Merci Hamid

Publié le par Nadia Geerts

Le 24 mai 2014, quatre personnes étaient abattues froidement devant et dans le musée juif de Bruxelles. Deux touristes israéliens et deux travailleurs du musée, dont une bénévole.

Quelques jours plus tard, on apprenait que le coupable était très probablement un certain Mehdi Nemmouche, un islamiste français.

Et comme lors de l’affaire Merah, comme lors des attentats du 11 septembre et ceux qui ont suivi, la même double antienne revenait : « Ne stigmatisons pas l’islam dans son ensemble ! » d’une part, et « Qu’attendent les musulmans pour condamner radicalement cet acte ignoble ? » de l’autre.

Evidemment, les noms d’oiseau et anathèmes réciproques n’ont pas tardé à fleurir, entre les accusations de racisme, d’islamophobie, de surf sur la haine et la peur à gauche, et celles de naïveté, d’angélisme, de politiquement correct et de bienpensance de l’autre.

Et puis, il y a eu l’intervention d’Hamid Benichou. Hamid Benichou, ce policier bruxellois d’origine algérienne actif dans le secteur associatif. Musulman.
Hamid Benichou, donc a publié un appel aux citoyens belges musulmans. Un texte qui commence par ces mots : « J'ai honte: ma religion est-elle tombée si bas pour qu'elle soit prise en main et gérée par des voyous autoproclamés imams en prison, de mèche avec des prédicateurs sans scrupules, des associations caritatives douteuses, et autres confréries toxiques », et se termine ainsi :

« Il est temps pour nous musulmans de monter dans le train qui mène à ces valeurs d’humanité et de progrès social, plutôt de demeurer bêtement dans la gare à regarder le quai. Nous, musulmans d’Europe, devons combattre ces agents du diable qui travestissent l’islam en religion de haine, qui prônent le retour du califat et des guerres de religion. Nous devons prendre des décisions fermes contre ces dérives sectaires . Je le dis avec force : pas de liberté pour ces ennemis de la liberté qui veulent nous imposer une lecture fondamentaliste et conflictuelle de l'islam ».

Et j’ai respiré soudain un air plus frais.

Et j’ai envie, aujourd’hui, de dire simplement « Hamid, merci ».

Parce qu’en effet, on a raison, à gauche, de rappeler qu’on n’est jamais responsables de ceux qui confisquent une idéologie à leur profit pour commettre le pire. Il n’y a pas de « communauté » tellement fermée, tellement étanche, tellement soudée qu’on y soit collectivement responsable de chacun des actes commis par n’importe lequel de ses membres.

Mais oui, on a raison, à droite, de s’inquiéter que le reflexe communautaire fonctionne si bien lorsqu’il s’agit de dénoncer les caricatures de Mahomet ou de défendre le peuple palestinien, et qu’il fonctionne si mal lorsqu’il s’agit de descendre dans la rue pour dénoncer les fous de Dieu issus de la « communauté » et qui la salissent pourtant.

Non, chers musulmans de Belgique, vous n’êtes pas responsables de Nemmouche, ni de Merah, ni de Ben Laden et de ses sbires. Evidemment non.

Mais oui, je pense que nous avons besoin, nous, non-musulmans, de vous entendre dire « NON » à ces meurtriers, de vous entendre leur dire que votre islam n’est pas celui-là. Nous en avons besoin parce que les formules incantatoires, les exhortations à la tolérance, à l’amour de la diversité et au vivre-ensemble ne suffisent plus.

Nous devons à présent, et d’urgence, y travailler ensemble. Main dans la main, juifs, musulmans, athées et autres chrétiens. En formons un front uni, soudé, par delà nos différences de convictions religieuses, contre notre adversaire commun.

Et cet adversaire commun, c’est Nemmouche et Merah, aussi bien que Le Pen.

Alors, merci Hamid.