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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 14:51

Cet article a été publié initialement sur http://www.enseignons.be/actualites/2012/06/01/interdiction-voile-ecole/.

VERS L’INTERDICTION DU VOILE À L’ÉCOLE?

voileLa question du voile à l’école est à nouveau au centre des débats à Bruxelles. Aujourd’hui, cinq établissements secondaires de la capitale autoriseraient encore le port du foulard islamique : l’Athénée Serge Creuz, l’Athénée royal de Ganshoren, le Lycée Guy Cudell, l’Institut des Filles de Marie et l’Athénée Alfred Verwée. Mais les deux derniers pourraient bientôt modifier leur règlement d’ordre intérieur en vue de l’interdire… comme tout couvre-chef.La région bruxelloise compte actuellement 98 écoles. Et le port du voile est déjà interdit dans 93 de ces établissements. Cette décision est laissée pour l’heure à l’appréciation des chefs d’établissement puisqu’il n’existe aucun décret qui interdise – ou autorise – le port de signes convictionnels à l’école. Une situation qui complique la tâche des directions qui craignent les recours en justice. On apprenait justement hier que l’ASBL Justice and Democracy annoncait étudier la possibilité de saisir le Conseil d’État pour contester le règlement qui interdirait le port du foulard à l’Athénée Alfred Verwée. Même son de cloche chez Amnesty International, qui invite les autorités à ne pas interdire totalement le port de tenues et de signes religieux dans les écoles. En effet, selon l’association, une interdiction totale irait à l’encontre de la liberté des élèves et des professeurs d’exercer leurs droits à la liberté d’expression et de religion.Pour Nadia Geerts, philosophe, professeur à la Haute École de Bruxelles et auteure de « Fichu voile » aux éditions Luc Pire, il faut au contraire légiférer. « Il semble que l’interdiction via ces règlements ne revête pas une force juridique suffisante. Il faut donc en passer par un décret. »Mais si le voile venait à être purement et simplement banni de toutes les écoles, quel serait le risque de voir se créer de nouveaux établissements confessionnels musulmans, prêts à accueillir ces élèves bien décidés à afficher leurs convictions religieuses? « L’argument avait été brandi en France par les opposants à l’interdiction des signes ostentatoires. Dans mon livre, je faisais le constat que seules 4 écoles islamiques avaient vu le jour suite à la loi de 2004. Il y a fort à parier qu’il en irait de même en Belgique. Je ne pense pas en effet que l’ensemble des musulmans soient si attachés que ça au port du voile. La question n’agite en réalité qu’une minorité de fondamentalistes, qui d’ailleurs ne se contenteraient pas de voir le voile autorisé, mais demanderaient une école en tous points conforme à leur vision religieuse: repas conformes aux prescrits religieux, présence transversale d’un référentiel religieux dans tous les cours, etc. Des écoles islamiques existent d’ailleurs déjà pour cette fraction-là de la population. »Actuellement, il ne s’agit pas d’une décision collégiale mais plutôt le fait de quelques établissements. La législation n’impose rien en la matière. Un problème selon vous?« Oui, très certainement. D’abord pour les raisons purement juridiques évoquées plus haut, mais aussi parce que la situation actuelle renforce la ghettoïsation des établissements scolaires: il y a aussi des jeunes filles qui viennent de loin pour pouvoir fréquenter une école où elles peuvent porter le voile. A titre d’exemple, en 2007, lorsque l’athénée Andrée Thomas a décidé d’interdire les signes religieux, plus d’un tiers des élèves filles portaient le voile au sein de l’établissement. J’ajoute que certaines jeunes filles (ou certains parents) font le choix d’une école non parce qu’elle convient à leurs aspirations en matière de qualité de l’enseignement, de choix de section, d’orientation, etc. mais uniquement parce qu’elles peuvent porter le voile.Cela ne me paraît pas un critère de choix à encourager.« 

UN DÉFICIT DE CONSCIENCE CITOYENNE?

Certains députés s’inquiètent au Parlement des problèmes d’intégration à Bruxelles? Une réalité selon vous? Quel rôle peut encore jouer l’école?« Je suis mal à l’aise face au terme « intégration ». En effet, ce terme renvoie à l’immigration, or les jeunes musulmans aujourd’hui ne sont majoritairement pas des immigrés. Ils sont de la 3e, parfois même de la 4e génération. Ce sont nos concitoyens, en aucun cas des immigrés. En revanche, ce qui pose question, c’est le repli communautaire auquel on assiste: certaines jeunes issus de l’immigration semblent à la fois très conscients qu’ils sont belges lorsqu’il s’agit de revendiquer ce qu’ils perçoivent comme leurs droits, et à la fois très imprégnés d’un autre référentiel culturel. Ce qui est interpelant, c’est qu’ils se réfèrent souvent aux mêmes valeurs que les laïques (liberté d’expression, tolérance, égalité, liberté, etc.) mais aboutissent à des conclusions totalement inverses. Il me semble que le problème provient d’un déficit de conscience citoyenne, qui devrait pousser chacun à reconnaître qu’il doit nécessairement accorder à l’autre les droits qu’il revendique pour lui-même. Par rapport à cela, je suis convaincue que l’éducation à la citoyenneté devrait être davantage développée à l’école, pour déboucher sur une réflexion sur le vivre ensemble et ses conditions de possibilité dans une société fondée sur l’égalité de droits. »

QUELLE PLACE POUR LE RELIGIEUX À L’ÉCOLE?

Comment voyez-vous le rôle de l’enseignant qui doit faire face au religieux dans sa classe?« Je pense que l’enseignant est actuellement dans une situation extrêmement difficile, qui provient du fait que la Belgique n’a jamais pris de position claire concernant la place du religieux à l’école: à titre d’exemple, je trouve quelque peu incohérent d’interdire les signes religieux mais d’organiser des cours de religion dans l’enseignement officiel: comment les élèves peuvent-ils comprendre un message pareillement brouillé ? D’une part on leur dit qu’il faut laisser ses convictions religieuses au vestiaire quand on rentre dans l’école, et d’autre part on organise leur formation religieuse ! Le décret neutralité, sensé baliser les choses, n’est que peu de secours lorsqu’il s’agit de gérer des situations extrêmement concrètes qui posent la question du religieux à l’école: que fait-on lorsqu’un élève témoin de Jéhovah refuse de participer aux anniversaires ? Lorsque des parents refusent de laisser partir leur fille en classes vertes pour des motifs religieux ? Lorsqu’un élève conteste la théorie de l’évolution comme contraire au récit religieux de la création ? Ce sont des questions qui me sont posées chaque année dans le cadre de la formation à la neutralité que je donne dans la haute école où je travaille. Aussi ai-je décidé de les aborder dans un livre à paraître en octobre. Mon but n’y est pas de proposer des solutions toutes faites, mais d’inviter les (futurs) enseignants à la réflexion, dès lors que la Belgique hésite entre laïcité et pluralisme, autrement dit entre le rejet du religieux dans la sphère privée et sa prise en compte par l’institution scolaire. »
Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 17:07

Ainsi donc, l’interdiction des signes religieux à l’école et des tenues dissimulant le visage en rue seraient discriminatoires envers les musulmans.

Si je suis bien votre logique, cela signifie que dès lors qu’une loi contrarie un groupe davantage qu’un autre, cette loi est discriminatoire. L’interdiction de fumer est donc discriminatoire envers les fumeurs de cigarette (bien plus nombreux que les fumeurs de pipe ou de haschich, également visés). L’interdiction du tapage nocturne serait discriminatoire envers les jeunes amateurs de musique rock, techno ou autre musique « moderne », probablement plus nombreux à enquiquiner leurs voisins que les pensionnés amateurs de Mozart.

C’est absurde. Oui, les deux interdictions sont une réponse à la problématique du voile, intégral ou non, bien plus qu’à celle des crucifix ou des kippas. Et alors ? Votre rapport accuse le pompier d’avoir repéré le feu et d’essayer de l’éteindre, rien moins.

Quel feu ?

Le feu de l’intégrisme religieux, islamique en l’occurrence – oups ! je discrimine.

Le feu du machisme, du sexisme, du rapport pathologique au corps féminin, qui pousse certains hommes à couvrir les femmes, les jeunes filles, les fillettes parfois, pour éviter qu’elles éveillent le désir du mâle concupiscent.

Le feu de l’islam politique qui monte, s’attaquant aux libertés individuelles que vous prétendez défendre. Le feu de l’antisémitisme, de l’homophobie, du communautarisme, du fascisme religieux.

En brandissant l’accusation de discrimination, vous tombez dans le piège québécois de la discrimination indirecte, qui considère que traiter chacun à égalité de droits est discriminatoire envers certains, parce que l’obéissance à la loi qui vaut pour tous serait plus contraignante pour eux. Absurde, grotesque… Jusqu’où irez-vous dans cette logique dangereuse et potentiellement liberticide ? Considérerez-vous demain que la mixité est discriminatoire, en ce qu’elle heurte les convictions religieuses de certains – qui sait, peut-être à nouveau musulmans, ce qui dénoterait d’une obstination suspecte à « stigmatiser » toute une « communauté » ?

Parlons-en, tiens, de la « communauté ». Ne vous a-t-il jamais traversé l’esprit qu’il y avait au sein de la sacro-sainte et fantasmatique « communauté musulmane » des musulman(e)s profondément d’accord avec la « discrimination » que leur pays leur fait subir en interdisant le voile à l’école ou le voile intégral en rue ? Estimez-vous que des pays comme la Turquie, la Tunisie ou le Maroc, pour ne citer qu’eux, discriminent les musulmans en limitant le port du voile ?

Mais non, bien sûr : quand un pays musulman (du moins sociologiquement) prend de telles mesures, c’est certainement avec un motif valable. Mais si c’est un pays européen, c’est forcément discriminatoire. Allez, dites-le : raciste.

Votre prochaine campagne, ce sera quoi ? "Agissez pour que X. puisse retourner à l'école, dont les règlements discriminatoires l'excluent en lui interdisant de porter son voile, ce qui la contraint de rester à la maison et la prive de son droit fondamental à accéder à l'instruction." ?

Ne comptez pas sur moi pour vous soutenir dans cette voie.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 19:55

Trois mille personnes dans les rues, hier, pour défendre le droit à l’avortement.

Un droit encore trop souvent mis en cause, un acquis souvent fragile, et ce dans nombre de pays d’Europe, quand il n’est pas tout simplement dénié aux femmes.

Par qui ? Le plus souvent, par des cléricaux. Des catholiques souvent, qui ne conçoivent pas que ce qu’ils considèrent comme un don de Dieu puisse être considéré par d’autres comme le fruit d’un choix.

Plusieurs calicots rappelaient, hier, la nature de l’adversaire. Un curé en soutane qui se fait botter les fesses, un slogan « Gardez vos rosaires loin de nos ovaires », des chansons virulemment anticléricales aussi. Quel bel ensemble, toutes tendances politiques démocratiques confondues, pour signifier à la calotte qu’elle ne passera pas !

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Quel bel ensemble, en effet…

Et pourtant, comme les voix se font plus faibles, plus éparses aussi, lorsqu’il s’agit de dénoncer l’autre calotte, à savoir le cléricalisme islamique ! Un curé qui se fait botter les fesses, ça fait rire, ça rassemble, on se sent bien au chaud entre pairs, unis par une saine aversion de la bigoterie et de l’obscurantisme. Mais remplacez le curé par un imam, et vous verrez les rangs se disperser, les belles âmes s’offusquer, les précautions oratoires se multiplier et les docteurs la morale crier à la provocation irresponsable, voire au racisme.

 

Hier, pendant que trois mille personnes défilaient pour défendre le droit à l’avortement, j’ai pris part à une conversation édifiante avec deux jeunes salafistes, si j’en juge par leur accoutrement. Le voile ? Si tu as une femme, tu la surveilles, c’est normal d’être jaloux de sa femme, faut pas que les autres hommes la matent. L’avortement ? « Chez nous », c’est interdit ! Leur accoutrement ? Vous avez de la chance, nous on est des modérés, ceux du milieu, mais il y a aussi des extrémistes. Ouf, on a eu de la chance…

Peu avant, j’avais déjà appris d’un autre homme que j’invitais à rejoindre la manifestation que les femmes n’ont qu’à fermer les jambes au lieu de les écarter !

 

Alors oui, je sais, il ne faut pas souffler sur les braises. Mais je ne suis pas sûre que le projet de société des salafistes et autres frères musulmans soit moins effrayant  que celui des intégristes chrétiens, en particulier pour les femmes. Je suis même sûre du contraire. Quand donc se décidera-t-on à les combattre tous avec la même énergie ? 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 12:05

Quelques jours après la consternante « Burqa blabla » qui a mis fin prématurément à un débat à l’ULB sur le thème « L’extrême droite est-elle devenue fréquentable ? » l’émission Controverse (RTL) organise un débat sur le thème de l’islamophobie. Curieuse manière de revenir sur le mardi noir de l’ULB...

 

 

Après s’être emparé du micro que lui tendait Guy Haarscher et avoir scandé à nouveau son « Burqa blabla », Souhail Chichah a en effet dénoncé l’islamophobie, de gauche comme de droite. Plus tard, on a appris dans la presse que cette action était motivée par le fait que, bien qu’ayant demandé à pouvoir faire partie du panel d’intervenants, Souhail Chichah n’avait pas obtenu gain de cause, refus qui marque selon lui la « colonisation » dont souffrent toujours les descendants d’immigrés. Mais s’agissait-il réellement de cela ?

 

Une rapide recherche sur internet ne m’a pas permis de trouver la moindre publication de Souhail Chichah sur le thème de l’extrême droite. Quelle légitimité aurait-il donc à en parler ? Economiste, spécialisé en « économie de la discrimination » ( ??) Souhail Chichah ne peut se prévaloir de la moindre compétence en ce qui concerne l’analyse du discours de l’extrême droite. Et quand bien même : si je devais saboter toutes les conférences auxquelles je ne suis pas invitée à participer, et si toutes les personnes pouvant se prévaloir d’une quelconque expertise dans un quelconque domaine faisaient de même, plus aucune conférence ne pourrait avoir lieu.

 

Mais ce n’est évidemment pas de l’extrême droite que Souhail Chichah aurait voulu débattre. Son obsession à lui, c’est l’islamophobie, et Caroline Fourest en est à ses yeux l’incarnation. Revendiquer un débat contradictoire sur la personne de Caroline Fourest serait toutefois jugé incongru, voire imbécile, car dans une université, et plus largement dans un cercle intellectuel quel qu’il soit, on ne débat pas des personnes, mais des idées. Alors, Souhail Chichah déplace le débat : il voit – ou fait mine de voir - dans les ennuis qui s’accumulent sur sa tête le signe que la Belgique est « islamophobe ». Thèse difficilement soutenable, dès lors que d’une part il n’est pas musulman, et que de l’autre il n’a pas vraiment le profil des « damnés de la terre » et autres « exclus du système », comme en témoigne à suffisance son poste de chercheur et d’assistant à l’ULB.

 

Mais c’est plus facile, évidemment, de voir partout le spectre du grand méchant monstre raciste – car « islamophobe » n’est évidemment qu’une autre manière de nommer le « racisme » anti-musulmans – que d’admettre qu’insulter régulièrement ses collègues et saboter une conférence organisée dans son Alma Mater est pour le moins peu collégial et dénote, outre une incapacité crasse à participer au débat argumenté, une loyauté vacillante envers l’université qui l’emploie.

 

Le plus consternant est que certains lui emboitent le pas, voyant dans la « Burqa blabla » l’expression d’un malaise social. Il est sans doute vrai qu’être d’origine arabo-musulmane n’est pas toujours facile. Les discriminations sont une réalité, tout comme la défiance d’une partie de la population envers une religion perçue comme revendicatrice et en porte-à-faux avec la laïcisation de la société. Mais cela doit-il tout excuser ? Après tout, c’est sur fond de malaise social qu’a grandi le nazisme dans les années trente. Les partisans de l’extrême droite actuelle, eux aussi, peuvent certainement se prévaloir d’un malaise social : la société change, la multiculturalité les inquiète, leur fait perdre leurs repères, etc. Ce Monsieur Pennincks qui m’adresse des menaces de mort sur ce blog est très certainement aussi hanté par un malaise social, même si de toute évidence, il a encore la chance de posséder une voiture dont le pare-choc va me défoncer le crâne.

Faut-il alors minimiser les agissements de ces énergumènes ? Faut-il pardonner aux nazis des années trente, qui subissaient de plein fouet la crise économique et le « malaise social » ?

 

Il est plus que temps de mettre fin à ce discours victimaire. Quand Alain Destexhe ironise sur les « Norvégiens » qui ont vandalisé la station de métro Horta, la réprobation est unanime, et à raison. Pourtant, qui nous dit que sa tirade n’est pas l’expression d’un « malaise social ». Pourquoi se trouve-t-il des démocrates pour défendre Chichah, et aucun pour défendre Destexhe ? La réponse coule hélas de source : l’un est d’origine étrangère, l’autre pas. De ce fait, l’un aurait le droit de mentir effrontément, de recourir à l’insulte la plus grossière, de déshonorer son université, de flirter avec l’antisémitisme. Et l’autre pas.

 

Souhail Chichah mérite mieux : quoi qu’il en dise lui-même, il n’a rien d’un colonisé ni d’un indigène du royaume. Il fait partie de mes concitoyens, il a un statut social enviable, une formation intellectuelle, bref il maîtrise parfaitement les codes en vigueur. Tellement bien qu’il réussit à ce qu’une émission grand public l’invite sur son plateau pour débattre de l’ « islamophobie ». Bien joué. (1)

Personnellement, je ne suis pas dupe. Et je continuerai à me battre pour que tous, indépendamment de nos origines, de notre ethnie, de notre sexe, de nos convictions, soyons traités à égalité. Sans qu’aucune de ces caractéristiques ne puissent constituer ni un handicap, ni un privilège.

 

(1) Souhail Chichah a finalement annoncé, quelques minutes avant le début de l'émission, qu'il refusait de débattre seul contre tous. Le pauvre chou était plus courageux quand il s'agissait de s'attaquer à quarante à une conférencière que pour affronter sept contradicteurs... 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 19:50

 

Il l’avait annoncé, il l’a fait : Souhail Chichah, chercheur et assistant à l’ULB, a orchestré le sabotage d’une conférence-débat sur le thème « L’extrême droite est-elle devenue fréquentable ? » ce 7 février 2012, au sein même de son Alma Mater.

 

L’événement était annoncé sur Facebook : il s’agissait de trouver cent personnes prêtes à revêtir une burqa pour participer à une « Burqa Pride » dans l’enceinte où devait se tenir le débat entrHasquin. Des messages privés envoyés par Chichah précisaient davantage le projet, en le complétant d’un entartage en règle.

 

DSC 0043La veille de la soirée, convoqué par le président du Conseil d’administration, Chichah fanfaronnait encore, disant que ce dernier n’avait pas promis qu’il se joindrait aux manifestants en burqa.

Le soir-même donc, c’est par des sonneries incessantes de portable que le sabotage commence. Rapidement, des invectives fusent entre deux groupes, situés l’un à l’extrême gauche, l’autre à l’extrême droite de la salle ( !). De l’extrême droite, on entend une insulte « Bougnoule ! ». On comprendra plus tard que tout ceci n’était que mise en scène, les deux camps étant en réalité complices. Mais le but est évident : pouvoir prétendre ensuite que les défenseurs de Caroline Fourest sont des racistes, ce que fera Chichah sur son mur Facebook le soir-même de l’événement.DSC_0058.JPG

Ensuite, ça dégénère très vite : un slogan inepte « burqa bla-bla » scandé par quelques dizaines d’agitateurs, l’intervention d’Hervé Hasquin, celle de Guy Haarscher qui, très intelligemment, invite Chichah, orchestrateur de cette pitoyable manœuvre, à prendre la parole – ce que celui-ci ne se prive pas de faire, la tête enveloppée dans un foulard noir, pour scander à son tour le même slogan, avant de dénoncer l’islamophobie de gauche comme de droite -, et enfin celle du recteur, Didier Vivier. La conférence est interrompue, Chichah joue les malheureuses victimes prétendûment menacé et bousculé par Caroline Fourest, le public quitte la salle.DSC_0056.JPG

En matière de provocations, Chicha n’en est pas à son coup d’essai. C’est lui déjà qui avait estimé, lors d’une conférence sur Dieudonné et la liberté d’expression, ne rien pouvoir dire du génocide des Juifs, car la loi interdisait d’avoir un avis sur le sujet. C’est lui encore qui interpellait publiquement une chercheuse par écrit, sur un réseau social, écrivant « Eh Caroline, il faut arrêter de te toucher ». Lui encore qui manifestait son approbation à l’un de ses contacts Facebook qui avait traité un éminent professeur de l’ULB de « suceur de bites sioniste ». En effet, au débat argumenté, Chichah préfère l’attaque ad hominem.

Cette fois, il a sans doute été trop loin. Dans un communiqué adressé à la presse ce jour, le recteur de l’ULB affirme en effet que « Consterné et scandalisé par cette atteinte grave à la liberté d'expression dans une Université pour qui le débat et le respect de l'autre sont des valeurs fondamentales, le recteur de l'ULB a décidé, dans le strict respect de la procédure prévue par les règlements de l'Université, de mettre en oeuvre une instruction disciplinaire qui pourra amener Souhail Chichah devant la commission de discipline, seule compétente pour prononcer des sanctions disciplinaires majeures. »

Nul doute que l’ULB entame aujourd’hui un bras de fer, dont il est impérieux qu’elle sorte gagnante. Au vu des nombreuses réactions indignées émanant de la communauté universitaire (UAE, Librex et ACE notamment), mais aussi de l’extérieur, il est évident que le capital de sympathie, ou simplement de tolérance, dont jouissait Chichah fond comme neige au soleil. Plusieurs associations ont d’ailleurs annoncé leur intention de porter plainte contre Souhail Chichah pour incitation à la haine.

Le plus préoccupant reste cependant non pas l’individu Chichah, mais le fait que plusieurs dizaines de personnes (plus de cent à en croire les inscriptions à la Burqa Pride annoncée sur Facebook) soient prêtes à ajouter foi aux propos haineux de celui-ci.

Les évènements de ce mardi noir à l’ULB ont à cet égard quelque chose de tragi-comique.

Comique, en effet, de voir des hommes et des femmes enturbannés ou voilés réclamer un débat contradictoire, dès lors que les deux intervenants sont manifestement d’accord pour dire que non, l’extrême droite n’est pas devenue fréquentable : ces messieurs-dames voudraient donc que l’ULB invite un défenseur d’une extrême droite devenue fréquentable ?

Tragique, car de toute évidence, le fascisme, à leurs yeux, l’est devenu. Car leurs méthodes ne sont pas celles de démocrates. Et c’est précisément ce qui est tragique. Ces jeunes gens n’ont visiblement pas la moindre idée de ce que sont les valeurs fondatrices de leur université. Au libre examen, ils ont préféré l’endoctrinement, l’obéissance panurgienne à des consignes absurdes. A la réflexion critique, ils ont préféré les slogans, les invectives, les insultes. Au débat argumenté, ils ont préféré la réduction de l’adversaire au silence forcé.

 

 

Pas un de ces excités, j’en suis sûre, n’a lu une ligne de Caroline Fourest. Pas un n’a manifestement vu l’absurdité qu’il y avait à dénoncer un « burqa blabla » inexistant en l’occurrence, puisque ce sujet n’a pas été abordé. Pas un n’a compris, surtout, qu’en agissant de la manière pitoyable qui fut la leur, ils ont fait infiniment plus pour la montée de l’islamophobie qu’ils dénoncent qu’une Caroline Fourest qui a le précieux mérite d’être intransigeante sur la laïcité sans tomber jamais dans la dénonciation de l’islam en tant que tel, ni encore moins des musulmans.

Il est maintenant minuit moins cinq : depuis trop longtemps, l’ULB est gangrénée par des trublions qui instrumentalisent un libre examen auquel ils n’ont rien compris au profit du muselage de la parole. L’intégrisme religieux - particulièrement islamique -, l’antisémitisme déguisé en antisionisme et plus insidieusement, le relativisme culturel ont fait ces dernières années une montée en force préoccupante, avec le résultat que l’on sait : Dieudonné et Ramadan, désormais, sont mieux accueillis dans ma vénérable Alma mater que Caroline Fourest.

L’urgence, aujourd’hui, est de réaffirmer avec force les valeurs fondatrices de l’ULB, qui sont définitivement incompatibles avec les procédés fascisants que nous avons eu à subir hier.

 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 17:14

La religion en prison est un thème peu abordé, et pourtant… Certaines événement récents, comme les émeutes à la prison d’Andenne ou la résurgence de l’intégrisme et du prosélytisme religieux, mériteraient qu’on réfléchisse en profondeur à l’articulation nécessaire de la liberté religieuse et d’autres impératifs, tels que le vivre ensemble en milieu carcéral.

 

Dès lors que la liberté religieuse est un droit humain fondamental, il va de soi qu’on ne peut dénier aux détenus le droit de pratiquer leur religion. Qui plus est, la prison étant par définition un lieu de réclusion, il est nécessaire que l’administration pénitentiaire mette en place un certain nombre de mesures visant à assurer aux détenus l’exercice de leur culte. Impossible, en d’autres termes, sauf à bafouer les droits fondamentaux des détenus, de considérer que la prison est un lieu d’où la religion doit être absente.

Faut-il pour autant accepter la généralisation des menus halal – seuls proposés aux détenus à la prison de Forest – ou considérer comme une fatalité la radicalisation de certains détenus en prison, qui les pousse par exemple à refuser les fouilles sommaires effectuées par des femmes ou à imposer l’observance de leurs prescrits religieux à leurs codétenus ? Lorsqu’une simple lettre du directeur de la prison d’Andenne demandant aux détenus de s’abstenir de faire leurs prières dans les couloirs de la section, les invitant à utiliser pour cela leur cellule ou la salle de prière, suffit à déclencher une émeute, n’est-il pas temps de prendre le problème à bras le corps ?

 

La demande de menus adaptés dépasse de loin la problématique des prisons. J’ai déjà eu l’occasion, dans un autre article, de proposer que l’on s’inspire d’un dispositif mis en place avec succès par la Ville de Lyon dans les écoles, et qui consiste à proposer, à côté du menu « traditionnel », un menu sans viande. Cette solution a l’avantage de préserver l’impartialité de l’Etat en ne favorisant ni ne discriminant aucune conviction. En effet, la liberté de conscience interdit à mon sens que quiconque soit contraint à consommer de la nourriture sacrifiée religieusement. Qui plus est, les détenus chrétiens ou juifs pourraient à bon droit se sentir discriminés s’ils étaient contraints de consommer de la nourriture halal, alors que nul menu casher ou respectueux du carême, par exemple, ne leur serait proposé. Et l’on voit bien que dans une collectivité, il est impossible de multiplier les menus. Enfin, la généralisation des menus halal ne peut qu’augmenter la défiance de la population envers l’islam, en donnant l’impression au pire d’une adéquation absolue entre « détenu » et « musulman », au mieux de l’imposition à tous de ce qui n’est que de certains.

 

Mais le problème est à l’évidence plus profond, et sans doute n’est-il que le reflet d’un malaise présent dans la société tout entière, où le religieux revendique une place parfois excessive, qui lèse le droit d’autres individus au respect de leur liberté de conscience et qui, de conviction intime, se mue en revendication politique.

A l’heure où l’on introduit dans les écoles une formation à la citoyenneté, dans le but de favoriser le « vivre ensemble » d’individus que rien ne rassemble nécessairement, si ce n’est l’appartenance à un même espace social, pourquoi ne pas appliquer le même raisonnement à la prison, ce lieu particulier où, plus peut-être que partout ailleurs, doivent vivre ensemble des gens que tout sépare, qui plus est dans un espace confiné ?

Les maux de la prison ne sont que l’exposant des maux de notre société, et si l’on ne sait comment vivre ensemble aujourd’hui, comment pourrait-on le savoir en prison ?

Le problème doit être pris à sa source, dans le rappel des fondements d’un Etat de droit, et parmi eux de celui-ci : l’égalité de droits, qui doit me pousser à accorder aux autres tout droit que je revendique pour moi-même. Dans cette perspective, comme le théorise Claudine Leleux, les devoirs ne sont plus une sorte de prix à payer, dans une perspective moralisante, pour les droits dont on jouit, mais la condition de possibilité même de ces droits. Les élèves de l’école primaire apprennent désormais à expérimenter ce lien indissoluble entre les droits et les devoirs dans une société démocratique moderne, mais quid des détenus, au parcours scolaire bien souvent chaotique, et en tout état de cause trop âgés pour avoir pu bénéficier de cette formation ?

Vue sous cet angle, la problématique de la liberté religieuse devrait pouvoir être abordée de manière pacifiée, ou en tout cas rationalisée. Sans bien sûr qu’il s’agisse d’un remède miracle, il y a là de toute évidence une piste à exploiter par nos politiques soucieux du vivre ensemble, tant en milieu carcéral que dans la société tout entière.

 

Il serait grand temps, pour terminer, que les pouvoirs publics se penchent sérieusement sur la formation des représentants du culte, mais aussi sur leur contrôle. Si radicalisation et prosélytisme en prison il y a, qui sont les acteurs de ce phénomène ? Il serait plus que préoccupant que ce soient des ministres du culte, payés par l’Etat, qui y contribuent, voire l’orchestrent. Si le lieu particulier qu’est la prison exige sans doute qu’on y aménage la présence de représentants du culte, leur mission devrait être essentiellement spirituelle, et aucun cas politique, ni encore moins source de radicalisation. Sauf à accepter de voir détricoter d’un côté ce qu’on tente patiemment de tricoter de l’autre…

 

 

http://nadiageerts.over-blog.com/article-halal-stop-a-la-surenchere-62103039.html

Claudine Leleux, Education à la citoyenneté, Les droits et les devoirs de 5 à 14 ans, éditions De Boeck (3 tomes)

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 09:26

Cet article est paru dans La Libre des 21-22 janvier 2012 sous le titre "Décloisonner les chapelles".

 

La ministre Simonet prévoit pour la rentrée 2013 une harmonisation des programmes du cours de morale non-confessionnelle et des cours de religion, tant en primaire qu’en secondaire, afin d’y introduire le questionnement philosophique, des éléments de connaissance des religions et des laïcités ainsi que des éléments de citoyenneté. Une belle avancée, diront certains. Une manière de ne surtout pas toucher au système actuel, diront d’autres.

 

Familiariser les élèves avec le questionnement philosophique, qui s’en plaindrait ? Introduire d’avantage de formation à la citoyenneté à l’école, quelle belle idée ! Et de même, faire en sorte que les élèves sortant de l’enseignement officiel – seul concerné, et pour cause, par cette mesure – connaissent un peu mieux les religions et convictions de leurs concitoyens, voilà bien un noble projet, ô combien nécessaire qui plus est en ces temps de recrudescence de l’intégrisme religieux, de l’intolérance et du populisme.

On peut donc se réjouir que la ministre compétente ait enfin pris la mesure du vide actuel – rappelons que si la citoyenneté est au programme de l’enseignement primaire  et secondaire depuis 2007, cette formation se réduit trop souvent à une peau de chagrin, tant par manque d’enseignants formés que par absence d’heures dévolues à cet effet dans les grilles horaire – et de l’urgence de le combler.

Cependant, on peut s’interroger sur ce qui apparaît à bien des égards comme une demi-mesure : si réellement il s’agit de « développer la pensée rationnelle, logique et argumentative autour de trois grands axes : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à une citoyenneté active » ; si réellement la citoyenneté, la connaissance des religions et de l’humanisme – dans ses différentes variantes que sont l’athéisme ou la laïcité politique -  et la démarche philosophique sont essentielles à la formation de nos élèves, pourquoi ne pas pousser la logique à son terme et proposer, purement et simplement, la suppression des cours si improprement nommés « philosophiques »  au profit d’un cours commun à tous ?

Peut-on sérieusement soutenir, en d’autres termes, que les cours de religion contribuent à « développer la pensée rationnelle, logique et argumentative » ? Je ne nie pas ici que certains enseignants de religion favorisent en effet l’émergence d’une telle pensée chez leurs élèves. Cependant, il faut bien reconnaître que ceux-là sortent peu ou prou de la mission catéchistique historiquement dévolue aux cours de religion, et choisissent de faire, à peu de choses près, ce que font leurs collègues de morale non-confessionnelle. Ces derniers, rappelons-le, n’ont jamais eu pour vocation ni pour mission d’enseigner à leurs élèves l’inexistence de Dieu, mais bien de leur apprendre autant que possible à penser par eux-mêmes, hors de tout dogmatisme.

 

Outre que l’enseignement religieux, en tant que transmission d’un corpus dogmatique, n’a guère sa place à l’école officielle, un cours commun permettrait la rencontre et l’échange entre les tenants de diverses conceptions du monde, et ce faisant la mise en perspective par chacun de ses convictions personnelles au regard de celles de l’autre, ce qui favoriserait bien plus certainement la tolérance et le respect de l’autre que le cloisonnement actuel.

Un cours commun axé sur la citoyenneté, la connaissance du fait religieux et de l’humanisme et la philosophie permettrait également de substantielles économies à une Communauté française qui en a grand besoin. Mais surtout, cette formule, tout en étant respectueuse des convictions de chacun, serait infiniment plus en phase avec l’un des objectifs généraux décrits dans le décret « Missions », à savoir : » préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société  démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures ».

 

La mesure actuelle ne fâchera sans doute personne : ni les syndicats soucieux de préserver l’emploi des enseignants (en l’occurrence de cours dits « philosophiques ») ni les défenseurs desdits cours, dont l’autonomie est préservée et la pertinence réaffirmée, ni les acteurs du monde de l’éducation attachés à l’introduction d’éléments de citoyenneté, de philosophie ou d’éducation au fait religieux – en ce compris la laïcité. Et c’est probablement sa principale, si pas sa seule vertu.

Car la logique qui prévaut reste profondément ancrée dans un modèle belge dont la mise en question serait bienvenue : un modèle pilarisé, qui organise l’enseignement en chapelles et, au sein de la « chapelle officielle » reproduit l’existence de six chapelles différentes, correspondant aux religions reconnues et à la morale non-confessionnelle.

Un nombre qui est destiné à augmenter, dès lors que le bouddhisme a eu accès récemment à la reconnaissance publique, et que d’autres « communautés convictionnelles » frapperont très certainement dans les prochaines années à la porte du financement public.

Verra-t-on demain huit ou dix cours « philosophiques » dispenser en parallèle la même formation à vocation universaliste ? Quelles seront les exigences en termes de neutralité qui seront fixées aux enseignants de ces différents cours lorsqu’ils aborderont les convictions voisines ? Quelle formation – initiale ou continuée - prévoit-on pour les enseignants qui seront amenés à dispenser ces cours à partir de 2013 ?

Et surtout, combien de temps encore réformera-t-on l’enseignement à coups de mesurettes consensuelles plutôt que de poser la seule vraie question qui importe en l’occurrence, à savoir : de quoi nos enfants ont-ils un urgent besoin ? Est-ce de connaître leur religion ou d’apprendre à penser et à devenir des citoyens responsables ?

 

Nadia Geerts

 

Décret relatif au renforcement de l’éducation à la citoyenneté responsable et active au sein des établissements organisés ou subventionnés par la Communauté française du 12 JANVIER 2007

Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre 24 JUILLET 1997.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 14:31

Suite au cocktail Molotov lancé sur Charlie Hebdo, le Collectif « Les Mots sont importants » se fend d’un article intitulé « Pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie Hebdo ! ». Montrant une fois de plus sa mauvaise foi et son affection toute particulière pour le détournement du sens des mots.

 

Mis en ligne sur le site des Indigènes de la république, cet article dénonce « l’instrumentalisation bouffonne et intéressée » qui serait faite de la liberté d’expression dans cette affaire : après tout, ce cocktail Molotov n’a fait que des dégâts matériels, n’est-ce pas ? Il n’y a donc pas lieu, selon les signataires, de s’apitoyer sur les journalistes de l’hebdomadaire satirique, puisqu’ils sont assurés et que, grâce à l’ « islamophobie ambiante », leurs ventes seront décuplées. Bref, c’est finalement tout benef pour Charlie. A se demander s’ils n’ont pas eux-mêmes balancé ce cocktail Molotov, comme le suggèrent déjà pas mal de fins analystes de comptoirs virtuels sur les réseaux sociaux.

D’ailleurs, ce collectif des amoureux de la langue nous rassure : « la liberté de critiquer l’islam est tout sauf menacée », et les kiosques à journaux et les programme télé en sont la preuve, eux qui fourmillent non seulement de critiques, mais aussi de caricatures et d’injures, « en toute tranquillité et en toute bonhommie ». J’aurais aimé, à ce stade de ma lecture, trouver quelques exemples de ces caricatures et injures, mais le collectif n’a pas de temps à perdre en vaines explications. Car il y a plus important : « en revanche, il est une liberté d’expression qui est bel et bien menacée, et même plus d’une : celle pour commencer des femmes qui voudraient s’habiller comme bon leur semble, sans qu’un Etat national-laïque leur impose par la loi un dress-code de bonne musulmane cheveux aux vents ; celle de ces mêmes femmes lorsqu’elles voudraient faire entendre leur ras-le-bol des regards, injures et discriminations qu’elles subissent quotidiennement au motif qu’elles portent un foulard ».

Nous y voilà ! Ouh le vilain Etat « national-laïque » - je sais pas vous, mais moi, ça me fait furieusement penser à autre Etat national-quelque chose, de sinistre mémoire – qui brime les femmes musulmanes dans leur liberté d’expression tout en prétendant défendre corps et âme ladite liberté d’expression !

Je dois être atteinte de cécité, de surdité ou de mal-compréhension chronique, mais je dois avouer n’avoir jamais eu l’impression que les femmes musulmanes étaient contraintes par la loi à se balader cheveux au vent. Je dois même être atteinte d’hallucinations, mais je vois régulièrement des femmes se promener en rue avec les cheveux dissimulés par un foulard, sans qu’aucun agent des forces de l’ordre ne s’en émeuve. Et c’est d’ailleurs très bien ainsi.

En revanche, je dois être atteinte de paranoïa aigüe, car j’ai toujours pensé que le type de propos tenus par des journalistes d’un hebdomadaire satirique serait inacceptable de la part d’un fonctionnaire public – d’une enseignante comme moi, par exemple. Et je me frotte les mains en songeant à toutes les horreurs blasphématoires que je vais pouvoir débiter en classe dès demain, dès lors que l’Etat (si c’est en Belgique comme en France) protège scandaleusement les anticléricaux primaires dans mon genre…

L’article continue en revendiquant que soit aussi donnée la parole « à la masse de celles et ceux, musulmans ou pas, qui n’éprouvent absolument aucune sympathie pour Charlie Hebdo ». ah ben oui, voilà une bonne idée ! C’est vrai que c’est quand même scandaleux : on lance un misérable petit cocktail Molotov de rien du tout dans un bâtiment désert, et du coup, on ne parle plus que des victimes ! Ne devrait-on pas entendre dans les médias, outre ceux qui se sont déjà exprimés avec la délicatesse que l’on sait, tous ceux pour qui Charlie, c’est de la merde, qu’il l’a pas volé, et que ce serait pas une grande perte s’il disparaissait du paysage médiatique ? D’ailleurs, ne devrait-on pas, de manière générale, donner plus la parole à ceux qui n’éprouvent aucune sympathie pour les victimes ? Moi, je trouve que ça ouvre des perspectives vertigineuses, pas vous ?  On profane un cimetière juif ou musulman, et zou, on va interviewer ceux qui n’ont aucune sympathie pour les Juifs ou les musulmans. Un personnage public se fait agresser : hop, on tend le micro à tous ceux qui trouvent que c’est bien fait, ou qui simplement trouvent que c’était quand même pas un mec très cool.

On pourrait même aller plus loin. Mais bon, je vous laisse y aller seuls, y a comme une odeur, je trouve.

Ce qui est chouette, c’est que l’article conclut sur des bons conseils aux amis de Charlie Hebdo. De ces conseils qui sentent l’amitié vraie : « la liberté d’expression consisterait, pour que les amis de Charlie Hebdo retrouvent une once d’honneur, à donner abondamment la parole aux proches de Ion Salagean, à ses amis résidents du 163 rue des Pyrénées, et plus largement aux Roms qui subissent depuis de nombreux mois, et depuis bien plus longtemps en fait, le plus brutal et le plus assumé des racismes d’Etat.»

Et ça, c’est vachement sympa, je trouve. Parce que bon, chacun a droit à l’erreur : Charlie Hebdo en a fait une, et de taille, en sombrant dans l’ « anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe ». Mais il peut se rattraper, en parlant dorénavant des sujets que lui fournira le Collectif Les Mots sont Importants. Pour la plus grande gloire de la liberté d’expression.

 

 

http://lmsi.net/Pour-la-defense-de-la-liberte-d, Article signé par Saïd Bouamama, Youssef Boussoumah, Houria Bouteldja, Henri Braun, Abdelaziz Chaambi, Ismahane Chouder, Olivier Cyran, Christine Delphy, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo, Sébastien Fontenelle, Nawel Gafsia, Laurent Lévy, Hassina Mechaï, Ndella Paye, Faysal Riad, Arielle Saint Lazare, Karim Tbaili, Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, et Najate Zouggari

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 16:53

Léonard a encore frappé. Je parle évidemment du primat de Belgique, qui a cru utile de déconseiller aux divorcés d’enseigner la religion ou d’exercer une fonction de direction dans l’enseignement catholique.

 

L’affaire fait grand bruit, et les représentants de l’enseignement catholique, notamment, s’indignent au nom de la vie privée, du refus de la discrimination à l’embauche, etc. Et certes, il est un peu surprenant d’exiger d’un enseignant ou d’un directeur d’école un état civil particulier.

Pourtant, n’est-ce pas ce que l’Eglise catholique fait très communément, lorsqu’elle interdit la prêtrise aux femmes, ainsi bien sûr qu’aux hommes mariés - ou aux homosexuels ? Il est rare qu’on parle alors de discrimination à l’embauche, tant il est admis que la profession de prêtre n’est pas tout à fait comme les autres, et, surtout, que l’Eglise a bien le droit de décider qui, et selon quels critères, est apte à prêcher la parole de Dieu dans Sa maison. Cela ne la rend ni moderne, ni en phase avec les réalités de ce temps, mais encore une fois, rien ne l’y oblige.

Si le mission de l’école chrétienne consiste bien à « évangéliser en éduquant » (1), si elle a « la conviction qu'elle n'humanise en plénitude qu'en ouvrant à Dieu et au Christ. », si « Les écoles catholiques et l'Église      se reconnaissent mutuellement comme des partenaires privilégiés, inspirés à une source commune: celle de l'Évangile annoncé par Jésus- Christ » et si l’Eglise maintient que la chasteté, la fidélité et l’hétérosexualité sont voulues par Dieu, alors il n’y a pas à tortiller , et Léonard a raison de ne pas vouloir confier l’éducation des rejetons de bonnes familles chrétiennes à ces pécheurs de divorcés. On se demande simplement pourquoi il ne conseille pas pareillement aux célibataires ayant perdu leur pucelage, aux époux infidèles et aux homos de s’abstenir également de souiller son école chrétienne de leurs turpitudes. Et le distingo vie privée / vie publique semble en l’occurrence une ratiocination de rationaliste ou de laïque, totalement absurde pour qui se donne pour mission d’élever les âmes vers le Christ.

Si en revanche l’enseignement catholique « inscrit son action dans la logique du service public en s’ouvrant à tous ceux qui acceptent son projet, quelles que soient leurs convictions », alors l’école chrétienne devient l’école de tous, et en tant que service public, elle ne peut discriminer qui que ce soit sur une base aussi éminemment non pertinente que la situation matrimoniale. Et dans ce cas, Léonard a tout faux.

Le hic, c’est que l’école chrétienne se cherche : tantôt elle se veut « service public fonctionnel » à peine teinté d’un chouia de pluralisme situé, tantôt elle se veut évangélisatrice, missionnaire, prosélyte même. Ce qui lui permet à la fois de percevoir de généreux subsides publics et de revendiquer son enracinement religieux.

Alors moi, je proposerait bien un deal à André-Joseph Léonard : on lui laisse ses directeurs et enseignants mariés, fidèles et tout le toutim, et lui, il renonce à ses subsides publics. Comme ça, tout le monde est content. Et pour ceux qui ne le seraient toujours pas, il reste l’enseignement officiel, qui accueille tout le monde dans le respect de ses convictions et en se foutant comme d’une guigne de sa vie privée.

On fait comme ça ?

(1) Cette citation, comme les suivantes, est tirée du document « Mission des écoles chrétiennes », http://www.segec.be/mission_EC_web.pdf

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 17:18

 

« Minorités et droits de l’homme », tel était le thème de la conférence-débat de ce 13 mai 2011 à l’Académie royale de Belgique, avec Henri Goldman et Caroline Fourest comme orateurs. L’occasion d’assister à un débat courtois permettant de cerner les désaccords entre deux intellectuels engagés.


 

Plutôt que de faire ici un compte rendu exhaustif de la soirée, j’ai choisi de repartir d’une intervention de la salle : celle d’Irène Kaufer, déplorant qu’une fois de plus, on débattait des minorités sans qu’elles soient aucunement représentées à la tribune. Au-delà de la réponse de Caroline Fourest, rappelant non sans humour qu’en tant que femme et lesbienne, elle avait bien du mal à se considérer comme la représentante de la majorité, je voudrais souligner ici l’absurdité du raisonnement.

Irène Kaufer, il me paraît pertinent de le rappeler ici, traque sans merci la représentation des femmes dans les débats politiques et autres. Alors que je considère qu’un débat est bien orchestré s’il met en scène des représentants d’opinions diverses et divergentes, quels que soient leur sexe, leur âge, leur origine, etc., elle estime quant à elle qu’il est du devoir des organisateurs de débat d’inviter des femmes, si possible en nombre égal à celui des hommes présents. Soit. Mais ici, il y en avait une, de femme, et non des moindres. La parité était même parfaite – si on excepte le modérateur masculin. Mais ce n’était pas assez.

À l’évidence, il aurait fallu un musulman, ou mieux une musulmane, ou mieux encore une musulmane voilée. Étrange, vraiment. Car le sujet de la soirée n’était ni l’islam, ni le voile, même si les débats se sont orientés vers cette thématique en cours de soirée.

Mais passons. Le raisonnement, qui n’est pas propre à Irène Kaufer, consiste à supposer que l’on ne parle bien que de ce qu’on connaît, et qu’on ne connaît que ce qu’on vit de l’intérieur. Pas question alors de parler de peinture si l’on n’est pas peintre, de littérature si l’on n’est pas écrivain, des camps de concentration si l’on n’y a pas séjourné, de la violence conjugale si on n’en est pas victime (ou acteur ?), et du nazisme si l’on n’est pas nazi.

Je sens qu’à ce stade, j’en fais bondir plus d’un. Et pourtant…

Revenons à cette soirée. Il est quand même étrange que pour parler des minorités, d’aucuns considèrent comme allant de soi que la personne la plus indiquée, voire la seule réellement habilitée, c’est une musulmane. Comme si la musulmane (voilée évidemment) incarnait désormais les minorités dans leur ensemble. À moins que l’objection soit venue du fait qu’on abordait la question du voile ? Mais alors, les deux intervenants étaient-ils en droit de parler du kirpan sikh ? N’auraient-ils pas dû interrompre immédiatement le débat, faute de sikh pour témoigner de son rapport au kirpan ? Etaient-ils en droit de parler des juifs hassidiques, faute de membre de cette communauté pour communiquer au public son rapport au religieux ? Combien de fois n’a-t-on pas mentionné les Bretons ? Et Sarkozy, et Hortefeux, et Marine Le Pen, sans qu’aucun Breton ni aucun porte-parole de ces individus ne soit invité à monter à la tribune, dans un louable souci d’équité ?

Tout cela me rappelle une séance préparatoire à la constitution de listes électorales du parti Ecolo, au temps où j’en étais encore une membre active et enthousiaste. Je me souviens en particulier de la satisfaction générale née du constat qu’il y avait des candidats d’origine marocaine et turque (certains se vantant de leurs bons contacts avec la mosquée), et même un gay, et puis du désappointement soulevé par la remarque de l’un d’eux, remarquant à juste titre qu’il n’y avait pas de Kurde…

Si l’on accepte la logique selon laquelle ce ne sont pas les points de vue qui, dans un débat démocratique, doivent être représentés – ce qu’ils étaient parfaitement hier soir -, mais les communautés, je crains que tout débat ne devienne rapidement impossible. Une fois qu’on aura trouvé une femme musulmane voilée, qu’est-ce qui nous prouvera que cette femme est le moins du monde représentative de celles qu’elle est censée représenter ? Est-elle chiite ou sunnite ? Voilée de noir, de blanc, d’un tissu chatoyant, en niqab ? Elégamment habillée et maquillée, ou disparaissant derrière son voile ? Porte-t-elle son voile par quête identitaire, au nom d’un prétendu féminisme islamique, parce qu’elle le considère comme un prescrit islamique, parce qu’elle veut avoir la paix, parce qu’elle le portait déjà dans son pays d’origine, parce qu’on lui a appris ici à le porter ?

Mais je crains surtout qu’en entérinant cette logique absurde, on fasse une nouvelle fois passer les appartenances communautaires avant les idées. Nous avions hier soir en face de nous deux intervenants défendant, quoique certains aient pu en penser, des idées extrêmement différentes. N’est-ce pas ça, l’essence-même d’un débat ? Et à force de se focaliser sur l’apparence de ceux qui portent les idées, ne risque-t-on pas de passer dramatiquement à côté de cette essence et d’ouvrir la voie à la concurrence des minorités ?

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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