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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Laïcité - religions

Vendredi 12 novembre 2010 5 12 /11 /Nov /2010 12:29

 

Ce qui est vachement bien avec le rapport du comité de pilotage des Assises de l'interculturalité, c'est que tout à coup, on se rend vraiment compte d'une richesse insoupçonnée de ce pays: la DIVERSITE. Ben oui, jusqu'à présent, on était tous pareils, mêmes droits mêmes devoirs et bla bla bla, et puis maintenant, on découvre qu'en fait non, on est différents. Et puisqu'on est différents, ce serait vraiment trop injuste de nous traiter comme si on était pareils: on voit tout de suite où ça nous mènerait: impérialisme, neutralisation de nos singularités, imposition de la règle de la majorité aux minorités, colonialisme culturel, totalitarisme et tutti quanti. Bref, l'horreur.

Mais bon, faudrait quand même pas que ça dégénère non plus et que chacun y aille de sa petite différence, de son petit caprice, pour refuser de respecter les règles qui s'imposent à tous. C'est pour ça que le comité de pilotage, dans sa très grande sagesse, a décidé de promouvoir les accommodements raisonnables. Parce que là au moins, les choses sont claires: tu peux faire valoir ta différence, mais seulement si elle est religieuse. Sinon, faut pas charrier, tu fais comme tout le monde et tu fermes ta gueule.

Alors moi, qui ne demande qu'à aider tous ceux qui éprouvent dans leur chair la profonde injustice qui consiste à traiter de la même manière des êtres qui sont objectivement différents, j'ai pensé à un truc: la conversion. Selon vos singularités, vous trouverez certainement une religion qui est faite pour vous.

 

Vous travaillez dans le secteur de la distribution et vous en avez marre de travailler le samedi, quand les autres se délassent ? Dans ce cas, le judaïsme est fait pour vous: grâce à la pratique du sabbat, vous pourrez exiger de votre employeur un horaire aménagé à vos convictions religieuses.

Vous en avez ral-le-bol de vous taper 500 bornes le vendredi soir pour arriver crevés à votre résidence secondaire ? La conversion à l'islam pourrait résoudre votre problème, si du moins votre employeur n'est pas trop au fait des pratiques religieuses islamiques: vous pouvez toujours tenter de lui faire gober que la prière du vendredi après-midi est sacro-sainte et dure toute l'après-midi, et à vous l'autoroute déserte !

Vous êtes policier et trouvez que franchement, le casque qu'on vous impose de porter lorsque vous circulez à moto réduit votre sex appeal à néant ? Songez au sikhisme, qui vous permettra de troquer le casque contre un ravissant turban du plus bel effet. Le judaïsme peut aussi convenir, mais songez qu'en cas de chute, la kippa vous protègera moins bien que le turban. En outre, un employeur pointilleux pourrait parfaitement soutenir que le casque peut s'enfiler au-dessus de la kippa, et vous seriez vu.

La justice vous fait des misères parce que vous avez tendance à forcer sur les champignons hallucinogènes ? Invoquez un rituel religieux exotique, ce qui démontrera sans contestation possible que vous n'êtes pas un junkie, mais un homme pieux.

Vous êtes une femme et vous êtes bourrée de complexes ? Alors, quelle que soit votre profession, et même si vous n'en avez pas, l'islam paraît taillé sur mesure pour vous: il vous permettra de dissimuler vos formes trop généreuses, votre visage criblé d'acné, vos cheveux ternes ou clairsemés, et vous permettra même, si vous êtes encore à l'école, de brosser la piscine sans avoir le moindre problème.

Vous n'avez jamais compris qu'on octroie aux femmes un rôle social à mille lieues de ce que Dame nature a voulu pour elles ? Une fois encore, l'islam est la solution. De sexiste rétrograde et abominablement machiste, vous deviendrez simplement culturellement différent : une espèce à protéger, ou en tout cas à respecter. Fini de devoir subir des évaluations ou des entretiens d'embauche menés par une femme ! Dans certains cas, notons que le judaïsme marche aussi, mais c'est moins sûr.

Vous êtes végétarien ? Au lieu de vous débrouiller gentiment, comme vous le faites tous les jours depuis vingt ans à la cantine sans emmerder personne, adoptez l'islam ou le judaïsme: même si votre patron est particulièrement obtus et refuse d'introduire des menus religieux dans son entreprise, il finira bien par vous proposer un compromis, sous la forme (bingo !) du menu végétarien. C'est simple, mais il fallait y penser.

 

Un dernier cas de figure, plus aléatoire celui-là: si vous estimez ne pas avoir suffisamment de jours de congé par an, vous pouvez toujours essayer les conversions multiples: vous vous découvrez juif la veille du Youm Kipour, musulman la veille de l'Aïd, chrétien la veille de l'Assomption, et même orthodoxe après les fêtes de fin d'année, histoire de refêter Noël après tout le monde... Evidemment, à la longue, votre patron risque de se douter de quelque chose.

 

Mais une chose est sûre: ne restez pas catholique (vous avez déjà eu tout ce qu'il y avait moyen d'obtenir; maintenant, vous risquez au contraire de perdre certains de vos acquis) ni athée. Rien à gagner de ce côté-là: vos différences, on s'en branle !

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 09:30

Ce texte a été publié dans La Libre Belgique le 14 juillet 2010 sous le titre "L'école n'est pas un lieu de foi" (http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/596177/l-ecole-n-est-pas-un-lieu-de-foi.html).

 

Lors du conseil communal qui, hier à Charleroi, a voté l’interdiction des signes religieux dans l’ensemble de l’enseignement communal, Latifa Gahouchi (PS) et Olivier Chastel (MR) se sont prononcés l’une contre l’interdiction, l’autre pour. Avec des arguments à première vue tout-à-fait pertinents.

 

Pour Latifa Gahouchi, la laïcité ne saurait être invoquée pour empêcher les élèves d’exprimer leurs convictions religieuses, le décret neutralité ne s’appliquant pas à eux, mais uniquement aux enseignants – exception faite du prosélytisme, interdit aux élèves également. Le même débat avait déjà eu lieu en France en 2004, certains laïques estimant alors que la loi de 1905 était dénaturée par une interdiction faite aux élèves d’afficher des signes extérieurs de leurs convictions religieuses. Et il est tout à fait exact qu’historiquement, mais aussi principiellement, la laïcité n’a pas pour vocation d’interdire l’expression de leurs convictions par les élèves.

Olivier Chastel, quant à lui, a tenu à préciser que l’interdiction ne devait pas être défendue au nom de la laïcité, mais au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes. Fort bien, en ce que cela répond de toute évidence à l’argument de Madame Gahouchi. Cependant, on voit mal alors au nom de quoi interdire dans la foulée des signes religieux qui ne seraient pas porteurs d’inégalité entre les sexes, comme le crucifix par exemple.

Que faire alors ? Ne rien interdire, au nom de la liberté d’expression des élèves ? N’interdire que le voile, au nom de l’égalité hommes/femmes ?

Les deux hypothèses sont irréalistes.

La première parce que, sur le terrain, la tension monte. Imaginer que permettre l’affichage ostensible par tous et toutes de leurs convictions philosophiques, politiques et religieuses pourrait déboucher sur un merveilleux melting-pot où règneraient l’harmonie, la bonne humeur et la tolérance, c’est pécher par naïveté.

L’affichage de signes religieux par les élèves, aujourd’hui, est à la fois le reflet et la source d’un communautarisme qui segmente l’espace scolaire. De plus, particulièrement lorsqu’il s’agit du voile, il est fréquemment le point de départ de revendications qui visent à mettre en cause la mixité et l’égalité entre garçons et filles. Enfin, le port du voile par certaines jeunes filles, outre qu’il n’est pas toujours un choix librement consenti, exerce une pression de fait sur les musulmanes qui ne le portent pas et fragmente l’espace scolaire entre musulmans et non musulmans, mais aussi entre bonnes et moins bonnes musulmanes.

N’interdire que le voile, a contrario, serait précisément faire ce que certains accusent déjà les laïques de faire, à savoir stigmatiser l’islam et les musulmans. On pourrait balayer l’objection de la main en soutenant que ceux-là sont de mauvaise foi, ou que, quelle que soit la manière dont le message sera reçu, il faut avoir le courage de nommer ce qui pose problème.

Je ne suis pas de cet avis. Autant il est évident, en effet, que dans l’immense majorité des cas, c’est aujourd’hui le voile à l’école qui pose question, autant rien ne nous permet d’affirmer que demain, d’autres mouvements religieux ne développeront pas une manière plus visible de se profiler. Une loi, par essence, se doit de régler les problèmes d’une manière générale. La loi française de 1905, faut-il le rappeler, trouvait son origine dans la nécessité pour l’Etat de se séparer de l’Eglise catholique. La loi de séparation, cependant, concerne tous les cultes. Et c’est ainsi que les choses doivent être.

Au nom de quoi, alors, interdire les signes religieux (et politiques) à l’école ? Au nom du fait que si la laïcité accepte la présence du religieux, elle en refuse l’immixtion dans le champ institutionnel. La distinction entre présence et immixtion est certes difficile, mais dans le contexte actuel, les signes religieux ne sont pas de simples accessoires sans importance. Ils véhiculent une charge symbolique importante, tant pour ceux qui les portent que pour ceux qui les voient. Ils disent à l’autre « voici ce que je crois », et ce dans une enceinte qui a pour mission de leur transmettre ce qu’il faut savoir. Face à cela, il est urgent que les politiques en charge de l’enseignement obligatoire rappellent, par une loi d’interdiction, que l’école n’est pas un lieu de foi, mais un lieu de savoir. Ce qui n’ôte en rien la liberté à chacun et chacune d’avoir la foi, et de la manifester si bon lui semble… en dehors de l’école.

 

Nadia Geerts

Maître assistante en philosophie

Auteur de « Fichu voile ! » (Luc Pire 2010)

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /Juin /2010 10:46

Lors des élections d’hier, le R.A.P.P.E.L. a été informé de violations de la séparation des Eglises et de l’Etat : un crucifix dans un bureau de vote, et plusieurs assesseures voilées (voir http://www.le-rappel.be/FR/?Elections-federales-2010).

Plusieurs choses m’étonnent quant aux réactions que le communiqué a suscitées :

D’abord, personne ne s’est ému de la (dénonciation de la) présence d’un crucifix : soit que la majorité des citoyens trouvent en effet normal qu’aucun signe religieux ne marque les murs d’un bureau de vote, soit que finalement, un crucifix dérange moins qu’un voile.

Pourtant, symboliquement, l’effet est le même : voilà un lieu dévolu à la chose politique ­- laquelle devrait, dans une perspective laïque, être radicalement distincte de la chose religieuse – dans lequel fait irruption un signe religieux.

Ensuite, l’incompréhension de certains face à ce qu’ils perçoivent comme un acharnement anti-voile (oubliant au passage le fameux crucifix) : « Qu’est-ce que ça peut faire ? » demandent-ils, vaguement agacés.

Bonne question, qui fait figure du fil échappé d’une pelote, et sur lequel on tire soudain, remontant dans un passé pas toujours très éloigné :

Qu’est-ce que ça peut faire que des crucifix soient accrochés dans les tribunaux ?

Qu’est-ce que ça peut faire que des curés enseignent à l’école publique ?

Qu’est-ce que ça peut faire que le roi Baudouin refuse de signer une loi au nom de ses convictions religieuses, puisqu’elle a quand même fini par être promulguée ?

Qu’est-ce que ça peut faire que les témoins, dans un procès, jurent sur la Bible ?

Qu’est-ce que ça peut faire que les curés donnent des consignes de vote à leurs ouailles, en chaire ?

 

Je pourrais poursuivre longtemps cette énumération, mais mon propos n’est pas de dresser un catalogue des gestes symboliques qui marquent ou non la séparation du droit et de la foi, mais bien plutôt de montrer que si chacun de ces éléments, isolé, peut apparaître comme peu important, c’est la somme de tous qui fonde un Etat laïque. Et que chaque coin enfoncé dans ce principe, pour symbolique, pour anecdotique qu’il apparaisse, le menace d’une manière que nous n’avons pas le droit de considérer comme négligeable.

 

Par ailleurs, si je conçois bien qu’il soit plus difficile à une assesseure d’ôter son voile quelques heures durant que pour un président de bureau de décrocher un crucifix – raison pour laquelle le maintien de ce crucifix me choque plus, sur le plan des principes, que le port du voile par quelques assesseures -, je crains qu’on ne sous-estime le poids symbolique, à nouveau, de ces assesseures voilées :

Imaginons. Imaginons que demain, dans un bureau de vote, le président et les assesseurs soient tous « confessionnellement » marqués, et témoignent de leur attachement à la même religion : tous avec une grande croix en bois sur la poitrine, ou tous avec un grand voile sombre. Je vous demande d’imaginer la scène. Vous êtes accueilli dans le bureau électoral par une dame enveloppée intégralement dans un voile noir ne laissant voir que son visage. Vous remettez ensuite votre convocation et votre carte d’identité à une autre dame pareillement vêtue, et c’est une troisième dame dans le même accoutrement qui vous rend vos documents après le vote. Pour peu que vous votiez pour la première fois, ou que vous ne sachiez pas lire, une de ces dames vous accompagne dans l’isoloir pour vous expliquer comment voter.

Faites l’exercice en remplaçant ces personnages par d’autres, affublés d’un grand crucifix en bois. Ou imaginez-vous croyant et accueilli par une bande de joyeux drilles, président et assesseurs, exhibant leur t-shirt « Si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse ».

Ne seriez-vous pas choqué ? Mal à l’aise ? Indigné ?

 

Moi si.

Et ne me dites pas que cela n’arrivera pas. D’abord parce que tout est possible. Ensuite parce que ces raisons-là sont de mauvaises raisons. Si vous acceptez qu’une assesseuse soit voilée, vous devez être prêt à accepter que le cas échéant, elles le soient toutes.

 

N’en déplaise à certains, la dimension symbolique est importante. Et n’est-ce pas d’ailleurs ce que nous répètent à l’envi les religieux de tous poils ? Eh bien, Mesdames et Messieurs les porteurs de crucifix, de kippa, de voile, de kirpan, de turban et autres colifichets symboliques, admettez que pour nous aussi, laïques, soucieux de préserver la sphère du politique de l’immixtion toujours possible du religieux, vos symboles soient importants. Tellement importants que nous n’en voulons pas sur les murs ni sur les personnes qui incarnent, le temps d’une journée, le politique.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Samedi 12 juin 2010 6 12 /06 /Juin /2010 11:56


Le Soir du 10 juin dernier annonçait la publication prochaine des « consignes de vote » du collectif Vigilance musulmane. Un collectif qui, selon l’article du Soir (1), était soucieux de « la gestion des conséquences de la crise économique », de « la création d’une communauté urbaine incluant Bruxelles et son hinterland économique », de l’instauration d’une circonscription fédérale, de la suppression des provinces, de la levée du blocus dans la bande de Gaza et de ne pas interdire le voile intégral en Belgique. Curieuse, je suis donc allée y jeter un œil.

 

Surprise : le site http://www.pourquivoter.info/, du collectif Vigilance musulmane, appelle à voter Groen ! en Flandre et à Bruxelles, et blanc en Wallonie. Et utilise manifestement pour cela un seul et unique critère : celui du respect des droits fondamentaux – traduisez : du droit de porter le voile partout – comme en témoigne cette proposition que VM souhaiterait voir intégrée par le PS :« Œuvrer pour un vivre ensemble dans une société sans discriminations et dans le respect des convictions philosophiques et religieuses et des droits fondamentaux de chacune et chacun, notamment à l’école et dans la fonction publique ».

Vigilance musulmane reproche également au CDH d’être « en première ligne dans la mise en place de politiques discriminatoires et attentatoires aux libertés fondamentales (acharnement à Charleroi contre une enseignante musulmane portant le foulard, projet d’interdiction du port du foulard à l’école en Communauté française, proposition de loi d’interdiction du port du voile intégral sur la voie publique, pour ne citer que quelques exemples). »

Quant à ECOLO, il « est revenu sur les engagements inscrits dans son programme, et ce en moins d’un an. Aujourd’hui, il soutient des positions qui violent ces droits fondamentaux. Par conséquent, il a perdu sa crédibilité ainsi que notre confiance. »

Ne parlons même pas du MR, à qui VM souhaite « une salutaire traversée du désert ; le temps pour lui de se soigner de ses dérives xénophobes, de se débarrasser de ses extrémistes et de redevenir un véritable parti démocratique. »

 

Mais Vigilance musulmane, ne vous y trompez pas, est un collectif de « laïques musulmans ». Qui ont voulu pointer ainsi  leurs « priorités pour la législature 2010-2014 ». C’est chose faite. Je les résumerai ainsi :

Autoriser la ségrégation sexuelle à l’école et le marquage des filles au nom de prescrits prétendument religieux.

Autoriser l’immixtion du religieux jusque dans la sphère institutionnelle (fonction publique) par le biais de signes religieux MAIS au nom de la laïcité.

Autoriser la déshumanisation de la femme pour des motifs prétendument religieux en autorisant le port du voile intégral sur la voie publique.

Pénaliser la critique des religions et l’attachement à la laïcité (la vraie) en la faisant passer pour de la xénophobie et du déni des droits fondamentaux.

Outre Abdelghani Ben Moussa et Mehmet Seygin, il semblerait que derrière cet obscur Think Tank se cache également l’ex-président de l’Exécutif musulman, Mohamed Boulif. C’est en tout cas ce qui ressort d’un article publié en 2009 dans Le Soir le 6 juin 2009 (Les lobbies font leur marché électoral, Ricardo Guttierez).

Un trio qui, derrière beaucoup de bla-bla, semble avoir pour unique préoccupation la défense du droit fondamental de porter le voile, fût-il intégral, absolument partout. Tout ça au nom de la laïcité, décidément bien malmenée.

(1) http://archives.lesoir.be/les-musulmans-entrent-en-campagne_t-20100608-00XXE7.html?queryand=%22vigilance+musulmane%22&firstHit=0&by=10&when=-1&begYear=1989&begMonth=01&begDay=01&endYear=2010&endMonth=06&endDay=11&sort=datedesc&rub=TOUT&pos=0&all=21&nav=1

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /Juin /2010 13:52

Le Soir du 10 juin 2010 publie un droit de réponse que je lui adressé, relativement à son article du 11 mai dernier, intitulé « Plainte contre Nadia Geerts ». Rappelant que la loi l’oblige à publier ce texte, Ricardo Guttierez précise cependant qu’il attendait « de nouveaux éléments factuels et objectifs pour revenir sur cette affaire ». Ah bon…

 

Il est cependant pour le moins curieux que, malgré deux mails adressés à Ricardo Guttierez et à Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du quotidien, aucun d’entre eux n’ait jugé utile ni de me répondre, ni de publier un élément « factuel et objectif » de taille : le fait que, contrairement à ce que prétendait Vigilance musulmane dans sa plainte, je ne suis plus enseignante dans l’enseignement obligatoire ni de promotion sociale, et qu’une plainte adressée à la ministre et à l’inspection compétentes pour cet enseignement était donc nécessairement vouée à être classée sans suite, sans même parler du fond.

 

Par ailleurs, je rappelle que le Soir est LE SEUL média à avoir publié mon nom dans cette affaire sans donner la parole à qui que ce soit d’opposé à la plainte de Vigilance musulmane. La dépêche Belga ne mentionnait pas mon identité, se contentant de parler d’une enseignante. Seuls La RTBF, la Province et Le Soir ont mentionné mon identité, et seul le Soir l’a fait sans me donner la parole – à l’exception d’une ridicule fin d’article précisant que je plaidais avoir agi à titre privé.

 

Le Soir du 9 juin consacrait par ailleurs un plein article (plus de 2000 caractères) au fait que Vigilance musulmane allait publier prochainement ses consignes de vote. Un article dont je salue au passage la factualité et l’objectivité. Le lendemain, le Soir publie un articulet (à peine plus de 1000 caractères) sur l’enquête effectuée par le R.A.P.P.E.L. concernant la sensibilité laïque des candidats. Objectif et factuel ? Voyons ça.

 

« Sur les 1.499 Wallons et Bruxellois qui se présentent, 81 (5 %) ont répondu. »

Certes. Sauf que, comme notre dossier le précise, la R.A.P.P.E.L. n’a en réalité contacté que 550 candidats environ : nous avons délibérément exclu l’extrême droite, et ne sommes pas parvenus à obtenir les adresses électroniques de tous les candidats se présentant sur de petites listes. En d‘autres termes,  ce sont en réalité près de 15% des candidats sollicités qui nous ont répondu.

 

« c’est au sein du parti bruxellois Pro Bruxsel que la part de laïques « radicaux » est la plus forte »

Nous voilà donc, comme à l’accoutumée, laïques « radicaux » (au moins ne sommes-nous plus un « groupuscule » pour Ricardo Guttierez…).

 

Quant aux chiffres qui suivent, sensés donner la part de laïques « radicaux » dans chacun des partis, j’avoue ne pas comprendre d’où ils tombent. Pour prendre l’exemple d’Ecolo, 2 candidats sur les 12 ayant répondu souscrivent à nos dix propositions. Chez Ricardo Guttierez, ça devient 1%. A moins évidemment qu’il ne parte du nombre total de candidats et ne présume que ceux qui n’ont pas répondu ne sont nécessairement pas des « laïques radicaux » ?

 

« Elio Di Rupo (PS), qui ne se prononce pas pour l’interdiction du port du voile à l’école (ni contre), n’a pas été retenu parmi les candidats « pro-laïques ».

 

Certes. Sauf que si Mr Di Rupo n’est pas « retenu », ce n’est pas uniquement parce qu’il n’est pas favorable à l’interdiction du port du voile à l’école : il se déclare également opposé à une remise en cause du financement des cultes, et ne se prononce pas sur la présence de lobbys religieux au sein du Parlement européen, si sur le remplacement des cours « philosophiques » par un cours commun à tous les élèves.

Mais depuis la fondation du R.A.P.P.E.L., Monsieur Guttierez passe méthodiquement sous silence toutes les propositions du R.A.P.P.E.L. qui ne concernent pas le voile. Histoire d’être factuel et objectif…

 

L’article se termine par une liste de candidats pour lesquels nous appellerions à voter : Françoise Schepmans (MR), Joël Rubinfeld (PP), Karine Lalieux (PS), Philippe Mahoux (PS), Willy Demeyer (PS), Jean-Marc Delizée (PS) et Alain Destexhe (MR)

Sept candidats dont on se demande quels critères R. Guttierez a utilisé pour les sélectionner : 42 candidats partagent les dix propositions du R.A.P.P.E.L. (http://www.le-rappel.be/FR/IMG/pdf/Elections_2010-10-2.pdf), et 25 candidats ont signé le manifeste du R.A.P.P.E.L. (http://www.le-rappel.be/FR/?Voter-laique-c-est-possible,123#soutien) ? Un manifeste que la plupart des sept candidats sélectionnés par Ricardo Guttierez n’ont d’ailleurs pas signé…

 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 9 juin 2010 3 09 /06 /Juin /2010 15:27

 

Interpelée cet après-midi au Parlement de la Communauté française par Christine Defraigne, Madame la Ministre Marie-Dominique Simonet a confirmé que l’inspection, à laquelle elle avait confié une mission d’inspection, ne souhaitait donner aucune suite à ce dossier. La plainte de Vigilance musulmane contre moi pour violation du décret neutralité était donc non fondée, et j'avais parfaitement le droit, en-dehors de mes fonctions d'enseignante, de donner des conférences, y compris dans des écoles.

Une réponse contraire aurait gravement restreint la liberté d'expression des enseignants, qui auraient dès lors été sommés de s'abstenir de toute activité militante, et ce 24h/24 et 7jours/7. Et la conséquence surréaliste d'une telle interprétation du décret aurait été que tout chef d'établissement, avant d'accueillir un conférencier ou un représentant associatif ou politique, aurait dû s'assurer qu'il n'était pas par ailleurs enseignant...

Le bon sens a donc gagné.

Reste que je m’étonne de l’empressement avec lequel la quasi-totalité de la presse écrite, mais aussi la RTBF – qui en a fait un sujet du JT de 13h ! – a relayé une plainte de toute évidence fantaisiste et ayant pour effet, sinon pour but, non seulement à nuire à ma réputation professionnelle, mais plus largement de restreindre la liberté d’expression, comme le soulignait le CAL de Liège dans une lettre qu’il m’a adressée :

« Nous nous interrogeons, par ailleurs, sur les conséquences qu'une telle interdiction pourrait engendrer au niveau de l'ensemble des établissements scolaires ; à savoir le refus de toute animation, conférence sur tout sujet d'actualité qui divise notre société. Cela signifierait-il le refus de toute intervention sur les questions d'ordre éthique (euthanasie, avortement, contraception...) politique (les idées d'extrême droite...) par exemple ?

Susciter le débat et la réflexion, confronter les idées, argumenter restent des priorités dans notre volonté commune de construire une société plus juste et plus égalitaire. »

 

J’ose espérer que le retentissement médiatique de cette réponse parlementaire sera à la hauteur de la diffusion de la plainte de départ.

Je rappelle par ailleurs que Vigilance musulmane n’en est pas à son coup d’essai en matière de tentatives de museler la liberté d’expression, puisque ce « think tank » avait déjà déposé plainte en juillet dernier contre Alain Destexhe et Claude Demelenne pour incitation à la haine religieuse. Une plainte que le Centre pour l’égalité des chances avait considérée comme non fondée.

Et en septembre 2008, Abdelghani Ben Moussa, pour Vigilance musulmane, avait déjà saisi le Centre pour l’Egalité des Chances pour l’inviter à entamer des poursuites contre l’hebdomadaire Le Vif/L’Express suite à son dossier intitulé «Comment l’islam gangrène l’école ?» Le Centre, là encore, n’avait pas estimé nécessaire d’entamer des poursuites.

Aujourd’hui dans Le Soir, on apprenait que Vigilance musulmane diffuserait dès demain ses consignes de vote. Le « think tank » a par ailleurs réservé les noms de domaine correspondant aux slogans de campagne des principaux partis politiques. Un groupuscule très actif, donc, et disposant visiblement à la fois de temps, de moyens et de relais, à défaut d’être crédible.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Jeudi 27 mai 2010 4 27 /05 /Mai /2010 16:18

 

J’étais mardi l’invitée de l’émission française « La ligne jaune », aux côtés de Bernard Teper (UFAL), Pierre Cassen et Anne Zalenski (Riposte laïque). L’occasion pour moi de mesurer le fossé qui me sépare de Riposte laïque et de faire le parallèle avec un certain activisme islamique. Entre la peste et le choléra, je ne choisis pas.

 


 

Non, décidément, entre ceux qui crient haro pêle-mêle sur la viande hallal, le ramadan, les minarets, le voile et j’en passe, et ceux qui, lors d’une récente conférence à Sainte-Walburge, voulaient me convaincre que la viande hallal était intrinsèquement rassembleuse, pouvant convenir à tous, je ne choisis pas. Je ne choisis pas parce qu’autant je me moque que chacun mange hallal ou casher et prie à la mosquée, au temple ou à l’église, autant je refuse que les écoles, les administrations publiques ou, pour faire bref, les institutions de l’Etat adoptent ou s’adaptent à des prescrits confessionnels qui sont tout à fait respectables dans la sphère privée de chacun, mais n’ont pas à influencer la sphère institutionnelle.

Non, décidément, entre ceux qui, sous prétexte que le voile les dérange – et nul ne peut me soupçonner, je pense, de ne pas l’être par ce fichu bout de tissu ! – veulent l’interdire partout, et ceux qui prétendent qu’il est un hommage à la beauté et à la respectabilité de la femme, je ne choisis pas. Je ne veux pas de ce piège à la respectabilité, je veux être respectée pour ce que je suis, non pour ce que j’ai ou non sur la tête. Et je déplore que tant d’hommes, tant de femmes aussi, persistent à jouer ce jeu de la respectabilité conditionnelle. Mais de respect, je n’en ai guère trouvé dans l’attitude d’Anne Zelenski, cette « féministe de la première heure » qui me dégoûterait du féminisme avec ses « mademoiselle », « ma petite » et autres attitudes condescendantes, voire franchement grossières.

Non, décidément, entre ceux qui présentent les musulmans comme les nouveaux envahisseurs, adeptes d’une idéologie fascisante avec qui il ne s’agit pas de vivre, mais qu’il s’agit de faire taire, et cette dame voilée faisant un tableau effarant de l’avenir des jeunes musulmanes si leur voile leur était interdit à l’école, je ne choisis pas : à l’en croire en effet, l’interdiction du voile aurait pour conséquence de renvoyer à leur domicile la majorité des musulmanes, les condamnant à un quotidien de nettoyage et autres travaux ménagers, avant un mariage précoce et une kyrielle d’enfants à la clé. Un tableau que ne désavouerait pas Riposte laïque, qui refuse de distinguer entre islam et islamisme… exactement comme les islamistes.

 

Je ne choisis pas, parce que je crois que les extrêmes se rejoignent. Je crois que c’est usurper la laïcité que la transformer en traque monomaniaque de tout ce qui ressemble à l’islam. Je crois que la laïcité est un principe politique d’organisation de l’Etat qui interdit à ce dernier de se faire juge des croyances, puisqu’il ne s’agit que d’assurer leur coexistence pacifique. Ce qui implique évidemment certaines balises, chose que les extrémistes musulmans (et autres) se refusent à entendre et encore plus à accepter.

 

Alors, à Riposte laïque, j’ai envie de reposer cette question, restée sans réponse sur le plateau : que cherchez-vous, au fond ? Cherchez-vous une manière de vivre ensemble, chacun avec ses convictions, sans que nulle ne s’impose aux autres, ou cherchez-vous à démontrer, à l’instar de l’extrême droite, que nous ne pouvons pas vivre ensemble, que les musulmans sont « inassimilables » car porteurs d’une idéologie guerrière et colonisatrice ?

Et à certains de ces activistes musulmans qui remuent ciel et terre pour faire valoir partout la supériorité des lois divines sur les lois humaines, j’ai envie de poser cette question : cherchez-vous à vivre ensemble, avec les non-musulmans, ou à souffler sur les braises qui alimentent Riposte laïque et ses pseudopodes ?

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /Avr /2010 16:35

Je republie ici un texte de Willy Wolsztajn, auquel je souscris à cent pourcent.


Cher Radouane,

Le MRAX a publié le 12 avril 2010 un communiqué où il affirme défendre « le point de vue que les musulmans, comme les juifs ou les végétariens par exemple, ne puissent être discriminés dans leur alimentation que ce soit dans les cantines scolaires ou d’entreprise
(1). »

Permets-moi de dissiper tes craintes. Les Juifs de Belgique ne souffrent d’aucune discrimination. La majorité d’entre eux se fichent de la cacheroute comme de colin-tampon. Dans les cantines ils consomment tous les plats offerts, sans chipoter. Seule une minorité reste observante. Elle ne demande rien à personne. Elle s’organise par ses propres moyens et à ses frais – par exemple dans les écoles juives – pour respecter les prescrits. Soit dit en passant, ceux-ci sont exigeants et, pour une administration publique, impraticables sur les plans logistique et financier.

La sollicitude du MRAX me touche très fort. Mais elle est irréaliste et sans objet. Elle dénote plutôt de sa part une certaine méconnaissance du monde juif.

A ce propos, au lancement des Assises de l’interculturalité, le cabinet Milquet a adressé un questionnaire au groupe de pilotage – dont tu fais partie. A la rubrique « Accommodements raisonnables », ce document précise les « Implications concrètes de cette notion (viande Halal ou Kasher…) ». Ici encore le parallèle halal / casher se révèle incongru, sauf bien sûr à prendre prétexte du second pour promouvoir le premier. Comme j’ai pu le constater aux Assises du MRAX sur l’islamophobie, tu es devenu très pote avec Joëlle Milquet. Ne pourrais-tu mettre à profit tes excellentes relations avec elle pour combler les lacunes manifestes de ses conseillers ?

Quant au végétarisme, le MRAX semble assimiler ce régime alimentaire aux rituels religieux casher et halal. Voilà qui est nouveau et qui m’intrigue. Les végétariens tournent-ils le vert des poireaux ou la tête des carottes vers quelque Lieu saint pour les éplucher ? Les tranchent-ils d’un seul coup de couteau ? Comment orientent-ils les végétaux plus ou moins sphériques (patates, pommes, oranges) ? Un Expert ès Légumes prononce-t-il des paroles consacrées ? Il serait bienvenu que le MRAX éclaire notre lanterne.

Avec un tout grand merci anticipatif, je te prie de recevoir, cher Radouane, mes salutations les plus sincères,

Willy Wolsztajn
Artiste (dessinateur)
Membre du collectif éditorial de Politique, revue de débats.

21.04.2010

____________
(1) http://www.mrax.be/spip.php?article912

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /Avr /2010 15:30

Dans un récent texte publié dans La Libre Belgique (http://www.lalibre.be/culture/divers/article/574612/breve.html), « Le paradoxe du foulard », Irène Kaufer fustige le fait que « au nom de l’émancipation des femmes, ce sont précisément celles qui prétendent s’émanciper, par les études, un travail qualifié ou une participation politique et citoyenne, qui se retrouvent en point de mire », prenant à l’appui de sa démonstration trois femmes voilées qui sont en effet sous le feu des projecteurs aujourd’hui : Mahinur Özdemir, Fatima Zibouh et Nuran Topal.

La thèse est archi-connue : « nous » accepterions volontiers une femme voilée pour nettoyer « nos » bureaux, mais pas dans des postes à responsabilités. Bref, le vrai problème serait que « nous » n’acceptons pas que ces femme s’émancipent et deviennent nos égales. Un discours culpabilisant, victimisant, et surtout erroné.

Qu’une femme portant le voile devienne chef d’entreprise, juriste, comptable, manager, chasseuse de têtes, voilà qui ne me pose aucun problème. En revanche, et ce sont là des métiers parfois bien moins grassement rémunérés, qu’elle travaille avec son voile en tant qu’institutrice, éducatrice, assistante sociale, préposée à la Poste ou infirmière dans un hôpital public, ne me paraît pas souhaitable. Le clivage ne se fait donc pas, contrairement à ce que prétend Irène Kaufer, entre postes à responsabilités et métiers à faible niveau de qualification. La ligne de démarcation passe ailleurs, dans l’exigence de neutralité qui est liée à l’exercice de certaines fonctions, quels que soient le salaire, la reconnaissance sociale, le prestige qui y sont associés.

Qu’une femme choisisse « d’affirmer une identité stigmatisée » est son droit le plus strict. Cela ne doit pas, cependant, la dédouaner des obligations qui s’imposent à tous, dans l’exercice de certaines fonctions. Si un Vincent Decroly put se faire éjecter du Parlement en 2002 parce qu’il portait une tenue inappropriée à sa fonction – un t-shirt et une casquette « un autre monde est possible », je ne vois pas très bien en quoi la tenue de Mahinur Özdemir serait plus appropriée. Celle de Vincent Decroly affichait des idées politiques dans un lieu dévolu à la décision politique – quoi de plus normal ? – alors que celle de Madame Özdemir affiche une conviction religieuse dans le même lieu.

Si un professeur de mathématiques peut afficher ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions, il faudra alors l’autoriser non seulement à tous les enseignants, mais également leur autoriser le port de  tous les autres signes « convictionnels ». Dans le cas contraire, quels critères nous permettront de faire le tri entre ceux jugés acceptables et les autres ?

Le misérabilisme ne nous aidera guère dans cette réflexion. D’abord parce certaines femmes voilées, et les trois exemples donnés par Irène Kaufer l’illustrent parfaitement, sont instruites, diplômées et actives dans la société civile. Ensuite et surtout parce que ce n’est pas en accordant des dérogations à des catégories de personnes supposées moins favorisées qu’on les fera accéder à l’égalité, mais en les traitant comme des égales, ce qui suppose les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Bon nombre de professions charrient avec elles des exigences en matière de tenue vestimentaire. Il ne faut pas être musulmane et porter le voile pour expérimenter cette réalité : tout employé de banque, tout policier, tout juge, tout enseignant vous le dira. Il ne faudrait pas que demain, sous couvert de lutte contre les discriminations, l’appartenance à une religion exonère certains de ces règles qui valent pour tous, et doivent, dans un Etat de droit, continuer à valoir pour tous. Ce qui n’exclut pas de les remettre en question, mais en ayant toujours à  l’esprit l’intérêt commun, et non la défense d’un particularisme érigé en plaisant exotisme à respecter inconditionnellement.

Voir à ce sujet l’action du R.A.P.P.E.L. : http://www.le-rappel.be/FR/?Action-Neutralite-des-enseignants

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /Avr /2010 17:51

 

25066_1449806925601_1246062421_31299943_2605067_n.jpg Publié en Une de l’édition du Monde du 28 mars 2010, un dessin de Plantu suscite l’ire de certains milieux catholiques. L’Agrif, qui est coutumière des procès (perdus) contre Charlie Hebdo, a annoncé son intention de porter plainte contre le dessinateur.

 

C’est qu’il n’est pas tendre, Plantu. Et on conçoit fort bien que des catholiques puissent être choqués par ce dessin iconoclaste rappelant fort opportunément, par la bouche d’un enfant, que si les voies de Dieu sont impénétrables, ce sont bien les seules…

Mais il y a visiblement un truc que certains ne comprennent que très difficilement, s’agissant de caricatures : c’est que choquer, c’est précisément le but.

Que voudriez-vous, chers fidèles, que les caricaturistes caricaturent ? Le Pape donnant la bénédiction à une foule l’écoutant religieusement sur la Place Saint Pierre ? Une mosquée remplie de fidèles en prière ? Un curé allant acheter son pain à la boulangerie du coin ? Un rabbin se promenant au bois de la Cambre ?

Soyons sérieux deux minutes : s’agissant de caricatures, il s’agit de grossir le trait, pas de faire un portrait fidèle ni encore moins élogieux. Mon dictionnaire définit d’ailleurs la caricature comme un « Dessin, peinture qui, par le trait, le choix des détails, accentue ou révèle certains aspects (ridicules, déplaisants) » ou une « Description comique ou satirique, par l'accentuation de certains traits (ridicules, déplaisants)».

Bref, si vous trouvez les dessins de Plantu ridicules et déplaisants, bingo ! c’est que vous avez tout compris… sauf que ces dessins ne sont ridicules et déplaisants que parce qu’ils représentent une réalité qui est, bien plus que le dessin, ridicule et déplaisante.

Et là, il y a quand même un truc que je dois vous dire, chers croyants de tous poils (mais je pense ici spécialement à certains de mes frères et soeurs chrétiens) : franchement, très franchement, moi, je trouve infiniment plus déplaisant que des membres de la hiérarchie catholique usent et abusent de leur autorité et de la confiance que certains parents mettent en eux pour tripoter leur rejeton (et plus même si pas affinités), et qu’ensuite la hiérarchie catholique elle-même étouffe l’affaire, rendant possible la récidive par son silence et sa peur panique du scandale, je trouve ça infiniment plus déplaisant, dis-je, qu’un petit dessin de Plantu.

C’est comme pour les caricatures de Mahomet : le terrorisme islamiste et son cortège de morts innocents, ça me choque plus qu’un dessin représentant Mahomet avec une bombe dans son turban. Vachement plus. Et je trouve qu’au lieu de pousser des cris d’orfraie parce qu’on a osé caricaturer une figure sacrée de votre religion, vous feriez tous bien mieux de réserver vos cris aux salopards qui se drapent dans ladite religion pour commettre leurs méfaits.

Comment osez-vous, en d’autres termes (et là, je m’énerve un peu) parler de « phobie », de « stigmatisation » et autres niaiseries culpabilisantes ? Moi, je pense aux victimes de vos fanatiques et de vos pervers, aux victimes de votre silence complice aussi, et de votre indignation à géométrie variable. Ça, ça me choque.

Je comprends que vous ne puissiez pas rire de tout. Le sacré, ça tue l’humour, c’est bien connu. Mais au moins, laissez rire les autres. Pour paraphraser Brassens, ce génial bouffeur de curés, le rire est à peu près leur seul luxe ici-bas.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
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