Pas de respect pour les dominants (hétéro-proclamés)

Publié le par Nadia Geerts

Ça faisait déjà un petit temps que je me disais que quelque chose n’allait pas. Et puis ces derniers jours, ça m’a sauté aux yeux. En fait, c’est clair : je suis une dominante. Une « Belge de souche » comme on dit, une « intellectuelle », une « bourgeoise ». Et donc, je devrais un peu moins la ramener, rapport aux dominés, vous comprenez.

Il y a quelques jours, suite à un absurde malentendu, j’ai été la cible de propos extrêmement agressifs sur les réseaux sociaux. Certains de ces propos incitaient même clairement à la violence physique à mon égard. Mais quand je m’en suis émue, on m’a clairement fait comprendre que je ne savais rien de ce qu’était la vraie violence, que j’étais dans un rapport de domination où j’étais évidemment la dominante, et que ces propos un peu vifs n’avaient rien de comparable avec la véritable violence symbolique, institutionnelle et tout et tout, que subissaient chaque jour les femmes musulmanes (sous-entendu : voilées) à cause de gens comme moi.

(Oui, je dois préciser que quand ça merde, c’est souvent autour des femmes musulmanes (sous-entendu : voilées). Décidément, c’est mon opposition aux signes religieux (sous-entendu : au voile islamique) dans la sphère publique que ne me pardonnent pas certains « progressistes »).

L’anecdote est révélatrice : régulièrement, je me vois invectiver, insulter, menacer, railler, calomnier. Qu’on ne se méprenne pas : je ne me plains pas. Je suis une « personne publique », comme on dit, ce qui entraîne inévitablement ce genre de petits désagréments. On s’y fait, même si ce n’est pas ma conception du débat.

Non, ce qui me frappe, c’est que ces propos peu amènes me soient adressés par des gens qui n’ont que le mot « respect » à la bouche. Tout particulièrement, évidemment, lorsqu’il s’agit de respecter les convictions, la diversité des cultures, la richesse de notre société et toutes ces autre choses si jolies qui cachent mal le véritable objet de ce respect obligatoire, à savoir : les-femmes-voilées.

Pourtant, je les respecte, moi, ces femmes. Jamais je ne me permettrais de les insulter, de leur témoigner du mépris ou de m’en prendre physiquement à elles. Comme je respecte tout individu, ce qui ne m’empêchera jamais de lui dire que je suis en désaccord avec lui, parfois profondément, parfois radicalement. Mais j’en ai un peu marre de les voir considérer comme des « dominées », à plus forte raison si c’est moi qui suis supposée endosser sans broncher le rôle de la « dominante ».

Car oui, je suis la première à dire que le voile est un instrument de domination des femmes, par le biais du contrôle exercé grâce à lui sur l’ensemble de leur vie publique, professionnelle ou amoureuse, pour le plus grand bénéfice des machistes qui utilisent la religion pour asseoir leur volonté de pouvoir, et donc de domination.

Mais je refuse la responsabilité de cela. Comme je refuse le misérabilisme qui veut que les femmes voilées soient forcément tout en bas de l’échelle sociale, peu instruites et peu au fait des ficelles du système. Certaines de ces femmes prennent la parole publiquement, occupent des tribunes politiques ou médiatiques, les rapports de domination ont bon dos. Alors je pose la question : a-t-on alors le droit de les traiter comme des « dominantes », et donc de les invectiver, insulter, menacer, agresser verbalement ?

Non, bien sûr. Rien ne justifie que l’on traite quelqu’un avec violence, qu’elle soit physique ou verbale. Ni son voile, ni sa position sociale, ni ses idées, ni ses origines, ni rien. Tout, par contre, exige que l’on traite chacun sur un pied d’égalité, « en dignité et en droits » comme disait l’autre.