Bonjour !

    

 

 


 

 

 

  

Agenda

Le 10 novembre à 20h, débat organisé par la "Coordination des femmes solidaires" avec le soutien du Centre culturel, sur le thème "Laïcité, où sont les progressistes ? ", avec Nadia Geerts, Philosophe, initiatrice du R.A.P.P.E.L. (Réseau d'Action pour la Promotion d'un État Laïque) et Inés Wouters, Avocate au Barreau de Bruxelles, spécialisée en droit des minorités religieuses. Adresse: Bibliothèque Soreil, rue Jamar à Ans.

Le 11 novembre à 20h, conférence-débat sur la question du voile à la Chapelle, rue des Telliers à Mons

Le jeudi 12 novembre 2009 à 19h30: LES ENJEUX DE LA LAÏCITE EN 2010 - Conférence organisée par l’U.A.E., en collaboration avec le C.A.L., le R.A.P.P.E.L. et le LIBREX.

Séparation Eglise / Etat : comment et avec qui ? (Pierre Galand)
Financer les cultes ou les crèches : quels choix de société pour le 21ème siècle ? (
Chemsi Cheref Khan)
La question du port du voile : enjeu symbolique de la laïcité aujourd’hui ? (
Nadia Geerts)
Laïcité, droits et libertés individuels (Nadine Rosa-Rosso)

Laïcité et santé (Elie Cogan)

Modérateur : Eddy CAEKELBERGHS

Lieu : Salle Dupréel

Institut de Sociologie

Av. Jeanne, 44 – 1050 Bruxelles

 

PAF :

UAE, ULB, CEPULB, Extension ULB : 5 €

Extérieurs : 10 €

Etudiant : gratuit

 

Réservation : Secrétariat de l’UAE – uae@ulb.ac.be

 

Le 17 novembre, conférence à la maison de la laïcité de Frameries sur "La question du voile en Belgique".

Le 4 décembre à 13h, conférence à Pensée libre pour l'Europe, Salle Jean Monnet, rest. l’Atelier européen, rue Franklin 28, 1040 Bruxelles. Thème: "La laïcité, outil du vivre ensemble".

Inscription préalable par e-mail à Penseelibrepourleurope@skynet.be ET en virant à l’avance 12€40 p.p. (assiette froide+1 boisson) sur le compte n°310.1386083.39 de Pensée libre pour l’Europe avec mention 123. (Si payement sur place : 15€).

En cas de désistement signalé à temps, la somme versée sera reportée sur une prochaine activité.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur http://users.skynet.be/penseelibre.

Texte Libre

La Louvière 9 sept. 2008

Mercredi 18 novembre 2009

 

Il y a quelques jours, j’ai publié sur ce blog un article (voir ci-dessous) relatant une mésaventure dont aurait victime un Monsieur, Frank Sweijd, qui se serait fait arracher et piétiner son chapeau, sur lequel figurait l’inscription « Dieu n’existe pas », lors de la manifestation contre l’interdiction du voile à l’école, le 11 novembre dernier. Suite aux protestations indignées de personnes qui niaient que cet événement se soit produit, j’ai pris la décision de retirer cet article. En effet, j’avais commis l’erreur de ne pas recouper mes sources et de m’en tenir à la seule version de Frank Sweijd. Or, on ne peut publier n’importe quoi sur un blog. Je tiens donc à m’excuser ici, publiquement, pour cette légèreté, à cause de laquelle le discrédit a été injustement jeté sur des personnes qui n’avaient aucun tort, si ce n’est d’avoir dit la vérité.

 

Comme promis, je me suis donc mise en devoir de mener ma petite enquête. Et celle-ci confirme la véracité des faits relatés par Frank Sweijd, désormais confirmés par plusieurs témoins.

Une journaliste présente ce jour-là, et qui a assisté à la scène juste avant d’interviewer Frank Sweijd, confirme en effet, écrivant, dans un mail adressé à ce dernier : « tu confonds entre une personne qui t'as arraché le chapeau à qui j'ai parlé plus tard en disant qu'il avait tort et avec les autres qui ont organisé la manif. ».

Précision importante, en effet, et qui était absente de mon premier article, dans lequel je mettais en cause les organisateurs de la manifestation, à savoir le Mouvement pour les Droits fondamentaux. Ce qui explique sans doute, au moins en partie, la réaction outrée de Kaoutar Boustani, organisatrice de cette manifestation.

Soyons clair : il est évident que dans une manifestation qui a rassemblé, selon les organisateurs, 500 personnes, il est impossible d’avoir l’œil à tout. Et il est donc fort possible que ce soit en toute bonne foi que certains des organisateurs aient prétendu n’avoir rien vu. Mais entre n’avoir rien vu et m’accuser d’avoir inventé de toutes pièces cet incident, il y a un pas, que d’aucuns n’ont pas hésité à franchir, me traitant publiquement de menteuse avec une agressivité et une hargne qui les discrédite bien plus que le fait qu’ils n’aient pas vu, ni pu empêcher, un dérapage regrettable.

Mais il y a autre chose. La journaliste n’est pas la seule témoin de cet incident. Deux autres personnes, toutes deux enseignantes, Abdel E. et Mohamed E., ont également été témoins indirects de cette « affaire du chapeau ». Elles arrivaient à la Bourse lorsqu’elles ont rencontré deux jeunes hommes de leur connaissance qui venaient d’assister à l’incident et le leur ont raconté, tout en approuvant ce qui s’était produit : « [Ils] approuvaient le geste de leurs camarades parce qu'ils estimaient qu'il n'avait rien à faire là ». Continuant leur marche, elles sont arrivées devant la Bourse, où elles ont parlé avec plusieurs manifestants. Mohamed E. témoigne : « Certes le chapeau a été déchiré par des jeunes adolescents sans porter aucun préjudice physique à la personne qui a été perçue par les manifestants comme un provocateur. Cependant, beaucoup d'autres manifestants ont désapprouvé ce geste qu'ils ont estimé comme inutile. ». Et Mohamed E. d’ajouter : « Et même la présidente  de l'exécutif musulman nous a dit que c'était un geste déplorable mais qu'il y avait aussi un peu de provocation de la part du monsieur au chapeau ».

J’ai évidemment contacté Isabelle Praile, présente à la manifestation, pour avoir confirmation de ces dires. Sa réponse fut nette : « Je n’ai pas été témoin de cet événement ». A ma question suivante, « En avez-vous entendu parler ? », envoyée par sms, je n’ai pas obtenu de réponse…

Comment expliquer une telle discordance entre la version de Mohamed E. et celle de Madame Praile ? Le premier avance une hypothèse : « A notre arrivée à la manifestation tout le monde parlait de l'histoire du chapeau. Peut-être mentir à un non Musulman est-il légitime pour Mme Praile. ».

 

Il est pour le moins curieux qu’un incident attesté par quatre personnes n’ait été vu par aucun des manifestants présents. Si je peux admettre que certains n’aient réellement rien vu, il est manifeste que d’autres ont nécessairement dû voir. Et ont préféré se taire, voire déverser leur fiel à mon encontre et à celle de Frank Sweijd. Des internautes, anonymes ou non, tels Rémy, Thierry, Kaoutar Boustani, Alain Gribinski, Soumeya, Pierre, Desperado, Dobisha (http://www.youtube.com/watch?v=xIH6rWjI0hs&feature=player_embedded), ou encore Nordine Saïdi, m’ont publiquement traitée de menteuse. C’est d’eux, aujourd’hui, que je serais en droit d’attendre des excuses. Mais je ne me fais aucune illusion.

Je ne porterai pas plainte pour diffamation. Je pars en effet du principe que certains de mes adversaires dans cette affaire sont probablement de bonne foi lorsqu’ils disent n’avoir rien vu. Je retiens l’arrogance et la grossièreté de certains d’entre eux, et le fait que d’autres, manifestement, soit ont menti, soit ont choisi de ne rien dire qui puisse invalider la thèse selon laquelle la version des faits publiée sur ce blog était exacte. Que ceux-là sachent qu’ils sont désormais très mal placés pour me donner des leçons de déontologie, d’honnêteté intellectuelle ou d’impartialité.

Je tiens par ailleurs à remercier très chaleureusement Frank, Mohamed, Abdel et Nora. Ces gens que je ne connaissais pas il y a quelques jours ont eu à cœur de m’aider à rétablir la vérité, quelles que soient leurs opinions personnelles sur la question du voile à l’école.

 

 

Je tiens évidemment à disposition de la police ou de toute autorité compétente les témoignages dont j’ai reproduit des extraits ici, les mails et sms reçus, les captures d’écran, ainsi que l’identité complète des témoins, que j’ai simplement voulu préserver de la virulence coutumière des attaques sur ce blog en taisant leur identité.



C’est beau, la tolérance…

 

Ce 11 novembre avait lieu une manifestation organisée par le « Mouvement pour les droits fondamentaux ». Parmi ses mots d’ordre, une mobilisation contre l’interdiction du port du « foulard » à l’école, considérée comme « niant les droits fondamentaux, comme la liberté de culte et d’expression ou le droit à la scolarité », raciste, sexiste, violente et alimentant la haine.

 

J’ai déjà maintes fois expliqué, ici et ailleurs, que la liberté de culte ne devait pas, selon moi, autoriser le port de signes convictionnels en tous lieux ni dans l’exercice de toute fonction. Mais une chose est sûre à mes yeux : dans les lieux publics, tels que les rues, la liberté la plus grande doit être garantie, et toute interdiction de signes religieux ou philosophiques dans cet espace doit donc être condamnée.

Une opinion que ne partagent visiblement pas certains des manifestants d’hier. En effet, il n’est pas resté grand-chose de leur belle tolérance lorsqu’il s’est agi de défendre le droit d’un athée à exprimer ses convictions.

Sur les marches de la Bourse se tenait en effet Frank Sweijd, arborant son couvre-chef désormais bien connu proclamant que « Dieu n’existe pas ». A l’issue d’un dialogue serein avec des manifestantes, les choses ont tourné au vinaigre : une jeune femme voilée venait à peine de lui affirmer que les musulmans étaient aussi tolérants que les autres que quelques individus se sont jetés sur son chapeau, l’ont déchiré et piétiné, avant de siffler Frank Sweijd et de lui crier dessus, puis de perturber son interview par une chaîne de télévision.

Où est la tolérance ? Lorsqu’à Verviers, nous manifestions notre soutien aux écoles de Dison ayant interdit le voile, des femmes voilées se tenaient le long du cortège et ont été interviewées. Nul ne les a agressées. Elles avaient le droit d’être là, nul ne le leur déniait.

Comment ne pas voir le deux poids deux mesures pratiqué par certains, qui tout en défendant ardemment le droit d’exprimer partout ses convictions religieuses, dénient à un athée le droit d’afficher son athéisme ?

En juin dernier, Frank Sweijd avait déjà été emmené au poste pour « provocation » parce qu’il avait arboré le même couvre-chef devant le Parlement bruxellois, où prêtait serment la députée voilée Mahinur Özdemir. Dans la salle se trouvaient pourtant plusieurs femmes voilées, grâce au combat mené par Zoé Genot quelques années auparavant pour que les travées parlementaires soient désormais accessibles aux personnes conservant leur couvre-chef. Zoé Genot qui, malgré plusieurs interpellations concernant la mésaventure de Frank Sweijd, a encore prétendu lundi dernier, lors d’une séance de travail à laquelle nous participions toutes les deux, ne pas être au courant de cette affaire.

Alors, Mesdames et Messieurs les militants des « droits fondamentaux », faudrait savoir… Si votre préoccupation est de défendre le droit de chacun à exprimer ses convictions, il serait temps que cela s’étende à tous, y compris aux incroyants. Si en revanche vous ne prétendez accorder ce droit qu’aux seuls musulmans, voire aux seuls croyants, ayez le courage de le dire : nous saurons alors à quoi nous en tenir sur la noblesse de votre combat.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 34 commentaires - Recommander
Samedi 14 novembre 2009

Suite à la publication de mon article sur le chapeau de Frank Sweijd, j'ai reçu de nombreux commentaires m'accusant d'avoir inventé cette histoire de toutes pièces, et affirmant que rien de tel ne s'était produit. Etant actuellement dans l'impossibilité de vérifier la véracité des informations fournies, d'un côté comme de l'autre, j'ai pris la décision de retirer cet article de mon blog.
Une chose est sûre: quelqu'un, dans cette affaire, ment. Et ce n'est pas moi. Mon seul tort a peut-être été de relayer sans vérification préalable (autre que la confirmation par Frank Sweijd lui-même) la mésaventure qu'il dit avoir vécue. J'en aurai le coeur net. Et je reviendrai prochainement sur cette affaire, avec des informations fiables.

Par Nadia Geerts
Ecrire un commentaire - Voir les 35 commentaires - Recommander
Lundi 2 novembre 2009

Les critiques émises par le MR envers les Assises de l’interculturalité lancées en septembre dernier par Joëlle Milquet ont été présentées par certains comme une manœuvre déloyale visant à torpiller un projet à peine lancé, avant même d’attendre ses conclusions. Je ne suis pas devin, mais je voudrais néanmoins rappeler ici qu’il y a à mon sens des raisons objectives de se méfier de ces Assises.

 

L’appel à projet lancé aux associations était en effet on ne peut plus clair : l’article 3, définissant les actions subsidiables, stipulait clairement[1] que

« Les projets introduits doivent répondre aux domaines d’actions suivants :

Promouvoir le dialogue des cultures

Lutter contre les discriminations

Lutter contre les discriminations croisées

Favoriser la diversité

Promouvoir l’accommodement raisonnable

Promouvoir des politiques d’actions positives

Promouvoir des politiques d’intégration (découverte des autres religions, inter culturalité à l’école, …) »

Autrement dit, une des conditions pour bénéficier d’un subside était de « promouvoir l’accommodement raisonnable ». Quid donc des associations qui estimeraient que la pratique des accommodements dits raisonnables ne contribueraient pas à favoriser l’interculturalité, mais au contraire à encourager le repli communautaire ?

Cette position est pourtant intellectuellement défendable. Et on gagnerait à lever enfin l’hypocrisie qui se cache derrière ce concept, aujourd’hui destiné exclusivement à faire droit à des revendications religieuses. Car contrairement à ce que d’aucuns prétendent, il ne s’agit absolument pas de permettre à des individus indirectement discriminés en raison de leur athéisme, de leur poids ou de leur orientation sexuelle d’accéder à l’emploi dans des conditions d’égalité. Et ce n’est guère étonnant. Car de deux choses l’une : soit l’accès à l’emploi se fait en fonction de critères objectifs - qui font par exemple qu’on ne peut être pilote d’avion si on a une vue déficiente ou hôtesse de l’air si on est obèse -, soit les critères en question sont discutables et doivent pouvoir être réévalués – par exemple la taille minimale fixée pour les agents de police.

Mais en quoi un athée ou un homosexuel pourrait-il se sentir indirectement discriminé en tant que tel dans le monde du travail ? Directement, je veux bien : perdre son emploi parce que votre employeur a découvert vos convictions philosophiques ou religieuses ou votre orientation sexuelle, ce sont des choses qui arrivent, et qui doivent être fermement combattues.

Mais la discrimination indirecte, c’est autre chose : ce sont des situations de discrimination nées d’une règle objectivement neutre, mais discriminatoire dans ses effets. Et là, je ne vois plus très bien à quoi pourraient s’appliquer les accommodements raisonnables, si ce n’est aux membres de communautés religieuses qui se sentiraient discriminés par le fait qu’ils doivent travailler un jour de culte ou apparaître comme neutres alors qu’ils portent un signe distinctif. Près de 80 % des demandes d’accommodements recensés au Québec par la commission Bouchard-Taylor concernent d’ailleurs des exigences religieusement motivées, le reste se ventilant entre des demandes à caractère ethnique – ouverture d’une école pour Noirs ! – et des demandes à caractère linguistique.

La question qui doit donc se poser concernant les accommodements religieux est celle de savoir s’ils vont favoriser la construction d’une véritable communauté civique, faite de valeurs partagées, ou s’ils ne vont pas au contraire accentuer la ghettoïsation de la société, en privilégiant le patchwork plutôt que le melting-pot.

Et comment ce débat peut-il avoir lieu si les associations qui défendent une autre conception du vivre ensemble que celle prônée par Milquet et consorts sont persona non grata, comme en témoigne par exemple l’association Insoumise et dévoilée, qui malgré sa demande répétée, n’a pas été invitée à ces Assises ?

Tout cela donne l’impression désagréable que les Assises sont déjà pliées, et n’ont pour seul objectif, en réalité, que de conforter les trois partis politiques de la majorité dans les choix qu’ils ont déjà posés, avec la caution de représentants d’une « société civile » dûment triés sur le volet.

 

 


[1] http://www.belgium.be/fr/publications/les_assises_de_l_interculturalite_2009/publ_assises_de_l_interculturalite_2009_reglement.jsp

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Lundi 2 novembre 2009

J’ai écrit cet article par amour. Par amour pour mes sœurs iraniennes dont la toute grande majorité mène une lutte acharnée pour faire proscrire le port obligatoire du voile en Iran. Et par amour pour mes sœurs musulmanes dont une minorité, en occident, de son propre gré, cache sa magnifique chevelure sous un morceau de tissu. Je vous aime mais je ne vous comprends pas, exactement comme j'ai du mal à comprendre certaines de mes sœurs occidentales qui se font piéger par les dictats imaginaires de la mode et qui ont recours par exemple à la chirurgie esthétique, alors qu'elles sont fabuleusement femmes.

J’ai écrit cet article aussi par pur égoïsme, pour pouvoir comprendre le phénomène du voile qui a pris de l’ampleur en Belgique dans nos rues et nos villes depuis une dizaine d’années. Que s’est-il passé ? Pourquoi maintenant ? Comment en sommes nous arrivés là ? Qu’avons nous fait pour l’intégration, l’épanouissement et le sentiment d'appartenance et de bien-être l’ensemble de notre population ? Que pouvons nous faire désormais pour respecter l’identité de chacun tout en développant l’harmonie de l’ensemble de notre société?

 

Le dialogue est donc ouvert et je serais heureuse de recevoir vos commentaires à cette adresse email :  bonjour.freedom@gmail.com

 


Photos de deux "institutions" belges :

Melting Pot Café (Bruxelles), symbole d'une Belgique multiculturelle et bon enfant

Parc de Tervuren (Flandre), symbole des espaces verts et d'une sérénité négociée


Le voile : protection ou instrumentalisation des femmes ?

 

 

Hier soir, je suis allée au cinéma voir un documentaire sur l’Iran. J’ai pris la parole lors du débat qui a suivi, mais comme il n’y avait pas suffisamment de temps, je n’ai pas pu exprimer le fond de ma pensée. Je me suis dit que je pourrais écrire un article en espérant qu’il susciterait  une discussion enrichissante pour notre société multiculturelle et un dialogue permettant à l’unité dans la diversité d’y prendre véritablement corps.

 

D’abord, j’ai formulé une remarque critique concernant le début du film où on explique les raisons de la révolution iranienne et où, à mon grand étonnement, j’entends la même ritournelle d’inepties que je ne cesse d’entendre depuis 30 ans : que le peuple iranien s’est révolté parce qu’il ne pouvait pas supporter la modernisation ! Je me suis tant d’années sentie insultée parce qu’on traitait ainsi les Iraniens –donc moi y compris- d’attardés et d’arriérés, alors que si le peuple iranien s’est révolté, c’est exactement parce que cette modernisation ne s’était pas étendue à toute la population, à toutes les régions, et que la manne pétrolière n’avait pas été distribuée de façon équitable sur l’ensemble du pays, et bien sûr également parce qu’il n’y avait pas de démocratie et entre autres pas de liberté d’expression en Iran.

 

Ensuite, j’ai voulu m’attarder sur cette question d’actualité chez nous : le voile à l’école. Et à cet égard j’aimerais, à travers cet article, faire part de deux avertissements adressés à mes amis belges ainsi qu’à mes frères et sœurs musulmans.

 

En Iran, il y a près de 30 ans, c’est bien avec le voile que les choses ont commencé pour  aboutir après peu à la lapidation. En 1979, lors de la révolution, les gens de gauche comme de droite ont voulu utiliser la religion pour soulever les masses mais les intégristes ont été nettement plus subtils et les ont tous écartés du pouvoir avant de les éliminer.

 

Voulons-nous que la même chose nous arrive ici ? Moi je mène une vie sereine et heureuse en Belgique et je ne souhaite nullement qu’elle se transforme en dictature à l’iranienne : régime que je ne qualifierais ni de république ni d’islamique, non seulement parce que la juxtaposition de ces deux termes relève d’une impossibilité sémantique et qu’ils sont antinomiques, dès lors qu’une république est par définition laïque et un lieu où on ne mêle pas religion et politique, mais surtout : comment peut-on qualifier un régime d’islamique alors que dans ses prisons, les gardiens violent impunément des filles et des garçons pour seul motif de participation à des manifestations pacifiques dans la rue ?

 

Voilà entre autres pourquoi nous, les Iraniens expatriés, essayons de déloger l’intégrisme de l’Iran et voilà pourquoi nous constatons avec consternation qu’en Europe, on le laisse s’installer sans la moindre entrave ! J’en appelle instamment aux instances belges et aux autorités musulmanes pour qu’elles nous aident, par des voies diplomatiques et pacifiques, non seulement à déraciner cette plaie qu’est l’intégrisme en Iran -une souffrance incommensurable pour le peuple iranien et une telle honte pour l’Islam-  mais qu’elles entreprennent des démarches résolues, main dans la main, afin de l’empêcher de se glisser sous nos portes et de subvertir nos vies en occident.

 

Je pense qu’il est temps que les partis politiques et les autorités belges et européennes cessent leurs mièvreries et tergiversations stériles, qu’ils montrent leur courage et leur détermination et stoppent net toute velléité d’extrémisme de façon unanime et d’une seule voix.

 

S’il est vrai que le Front National n’est plus présent au Parlement bruxellois, il n’en reste pas moins que le Vlaams Belang y a encore des sièges et qu’il ne cesse de gagner du terrain en Flandre. Si les autorités belges ne prennent pas leurs responsabilités MAINTENANT, tout un pan de la société belge qui avait quelque hésitation devant son bulletin de vote basculera vers l’extrême droite lors des prochaines élections : est-ce cela que nous voulons ?

 

L’éducation religieuse que j’ai reçue m’a enseigné que toutes les religions avaient pour but de rappeler à l’être humain les valeurs essentielles que sont l’amour, la compassion, la solidarité, le partage, la charité, la bonté… J’ai ainsi appris à respecter tous les éducateurs spirituels car ils ont tous eu pour objectif d’aider l’être humain dans sa quête du bonheur. J’aimerais dès lors que nous revenions tous à ces valeurs universelles et humanistes et que nous tentions de les ancrer davantage dans notre société, pour le bien de tous.

 

Mes chers frères et sœurs musulmans, comment pouvez-vous croire que c’est pour notre bien et par amour pour nous les femmes que les intégristes veulent s’installer en occident, alors que c’est en fait par pure ambition et pour avoir plus de pouvoir qu’ils essayent d’abuser de notre confiance? Ce n’est pas nous les femmes orientales qu’ils veulent protéger et aider pour que nous ayons une vie spirituelle et intérieure plus riche et que nous soyons aimées davantage, comme ils le prétendent, mais c’est pour exporter en occident le genre d’idéologie ancrée dans le pouvoir actuellement en Iran. Ils nous utilisent, ils nous instrumentalisent vous et moi uniquement pour leurs propres intérêts et nous ne sommes que des pions dans leur jeu sordide d’exacerbation des crispations identitaires. Pourquoi n’ouvrons-nous pas les yeux pour voir les dégâts que ces dérapages ont provoqué au sein de la société iranienne ? Croyez-vous que tant de jeunes seraient sortis dans la rue, au péril de leur vie, s’ils n’avaient pas été au bord de l’asphyxie? Tout ce qu’ils demandent, c’est de pouvoir mener une vie libre, sans entrave et sans contrôle policier à toute heure et minute du jour  et de la nuit. Si nous continuons à nous voiler la face et à nous laisser manipuler par ces intégristes qui nous font croire que c’est pour notre propre bien qu’ils comptent nous asservir   -exactement ce qui est dit dans tout discours fascisant- le risque est de provoquer des réactions de rejet massif au sein de la population belge à notre égard, d’alimenter fortement l’extrême droite et de l’aider, malgré nous, à prendre le pouvoir en Belgique. Et dans une telle configuration, vous comme moi, mes chères sœurs belges et/ou musulmanes, nous allons toutes nous retrouver reléguées à la cuisine et aux tâches ménagères ! Et notre avenir à tous  -hommes comme femmes, Belges de souche ou de troisième génération, musulmans, chrétiens ou athées, de gauche comme de droite, écolos ou libéraux- sera plus qu’incertain et voué aux ténèbres.

 

Nous les femmes ne devons pas nous laisser sacrifier sur l’autel des ambitions des autres. NON. Nous devons penser à nous et défendre ce qui nous permet de nous épanouir pleinement, à savoir : la liberté et la démocratie. Nous devons renvoyer dos à dos l’intégrisme religieux et l’extrémisme de droite, l’obscurantisme et l’obscurité. Aurions-nous si vite oublié l’inquisition au Moyen Âge ou les dérives du national socialisme au 20ème siècle ? Est-ce cela que nous voulons pour nos familles et nos enfants ? Est-ce ainsi que nous voulons protéger nos filles et nos petites-filles ?

 

Je proposerais dès lors à tous de bien réfléchir et surtout de revenir aux valeurs premières qui sont partagées par tous, notamment la compréhension de l’autre et donc de la société belge dans laquelle nous vivons en bonne entente et des valeurs laïques qui la gouvernent.

 

Oui, revenons donc à l’essentiel et essayons de nous enraciner dans plus d’amour, de compréhension et de bonté. Il en va de notre bonheur à tous, du vôtre comme du mien, ainsi que de celui de toutes les personnes de notre entourage, nos amis et nos familles.

 

Azita Rahimpoor

Bruxelles, le 20 septembre 2009

bonjour.freedom@gmail.com

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Féminisme
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 1 novembre 2009

La carte blanche publiée dans Le Soir du 27 octobre 2009 sous le titre « Femmes voilées : laissons-les en paix ! » m’a interpelée par ce qui m’apparaît comme un manque préoccupant de sens du politique. À en croire les auteurs, toute la question du voile se résume à une question de liberté individuelle manifestée par la liberté de s’habiller comme on l’entend. Le problème, me semble-t-il, est plus complexe que ça.

 

Moi aussi, je suis partisane de laisser les femmes voilées en paix. À deux réserves près cependant.

La première est que je ne considère pas que les gamines soient des « femmes ». Et que je crains donc, conséquemment, que sous prétexte de les laisser en paix, on ne les livre pieds et poings liés à des radicaux qui n’auront pas, pour leur imposer le voile, les scrupules que certains éprouvent à le leur interdire.

La seconde est que j’estime que, dans l’exercice de certaines fonctions, il est souhaitable de ne pas afficher ses convictions religieuses – en ce compris son athéisme. Il n’y a là aucun fondamentalisme, mais une exigence de neutralité dans l’apparence des fonctionnaires publics, policiers, juges, enseignants, etc.

De ce point de vue, là question du voile ne saurait se résumer à une question de liberté individuelle ni être comparée à la jupe et aux talons aiguille. Certes, on peut considérer que ces accessoires vestimentaires sexualisent la femme tout autant que le voile. Mais libre à chacune de se soumettre aux diktats d’une mode féminine qui réduit la femme à un objet de désir.

 

En revanche, si nous devons laisser les femmes voilées en paix, cela signifie-t-il que nous n’ayons pas le droit de limiter d’une quelconque manière leur liberté d’afficher leurs convictions religieuses ? C’est ce que semblent défendre les auteurs. Poussons alors le raisonnement jusqu’au bout, et acceptons des policières, des magistrates, des enseignantes, des médecins en hôpitaux publics, etc. voilées. Mais soyons alors cohérents, et acceptons de même que les membres de ces professions qui seraient juifs, bouddhistes, catholiques, témoins de Jéhovah, Amish, voire même athées (!), affichent pareillement leurs convictions en tous lieux.

Pensez-vous réellement que nous vivrons mieux ensemble ? Pensez-vous que les jugements pourront être rendus, les cours donnés, les patients accueillis, les troubles de l’ordre public gérés, … dans la sérénité ?

 

Ma réponse est non. Et j’estime que ce n’est pas persécuter les femmes voilées que de leur demander une certaine intériorisation de leur foi, et ce dans l’intérêt de la collectivité, dans l'exercice de certaines fonctions.

 

Un dernier mot sur l’école. Les auteurs plaident pour une interdiction d’y interdire le voile. Cette position est irréaliste. 95% des écoles interdisent aujourd’hui le voile, tous réseaux confondus. Cela n’a pas mené à une flambée d’écoles islamiques. En revanche, c’est le résultat direct des difficultés que l’ingérence de considérations d’ordre religieux au sein de l’école faisait naître. Dans cette perspective, il ne faut pas être devin pour prédire que toute mesure d’interdiction d’interdire déclencherait une réaction massive du monde enseignant, qui n’accepterait pas qu’au nom de beaux principes, on néglige la réalité qu’ils vivent quotidiennement sur le terrain.

Car contrairement à une antienne, les seules concernées ne sont pas les filles voilées. Ce sont également, et au même titre, leurs condisciples qui refusent le voile, les garçons qui les côtoient et, plus encore, les enseignants et éducateurs qui les encadrent.

 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Samedi 24 octobre 2009

Radouane Bouhlal est prompt à dénoncer le racisme dissimulé, selon lui, derrière toute contestation de toute revendication à caractère islamique. Faut-il en conclure que le président du MRAX est, comme il aime à le laisser entendre, particulièrement sensible à toute forme de discrimination, de préjugé ou de « stigmatisation » ? Un récent communiqué de presse émanant des travailleurs du MRAX réunis en front commun et de leurs délégués syndicaux,  intitulé « AU SECOURS ! : Despotisme, autocratie, zone de non droits ! Voilà ce qu’est devenu le MRAX ! » jette un autre éclairage sur un président de plus en plus controversé.

 

Le premier point de ce texte, en particulier, devrait interpeller tout militant antiraciste. Il y est fait état de l’attitude de Radouane Bouhlal envers les sans papiers. On y apprend que : « Alors que le service social et juridique du MRAX s’active pour répondre aux nombreuses demandes dans le cadre de la campagne de régularisation actuelle, le Président, Radouane Bouhlal, exige des travailleurs du MRAX de demander aux 'sans papiers' une participation financière par le biais d’une inscription pour devenir membres de l’association, et utilise pour cela l’argument suivant : 'ils parviennent à se payer un mariage blanc à 14.000 euros ou à donner autant à un avocat, ils pourraient nous donner quelque chose à nous aussi'. Il s’agit bel et bien d’une conception scandaleuse du travail social du MRAX mais surtout d’un mépris profond pour tous ses usagers qui pour la majorité sont sans ressources financières. »

 

Ainsi donc, Radouane Bouhlal, qui n’hésite pas à clamer son indignation face à la stigmatisation insupportable dont seraient victimes les musulmans de Belgique lorsqu’on a le toupet de dénoncer, avec force précautions oratoires, l’extrémisme d’une minorité agissante d’entre eux, se permet quant à lui de tenir des propos dont on peut sérieusement se demander s’ils ne tombent pas sous le coup des missions du MRAX lui-même, censé lutter contre toutes les discriminations.

Je ne vois pas en effet en quoi prétendre que « les » sans papiers parviennent à se payer un mariage blanc ou un avocat onéreux est plus acceptable que de déclarer que « les » Arabes ont de quoi se payer une grosse bagnole tout en émargeant au chômage. Or, dire cela, ce serait à coup sûr, et à bon droit, s’attirer un procès infraction aux lois antiracistes. Le problème étant que le président du MRAX ne semble pas s’appliquer à lui-même les préceptes qu’il entend faire respecter par les autres avec la belle intransigeance qui le caractérise.

 

Ce qui est réconfortant, finalement, c’est de constater que le combat antiraciste tel qu’il est pratiqué par le MRAX ne convainc plus grand monde. A force de recourir à une police de la pensée rendant suspect tout discours laïque, et de pratiquer parallèlement un deux poids deux mesures systématique, Radouane Bouhlal contribue grandement à décrédibiliser l’association qu’il préside. Une association dont ont successivement démissionné France Blanmailland, Michel Staszewski, François De Smet et Abdullah Mohammad « en dénonçant la dérive antidémocratique du CA par la manipulation des débats et la confiscation du pouvoir par quelques administrateurs entourant le Président. ».

Rappelons par ailleurs que le 15 février 2008, Anne Morelli démissionnait également du conseil d’administration du MRAX, expliquant dans sa lettre que « Je vous avoue, que je me sens de plus en plus détachée de ce Mouvement auquel j'ai tant donné, car je ne me sens plus concernée par ses prises de position communautaristes, sa défense systématique de la religion musulmane et ses exagérations continuelles sur une soi-disant "islamophobie" menaçante. (...) Le Mrax apparaît à l'extérieur comme un groupement d'autodéfense utilisé par des musulmans avec quelques hommes liges extérieurs ».

 

Il n’en reste pas moins que le combat antiraciste méritait mieux que ce naufrage pathétique. Car le racisme, le vrai, ça existe encore.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
Ecrire un commentaire - Voir les 24 commentaires - Recommander
Dimanche 18 octobre 2009

La burqa ? Selon le président du MRAX, ça n’existe pas en Belgique. Et pourtant… Pourtant, c’est bel et bien l’histoire d’une jeune femme contrainte de porter la burqa en Belgique que nous raconte Karima dans son dernier livre, relation d'une histoire vraie, Burqa, la révolte d’Aïcha.

Aïcha a grandi au Maroc. Ses parents, bien que pauvres, ont voulu le meilleur pour elle : les études et la liberté. Tout irait pour le mieux pour elle si elle ne rencontrait un jeune homme belgo-marocain, en vacances au Maroc. On devine la suite : la grande histoire d’amour, la demande en mariage, la venue en Belgique. Et là, c’est un autre homme qu’Aïcha découvre. Tyrannique, violent, prêt à tout pour que sa femme lui soit pleinement soumise. La burqa, dans ce contexte, n’est qu’une manière parmi d’autres de s’assurer le contrôle total sur elle.

Aïcha, femme libre au Maroc, devient esclave en Belgique. Jamais elle ne pourra terminer ses études de médecine, entamées à Tanger. Pendant vingt années, son univers se réduira à ses deux enfants, seule lueur dans son enfer. Une lueur d’où sortira, finalement, la liberté.

 

Burqa, la révolte d’Aïcha est un livre bouleversant, mais aussi révoltant. Un livre qui devrait ouvrir les yeux de ceux et celles pour qui la burqa n’est qu’un vêtement comme les autres et l’islamisme un fantasme d’islamophobes.

 

 

Pour ceux-là également, mais aussi pour tous ceux qui aiment les lectures joyeusement revigorantes et délicieusement subversives, une autre lecture s’impose : celle du pamphlet de Claude Demelenne et Alain Destexhe, Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac. Il  y a quelques mois, les deux auteurs étaient victimes d’une plainte pour incitation à la haine religieuse suite à leur carte blanche « Voile : où sont les progressistes ?, plainte déposée auprès du Centre pour l’égalité des chances par Abdelghani  Ben Moussa, coordinateur du groupe « Vigilance musulmane ». Aujourd’hui, ils remettent ça, nullement impressionnés par les tentatives d’intimidation des vigiles de la pensée. Et dénoncent l’attitude d’une certaine gauche qui pactise avec l’islamisme, quand elle ne refuse pas de le voir. C’est sûr, voilà un livre qui ne plaira pas à tout le monde. Puisse-t-il du moins en faire réfléchir certains, adeptes des indignations sélectives et de l’aveuglement volontaire.

 

 

Claude Demelenne et Alain Destexhe présenteront leur livre lors d’une conférence le mardi 27 octobre à 20h00 au siège du MR, 84-86 avenue de la Toison d'Or à 1060 Bruxelles (veuillez confirmer votre présence en téléphonant au 02/501.77.07)

 

 

Karima, Burqa, la révolte d’Aïcha, Luc Pire, 2009

Claude Demelenne et Alain Destexhe, Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac, Le Cerisier, 2009

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 21 commentaires - Recommander
Mardi 6 octobre 2009

Souvenez-vous : à la fin de l’année scolaire 2005, les athénées de Gilly et de Vauban, dans la région de Charleroi, décidaient d’interdire « le port de tout couvre-chef, de signe ostensible d’appartenance politique ou religieuse dans l’enceinte de l’établissement ». Contesté par certains parents, ce point du futur règlement d’ordre intérieur était cependant avalisé par la ministre de l’enseignement de l’époque, Marie Aréna. Le MRAX décidait alors d’ester en justice et de demander au Conseil d’Etat l’annulation de ce point du règlement des athénées concernés. Le 17 mars dernier, le Conseil d’Etat rendait son avis, et déboutait le MRAX dans sa demande (voir http://nadiageerts.over-blog.com/article-30289925.html).

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Outre le MRAX, deux familles avaient également porté l’affaire devant le Conseil d’Etat. Lequel vient de les débouter à leur tour. Victoire ?

 

Si victoire il y a, c’est en tout cas une bien curieuse victoire, puisque le Conseil d’Etat se garde bien de trancher sur le fond. En réalité, il rejette la requête des plaignants pour un motif curieux : les trois jeunes filles concernées, qui étaient toutes trois mineures au moment des faits, n’étaient représentées que par leurs pères. Le Conseil d’Etat estime en effet que, selon l’article 373 du Code civil (alinéa 1), « lorsqu’ils vivent ensemble, les père et mère exercent conjointement leur autorité sur l’enfant » et qu’ils « le représentent ensemble ».

 

Exit donc la plainte, sans que l’affaire ait aucunement été jugée sur le fond. Et c’est regrettable. Le MRAX a en effet beau jeu, à présent, de crier au « déni de justice », déni qui vient s’ajouter à la désormais classique accusation de « déni de leur liberté religieuse et du déni de leur droit d’être traitées avec égalité et sans discrimination »[1].

 

Je ne suis pas juriste, et ne me hasarderai donc pas à disserter sur les fondements juridiques du rejet de la requête déposée par les parents, et en particulier sur la question de savoir si les deux parents doivent obligatoirement représenter leur enfant lors d’une affaire en justice qui le concerne. Selon le MRAX, évidemment, c’est non, lequel cite à l’appui de ses dires le même article 373 du Code civil (alinéa 2).

 

Mais en tout état de cause, il faut bien reconnaître que l’avis du Conseil d’Etat n’a pas fait avancer d’un cheveu la question de la légalité de l’interdiction des signes religieux dans l’enseignement officiel. Et je ne peux qu’émettre à cet égard quelques hypothèses :

 

Soit la question juridique de la représentation parentale est sans ambigüité dans la loi et la jurisprudence, et l’on peut s’étonner que les plaignants n’aient pas été informés de ce que leur requête, telle qu’elle était présentée, ne serait pas recevable.

Soit la question est floue, comme semblent l’indiquer les interprétations divergentes que font le Conseil d’Etat et le MRAX du même article du code civil. Et dans ce cas, il faut se demander si le Conseil d’Etat n’a pas préféré se retrancher derrière un obscur point de droit plutôt que de s’engager dans une mission aussi périlleuse que celle qui consiste à trancher la question des signes religieux dans l’enseignement officiel.

A moins évidemment que l’absence des mamans des jeunes filles concernées n’ait été perçue par le Conseil d’Etat comme un indicateur possible de ce qu’une « décision importante concernant leur éducation et leur formation » n’était en réalité prise que par les pères, sans l’accord de leurs épouses.

 

Quoi qu’il en soit, on ne voit pas très bien ce que ça change. Que ces jeunes filles portent le voile avec l’accord ou non de leurs mères ne doit, à mon estime, rien changer à l’attitude que doit avoir l’enseignement officiel vis-à-vis des signes religieux. La question n’est pas en effet celle du consentement, ni celle de l’adéquation du choix de telle jeune fille aux principes éducatifs que ses parents lui ont transmis, mais celle de la portée que peuvent avoir des choix éducatifs et/ou des choix personnels, qu’ils soient religieux ou non, dans l’espace scolaire.

 

En l’absence de décision du Conseil d’Etat sur le fond, le MRAX menace à présent d’introduire un recours devant les instances internationales, « puisqu’à tous les niveaux de pouvoir, le débat est refusé dans notre pays ». On ne peut que souhaiter que, si cette démarche se concrétise, la plainte sera correctement libellée, sans aucune faille juridique, et qu’elle pourra donc enfin être examinée sur le fond.



[1] Communiqué de presse du MRAX  du 6 octobre 2009

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 33 commentaires - Recommander
Dimanche 4 octobre 2009

Le récent débat entre Ramadan et Zemmour chez Ruquier était affligeant. En face du prédicateur charismatique, un contradicteur dont l’argument massue pouvait se résumer à « A Rome, fais comme les Romains ». Un peu court, et tout bénef pour Frère Tariq.

 

C’est hélas l’un des arguments récurrents de certains de ceux qui s’opposent aux revendications islamistes en Europe : ces revendications émaneraient d’étrangers qui refuseraient de s’intégrer, voire de s’assimiler, et prétendraient « nous » imposer des codes de comportements tout droit importés de « chez eux ». Ce raisonnement comporte à mon sens deux erreurs fondamentales.

 

La première consiste à opposer les Belges ou les Français dits « de souche » aux immigrés de culture arabo-musulmane, négligeant un fait essentiel : les musulmans dont nous parlons, que leurs revendications nous plaisent ou non, sont autant chez eux que nous. Ils sont nés ici, tout comme leurs parents souvent. Ce sont des citoyens belges ou français à part entière, qui ont autant que nous le droit de prendre part au débat politique. Et parmi eux figurent des Belges ou Français « de souche » convertis à l’islam, dont le discours est parfois au moins aussi inquiétant que celui de certains de leurs coreligionnaires « allochtones »[1]. Cela ne signifie pas que leurs revendications soient légitimes ; mais elles ne peuvent être considérées comme illégitimes qu’en fonction de principes politiques, et non sur base d’une assignation à une sorte de citoyenneté conditionnelle ou à deux vitesses. Cela ne signifie pas non plus qu’il faille s’interdire de se poser la question de savoir ce que ces partisans d’un islam rigoriste trouvent de positif à la vie dans une démocratie occidentale, ni même de penser qu’ils seraient sans doute plus en accord avec le monde dans lequel ils vivent s’ils choisissaient d’émigrer en Arabie Saoudite ou en Iran. Et entendre une femme sous burqa vanter les vertus de l’Arabie saoudite, et son mari celles de la lapidation, fait froid dans le dos. Il n’empêche : elle est notre concitoyenne de plein droit, comme les électeurs de Le Pen ou les nostalgiques de Pétain ou de Degrelle, et le débat démocratique avec elle ne peut faire l’économie de cela.

 

La seconde consiste à justifier la nécessité de l’acceptation par tous de certains principes par le fait que « ici, c’est comme ça ». Piètre argument, qui, s’il avait été suivi au cours des millénaires passés, aurait rendue caduque toute velléité de progrès ou de rupture avec une quelconque tradition. Tout le contraire, en somme, des valeurs des Lumières, dont l’audace et la force subversive ont manifestement échappé à Eric Zemmour.

Pour le dire autrement, si les revendications d’un certain islam sont inacceptables, ce n’est pas, cela ne peut pas être parce que l’islam ne fait pas partie de notre culture. Toute culture peut et doit s’enrichir des apports extérieurs, et se recroqueviller dans une vision figée de la culture est le plus sûr moyen de la tuer.

Non, si certaines revendications islamiques sont inacceptables, c’est parce qu’elles sont en contradiction avec certains principes fondamentaux, notamment ceux énumérés dans la Déclaration universelles des droits de l’homme. Déclaration universelle précisément en ce qu’elle ne prétendait pas définir l’esprit français ou la grande tradition gauloise, mais les droits fondamentaux de tout être humain, partout dans le monde, quels que soient son sexe, sa naissance, son origine nationale, sa religion. Ce qui signifie également que les droits reconnus aux individus ne peuvent être fonction de leurs convictions religieuses particulières.

 

À ces deux dérives qui, si elles paraissent aller dans le sens du combat laïque, le déforcent en réalité, il faut en ajouter une troisième, bien présente sur le site français Riposte Laïque, lequel se plaît à entretenir la confusion entre islam et islamisme, quand il ne prétend pas que ceux qui font le distinguo se piquent de bons sentiments, d’angélisme, voire de complaisance envers l’ennemi.

Or, s’il est un fait que l’islam est dans une phase préoccupante de radicalisation, prétendre que l’islam serait par essence contraire à la démocratie, animé de prétentions politiques ou, de manière générale, incapable de pratiquer son aggiornamento, c’est le plus sûr moyen de radicaliser les uns et les autres : les musulmans, à qui, comble de l’ironie, des « laïques » eux-mêmes iraient dire que le seul islam possible est un islam fondamentaliste et archaïque ; et les non-musulmans, qui ne pourraient en conclure qu’une chose : l’incompatibilité principielle de l’islam avec la république.

 

Au rebours de cette vision dangereuse, les laïques ont le devoir de soutenir sans arrière pensée leurs concitoyens musulmans qui refusent les discours de l’islamisme. Même, et surtout, s’ils sont peu nombreux, peu visibles, et encore moins entendus. Qu’avons-nous à gagner à dire à ceux-là que leur religion n’est pas ce qu’ils croient qu’elle est ? Espérons-nous les convertir à l’athéisme ?

Soyons sérieux : ce qui importe réellement, ce ne sont pas les convictions religieuses de nos concitoyens ; c’est la place que ces convictions prétendent occuper dans les affaires politiques. C’est cela, la laïcité, dont le nationalisme, le racisme et l’hostilité à l’islam en tant que tel nous éloignent aussi sûrement que le relativisme culturel, le culte de l’idylle multiculturelle et l’islamophilie béate.

 


[1] Il faut voir, à cet égard, le reportage français consacré à deux jeunes femmes françaises ayant choisi de vivre sous la burqa : http://videos.tf1.fr/sept-a-huit/une-vie-sous-la-burqa-4807060.html. L’une d’elles est parfaitement « gauloise », et convertie à l’islam.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 29 commentaires - Recommander
Vendredi 2 octobre 2009

J’ai beaucoup réfléchi, ces dernières semaines, aux accommodements raisonnables, que les Assises de l’interculturalité ont inscrites à leur programme, en stipulant clairement dans leur appel à projets que les associations candidates devaient, entre autres choses, les promouvoir. Et c’est vrai que c’est un concept formidable, les accommodements raisonnables, contrairement à ce que certains esprits chagrins prétendent, dans leur promptitude à toujours critiquer sans réfléchir.

 

Car les accommodements raisonnables, je le rappelle, se fondent sur un noble constat doublé d’une encore plus noble intention : des règles égales pour tous peuvent avoir un effet discriminant, certes non recherché, mais néanmoins indéniable, sur certains travailleurs. Aussi faut-il envisager des aménagements à ces règles, afin que nul ne soit objectivement lésé par une règle objectivement juste, mais subjectivement génératrice de discriminations.

 

Ainsi, la règle qui prévoit que les fonctionnaires publics doivent apparaître comme neutres dans l’exercice de leurs fonctions, si elle est la même pour tous, et donc en apparence juste, est en réalité injuste, dès lors qu’elle pose de toute évidence plus de problèmes à celui ou celle qui a l’habitude d’exhiber ses convictions à tout va qu’à son collègue plus discret ou tout simplement moins engagé politiquement ou religieusement. C’est le bon sens-même : voilà une règle en apparence juste qui, en réalité, discrimine involontairement une catégorie de fonctionnaires, à qui elle impose une violence symbolique que d’autres ne perçoivent même pas.

 

De la même manière, la règle qui impose une pause de midi fixe discrimine sans le vouloir ceux qui, parce qu’ils observent le jeûne du mois de Ramadan, non seulement n’éprouvent aucun besoin de s’arrêter à midi pour regarder manger les autres, mais encore préféreraient de loin pouvoir terminer leur travail une heure plus tôt. Là encore, nos bonnes intentions nous aveuglent : on croit offrir à tout employé le droit d’interrompre le travail à la mi-journée pendant un laps de temps déterminé ; pour protéger ce droit, on le coule même dans un règlement d’entreprise ; et voilà que soudain, on se rend compte que cette règle qu’on croyait juste consiste en réalité à traiter de manière injuste, parce qu’égalitaire, certains employés.

 

Tout ça est excellent, mais il importe d’aller plus loin. Car à y regarder de plus près, quelles sont les règles qui, sous des dehors égalitaires, ne discriminent pas certaines catégories de personnes plus que d’autres ?

L’interdiction de fumer sur le lieu de travail n’a certes pas l’intention d’exclure les fumeurs du monde du travail, mais dans les faits, ne leur rend-elle pas la vie professionnelle plus compliquée en leur demandant de choisir entre leur identité de fumeur et celle de salarié ?

L’imposition d’horaires de travail déterminés ne discrimine-t-elle pas, sans le vouloir, les noctambules pour qui se lever à 6h30 relève de l’exploit chaque jour renouvelé ? Ou à l’inverse, de décourager des couche-tôt de se lancer dans une carrière de comédien ou de strip-teaseur pour laquelle ils auraient pourtant toutes les aptitudes ?

L’exigence d’une tenue correcte pour les employés de banque, par exemple, n’équivaut-elle pas à exclure de facto d’une profession prometteuse les adeptes du débraillé ou du treillis militaire, qui pourraient à bon droit se sentir lésés par un règlement de travail en apparence égalitaire ?

Je suis sûre qu’on ne compte pas les baigneurs philanthropes qui ont dû renoncer à une brillante carrière de maîtres-nageurs parce qu’ils devaient porter une tenue qu’ils trouvaient peu seyante ; les alcooliques scandaleusement évincés de leur poste de journaliste télé sous le fallacieux prétexte que la couleur pourpre de leur nez jurait avec le décor du studio, bafouant en cela le droit de tout citoyen à un égal accès à l’emploi ; les jeunes filles ayant dû faire une croix sur leurs rêves de mannequinat parce qu’elles n’entraient que péniblement dans une taille 42 ; les passionnés d’aéronautique recalés pour cause de myopie ; etc.

 

Rendons-nous à l’évidence : nous vivons dans une société épouvantablement discriminante. Une quantité invraisemblable de règlements, s’ils n’ont pas pour but de discriminer une partie de la population, constituent objectivement des facteurs de discrimination.

Aussi je propose que les Assises de l’interculturalité s’attèlent d’urgence à la rédaction d’une charte qui déclarerait solennellement que :

-         Les fonctionnaires doivent apparaître comme neutres, sauf ceux que cela dérange.

-         Les horaires de travail doivent être respectés, sauf par ceux que cela dérange.

-         Les employés doivent revêtir la tenue conforme à leur profession, sauf ceux que cela dérange.

-         Les travailleurs ne peuvent pas fumer sur le lieu de travail, sauf ceux que cela dérange.

-         De manière générale, les règlements professionnels sont strictement d’application, sauf bien sûr pour ceux que cela dérange.

Tout cela devant évidemment faire l’objet d’une négociation au cas par cas, dès lors qu’il est exclu que l’on accorde des droits distincts à une quelconque communauté, quelle qu’elle soit : tout le monde est bien d’accord là-dessus.

 

À moins bien sûr que les Assises de l’interculturalité préfèrent adopter une mesure plus radicale, mais tout aussi efficace en termes de salutaire lutte contre les discriminations involontaires : supprimer toute règlementation, dès lors que par essence, une règle gêne davantage ceux pour qui elle s’éloigne de leur pratique quotidienne que ceux pour qui elle semble aller de soi.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 23 commentaires - Recommander

Accueil

Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

Mes bouquins

 

Recherche

Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus