, en tant que militante, devant des élèves d’une autre école que celle dans laquelle j’enseignais, et qui n’étaient donc pas mes élèves. Voici à cet égard la réponse donnée par Marie-Dominique Simonet à la question de Christine Defraigne :

« À la suite d’une conférence donnée à l’Athénée provincial Jean d’Avesnes à Mons, une enseignante a fait l’objet d’une plainte déposée par Vigilance musulmane.

Conformément à la procédure prévue en l’espèce, j’ai sollicité une mission d’information auprès de la direction générale de l’enseignement obligatoire. Son rapport, qui vient de m’être communiqué, signale que la conférencière en question est désormais maître de conférences dans l’enseignement supérieur. Elle n’enseigne donc pas aux élèves dudit athénée et n’exerce aucune autorité sur eux. Elle avait été invitée, comme conférencière à s’exprimer sur l’un de ses ouvrages.

Dans le cadre de cette conférence, d’autres intervenants ont pris la parole. Un débat s’en est suivi dans l’école. À cette occasion, des opinions différentes ont été échangées, comme il est courant de le faire lorsqu’un conférencier aborde une thématique. Ce type d’activité permet de confronter divers avis et d’ouvrir le champ à la réflexion. En cela elle correspond bien aux objectifs pédagogiques de la Communauté française. Le rapport conclut en disant qu’il n’y a pas violation du décret sur la neutralité. Sur la base de tous ces éléments, que je trouve tout à fait pertinents, je ne donnerai pas suite à cette plainte.»(5)

 

Je suis scandalisée, mais aussi infiniment désolée, qu’une représentante de l’enseignement officiel surpasse, en matière de tentative de censure, une association défendant les intérêts partisans d’une communauté religieuse particulière.

Pour ma part, je suis profondément attachée à la démocratie, aux droits humains, à la liberté de conscience et à la laïcité. C’est de cet attachement que j’aurais témoigné devant quelques uns de vos élèves, si vous ne vous y étiez stupidement opposée. Dois-je en conclure que votre établissement est davantage royal qu’athénée (6) ?

 

Avec mes salutations profondément laïques et résolument républicaines

 

Nadia Geerts

(1) “Ecole, profs, élèves: La neutralité n’est pas neutre !” (La Muette 2012)

(2) sous-entendu évident: ses élèves.

(3) Commentaire de larticle 4 de la proposition devenue le décret de 1994, cité par Xavier Delgrange dans Enseignant et neutre ?, op.cit., p.45

(4) arrêté royal du 22/03/1969, chapitre II, article 12

(5) Parlement de la Communauté française, session 2009-2010, 9 juin 2010

(6) dans l’Antiquité, lieu de rassemblement des philosophes, à Athènes.

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 18:00

(pour le texte de Nadine Plateau, voir ci-dessous)

De récents règlements ou projets de règlement du travail visant l’interdiction de tout signe religieux ont suscité l’inquiétude de la féministe belge Nadine Plateau. Cette mesure, selon elle, n’affecterait en réalité que les femmes, et serait dès lors discriminatoire.

 

Ce raisonnement me semble symptomatique d’un raisonnement procédant par approximations, simplifications abusives et glissements de sens.

En effet, des signes religieux, seul le voile ne concerne que les femmes. La kippa concerne quant à elle les hommes seuls, de même que le turban sikh. Quant au crucifix – pour m’en tenir aux signes les plus fréquents dans nos régions – il me semble concerner les deux sexes indifféremment.

Certes, me direz-vous, mais seul le voile pose réellement problème, les chrétiens pouvant facilement glisser leur crucifix sous leur vêtement, les sikhs étant peu nombreux en Belgique en comparaison avec les musulmanes, et les juifs…
Quoi, les juifs ? Eh bien les juifs, soit ont une pratique religieuse privée qui n’implique pas le port permanent d’une kippa, soit ont opté pour un mode de vie plus « orthodoxe » et restent entre eux – cela vaut d’ailleurs également pour l’école.

La question est alors celle-ci : les pouvoirs publics doivent-ils tenir compte, dans leurs politiques, du fait qu’une loi ou un règlement, de par la configuration sociétale du pays, risque de pénaliser davantage les femmes que les hommes, les musulmans que les juifs, etc. ? (1)

 A mon sens, la réponse est non.

D’abord parce que si une règle discrimine les femmes en l’occurrence, c’est bien l’obligation qui est faites aux musulmanes, de par l’interprétation rigoriste que les intégristes en font, de porter le voile. L’autorité discriminante, c’est donc ce courant de la religion islamique, et en aucun cas l’autorité publique qui refuse d’intégrer la règle discriminante.

Ensuite parce qu’à confondre la cause et la conséquence, on risque à terme un délitement de la norme-même. Des difficultés d’accès à l’emploi pour les musulmanes voilées sont peut-être un effet de l’interdiction des signes religieux, mais ne sont certainement pas le but de l’autorité publique. Soutenir le contraire, c’est confondre une caractéristique intrinsèque de l’individu – sa couleur de peau, son handicap, son sexe, ou même sa religion… - avec un choix qu’il pose. En d’autres termes, on n’est pas musulmane voilée comme on est noir, car on ne peut laisser sa couleur de peau au vestiaire comme on y laisse, le cas échéant, un signe extérieur de religiosité.

Or, toute norme interdisant un comportement spécifique vise par définition les adeptes de ce comportement. L’interdiction de fumer vise les fumeurs seuls, la mise à la pension vise les  personnes de plus de 65 ans uniquement, l’obligation de tenir son chien en laisse ne vise que les propriétaires de chiens, et l’interdiction du viol vise les violeurs, qui sont d’ailleurs très souvent des hommes…

Le raisonnement de Nadine Plateau consiste donc en réalité, mutatis mutandis, à dire qu’interdire par exemple le port de la mini-jupe sur le lieu de travail serait discriminatoire envers les femmes, car seules les femmes portent des mini-jupes. Or, on peut évidemment discuter à l’envi de la pertinence d’un tel règlement, mais il serait totalement incongru de le qualifier de discriminatoire, comme si son but était d’éloigner les « femmes en mini-jupe » (conçues, notons-le bien, comme une entité en tant que telle, comparable à la « personne à mobilité réduite ») : que les femmes concernées adoptent une jupe plus longue ou un pantalon, et elles auront évidemment accès à l’emploi à égalité avec les autres.

 

Mais le fond du problème est ailleurs. Le fond du problème, c’est que Nadine Plateau, comme tant d’autres, tombe dans le piège classique qui consiste à percevoir les musulmans, et plus encore les musulmanes, comme les nouveaux damnés de la terre dont il convient d’être solidaire coûte que coûte. Le problème, en d’autres termes, n’est pas qu’un règlement ait pour principale « victime » un groupe social quelconque : le problème, c’est que ce groupe, ce soit les musulmanes – plus exactement DES musulmanes.

La « solidarité féministe » à laquelle en appelle Nadine Plateau devrait donc pousser les féministes à revendiquer pour un groupe de femmes le droit inaliénable de manifester partout son aliénation à une règle religieuse instaurée et sans cesse réaffirmée par les religieux les plus réactionnaires dans le but-même de les confiner dans des tâches domestiques subalternes. Porter le voile, partout où c’est une obligation légale, revient en effet à la privation ou au conditionnement drastique de l’accès à l’éducation, au travail et, plus largement, à la liberté.

Autant les féministes devraient donc se déclarer massivement solidaires de toutes celles qui cherchent à s’émanciper, parfois au risque de leur vie, de ces diktats politico-religieux, autant il ne faudrait pas qu’elles se trompent de combat en se transformant, spectre de l’ « islamophobie » oblige, en alliées objectives des obscurantistes.

Les religions, et particulièrement celles du Livre, n’ont jamais été des modèles en matière d’égalité des sexes. L’autorité publique, quant à elle, ne saurait accepter que le principe de stricte égalité soit mis en cause sous prétexte de différentialisme culturel, d’anti-impérialisme ou autres fadaises : la même règle pour tous reste encore la meilleure définition que l’on ait trouvée de l’égalité. Du moins si l’on veut promouvoir un féminisme universaliste, qui refuse de faire du sexe un critère de différentiation essentiel.

 

 

 

 

 

Hier, les sorcières…  (Nadine Plateau)

 

Des événements récents m’amènent à m’inquiéter en tant que féministe de la conjoncture actuelle en ce qui concerne l’accès des femmes au marché du travail et leur situation sur ce marché. Des règlements ou projets de règlement du travail, proposés ou soutenus par les syndicats, me semblent constituer de véritables discriminations à l’encontre de femmes.  Je pense en particulier au règlement désormais en vigueur chez Actiris qui interdit le port de tout signe religieux. Cette mesure, en apparence valable pour toutes et tous, n’affecte en réalité que des femmes, à savoir toutes celles (de l’employée en back office à la technicienne de surface) qui portent un foulard et même celles qui ont été engagées avec un foulard il y a vingt ans (2)

 

Le plus inquiétant, c’est que le nouveau règlement du travail chez Actiris semble bien faire tâche d’huile. Déjà des propositions dans ce sens se sont fait entendre au sein de l’administration de la région de Bruxelles-Capitale. Soit dans des services publics qui devraient être attentifs à montrer l’exemple de la non discrimination. Comment comprendre ce qui m’apparaît comme un acharnement contre les seules travailleuses ? Je ne reviendrai pas sur l’instrumentalisation du féminisme dans le débat sur l’interdiction du hijab que nous avons suffisamment dénoncée. Je m’interroge sur l’avenir des femmes sur un marché du travail déjà segmenté et profondément inégalitaire si une nouvelle possibilité de discrimination est légitimée. Non que des mesures discriminatoires seront systématiquement appliquées mais elles pourront l’être à la moindre occasion offrant aux employeurs toute latitude pour embaucher ou licencier à leur gré en alléguant le règlement. Le foulard pourrait alors devenir un dispositif de régulation du marché du travail.

 

A l’école comme au travail, ces mesures d’exclusion ne touchent que des personnes de sexe féminin. Il est stupéfiant de constater que de vrais problèmes existant dans les écoles (réputation de l’école, autorité contestée des enseignant-e-s, sexisme et machisme) ont été prétendument résolus en interdisant le foulard. Les témoignages provenant d’écoles qui après l’avoir toléré l’ont interdit soulignent que la paix est revenue dans les salles de profs et que les élèves se tiennent plus tranquilles (3). Cette victoire symbolique du corps enseignant n’a cependant pas remis en cause les rapports inégalitaires entre filles et garçons, quant à ce qui se passe en dehors de l’école, le corps enseignant n’en a nullement cure. En réalité un signe a été envoyé aux musulman-e-s quant à la question de leur visibilité. Un signe qui ne concerne que les femmes. La réaffirmation du rapport de force en défaveur des musulman-e-s se fait donc jusqu’à présent exclusivement au détriment des femmes (4). Je pense que ce n’est pas un hasard et qu’il nous revient à nous féministes de comprendre ce phénomène et de le combattre. 

 

Hier, les sorcières… Nous savons grâce aux historien-ne-s que les sorcières qui furent poursuivies en grand nombre aux XVIè et XVIIème siècles en Europe ont fait fonction de boucs émissaires pour toute une série de maux et de problèmes sociaux dont elles n’étaient évidemment pas responsables. Que l’exorcisation du mal passât par les femmes (par comparaison, peu d’hommes furent désignés comme sorciers) n’a pas été, selon moi, suffisamment étudié. Et pourtant c’est bien ce qui frappe et m’autorise à mettre en parallèle ces prétendues sorcières victimes de l’Inquisition et les femmes affichant des signes religieux victimes de discrimination à l’école ou au travail. Dans un cas comme dans l’autre, on ne veut pas voir ou chercher les racines des problèmes, on tente de dissoudre les tensions sociales en s’acharnant contre une catégorie de femmes minoritaires, vulnérables socialement et économiquement, catégorie que l’on sait historiquement mal défendue par les organismes censés représenter les intérêts des travailleurs et des travailleuses.

 

En 2003, j’écrivais «Fichons la paix aux fichus et occupons-nous d’égalité». Je pensais naïvement que des problèmes pressants réclamaient notre attention en ce qu’ils affectent de manière spécifique les femmes comme la globalisation, l’usurpation de produits et usages collectifs via la propriété intellectuelle, l’épuisement des ressources naturelles, le chômage croissant, les violences à leur encontre, etc. Je n’avais pas envisagé la perversité du système : que, dans le contexte post 11 septembre, des hommes mais aussi des femmes, et même des féministes, puissent projeter leurs peurs sur des cibles faciles et que des mesures d’exclusion qui légitiment les discriminations puissent alimenter la méfiance, la suspicion et compromettre de plus en plus gravement le vivre ensemble. 

 

Ceci est donc un appel à recréer de la solidarité féministe pour que toutes les femmes aient accès à l’école et au travail. Voilà deux des plus anciennes revendications féministes et dire que nous sommes au XXIème siècle.

 

 

 

(1) C’est très exactement sur cette base que le Canada a introduit les accommodements raisonnables, fondés sur le concept de discrimination indirecte, c’est-à-dire non voulue, mais consécutive à une règle.

(2) Une employée dans ce cas de figure a reçu son préavis et a entamé une action.

(3) Intervention de M. Evrard, Préfet, au CFFB le 23 novembre 2009

(4) Il n’est pas question de demander que cela se fasse aussi sur le dos des hommes. Je rejoins évidemment celles et ceux qui prônent une neutralité inclusive. 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 09:49

Petit rappel concernant la modération des commentaires: http://nadiageerts.over-blog.com/pages/moderation-des-commentaires-8341301.html.

 

Ce 15 juin 2013, le Soir consacre un long article à la question des signes convictionnels à l’école. Il y a rappelle le changement de positionnement d’Edouard Delruelle en la matière, désormais favorable à une interdiction généralisée, et y fait un état des lieu de l’évolution (disons plutôt de la stagnation) du dossier dans le monde politique. Mais surtout, on y apprend, sous la plume de Ricardo Guttierez, que « la situation est particulièrement  tendue en région bruxelloise, où plus de 40% des élèves de l’enseignement secondaire officiel sont musulmans, mais où à peine quatre établissements (sur un total de 98) tolèrent encore le port de signes convictionnels ».

 

« Particulièrement tendue », la situation ? C’est curieux : de par ma profession, je suis amenée à visiter quantité d’écoles de l’enseignement officiel, dans tous les coins de Bruxelles. Que ce soit dans les couloirs, dans les classes ou aux abords des écoles, jamais je n’ai constaté la moindre tension. Je vois des jeunes gens et des jeunes filles qui discutent, parlent de choses et d’autres, rient, se chamaillent. Je vois des jeunes filles qui rajustent leur voile dans le hall de l’école ou à la sortie avant de rentrer chez elles, et d’autres qui sortent les cheveux au vent. Nulle part je n’ai perçu le moindre climat insurrectionnel s’articulant autour du « foulard ».

Je me souviens à cet égard d’un reportage réalisé par une chaine flamande que, par le plus grand des hasards, j’avais découvert sur le net. Ce reportage donnait la parole à des jeunes filles de confession musulmane. Il y avait celles qui ne portaient pas le voile du tout et expliquaient que selon elles, ce n’était pas une obligation religieuse, ou bien qui s’estimaient trop jeunes pour franchir ce cap. Il y avait celles qui portaient le voile et fréquentaient une école qui l’acceptait. Et puis surtout, il y avait celles qui portaient le voile, et expliquaient qu’elles l’enlevaient pour entrer à l’école et que ça ne leur posait aucun problème.

Cette troisième catégorie de jeunes musulmanes, on ne leur donne jamais la parole. A la première non plus, d’ailleurs. Lorsqu’une école décide de modifier son règlement d’ordre intérieur pour interdire les signes convictionnels, nos médias donnent longuement la parole aux jeunes filles « brimées », aux hommes qui défendent bec et ongles leur « droit fondamental », aux associations qui ont fait du droit de porter le voile à l’école leur cheval de bataille. Mais jamais on n’entend celles qui comprennent les raisons de l’interdiction, celles qui acceptent, voire approuvent cette dernière, celles qui trouvent dans cette interdiction un espace de liberté.

Ce qui est vrai en revanche, c’est que quatre écoles du réseau officiel accueillent à elles seules les jeunes filles musulmanes qui ne peuvent ou ne veulent ôter leur voile durant le temps scolaire. Et que de ce fait, ces écoles sont dramatiquement ghettoïsées. Ça aussi, je l’ai vu : des classes de deuxième secondaire dans lesquelles la majorité des filles est voilée, et dans lesquelles la totalité des élèves est musulmane. La quasi totalité des profs également, d’ailleurs, ce qui ne cesse de me poser question.

L’article de Ricardo Guttierez ne le mentionne pas, mais une des raisons fondamentales pour lesquelles Edouard Delruelle a changé d’avis sur la question, c’est l’expérience de la préfète de l’athénée royal d’Anvers, qui après avoir fait le pari de la diversité et de l’ouverture, a dû adopter une politique d’interdiction, tant une partie de ses élèves se radicalisaient, brimant la liberté de leurs condisciples.

On ne lutte pas contre la ghettoïsation de l’enseignement, et donc pour plus de justice sociale, en pratiquant une politique de la patate chaude, telle que la pratiquent nos politiques depuis de trop longues années maintenant, se retranchant derrière l’autonomie des établissements pour ne pas légiférer.

Par ailleurs, la question des droits fondamentaux mériterait d’être interrogée en profondeur. Et si l’article de Ricardo Guttierez rappelle la position d’Amnesty international – position élaborée par le siège anglo-saxon d’A.I. - et celle du collectif Neutralite.be en la matière, il ignore superbement le fait que, dans différents arrêts, la Cour européenne des droits de l’homme a considéré que l’interdiction des signes religieux ostensibles était acceptable dans un Etat laïque tel que la France, et donc que la laïcité française est bien conforme au droit européen puisqu’elle relève de la « protection des droits et libertés d’autrui et de l’ordre public”. » (1):

« l’interdiction de tous les signes religieux ostensibles dans l’ensemble des classes en établissements scolaires est motivée par la sauvegarde du principe constitutionnel [français] de laïcité, objectif conforme aux valeurs sous-jacentes à la Convention et à la jurisprudence de la Cour. » (2)

 Bref, en ne citant que les points de vue corroborant l’idée selon laquelle l’interdiction des signes religieux est une atteinte aux droits fondamentaux, voilà un article qui risque fort de susciter ou raviver une tension qu’il prétend se borner à constater.

 

Pour une réflexion plus approfondie sur la gestion de la diversité convictionnelle à l’école, voir mon dernier livre: "La neutralité n'est pas neutre ! » aux éditions La Muette, 2012.

(1) La Cour Européenne des Droits de l’Homme a validé l’exclusion d’élèves pour le port de signes religieux ostensibles, 20 août 2009, http://www.sundep.org/spip.php?article771

(2) idemNeutralite-couverture.jpeg

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 11:31

Ainsi donc, le parc d’attraction Walibi a décidé d’offrir – enfin, façon de parler – la possibilité à ses clients d’éviter les files, contre la modique somme de 35 euros. Qui viennent s’ajouter au prix du ticket d’entrée, évidemment. Et Philippe Courard de s’indigner contre cette mesure discriminatoire, injuste, qui ouvre la porte à une société à deux vitesses, et j’en passe.

 

Ah ben oui, c’est un scoop : notre société, le monde même, n’est pas juste. Oui, il vaut mieux être jeune, beau, riche et intelligent que vieux, moche, pauvre et con. Et vous savez quoi ? Il y a même des gens qui sont tellement dans la dèche qu’ils n’ont même pas les moyens d’aller à Walibi-avec-files. Si si. Et il y a même des gens tellement cons que, même dans la dèche, ils vont encore payer des sommes pas possible pour mal bouffer et mal boire, un samedi de juillet, sous un soleil tapant, en faisant la file devant une attraction qui leur fera ensuite tout dégueuler aussi sec. Si je puis dire.

Mais je m’égare.

Donc, les files.

Selon Madame Crucifix, porte-parole de Walibi, les files, pour certains clients, ce sont des endroits de convivialité. A l’entendre ce matin sur la Première, elle semblait même croire qu’il y avait des gens qui allaient dans son parc rien que pour ça : des groupes d’amis, des copains qui, plutôt que de s’emmerder comme des rats morts en se baladant tous ensemble en forêt de Soignes (gratuit), préfèrent payer chacun une trentaine d’euros pour pouvoir aller papoter joyeusement dans une file, si possible bien longue, parce que rien n’est plus exaspérant que de devoir interrompre une conversation pour gueuler en levant les bras dans les descentes. Et ces gens-là, évidemment, préféreraient mourir plutôt que de devoir se priver de files.

Moi, ce qui m’épastrouille, dans tout ça, c’est que Philippe Courard, secrétaire d’Etat aux familles, semble découvrir le monde comme il va. Comme si le privilège de ceux qui ont du fric par rapport à ceux qui n’en ont pas était limité au nouveau système tarifaire de Walibi :

« WALIBI, en prenant cette décision, se profile comme un parc d’attractions pour familles les plus riches et non pour toutes les familles, commente Philippe COURARD. L’appât du gain lui fait en outre oublier tout sens pédagogique de base : comment expliquer à un enfant qu’il doit faire la file alors qu’il en voit d’autres passer devant lui, juste parce que papa et maman ont plus de sous ? »

Exactement,  Monsieur Courard, comme des chiées de parents expliquent chaque jour à leurs enfants

  • qu’ils doivent prendre leurs tartines et une gourde d’eau à Walibi alors que d’autres peuvent se bâfrer de délicieuses saloperies ;
  • qu’ils n’iront pas à Walibi mais faire une chouette promenade au parc de Tervuren ;
  • qu’ils n’auront pas un nouveau cartable à la rentrée, même si l’autre fait hyper ringard et tape la honte ;
  • qu’ils n’iront pas au sport d’hiver cette année, pas plus que les précédentes d’ailleurs, et que pour apprendre à skier ils attendront les classes de neige ;
  • qu’ils n’iront pas en vacances cette année, mais que papa et maman ont un tas d’idées d’excursions chouettes et pas chères, avec gourde et tartines ;
  • qu’ils n’auront pas de nouveaux vêtements, puisque ceux du grand frère leur vont comme un gant et sont à peine usés.

Je pourrais poursuivre longtemps, mais l’idée est simple : le monde, Monsieur Courard, est injuste. Et Walibi n’est pas une asbl, n’a de vocation ni sociale ni culturelle et n’a jamais prétendu faire de la pédagogie. Walibi fait du business, point. Avec les gogos qui accepteront de payer plus du double du ticket de base pour ne pas faire la file. Libre à chacun d’accepter de marcher ou non dans le système, au demeurant fondé sur la rentabilité. Mais, que je sache, l’accès à Walibi n’est pas encore un droit fondamental reconnu à chaque enfant. Et je serais tentée de dire que c’est heureux. Par contre, ce serait vraiment bien si les droits fondamentaux de chaque enfant pouvaient enfin être respectés. Si plus aucun enfant ne dormait dans la rue, si plus aucun enfant ne mourait victime de mauvais traitements, si tout enfant mangeait à sa faim, si chaque enfant pouvait grandir et s’épanouir, accéder à la culture, à la connaissance. Si l’école pouvait être un levier d’émancipation plutôt qu’un outil de reproduction sociale. Si…

 

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 12:28

Cette lettre ouverte a été publiée dans le Soir Magazine du 15 mai 2013.

 

Monsieur,

 

Vous me pardonnerez, j’espère, de passer les formalités d’usage. Vous êtes de Belgique, moi aussi. Vous êtes prince, mais qu’importe ? C’est à l’homme que je veux m’adresser, à celui dont on parle de plus en plus comme de notre futur roi.

Je ne vous connais pas et n’ai donc pas la prétention d’évaluer vos compétences en matière de gouvernance de l’Etat. D’ailleurs, cette lettre, j’aurais pu l’écrire à votre père, il y a vingt ans, tout comme je pourrais l’adresser à votre fille, dans vingt ans, si rien n’a changé d’ici là dans le mode de désignation du chef de l’Etat Belgique – ou de ce qu’il en reste.

Car reconnaissez-le, tout de même : la monarchie est singulièrement anachronique. Désuète. Obsolète. Périmée, en quelque sorte. Vous naissez d’un roi – attention, hein : d’une union légitime, avec mariage et tout et tout -, il se trouve que vous êtes le premier-né, et hop ! votre avenir est tout tracé : vous serez roi. Pas tout de suite, non. Vous aurez d’abord à tuer le temps pendant quelques décennies, d’une manière suffisamment digne pour justifier votre coquette dotation. Et puis un jour, ce sera à vous de monter sur le trône, sous les yeux ébahis,  circonspects, franchement hostiles ou fichtrement indifférents de quelques millions de personnes.

Au fil des années, vous acquerrez peu à peu un pouvoir. Une influence, dirait le constitutionnaliste de la Cour. Forcément : les ministres, les parlementaires, les « élus » passeront, mais vous resterez. Vous resterez non pas parce que vous faites fort bien votre boulot – ce qui est fort possible au demeurant -, mais parce qu’il n’est nullement prévu  que vous quittiez vos fonctions. Certes, vous serez critiqué, parfois même devra-t-on peut-être vous rappeler à l’ordre, car vous avez abusé de vos prérogatives ou enfreint votre sacro-sainte neutralité de roi « au-dessus de la mêlée ». Certains se désoleront de vous avoir pour roi, espéreront que votre fille aura une conception plus moderne de la fonction, regretteront la bonhommie de votre père, vous compareront à votre oncle, qui vous a paraît-il appris le métier de roi.

Qu’importe : vous resterez sur le trône. Parce que, à moins que vous ne décidiez vous-même que ça suffit, personne n’osera jamais provoquer une crise de régime en demandant votre abdication. Pensez donc : quelle tempête ce serait ! Quelle aubaine aussi, pour ceux qui veulent la fin de la Belgique et voient dans la monarchie le dernier rempart à franchir ! C’est pourquoi vous pourrez toujours compter sur le soutien de vos ministres : même s’ils se déclarent « républicains de cœur » en aparté, nul ne prendra le risque de déclencher une tourmente dont on ne sait ce qui en sortira : en fait, ce n’est jamais le moment.

Il existe pourtant quantité de pays dans lesquels, lorsque le chef de l’Etat se satisfait pas, on en change. Sans révolution. Sans crise de régime. Ca s’appelle la république. Et les fils de roi y sont libres, comme tout citoyen, de vivre leur vie comme ils l’entendent, loin des projecteurs. Ca ne vous tente pas ?

 

Nadia Geerts

 

 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 15:08

URL Courte : https://12833.lapetition.be/

Catégorie : Politique

Pour l’instauration d’un cours philosophique commun à tous les élèves de l’enseignement obligatoire

• Attendu que l’instruction religieuse est l’affaire des parents, et non de l’école officielle ;
• Attendu que, lors des cours « philosophiques » (morale non-confessionnelle et religions catholique, protestante, islamique, israélite et orthodoxe), la séparation des élèves selon les convictions de leurs parents nuit à la cohérence des projets pédagogiques et à l’harmonie des relations entre élèves.
• Attendu que l’école officielle organise déjà six cours « philosophiques »; que ce nombre risque de croître avec la reconnaissance récente du bouddhisme et celle, prévisible, de l’hindouisme ; et que l’organisation de ces cours relève d’un casse-tête pour les chefs d’école et d’un gouffre financier pour la Fédération Wallonie-Bruxelles ;
• Attendu que le « référentiel commun » voulu par la ministre Simonet ne répond en rien aux objections émises ci-dessus ;
• Attendu que le cours de morale « neutre » proposé par Madame Simonet - outre qu’une morale neutre nous semble une gageure, voire un oxymore - viendrait s’ajouter aux six cours existants, et ne répond donc pas davantage aux objections émises ci-dessus ;
• Attendu que la Constitution précise en son article 24 que « les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu’à la fin de l’année scolaire, le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle » ;
• Attendu que les trois constitutionnalistes -Christian Behrendt (ULg), Hugues Dumont (St Louis) et Marc Uyttendaele (ULB) - consultés en mars 2013 par la commission enseignement ont estimé que cet article obligeait certes les écoles à proposer lesdits cours, mais en aucun cas les parents à y inscrire leurs enfants ;
• Attendu que, dans la perspective de la construction et du renforcement du vivre ensemble, il est urgent que les élèves soient familiarisés dès leur plus jeune âge à la culture du débat et à la confrontation des idées dans le respect des personnes ;

Nous demandons aux responsables politiques compétents de supprimer le caractère obligatoire des cours dits « philosophiques » et d’instaurer en leur lieu et place un cours obligatoire commun à tous les élèves, axé sur le développement de la citoyenneté démocratique et des principes qui la sous-tendent et la découverte des grands courants de la pensée philosophique, religieuse et humaniste, et ce pendant toute la durée de l’enseignement obligatoire.

Pour le R.A.P.P.E.L.,

Philipp Bekaert
Yvan Biefnot
Farouk Boustami
Dominique Celis
Chemsi Cheref-Khan
Elie Cogan
Gisèle De Meur
Nadia Geerts
André Nayer
Jean-Claude Nicolay
Michèle Peyrat
Philippe Schwarzenberger
Fatoumata Sidibe
Jamila Si M’Hammed
Sam Touzani
Georges Verzin
Willy Wolsztajn

 


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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 11:52

Après le coup d’éclat de quatre activistes Femen à l’ULB, surgissant seins nus et aspergeant d’eau Monseigneur Léonard venu débattre avec Guy Haarscher de la liberté d’expression, le débat fait rage sur ce nouveau visage du féminisme. Peut-on, lorsqu’on est une femme, utiliser son corps pour dénoncer le sexisme ? N’est-ce pas sacrifier à ce qu’on dénonce ?

Et si la vraie question n’était pas là ?

 

Dans notre société, le culte de l’image, et par conséquence du corps et de la plastique parfaite, règne en maître. Et sans doute est-ce encore plus vrai pour les femmes, sommées d’être jeunes, belles, grandes et minces. Et si possible en petite tenue, que ce soit pour nous vendre des yaourts ou des bagnoles.

Nombre de féministes semblent donc embarrassés – non, je ne me résoudrai jamais à mettre le mot « féministe » au féminin ! – à la vue de ces femmes jeunes exhibant leur poitrine en même temps que des slogans : quoi, c’est ça, le nouveau féminisme ? C’est donner aux médias ce qu’ils attendent, à savoir des femmes aux tétons à l’air ?

Personnellement, je dis : pourquoi pas ? Et davantage qu’une vile concession, j’y vois un habile détournement : vous voulez des seins à l’air, soit. On va vous les donner. Mais auparavant, on  les aura barbouillés d’inscriptions provocatrices, et malgré nos seins nus, on ne se tiendra pas au rôle que vous, médias, nous assignez trop souvent. Nous serons des femmes aux seins nus, certes, mais ni alanguies, ni offertes, ni mêmes désirables. Nous irons sur votre terrain, mais en apparence seulement, pour mieux vous amener ensuite sur le nôtre.

Ce qui me gêne en revanche, c’est le principe qui consiste à s’en prendre physiquement, même de manière soft, à quelqu’un venu pour débattre. Même si la comparaison entre le mémorable Burqa blabla et l’action des Femen a ses limites, dès lors qu’ici, le débat a pu se poursuivre, il n’en reste pas moins qu’un intervenant a été physiquement pris à partie, et ce sans que le recours à cette forme de violence (très symbolique, bien sûr, mais néanmoins réelle) ne soit à mes yeux justifiable : en effet, en Belgique, et avec des gens comme Monsieur Léonard, le débat est possible, sans que nul régime autoritaire ne soit là pour l’empêcher.

Dans un contexte pareil, les mots continuent de me paraître la meilleure arme, et je dirais même la seule arme qui vaille. Sans compter l’effet pervers pointé par de nombreux observateurs : l’action de l’ULB, c’est l’arroseur arrosé : le capital de sympathie, c’est l’arrosé qui le recueille, et l’homophobie réelle de ce dernier en est éclipsée.

Comme l’écrit Caroline Fourest sur son mur Facebook : « autant je trouve les FEMEN très courageuses et efficaces lorsqu’elles foncent seins nus sur des personnages sexistes et intouchables comme Poutine, Berlusconi ou le patriarche Kirill, autant le jet d'eau (fût-elle faussement bénite) envers quelqu'un venu débattre relève de l'agression physique contre-performante. Tout comme la tarte à la crème, qui ne m’a jamais fait rire. Même envers un personnage symbolisant l'incitation à la haine homophobe comme monseigneur Léonard, et même s'il n'avait sans doute pas besoin que l'ULB lui donne une tribune supplémentaire. ».

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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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