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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 10:28

Je savais que le formidable élan de solidarité qui a fait descendre des millions de personnes dans les rues pour clamer « Je suis Charlie ! » ne durerait pas. Je savais que le choc serait rude, que les « mais… » ne tarderaient pas, et peut-être finiraient même par prendre le dessus. Et c'est la forme de l’équidistance que cette consternante relativisation a choisi de prendre.

Avec Yasmina Khadra d’abord, expliquant doctement que « L’amalgame entre Islam et terrorisme est le produit d’un « affrontement des extrêmes ». « En France la liberté d’expression est sacrée. Dans les pays musulmans la religion est sacrée. Tous les deux ont raison de défendre leurs valeurs et tous les deux ont tort d’imposer leurs valeurs aux autres. C’est au plus intelligent et au plus cultivé de faire certaines concessions. Il faut respecter la foi des autres ». [1]

Ainsi donc, au sacré des uns répondrait le sacré des autres, et basta. Soyons les plus intelligents, et bouclons-là. Et tant pis si du coup, les imbéciles assourdissent la Terre de leurs stupidités. Et sinon, ne nous plaignons pas de nous ramasser encore un attentat sur le coin de la figure : on l’aura au fond bien cherché.

Sauf que si, en effet, la liberté d’expression est une valeur socle de nos démocraties modernes, je cherche en vain un défenseur de la liberté d’expression qui aurait tué 17 personnes, ou même une seule, pour défendre cette liberté d’expression. Si opposition il y a, c’est entre ceux qui estiment qu’on ne tue pas un être humain, et entre ceux qui estiment au contraire qu’on peut l’abattre, pour peu qu’il soit caricaturiste, Juif, homosexuel, apostat, femme, bloggeur, chrétien, j’en passe et des « meilleures ».

En matière d’équidistance, on a aussi pu assister à une poussée de fièvre des aficionados de la position « middelmatique » entre Juifs et musulmans.

D’abord avec Henri Goldman, opposant la couverture de Charlie Hebdo illustrant un musulman disant « 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire » et son détournement par Joe Le Corbeau faisant dire à un Juif « 1 millions de rabais sur les 6, en échange de la Palestine ! » et écrivant très sérieusement que

« Il est temps de se demander pourquoi, des deux caricatures qui illustrent ce billet, la première (de Charlie Hebdo) relèverait de la satire antireligieuse protégée par la liberté d’expression et pourquoi la deuxième (détournement de la première par Joe le Corbeau, un émule de Dieudonné) est perçue comme une caricature antisémite – donc raciste – insupportable ayant recours aux pires stéréotypes. Cette impression de « double standard » n’a pas fini de faire des dégâts. »[2]

La réponse à cette question est pourtant simple : la première grossit un fait réel (les islamistes ont effectivement une fâcheuse tendance à recourir aux coups de fouet pour punir les "déviants") tandis que la seconde ne se fonde sur aucune base réelle, à moins de considérer, comme Joe le Corbeau, que les Juifs sont en effet tellement animés par l'appât du gain qu'ils seraient même prêts à négocier le nombre de victimes de la Shoah en échange de la Palestine. ce qui ne serait pas encore grave en soi si le but était de faire rire des antisémites, voire de pratiquer un humour « bête et méchant » qui ne dit encore rien de ce que pense réellement son auteur.[3] Or, Dieudonné, dont Joe le Corbeau est une émule, a cessé depuis bien longtemps d’être un humoriste : très exactement le jour où il a commencé à tenir en interview, mais aussi dans des meetings politiques, les mêmes propos antisémites et négationnistes que lors de ses spectacles.

Puisque la question semble désormais être : « N’en fait-on pas un peu trop pour défendre les Juifs, alors qu’on stigmatise sans problème l’islam ? »[4], mentionnons encore Irène Kaufer, dans deux publications récentes sur son mur Facebook :

« Dimanche dernier, Jean-Claude Marcourt a repris la phrase de Manuel Valls : "La Belgique (la France) sans les juifs ne serait pas la Belgique (la France)". Si on y réfléchit, cette phrase est horrible : aux juifs elle dit qu'ils ne sont pas vraiment des citoyens comme les autres (est-ce qu'on dirait : "Sans les Bruxellois, la Belgique ne serait pas la Belgique" ?), et aux autres (plus précisément, aux musulmans) qu'en ce qui les concerne, le pays pourrait très bien s'en passer... »

« Personne ne pense sérieusement qu'on peut rire de tout. Ici on s'est indigné (à juste titre) quand l'Iran a organisé un concours de caricatures de la Shoah ; et la France elle-même, si soucieuse dans les discours de liberté d'expression, envoie en prison des jeunes qui se sont moqués des attaques terroristes. En fait, tout le monde a ses "vaches sacrées" ; mais les nôtres nous paraissent "naturelles" tandis que celles des autres seraient la preuve d'une sensibilité "excessive".

Passons sur cette dernière citation, qui ne fait que dire autrement la même chose que Yasmina Khadra, et attardons-nous sur la première, qui a à tout le moins l’immense mérite de boucler la boucle :

4 personnes ont été abattues lors d’une prise d’otage dans une épicerie casher. Ces personnes étaient très vraisemblablement de confession juive. Du coup, on se sent obligés de rendre hommage aux Juifs, sans qui la France (ou la Belgique, puisque nous avons eu, de notre côté, l’attentat commis contre le musée juif) ne serait pas ce qu’elle est. Mais de ce fait, on oublie les musulmans, voire même on suggère qu’eux n’ont rien apporté à la Belgique.

Mais qu’est-ce que c’est que ce délire ? N’y aurait-il pas au contraire une monstrueuse inconvenance, alors qu’il s’agit de dénoncer un crime antisémite pour ce qu’il est, de s’empresser d’ajouter qu’on est très contents aussi d’avoir sur notre territoire des musulmans – et pourquoi pas des athées, des bouddhistes, des végétariens et des footballeurs, tant qu’on y est ?

Faudrait-il s’excuser de parler spécifiquement des Juifs lorsque c’est en effet en tant que Juifs qu’ils ont été assassinés ?

Et qu’on ne me parle pas des victimes collatérales que seraient les musulmans, à qui il faudrait témoigner de l’empathie parce que ça doit être difficile d’être musulmans aujourd’hui, après ce qui s’est passé. C’est certainement vrai. Mais d’une part, il y a un moyen très simple d’éviter les amalgames et la stigmatisation : c’est de dénoncer tous ensemble le fléau de l’islamisme. Et sans « oui mais ». Clairement. Sans ambigüité. D’autre part, il y a une singulière indécence à renvoyer dos-à-dos Juifs et musulmans, ou plus exactement à les englober dans une commune empathie, comme s’ils étaient également victimes. Lorsqu’un attentat commis par des non-musulmans contre un lieu de culte musulman fera des morts, ici, en France ou en Belgique, il sera bien temps – et bien nécessaire – de rendre hommage aux victimes musulmanes du fanatisme anti-musulman.

Au rayon de l’équidistance, la perle revient sans doute à Marc Jacquemain, qui titrait le 12 janvier 2015 l’un de ses articles ainsi : « Douze morts et deux mondes ».

La date est importante, puisque le 12 janvier, comme cela n’aura échappé à personne, c’est après le 9, jour de la prise d’otage qui a fait 4 morts. J’y reviendrai. Et les deux mondes, c’est évidemment le monde qui s’interroge sur la responsabilité « occidentale » dans ces morts, versus celui que de telles questions n’effleurent jamais.

Donc, Marc Jacquemain nous parle de 12 morts. Et de charitables internautes lui font alors remarquer qu’il n’y en a pas 12, mais 17, et que c’est quand même un peu dommage d’en passer 5 sous silence. Alors, que fait Marc Jacquemain ? Je vous le donne en mille : il modifie son titre en « Vingt morts et deux mondes ». Et il s’en explique ainsi :

« J'ai un peu vite repris les titres de la presse et titré mon billet sur 12 morts. Ce qui est faux évidemment, puisqu'il y a eu des assassinats ailleurs qu'à Charlie. Je n'ai jamais eu l'intention de nier ces assassinats (comme certains m'en ont accusé), j'ai seulement écrit un peu vite. J'ai donc commis l'erreur que je reproche souvent à la presse; Je l'admets sans détour et je m'en suis excusé auprès de ceux qui me l'ont fait remarquer (c'est la quatrième fois, pour ceux qui ont lu tous les commentaires)

Mais comment rectifier ? Certains m'ont proposé "17 morts". Mais je ne peux pas accepter l'idée que les terroristes exécutés (même si je ne crois pas que la police pouvait faire autrement) ne soient pas des "morts". Ce ne sont pas des "victimes" mais c'étaient des êtres humains et ils sont morts. ».

Remarquable manière d’occulter la question de la responsabilité individuelle. Car si l’on titre sur 12 ou 17 morts, il est évident que les responsables de ces morts sont les trois terroristes. Mais si l’on titre sur 20 morts, cela devient des morts sans meurtrier, en somme, des morts « dans l’espace ». Morts d’on ne sait quoi, par la faute d’on ne sait qui.

Parce que si on nomme les Juifs assassinés, alors il faut aussi nommer les terroristes exécutés. Et tant pis si du coup, et même si Marc Jacquemain s’en défend, on dirait qu’on est en présence de 20 victimes d’un mystérieux tueur.

Dans un monde idéal, nous serions tous des humains, sans plus. Non que nos différences seraient niées, mais elles seraient subsumées, transcendées en quelque sorte, par notre commune humanité.

Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Nous sommes dans un monde ou des islamistes tuent des Juifs parce qu’ils sont Juifs. Nous sommes dans un monde ou des gens expriment leur désaccord par la parole, l’écriture, le dessin, éventuellement la plainte en justice, tandis que d’autres recourent à la violence et au meurtre. Et tant que nous serons dans ce monde, nous devrons nous faire un point d’honneur de nommer les choses, plutôt que de nous cacher derrière le pathétique petit doigt de l’équidistance.

[1] http://www.elwatan.com/actualite/yasmina-khadra-je-n-ai-pas-le-droit-d-etre-charlie-18-01-2015-285320_109.php

[2] http://blogs.politique.eu.org/Musulmans-avec-majuscule

[3] voir à ce sujet http://nadiageerts.over-blog.com/article-on-peut-rire-de-to….

[4] Une question que j’avais déjà traitée ici en 2010: http://nadiageerts.over-blog.com/article-lettre-ouverte-a-une-jeune-inconnue-58619866.html

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Published by Nadia Geerts
10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 21:59

Ces derniers jours, comme ce fut le cas à intervalles réguliers depuis le 11 septembre 2001, un débat agite la toile : celui de savoir s’il faut que les musulmans s’expriment, se désolidarisent, se distancient de l’attentat commis contre Charlie Hebdo ce 7 janvier 2015.

Certains s’indignent qu’une telle idée puisse effleurer qui que ce soit de sensé, partant d’un principe qui m’est cher, selon lequel la citoyenneté surpasse tout, et qu’on ne peut à la fois se réclamer des idéaux universalistes républicains et renvoyer les musulmans à leur supposée communauté, le tout en les sommant de s’en dégager.

D’autres estiment qu’il est du devoir de tout musulman de clamer haut et fort qu’il est Charlie, afin qu’aucun doute ne puisse subsister sur sa loyauté première.

Ma position en la matière est plus nuancée.

1. J’estime que nul n’a à décider pour quelqu’un qu’il est musulman (sur base de son physique, de son patronyme, de son origine ethnique…) et à l’assigner de ce fait à prendre position. Ce serait en effet à peu près aussi absurde que de considérer que tous les « blancs » sont catholiques et donc complices de la pédophilie de certains prêtres. En ce sens, l’interpellation de Rokhaya Diallo par Ivan Rioufol est choquante, puisqu’il a, selon ses propres mots « sommé » la journaliste, musulmane, de se désolidariser des attentats, suscitant ses larmes et sa colère :

« Je me sens visée. J'ai l'impression que toute ma famille et tous mes amis musulmans sont mis sur le banc des accusés. (….). Est-ce que vous osez me dire ici que je suis solidaire ? (…) Vous avez vraiment besoin que je verbalise que je suis aussi choquée que vous ? (…) Je suis extrêmement choquée par ce que vous êtes en train de dire Ivan Roufiol ».

2. J’estime également que, dans une société idéale (1), les appartenances communautaires – qu’elles soient religieuses, ethniques, sexuelles,… - seraient subsumées par une seule et même appartenance citoyenne. Il n’y aurait alors plus de noirs, de juifs, de femmes, de vieux, de roux, de roms ni de musulmans, mais seulement des hommes, des citoyens libres et égaux en dignité et en droits dont nul ne s’aviserait d’attendre qu’ils s’expriment autrement que comme tels. C’en serait enfin fini de la valse des étiquettes, des assignations identitaires et du repli communautaire, et nous pourrions vivre en paix dans une douce indifférence à nos différences, pénétrés de l’importance et de la beauté de ce qui nous rassemble.

3. Mais nous ne vivons pas dans ce monde idéal. Dans notre monde, des gens se font exploser dans des tours ou des trains pour combattre un Occident dégénéré et mécréant. Dans notre monde, des gens vocifèrent par milliers dans les rues du monde entier pour dénoncer les caricatures qu’un dessinateur danois a faites du prophète Mahomet. Dans notre monde, des fous de Dieu abattent froidement des hommes parce qu’ils étaient libre-penseurs ou juifs. Dans notre monde, des élèves justifient ces crimes au nom d’un relativisme malsain, sur l’air du « Ils l’ont quand même un peu cherché… ». Et ces gens le font au nom de l’islam et du respect qui lui serait dû.

J’aimerais qu’ils ne fassent rien de tout cela. J’aimerais que personne ne commence plus jamais une phrase par « Moi, en tant que musulman… » - ou en tant que juif, ou en tant que femme, ou en tant que belge,… lorsqu’il s’agit de défendre des principes. J’aimerais que ce soit notre humanité qui s’exprime, et rien qu’elle.

Mais on n’en est pas là. Et je comprends, et je partage l’inquiétude de ceux qui voyaient hier des milliers de musulmans descendre dans les rues « en tant que musulmans » pour crier leur révolte qu’on ait caricaturé leur prophète, et qui aimeraient assister à une telle mobilisation pour que, de la même manière, des milliers de musulmans dénoncent les crimes odieux commis au nom de l’islam.

Certains le font. Des intellectuels, des dessinateurs, des responsables de mosquées font entendre leur voix, disent que c’est intolérable. J’ignore si c’est suffisant.

Je pense que notre société démocratique vient de subir un choc terrible. Certains ont parlé d’un 11 septembre français, et personnellement, je le vis comme ça. Des gens sont morts parce qu’ils pensaient librement, parce qu’ils exorcisaient les démons de l’humanité par le rire, parce qu’ils étaient pleinement humains. Je ne sais ce qu’il est juste de demander à nos concitoyens musulmans. Je pense, plus exactement, que nous n’avons certainement pas à les sommer de dire quoi que ce soit, mais que nous avons un besoin urgent qu’ils aient la maturité de prendre la parole pour nous rassurer, pour que demain nous puissions faire encore société ensemble.

Je m’opposerai toujours à quiconque désignera qui que ce soit nommément parce que supposé musulman, le sommant de se distancer. Mais je remercie d’ores et déjà du fond du cœur tous ceux qui comprendront que lutter conte l’islamisme et ce que certains appellent « islamophobie » passera nécessairement par l’établissement d’un cordon sanitaire strict vis-à-vis des adversaires de la liberté. En ce compris la liberté de basphémer. Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de leur aide.

(1) société idéale que défendait d'ailleurs Charb ici en 2011: http://www.liberation.fr/culture/2015/01/10/charb-en-2011-j-en-ai-marre-qu-on-s-inquiete-de-voir-les-musulmans-moderes-ne-pas-reagir_1177658

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Published by Nadia Geerts
9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 15:08

Je suis Charlie

Ce billet ne sera pas politiquement correct. Pas respectueux. Pas soucieux de ne pas blesser les sensibilités. Il sera à l’image de ce que je suis aujourd’hui : profondément triste, mais aussi et surtout terriblement en colère, que dire ? En rage.

En rage bien sûr contre ces salauds qui ont abattu froidement 12 personnes. Et pas n’importe lesquelles : des dessinateurs, des journalistes qui incarnaient les valeurs auxquelles je tiens : la liberté, évidemment. L’antiracisme, la laïcité, la république. Mais aussi l’irrévérence, l’esprit potache de ceux qui savent qu’il faut rire de tout, surtout de ce qui est sérieux, surtout de ce qui est sacré.

En rage aussi contre ceux que j’appelle les Charlie de la 25è heure, ceux qui se découvrent soudain des élans de solidarité avec Charlie Hebdo alors qu’ils le condamnaient durement en 2006, lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, l’accusant alors de « jeter de l’huile sur le feu ».

Jeter de l’huile sur le feu ?? Ce serait drôle si ce n’était pas si triste… Rappelons que si Charlie a publié les 12 caricatures du Jyllands-Posten, c’est déjà parce que l’auteur d’une des caricatures, Kurt Westergaard, était menacé de mort pour avoir osé représenter le prophète avec une bombe dans le turban. Et non seulement cela, mais les manifestations violentes, attentats contre des ambassades danoises, mises à prix de la tête du dessinateur, boycotts de produits danois, s’étaient alors multipliées pendant des mois.

Et si le Jyllands-Posten avait publié ces caricatures, c’est parce que personne ne voulait illustrer le livre d’un écrivain, Kare Bluitgen, sur la vie de Mahomet, et ce depuis que Théo Van Gogh avait été assassiné en 2004.

Et si Théo Van Gogh avait été assassiné, c’était parce que ce réalisateur néerlandais avait réalisé un court-métrage sur l’islam, Submission. Un court-métrage qualifiant les musulmans d’ « enculeurs de chèvres » et Mahomet de « violeur de petites filles ».

Ça vous choque ?

Je vais vous dire : je m’en fous.

Moi, ce qui me choque, c’est qu’on puisse tuer des gens, en 2004 ou en 2015, parce qu’ils ont le tort de dire des choses qui choquent.

Alors oui, pour montrer son soutien au journal danois, Charlie Hebdo avait republié les caricatures, assorties d’une treizième, réalisée par Cabu, montrant Mahomet la tête entre les mains, se lamentant : « C’est dur d’être aimé par des cons ! ».

Et il s’est trouvé des cul-bénis, des précautionneux, des midelmatiques, des enculeurs de mouches – plus difficile que les chèvres – pour tortiller du croupion en invoquant la nécessité de comprendre la sensibilité des musulmans outragés, de calmer le jeu, de ne pas échauffer les esprits, au besoin en s’excusant platement.

Mais s’excuser de quoi, bon sang ? S’excuser d’oser penser que l’islam est atteint d’une maladie grave, mortelle même, appelée « islamisme » ? S’excuser d’avoir osé traduire cette maladie par un dessin, juste un petit dessin ? Depuis le 11 septembre, le monde est régulièrement ensanglanté par des attentats commis par des islamistes. Il ne se passe guère de jour sans qu’on lise dans la presse un nouveau méfait commis par un fêlé du bulbe se revendiquant de l’islam. Et on voudrait que les non-musulmans dans leur ensemble reconnaissent la bouche en cœur et sans réserve aucune que l’islam est une religion de paix et d’amour ?

Faudrait pas déconner, non plus.

Je ne sais pas ce qu’est le « vrai » islam, et j’ai tendance à penser qu’il n’y a pas plus de vrai islam qu’il n’y a de vrai catholicisme ou de vrai judaïsme. Il y a des hommes et des femmes qui se réclament de telle ou telle religion, pour le meilleur ou pour le pire. Mais je ne peux pas en vouloir à ceux qui, quand on leur dit « islam », ne voient pas des danseuses orientales se déhanchant au son d’une flûte de pan dans un jardin digne des Mille et une Nuits où le nectar coule à flots, mais des imbéciles sanguinaires tranchant des têtes en éructant « Allah Akhbar ».

Alors, si on veut changer la vision de l’islam, faudrait peut-être arrêter de buter tous ceux qui s’en méfient un tantinet, à force de le voir brandi aux sauces les plus sanguinaires, et que certains musulmans fassent du combat contre l’islamisme leur priorité, plutôt que de dépenser une énergie phénoménale à dénoncer l’islamophobie et à faire interdire des publications jugées blasphématoires.

Je suis certaine que la plupart des musulmans n’approuvent pas cet attentat contre Charlie Hebdo. Mais je suis tout aussi sûre que beaucoup d’entre eux désapprouvent les caricatures qu’il a publiées en 2006. Et c’est bien là qu’est le problème : entre dénonciation des assassinats et dénonciation des caricatures, ils n’arrivent pas à choisir. Dire « Je suis Charlie », ça leur arracherait la gueule. Alors ils ne disent rien, ou ils disent « Je suis Charlie, mais… » ou « Je ne suis pas Charlie, mais… ».

Alors soyons clair : j’aime mieux encore cette attitude-là que celle des précédents, ceux qui tout-à-coup deviennent Charlie, alors qu’ils le traînaient au tribunal en 2006, alors qu’ils appelaient à ne pas jeter d’huile sur le feu et à avoir une attitude « responsable ».

Mais reste qu’on a un problème, un vrai problème : comment faire pour continuer à faire monde commun avec ceux-là qui estiment que leur sacré doit être respecté absolument ? Avec ceux qui, sous prétexte qu’un dessin serait de mauvais goût, ont le très mauvais goût de penser qu’on devrait en interdire la diffusion ?

Ceci me fait penser à ce qu’écrivait Diderot : « (…) demandez au vicaire de votre paroisse, de ces deux crimes : pisser dans un vase sacré, ou noircir la réputation d’une femme honnête, quel est le plus atroce ? Il frémira d’horreur au premier, criera au sacrilège ; et la loi civile, qui prend à peine connaissance de la calomnie, tandis qu’elle punit le sacrilège par le feu, achèvera de brouiller les idées et de corrompre les esprits ».

Nous ne sommes plus en 1796 et aujourd’hui, on peut pisser dans un vase sacré sans encourir les foudres de la loi. Ce dont ne se privait pas Charlie Hebdo. Mais il ne faudrait pas que demain, par la faute de ces obscurs illuminés, nous nous retenions de pisser pour éviter d’être tués.

Aussi, comme je l’écrivais en 2012,

« C’est pour cela que je soutiens Charlie Hebdo. Parce que, comme d’autre dessinateurs et bien plus que la presse écrite en général, ils ruent dans les brancards. Certes, ils le font sans délicatesse, sans respect, peut-être même parfois sans grande intelligence. Mais ils réaffirment que non, l’intimidation, la menace, le terrorisme ne passeront pas. Que oui, plus l’islam servira de prétexte à des fous furieux, plus il sera caricaturé. Parce que cesser de le faire, ce serait accepter leurs diktats. Parce que le rire, c’est aussi un moyen de défense. O combien plus intelligent, ô combien plus salutaire qu’une ceinture d’explosifs.»[1]

Non, vous ne nous ferez pas taire. Au contraire, nous serons toujours plus nombreux à vous résister, toujours plus nombreux à nous dresser contre vous qui voulez nous museler. Parce que ce à quoi vous vous attaquez, c’est ce que nous avons de plus cher. C’est la seule chose qui nous arrache à l’animalité. C’est la liberté. Et vous devrez apprendre à vivre avec notre liberté. Vous devrez apprendre à supporter nos textes, nos dessins, nos films, nos œuvres d’art qui vous choquent, vous heurtent dans ce que vous avez de plus cher, à savoir votre religion. Fermez vos yeux si vous ne voulez pas voir, bouchez vos oreilles si vous ne voulez pas entendre, car nous ne nous tairons pas.

« Ami, si tu tombes

Un ami sort de l'ombre

A ta place »

[1] http://nadiageerts.over-blog.com/article-qui-incite-a-la-ha…

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Published by Nadia Geerts
24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 14:18
Liberté ? Egalité ? Laïcité !
En séparant le religieux du politique, la laïcité rend possible l’exercice de plusieurs droits fondamentaux proclamés depuis 1789.
La liberté bien sûr, et en particulier la liberté de conscience, dès lors que l’Etat renonce à se mêler des convictions de ses citoyens.
L’égalité ensuite : égalité entre tous les citoyens, dès lors que l’Etat ne privilégie ni ne discrimine personne en fonction de ses convictions ou de son statut de membre ou non du clergé ; égalité entre les sexes, mais aussi entre les « races », dès lors où seule compte désormais la qualité de citoyen.
En ce sens, la laïcité constitue un pilier essentiel de tout Etat démocratique.

Or, confondue avec l'athéisme, sommée d'être ouverte, voire instrumentalisée à des fins politiques antidémocratiques, la la¨icité se vide de sa substance.
Pourtant, nous avons besoin de laïcité, autant que de liberté et d'égalité. Peut-être même est-elle ce qui permet la synthèse de ces deux principes fondateurs de nos démocraties modernes.
"Liberté ? Egalité ? Laïcité !" est dès à présent disponible en librairie, mais aussi sur commande via http://www.cep-editions.com/CEP-Commander.htm.

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Published by Nadia Geerts
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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 21:23
Soirée caritative Filigranes

Ce jeudi 23 octobre 2014, je dédicacerai mes livres chez Filigranes (avenue des Arts 39-40, 1040 Bruxelles) de 20h à 23h, lors de la Nocturne caritative organisée au profit de l'association Aquarelle.
Ce sera l'occasion de découvrir en primeur mon dernier livre: "Liberté ? Egalité ? Laïcité !" tout frais sorti de presse aux éditions du CEP.

20% de tous vos achats et 100% des consommations au bar seront reversées à Aquarelle, qui vient en aide à des mamans et futures mamans en situation de précarité.

Plus d'infos sur: www.aquarelle-bru.be

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Published by Nadia Geerts
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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 15:56

Le récent débat organisé par le Cercle du Libre Examen de l’ULB a mis en exergue quelques divergences majeures entre certaines féministes et moi, dont la question du voile ne fut que le symptôme. Symptôme d’un désaccord bien plus profond à mon sens, entre celles pour qui le féminisme consiste en la défense des femmes et ceux et celles pour qui il constitue un idéal d’égalité.

A mes yeux, être féministe, c’est défendre le principe d’égalité entre les hommes et les femmes. C’est refuser que l’anatomie ou la biologie constitue l’alpha et l’oméga de la condition féminine – ou masculine d’ailleurs. C’est revendiquer le droit pour les femmes – comme pour les hommes d’ailleurs – de choisir librement leur vie, leur métier, leurs hobbies. C’est vouloir l’émancipation, plutôt que l’enfermement dans des carcans religieux, politiques, culturels, qui dénient à chacun ce droit au libre choix. Etre féministe, c’est d’abord être humaniste.

De ce point de vue, je ne peux me sentir solidaire de toutes les femmes, pour la seule raison qu’elles sont femmes. Cela m’est impossible, pour la simple raison qu’il est des femmes qui font reculer le projet d’égalité entre les hommes et les femmes. Il est des femmes qui, mieux que certains hommes, perpétuent les dogmes du patriarcat dans ce qu’il a de plus insupportable. Des femmes qui pensent que leur devoir est de rester dans l’ombre de leur époux ; des femmes qui estiment qu’on ne saurait être pleinement femme sans être mère ; des femmes qui s’opposent à la contraception ou à l’IVG, des femmes qui perpétuent l’excision, des femmes homophobes, et j’en passe.

Il me semble que les grands combats féministes ont toujours eu maille à partir avec les cléricaux - en ce compris les cléricales. Avec ceux et celles qui, au nom du prescrit religieux, prétendaient confiner les femmes à un rôle subalterne, ou à tout le moins complémentaire à celui des hommes.

La complémentarité, quelle supercherie !

La complémentarité, c’est prétendre que dans tous les domaines de la vie – pas seulement dans celui de l’amour et de la sexualité hétérosexuels – homme et femme sont porteurs de vertus spécifiques. C’est louer la douceur, l’empathie, le sens social, quand ce n’est pas le talent de mère, de cuisinière et de ménagère des femmes, et lui opposer la hardiesse, la combativité, l’assertivité et la force des hommes. C’est préparer le terrain à l’enfermement des uns et des autres dans leurs rôles « naturels », voulus par Dieu.

Or, et les protestations indignées des relativistes n’y changeront rien, le voile est l’expression de cela. Il est le stigmate par lequel certaines femmes musulmanes – pas toutes, loin s’en faut – acceptent de rappeler urbi et orbi qu’elles sont soumises à une obligation de pudeur toute féminine. Il rappelle que la femme est la tentatrice, l’objet du désir, et l’homme le mâle priapique et libidineux dont il convient de brider les pulsions en couvrant ses cheveux, quand ce n’est pas ses formes, son corps, son visage même.

La féministe que je suis ne peut se résoudre à considérer qu’il serait de son devoir de batailler au côté de ces femmes pour qu’elles puissent porter leur voile en tout lieu, au détriment d’autres principes. Cela me semble aussi absurde que de batailler pour que les femmes – et elles seules - obtiennent le droit à un statut de mères au foyer.

Car certes, une telle « conquête » servirait les intérêts de certaines femmes, mais elle ferait reculer le féminisme en faisant reculer l’égalité.

Il me semble qu’un certain féminisme se fourvoie aujourd’hui en déclarant vouloir écouter la parole des femmes, quoi qu’elles disent. D’ailleurs, aucun féminisme ne fait ça. Le féminisme a depuis longtemps, et avec raison, cessé de se pencher avec attention et respect sur la parole des grenouilles de bénitiers dissertant de droit à la vie des fœtus, d’instinct maternel et de nature féminine. Pourquoi n’est-il pas capable d’en faire autant lorsque les grenouilles sont musulmanes plutôt que catholiques ?

Pourquoi, Mesdames les féministes « amies de toutes les femmes », persistez-vous à les traiter comme si elles étaient les victimes de notre intolérance ? Victimes, elles le sont, certes, mais du patriarcat, du machisme, du dogmatisme religieux, du cléricalisme borné. De tout ce que vous avez toujours combattu, avant. Quand elles n’en sont pas les alliées, bataillant pathétiquement pour leur « liberté », c’est-à-dire pour leur droit inaliénable à opter pour la servitude volontaire.

Pour ma part, je ne prétends pas parler à leur place. Mais je parle d’autre chose, sans doute. D’émancipation. D’égalité. D’humanisme.

Et parfois, je me sens bien seule.

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Published by Nadia Geerts
5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 11:45

Hier, c’était la fête du sacrifice pour les musulmans.

Hier, c’est également le jour où un quatrième otage occidental, le britannique Alan Henning, a été décapité par l’EI, en Syrie.

Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’étais dans ma voiture. Plus exactement chaussée d’Haecht, à Schaerbeek. Et j’étais en train de m’étonner, de m’inquiéter même, de n’avoir jusque là croisé que des hommes en djellabah. Oui, je m’inquiétais. Ne me huez pas tout de suite, merci.

Puis je me suis souvenue que c’était le jour de l’Aïd. J’ai vu quantité d’hommes regroupés devant une mosquée, et j’ai compris pourquoi les passants que j’avais croisés peu avant étaient tous habillés de cette manière.

Et puis il y a eu la nouvelle à la radio. La décapitation d’Alan Henning. La coïncidence des deux événements m’a rendu l’annonce encore plus amère. Ainsi donc, pendant que des millions de musulmans dans le monde commémoraient le sacrifice d’Ibrahim, des hommes, musulmans aussi, décapitaient un homme pour la seule raison qu’il était occidental.

Pour ceux qui l’ignoreraient, l’Aïd el Kebir commémore cet épisode où Ibrahim (Abraham pour les juifs et les chrétiens) s’apprête à sacrifier Ismaël (Isaac selon la Bible) en signe de soumission à Dieu. Mais l’archange Djibril (Gabriel) arrête sa main au dernier moment et remplace l’enfant par un bélier, mouton ou agneau, les versions varient. Et surtout, c’est là le plus important, Dieu interdit aux hommes de commettre encore des sacrifices humains.

On pourrait évidemment gloser sur le fait que les braves moutons et autres bestiaux ont fait les frais de cette histoire. Mais ce n’est pas le propos.

Ayant cela en tête, sitôt que j’eus une connexion internet, je postai ce statut sur Facebook : « Nouvelle décapitation. Fête du sacrifice. J'ai mal à la juxtaposition des deux. »

Puis, comme j’avais une journée chargée, je ne m’en souciai plus jusqu’au soir. Où je découvris les réactions outrées que mon statut avait suscitées. Si certains se bornaient à m’accuser de maladresse, estimant mon statut « limite », d’autres allaient jusqu’à m’accuser d’avoir « pété les plombs » et de commettre des amalgames honteux attisant la haine. Mon statut, qualifié de « brève de comptoir du café du commerce », avait pour effet que « toute une communauté pouvait se sentir stigmatisée ». Pire : mes « raccourcis » étaient « bien plus dangereux que la lame des terroristes » !

J’ai eu beau faire pour rectifier le tir, faire comprendre ce que j’avais voulu dire, expliquer qu’il n’y avait dans mon esprit, ni dans mon statut d’ailleurs, pas le moindre amalgame, je sens bien que persiste un malaise. D’abord chez ceux qui, tout en reconnaissant que je n’ai pas eu l’intention d’amalgamer, estiment qu’il est de ma responsabilité d’intellectuelle, de « leader d’opinion », de « philosophe » de réfléchir aux interprétations possibles de mes écrits, autrement dit de tourner sept fois mon clavier dans ma main avant d’écrire une ligne. Mais ensuite et surtout chez moi.

Oui, ce perpétuel soupçon me fatigue, mais au-delà m’inquiète profondément. Comme si décidément, certains alimentaient la fracture entre « eux » et « nous », considérant systématiquement que « nous » devions être irréprochables, ne pas stigmatiser, ne pas attiser de sentiments haineux, peser nos mots, nos gestes, nos actes, nos sous-entendus, les interprétations possibles, etc. Alors qu’ « eux » seraient dispensés de tout cela, car d’avance du bon côté, celui des opprimés, des stigmatisés, des persécutés, des ostracisés, de ceux qui expriment, quand ils dérapent – car si si, Mesdames et Messieurs les bien-pensants, ça « leur » arrive aussi - , une souffrance légitime, un malaise bien compréhensible, un sentiment de rejet, voire d’exclusion.

Quand une étudiante en sciences politiques à Aix-en-Provence, entièrement voilée de noir, est accusée par son professeur d’être un « cheval de Troie de l’islamisme », une partie des étudiants se lève, offusquée, et quitte l’auditoire. Et l’enseignant est mis sur la sellette, sommé de se justifier, peut-être même risque-t-il son poste.

Oui, il est de bon ton, mais peut-être même est-il devenu normal de se sentir solidaire de la malheureuse étudiante ainsi ostracisée. Il faut la comprendre, elle est là pour étudier, elle a le droit de porter un voile dans l’enceinte de l’université, elle ne fait rien de mal… Mais l’enseignant, lui, on n’est pas censé le comprendre. Et ce n’est pas parce qu’étant enseignant, il serait sensé être plus instruit, plus éclairé, non : c’est parce qu’il est l’un des « nôtres », face à « eux ».

Personne, aucune voix ne s’élève pour dire à cette jeune femme que oui, son enseignant a des raisons d’être effrayé par son voile. Personne pour lui expliquer qu’en choisissant de le porter, ici, en Occident - à l’heure où les islamistes imposent cet accoutrement aux femmes partout où ils le peuvent, à l’heure aussi où ils ont déclaré la guerre à l’Occident en filmant des décapitations d’otages britanniques ou américains – elle ne peut ignorer qu’elle risque d’être perçue comme un soutien à ces barbares. Et qu’elle doit s’attendre, peut-être, à devoir « rendre compte » de son « choix », c’est-à-dire en assumer la responsabilité, tout comme j’assume la responsabilité de ce que j’écris.

Personnellement, je pèse mes mots avec le plus grand soin. Contrairement à ce que certains amis bien intentionnés ont pu dire pour ma défense, je n’ai pas écrit ce statut sous le coup de l’émotion. J’en ai pesé chaque mot, je l’ai réfléchi soigneusement. Je sais trop à quel point les mots sont importants, et à quel point « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » (Camus).

Nous vivons décidément dans un drôle de monde, où ceux qui critiquent avec le plus de virulence la théorie du « choc des civilisations » sont à la fois ceux qui l’alimentent en adoptant une attitude systématique de soupçon envers ceux qui, comme moi, expriment une inquiétude légitime avec toutes les précautions d’usage, tout en trouvant mille et une excuses aux propos, actes, comportements objectivement inquiétants que peuvent adopter certains de nos concitoyens musulmans.

Il faudrait décidément en finir avec cette attitude compassionnelle qui dessert la cause qu’elle prétend servir. Des intellectuels issus du monde musulman appellent d’ailleurs cela de leur vœux, tels Abdennour Bidar (voir http://www.mezetulle.net/article-lettre-ouverte-au-monde-musulman-par-a-bidar-120636440.html#fromTwitter). Puissent-ils enfin être entendus, pour qu’ensemble nous sortions de ce grand western qui fait des uns les éternelles victimes, des autres les éternels coupables.

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 15:18

Mes lecteurs réguliers le savent bien: la laïcité est un sujet qui m'intéresse hautement, en plus d'être un combat que je mène depuis plusieurs années. Au fil du temps, j'ai donc été amenée à intervenir de plus en plus souvent sur la laïcité, tant pour faire ce que j'appellerais de la pédagogie de la laïcité que pour me prononcer sur des débats de société qui soulèvent la question des rapports entre le politique et le religieux.

Pourtant, jamais je n'avais encore écrit spécifiquement sur le thème de la laïcité, si l'on excepte bien sûr l'un ou l'autre article, l'une ou l'autre conférence ou intervention lors d'un colloque.

C'est à présent chose faite, puisque j'ai le plaisir de vous annoncer la publication prochaine de mon dernier livre, intitulé "Liberté ? Egalité ? Laïcité !". J'ai choisi de le publier aux éditions du CEP. Un choix qui ne doit rien au hasard, puisque cette toute jeune maison d'édition est dirigée, entre autres, par Richard Miller, dont on se souvient des actions qu'il a menées en tant que parlementaire afin que soit introduit un cours de philosophie dans l'enseignement officiel belge francophone.

L'enseignement est en effet un autre de mes centres d'intérêt, et particulièrement dans ses liens avec les convictions individuelles. En 2012, je publiais d'ailleurs un livre intitulé "Parents, profs, élèves: La neutralité n'est pas neutre !" (La Muette). Un livre qui sort ces jours-ci en version actualisée.

Deux bonnes raisons de vous précipiter en librairie ces prochaines semaines, donc !

A paraîtreA paraître

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 11:05

Depuis quelques jours, médias et réseaux sociaux se font l’écho de la décision d’un instituteur primaire de refuser le poste pour lequel il avait été embauché, au motif que la direction de l’établissement lui aurait demandé de ne pas dévoiler son homosexualité[1]. Homophobie ou tempête dans un verre d’eau ?

L’affaire a d’abord éclaté dans la presse flamande, où il était mentionné que l’enseignant en question souhaitait partir de son vécu homosexuel pour sensibiliser les élèves à la question de l’homophobie[2]. L’enseignant, quant à lui, affirme qu’il n’avait aucunement l’intention de faire la « promotion » de l’homosexualité ou d’avoir une attitude militante, mais que simplement, il refuse de se cacher, comme s’il devait avoir honte de ce qu’il est.

Fort bien. Mais que lui demandait-on au juste ? Et peut-on considérer qu’il a été victime de « discrimination » - comme certains, notamment dans les milieux politiques et associatifs, le prétendent – du simple fait qu’il lui a été demandé de ne pas révéler son homosexualité ?

A mon sens, certainement pas. D’ailleurs, il a été engagé, et c’est lui qui a choisi de ne pas occuper le poste qu’il avait décroché.

Avait-on néanmoins le droit de lui demander de ne pas dévoiler son homosexualité ? Tout dépend, me semble-t-il, de ce qu’on entendait par là.

S’il s’agissait de lui demander de ne pas annoncer de but en blanc aux élèves qu’il était homosexuel, ou même de ne pas en faire état spontanément – par exemple dans le cadre d’une leçon sur la discrimination -, j’estime la demande parfaitement justifiée : il me semble en effet que les élèves n’ont pas à être au courant de tous les aspects de la vie privée de leurs enseignants, et qu’il est essentiel de pouvoir parfois leur dire que certaines choses ressortent du jardin secret de l’enseignant, et qu’il ne souhaite pas les partager avec eux.

S’il s’agissait en revanche de lui interdire de faire ce que tant d’enseignants hétérosexuels font, à savoir mettre une photo de leur conjoint sur leur bureau de classe ou venir accompagnés par leur petite famille lors de la fête de l’école, alors, c’est inadmissible.

Il me semble donc que deux principes doivent guider l’enseignant, mais aussi le chef d’établissement ou tout intervenant en milieu scolaire :

D’abord le principe d’équité : il ne saurait être question, à mes yeux, d’autoriser à un enseignant hétérosexuel ce qu’on ne serait pas prêt à accorder à un enseignant homosexuel. Le mariage homosexuel est autorisé par la loi belge, l’homophobie est passible de poursuites judiciaires, la discrimination sur base de l’orientation sexuelle aussi. Peu importe donc que les enfants ou leurs parents aient parfois des difficultés à accepter l’homosexualité : l’école aussi est là pour rappeler qu’elle n’est ni un crime, ni un délit, ni une maladie, ni une perversion. Ni, soit dit en passant, un choix.

Ensuite la distinction entre vie privée et identité professionnelle. Une distinction qui est notamment au fondement du décret « Neutralité ». Précisons d’emblée que ce décret ne saurait s’appliquer directement à la question ici soulevée, dès lors que l’homosexualité n’est pas une conviction religieuse ou politique, ni même une conviction tout court. Cependant, l’idée sous-jacente à ce décret est bien celle d’une distinction souhaitable entre ce qui ressort de l’identité de chacun et ce qui ressort de sa mission en tant qu’enseignant. Même si on enseigne évidemment avec ce qu’on est, le décret « Neutralité » invite l’enseignant à cultiver son identité professionnelle, et à la distinguer de ce qu’il est par ailleurs et qui n’a pas à être communiqué aux élèves. Non parce qu’il doit en avoir honte, mais parce que cela ne les regarde pas et n’apporte rien à la relation éducative.

Aussi, je persiste à ne pas comprendre les cris d’orfraie de ceux qui voient de l’homophobie dans la demande formulée à l’égard de cet enseignant. D’autant que le fait même que cet enseignant ait cru bon de mentionner son homosexualité lors de son entretien d’embauche me pose question : quel était son but, ce faisant ? S’assurer qu’il n’y avait aucun problème avec cela ? Si tel était le cas, son engagement aurait dû le rassurer. Parler de son projet d’aborder la question avec ses futurs élèves ? Si tel est le cas, je comprends la réponse qui lui fut faite.

Et je m’inquiète de cette propension grandissante à voir dans toute demande de retenue, de réserve dans l’expression de certains aspects intimes de son être une forme larvée de discrimination, voire de « phobie ».

Et à ce propos... Une version actualisée de mon livre "La neutralité n'est pas neutre !" paraîtra normalement en octobre prochain.

[1] Voir par exemple http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20140822_00516941

[2] voir http://www.standaard.be/cnt/dmf20140819_01223359

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 11:04

La décision du conseil communal de Saint-Josse d’imposer un uniforme aux élèves dès la rentrée scolaire prochaine suscite bon nombre de réactions, souvent scandalisées, sur les réseaux sociaux. Et pour certains, l’équation coule de source : uniforme = fascisme, dictature, pensée unique, tout ça tout ça.

Personnellement, je n’ai pas d’avis arrêté sur la question. Plus exactement, l’adolescente rebelle qui sommeille toujours en moi bondit : « bleu marine ? Beurk ! ». Je l’avoue, je n’ai jamais aimé le bleu marine, couleur des forces de l’ordre, donc de l’ordre, de la discipline, de la règle. Re-Beurk.

Mais quittons un peu l’adolescente rebelle…

L’uniforme, c’est aussi le tablier des écoliers du début du siècle – oui, le précédent. Pas la peine de me rappeler que l’adolescente rebelle date un peu.

C’est cette tenue qui avait pour vocation de mettre tous les élèves à égalité, symboliquement. De laisser les différences sociales à la porte de l’école. De rappeler aux élèves qu’ils étaient à l’école pour travailler, pas pour parader, séduire, frimer. Et ça, ma foi, je me dis : « Pourquoi pas ? ».

Oui mais « la liberté », me dira-t-on.

La liberté ? Quelle liberté ?

Avec ou sans uniforme, nos adolescents ne sont pas libres, loin s’en faut. Il y a bien sûr les normes sociales, qui leur interdisent de se présenter à l’école en robe à crinoline, en scaphandre ou en étui pénien. Mais aussi et surtout – car je gage qu’aucun ne penserait à adopter pareille tenue – les normes spécifiques de leur groupe, à savoir les autres jeunes, ou la « communauté » à laquelle ils appartiennent.

Et dans cette mesure, les règlements scolaires, qui balisent la liberté en matière de tenues vestimentaires, ont parfois pour effet salutaire d’opposer une limite à l’emprise du groupe sur l’individu, et donc de lui restituer une part de liberté qui lui serait, sinon, confisquée par le groupe tout-puissant.

Je pense évidemment aux signes religieux, et en particulier au voile islamique. Interdire ce dernier à l’école, en effet, n’est pas liberticide, mais profondément émancipateur, puisqu’il s’agit de restituer à chaque jeune fille son statut d’être humain non assujetti, en tout cas dans l’espace scolaire, à un prescrit soi-disant religieux qui a pour principale fonction de rappeler son infériorité.

Or, voilà le paradoxe : le lycée Guy Cudell, tout en imposant l’uniforme par souci d’égalité et de gommage des particularismes, continuera à accepter le voile. Le voile, cet uniforme imposé par les théocrates par souci d’inégalité. Le voile, affirmation d’une différence, d’un particularise qui divise.

Cherchez l’erreur.

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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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