Bonjour !

 

 

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Agenda

Le 27 avril, conférence à la maison de la laïcité sur le thème de "Fichu voile !" à 20h.

 

Le 28 avril, participation à une table-ronde organisée par Entre-vues sur avenir des cours philosophiques, à la Maison de la Laïcité Hypathia, rue des Deux Ponts, 19 à 1340 Ottignies-Louvain-La-Neuve, de 10 à 15h.


Texte Libre

La Louvière 9 sept. 2008

Lundi 6 novembre 2006 1 06 /11 /Nov /2006 08:36

Ouf ! Bruxelles-Toussaint 2006, cette grande entreprise d'évangélisation de la ville, c'est fini. Dès aujourd'hui, on peut à nouveau se promener sans crainte dans les rues de Bruxelles: personne ne viendra nous accoster pour nous parler de l'espérance qui l'habite. C'est en tout cas mon espérance à moi, misérable mécréante que n'a point encore touchée la grâce du Seigneur.

Outre l'espérance, me reste tout de même un certain agacement, je l'avoue. C'est que l'évêque de Bruxelles Jozef De Kesel et le cardinal Danneels ont présenté ces réjouissances comme s'inscrivant dans le cadre d'une "nécessaire humanisation" de la ville.

Humanisation ? Ai-je bien ouï ? Moi, je pensais benoîtement que la religion ouvrait à Dieu, à la transcencance, au sacré, aux anges, à l'enfer, à Saint-Pierre et ses clés et à tout le bazar, mais pas à l'homme.  Et puis, "humanisation", ça me fait quand même sacrément penser à "humanisme", ce mouvement de pensée qui depuis la Renaissance, veut faire de l'homme la mesure de toute chose, brandit la raison comme une arme contre l'obscurantisme religieux,  bref tente d'émanciper l'homme de l'emprise du religieux.

Apparemment, je me trompais. L'humanisation, maintenant, c'est l'Eglise catholique qui s'en charge. Les affaires marchaient-elles mal, le fond de commerce a-t-il été repris ? Quoi qu'il en soit, Bruxelles-Toussaint 2006 ne fait que suivre la voie de feu le PSC, qui nous avait déjà fait le coup. Par une machiavélique inversion de sens, désormais, les humanistes, ce sont les chrétiens. Merci Joëlle Milquet ! Et nous,  qui assumions sans peine d'être les "sans Dieu", voilà qu'on suggère que nous manquons aussi d'humanité. Regardez les villes sans Dieu, c'est affolant: elles sont déshumanisées; vite vite, prions pour leur réhumanisation, et au passage, envahissons la ville de gentils petits missionnaires chargés de mettre un peu d'humanité dans tout cela. Mais attention, hein: sans aucune arrogance ! Non, l'Eglise catholique moderne doit être "ouverte, présente, ni complexée, ni arrogante". Très humaine, en somme.

Bon, je crois que je vais aller faire un tour à l'église, moi. Je sens en moi un grand besoin d'humanisation. Mais toujours fort peu d'espérance.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Lundi 30 octobre 2006 1 30 /10 /Oct /2006 11:18

Par l'équipe de gestion du Centre culturel arabe

Il fallait s'en douter: si la publication de mon livre "L'école à l'épreuve du voile" me vaut régulièrement les compliments de ceux qui estiment qu'il était grand temps de quitter le consensualisme mou dans lequel s'enferment trop souvent les tenants de la tolérance à tout prix (on ne peut rien interdire, sous peine de passer pour intolérant) il me vaut également des accusations d'occidentalocentrisme, de racisme larvé, voire de fascisme ! Un comble pour moi, dont le combat antifasciste me valait régulièrement les bordées d'injures de sympathisants de l'extrême droite, lesquels me tenaient pour une dangereuse gauchiste aveuglée par une xénophilie maladive...

C'est pourquoi il m'a semblé utile de publier ici un texte dont je me suis servie lors de la rédaction de mon livre. L'article émane de l'équipe de gestion du Centre Culturel Arabe. Il a été diffusé sous forme de communiqué de presse en janvier 2004. Il témoigne à tout le moins de ce que, pas plus que l'islam n'implique l'islamisme, l'"arabité" n'entraîne le refus principiel des valeurs fondatrices de nos sociétés démocratiques modernes.

"C'est de façon très récente, s'appuyant sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, que l'Occident, majoritairement chrétien, inventeur du contrôle des naissances et travaillé par des mouvements philosophiques de gauche, considère enfin qu'hommes et femmes sont égaux. Le monde chrétien profite de l'évolution, et même les diasporas juives en Occident en prennent bénéfice. Ce n'est pas le cas, dans les pays du tiers-monde, de ceux qui possèdent une majorité musulmane ou s'affichent comme "royaumes" ou "républiques" musulmans (africains, asiatiques, moyen-orientaux, européens de l'Est), considérés comme "terre d'Islam". Jamais, et depuis le début, et considérant les différentes lectures du Coran, la masse des croyants n'a porté aux femmes le respect auquel philosophes, grands mystiques, poètes et poétesses, scientifiques arabes pensaient qu'elles avaient droit. Ce ne furent que de courageuses résistances, le plus souvent isolées, qui permirent de garder une levure culturelle et des noms de femmes dans ces lieux bénis(2)... Au regard de notre temps, l'Islam, à quelques exceptions près, est parmi les principaux facteurs de la régression sociale dans les sociétés et chez les peuples qui le portent. Il est vain de séparer un texte affirmé idéal et des pratiques quotidiennes malheureuses. Une religion faite par les hommes est portée par ceux qui s'en réclament. Aucun "parti" islamique n'est en mesure de redresser la situation dramatique des populations en souffrance et, malgré des efforts continus de l'intérieur, tels certains mouvements citoyens ou partis communistes, nous ne voyons venir aucun grand mouvement faisant, un temps, une presque unanimité populaire qui, à l'instar de ce qui s'est passé en Occident, puisse réveiller les gens. Dans ce drame, une mentalité rageuse de vaincus lance un défi au monde moderne : entendons ici par "monde moderne" le monde de ceux qui adhèrent à la séparation de la religion et de la loi civique. De l'horreur des attentats dans les pays s'affichant musulmans au velours de la propagande dans les amphithéâtres et salons de télévision occidentaux, il s'agit d'une guerre. Du côté islamique, c'est proclamé sans états d'âme. Des femmes qui refusent de se considérer juridiquement comme "la moitié d'un homme" se demandent à quoi on joue en Belgique. Considérant plus spécifiquement que les petites filles ne doivent pas faire les frais des délires des adultes dans l'état de leurs complexes, de leurs revendications de pouvoir et de leur mal vivre sexuel, considérant que l'école publique n'est pas un lieu d'affrontement politique ni de rivalités d'influences, le Centre Culturel Arabe prend aujourd'hui la responsabilité d'émettre un avis sur le port du foulard sacralisé "islamique", (et non musulman, suivant certaines lectures plus poussées) à l'école. De ce point de vue, qui est donc, de fait, arabe, laïque et de libre-pensée, nous notons que :
- L'école est le lieu où l'on devient citoyen, le lieu des apprentissages en société. Comment peut-on pousser la démagogie jusqu'à prétendre que ce sont les enfants elles-mêmes qui seraient capables de juger ce qui est "démocratique" ou pas ? A quel âge veut-on avancer la majorité civique ? 16 ans ? 14 ans ? 12 ans ? N'ira-t-on pas, de démission en démission, jusqu'à leur confier le soin d'établir leur programme scolaire toutes seules ? Nous devons lutter pour le développement d'une école la plus objective possible, stable et rassurante, où les limites soient clairement énoncées comme règle du jeu en société. Car en poussant la logique du raisonnement dit, faussement, "démocratique", pourquoi ne laisserait-on pas des gamines venir en cours en bas à filet et porte-jarretelles visibles ? Ou, plus sainement, pourquoi interdirait-on la pratique naturiste en classe ? Des jeunes filles d'éducation naturiste pourraient revendiquer, à raison, que c'est leur liberté d'être nues et que la démocratie l'exige ! Les filles en foulards sont-elles prêtes à les admettre ?
Nous nous élevons surtout contre tout ce qui signale une petite fille ou même une adolescente comme femme désirable : tenues vestimentaires indécentes et provocatrices, bijoux voyants, foulard sacralisé, "piercings" et tout ce qui tend à mettre l'accent sur les attraits dits "sexuels" de jeunes filles mineures, qui ne sont ni des choses, ni des poupées, ni des signes de ralliement pour partis politiques, ni des femmes majeures libres de leurs convictions(3). Les jeunes filles, petites ou grandes, sont à l'école pour s'instruire. Ce qu'elles font à l'extérieur de l'école est sous la responsabilité parentale.
Une simple tenue serait souhaitable, confortable et pratique pour se protéger du froid ou du soleil, un revêtement du corps pour l'hygiène, quelque chose de propre pour éviter le contact et la promiscuité : toutes les fantaisies peuvent s'exprimer mais, de grâce, ne faisons d'aucune d'elles une obligation ! Certains ont évoqué l'uniforme : qu'il soit gai alors, et pas trop uniforme ! Le tablier n'était pas une mauvaise chose : il effaçait les différences sociales et les signes particuliers. Lorsque des gamines et des gamins sont tellement intoxiqués par la publicité des "trusts" qu'ils refusent d'aller à l'école sans tel ou tel vêtement ou accessoire "à la mode", lorsque les parents en sourient et cèdent, lorsque des filles veulent afficher les marques distinctives de leur religion, lorsque les parents les y encouragent, les y obligent ou abdiquent, lorsque les enseignants intègrent la pratique, il y a de quoi s'inquiéter vraiment...
- Quelle injustice que de mettre ces jeunes filles qui portent le foulard en tort ! La société où nous vivons s'est gargarisée de contentement en ce qui concerne le sort des nouveaux Belges. On a crié bien haut et bien fort "qu'ils avaient leur culture" ; on se rend compte aujourd'hui qu'ils ont été abandonnés, méprisés et que, faute d'éléments culturels comme repères, certains se replient vers un obscurantisme dévastateur. Ce n'est pas avec les filles qu'il faut agir : c'est avec les pères ! C'est avec les mères ! C'est avec les grands frères et les grandes sœurs ! Il faut trouver comment leur accorder une vraie place dans ce pays. Quels moyens d'éducation a-t-on mis en place pour eux ? Si certains d'entre eux vont jusqu'à refuser de parler de leur enfant avec l'institutrice "parce qu'elle est une femme", et que le chef d'établissement (paternaliste, raciste ou voulant la paix) joue le jeu en recevant le père qui veut parler "d'homme à homme" en privant l'institutrice de sa responsabilité, à qui la faute ? Alors que les parents retrouvent toute leur autorité pour se mêler de la vie privée de leurs enfants adultes, certains pères ne seraient pas en mesure de conseiller à leur fille en enfance ou adolescence, une tenue modeste, sans foulard ni arrogance ?
- Il est intolérable qu'on désigne des enfants et des adolescentes, à l'école publique, dans leur différence, avec ostentation. Car il est nécessaire, pour que l'enfant intègre cette pratique du petit foulard sacralisé, de lui expliquer que son groupe possède une vérité que les autres ne possèdent pas, de lui enfoncer l'inexplicable angoisse du jugement dernier, du "peuple élu de Dieu" dans la tête. Donc, en conséquence, de la livrer à une réflexion de ségrégation, de mépris ou de pitié concernant ses camarades non-couvertes et de la faire entrer dans un système discriminatoire dont elle peut, éventuellement et en toute logique, être, à son tour, la victime.
- Les notions de "meilleure des nations", "sang propre", "héritiers de la vérité" réveillent instantanément de lourds et douloureux souvenirs concernant les mouvements fascistes du XXe siècle. Nos filles sont embrigadées à leur insu.
- Si ce morceau d'étoffe qui cache les cheveux marque une "vertu" particulière, c'est laisser clairement entendre que les filles qui s'en abstiennent sont inférieures et de mauvaise conduite. Ce n'est pas convenable dans un monde où la cohabitation entre gens différents est nécessaire. C'est d'autant plus nuisible que cette pièce d'étoffe sert aux fillettes, jeunes filles et jeunes femmes mineures concernées, de certificat de bonne conduite, ce qui les amène trop souvent à avoir une tenue d'une vulgarité choquante : on les attife, on les cache comme si tout en elles était érotique, comme s'il fallait dissimuler les marques d'un "pouvoir sur la conduite d'autrui", elles intègrent la leçon et beaucoup trop d'entre elles se laissent aller à des comportements sans pudeur. A qui la faute ?
- Une culpabilisation, due au manque de culture, à l'ignorance, fait que la pratique se propage, si ce n'est physiquement, au moins moralement : les gens admettant de plus en plus nombreux que cette pratique est respectable même si, dans l'immédiat, ils ne s'y conforment pas. Et des Belges de pratique laïque reconnaissent également cela comme respectable (ou du moins comme un élément d'une fatalité incontournable !) !
- Nous ne pensons pas, par expérience et immersion dans les milieux qui utilisent le foulard, qu'il s'agisse d'une liberté, en connaissance de cause et conscience éclairée, de la part des petites ayant subi, depuis l'enfance tendre, un lavage de cerveau (pas toujours familial, c'est important de le noter) : l'aliénation ne porte son nom que parce que c'est la personne dominée elle-même qui proclame le bien-fondé de son humiliation. Qu'une enfant porte en évidence les signes d'une féminité qui cause les querelles masculines, qui porte la marque de l'impureté de ses périodes de menstrues et de la faiblesse maudite de son sexe en public, cela ne peut pas être constructif. C'est également un manque de respect et de confiance vis-à-vis des garçons pubères et des hommes que l'on considère "en rut" permanent de la façon la plus triviale et livrés à la fatalité d'une sexualité sans choix ni conscience. Une fille recouverte est considérée implicitement dans les milieux religieux comme une fille sexuellement désirable (nubile ou pas). Il est scandaleux d'intégrer cette pratique qui revient à reconnaître comme normaux, des fantasmes, voire des pratiques pédophiles en faisant porter à des petites filles et à des jeunes filles n'ayant pas atteint la majorité civique qui les fera disposer juridiquement d'elles-mêmes, un signe autorisant un désir sexuel adulte. Le foulard sacralisé en est un, et c'est aussi le signe d'une inégalité juridique et citoyenne (qui n'est pas appliquée en Belgique mais qui est souhaitée, le "foulard" étant une marque claire de ce souhait)(4) entre le garçon et la fille qui vont devenir homme et femme.
- Enfin, la mise en "tabou" du corps humain, la focalisation (psychologiquement révélatrice) de la "honte" sur la tête, nous apparaissent comme dangereuses au niveau du développement intrinsèque de la personne durant l'enfance. Pourquoi inculquer ce réflexe de honte d'être des filles à de futures citoyennes ? Quelle éducation voulons-nous pour nos enfants ? Se couvrir ne tire pas à conséquence, ne pas pouvoir se découvrir est pernicieux et trouble.
- Les femmes de cinquante ans et plus qui ont connu le temps des indépendances dans les pays arabes et qui se sont battues pour la dignité féminine, sont désolées d'avoir sacrifié leur jeunesse pour une régression aussi scandaleuse. Le parcours de la pensée, tant dans le monde arabe qu'en Occident et ailleurs, fait que certaines naïvetés deviennent criminelles. Comment des filles qui deviendront des femmes qui vont voter peuvent-elles intégrer dans la marge la marque explicite d'une idéale incapacité juridique et l'acquiescement à un pouvoir de témoignage et de responsabilité civique qui serait la moitié de celle de l'élément mâle ? Nous sommes au XXIe siècle, nous ne voulons plus de l'inégalité civique réclamée par les islamistes, ni de ses signes discriminatoires.
- En fonctionnant sur l'urgence (ne pas priver quelques éléments de la fréquentation de l'école si elles s'entêtent…), nous organisons les difficultés à venir et nous serons tous coupables, tous complices aux yeux de l'Histoire, les uns par conviction, les autres par confusion, d'autres encore par vil intérêt, les derniers par lâcheté.
En conclusion, l'équipe du Centre Culturel Arabe se déclare fermement contre le port, à l'école, du "foulard sacralisé"(5). Nous pensons qu'il appartient aux familles en tout premier lieu de ramener les enfants à une conception plus saine de leur corps et de les soustraire à toute forme de propagande.
Nous souhaitons voir les pouvoirs belges légiférer (c'est à dire établir un cadre pour donner de la force aux règlements intérieurs des établissements scolaires) sur le respect dû à l'enfance et à la jeunesse et, en conséquence, sur l'éducation prodiguée à l'école. Du foulard sacralisé aux chaussures américaines obligées, aux drapeaux peints sur les vêtements, en passant par tout ce qui s'impose comme modes débiles portant atteinte à la pratique de la libre-pensée et de l'instruction délivrée en ce sens à l'école publique, nous souhaitons voir les "tabous"(6) disparaître qu'il s'agisse d'une marque commerciale, d'un objet de superstition collectif ou d'un "marquage" idéologique signalé. La protection des mineurs d'âge passe avant les valses électorales, avant le frileux, méprisant et paternaliste repli qui augure des déflagrations sociales et racistes à venir."
Au nom de l'équipe de gestion du CCA.
 

(1) Par "foulard sacralisé", nous entendons bien une étoffe portant une signification religieuse d'interdit de l'exhibition du cheveu ou du crâne, de la nuque et du cou, et non le drapé, utile pour lutter contre le froid, le soleil ou l'étoffe nouée pour retenir la chevelure le temps d'une tâche ou portée pour se faire belle et que l'on noue et dénoue au gré de la fantaisie des jours.
(2) Il est intéressant de noter que les chroniqueurs musulmans mentionnent des femmes libres. Ainsi la nièce de Aïcha, l'épouse du prophète Mohamed, ainsi l'arrière-petite-fille de Fatima, la fille de ce prophète, femmes tenant salons littéraires et ne portant aucun voile, ainsi les poétesses au cours du temps, de Bagdad à Cordoue.
(3) Rappelons-le encore : notre propos concerne la tenue à l'école et seulement cela. Pour ce qui est des femmes majeures, nous leur proposons de lire notre étude du mois de septembre 2003 afin de les aider à réfléchir, au vu de l'histoire et de tous les éléments en notre possession, le pourquoi de leur engagement. Nous ne sommes jamais assez instruits, donc jamais aussi libres de nos actes que nous le voudrions ; en ce sens nous espérons, en ce peu de chose, être utiles à nos réflexions respectives.
(4) Il est en effet facile et quelque peu "triché" de porter comme un drapeau un vœu de juridiction contraignante pour les femmes lorsqu'on bénéficie de la juridiction laïque d'un pays européen. Ce foulard devient alors un peu folklorique.
(5) Dans le Bulletin dernier (septembre 2003), nous avons étudié le phénomène du voile et du foulard dans l'histoire. Une étude n'est pas une position, c'est un ensemble d'éléments pour comprendre le pourquoi des choses. Nous recommandons à ceux qui ne l'auraient pas lu de se procurer la copie au CCA, car la complexité des raisons personnelles et collectives, conscientes et inconscientes qui amène à se couvrir la tête est une forêt vierge dans laquelle nous avons taillé quelques pistes. Aujourd'hui, notre démarche est différente : il s'agit d'une position en fonction d'une conscience, au présent et ici.
(6) Entendons par "tabous" ce qu'il serait "impossible" de remettre en question ou de désapprouver parce que la mode, la propagande ou la publicité auraient force de loi pour la collectivité.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Samedi 28 octobre 2006 6 28 /10 /Oct /2006 13:12

Le CPAS de Wavre a refusé récemment d'auditionner une jeune femme candidate à l'aide sociale au motif qu'elle refusait d'enlever son voile. Le MRAX dénonce l'instrumentalisation de la neutralité de l'Etat "non pour protéger l'Etat et ses citoyens d'une immixtion du religieux dans les affaires publiques ou l'inverse, mais pour exprimer de plus en plus ouvertement le rejet de la femme musulmane qui a fait le choix de porter le foulard ". Le président du CPAS, quant à lui, se retranche derrière l'article 11 de la Constitution, lequel refuse  "toute différenciation ayant pour but direct ou indirect de placer l'un ou l'autre des deux sexes en situation de discrimination".

L'incident ne peut manquer de relancer la question de la neutralité du service public, et risque fort, hélas, de voir assimiler une fois encore laïcité et dogmatisme laïque. S'il ne me semble pas déraisonnable, en effet, d'exiger que les fonctionnaires de l'Etat soient  - ou du moins paraissent - neutres dans l'exercice de leurs fonctions, s'il me semble souhaitable de préserver les élèves mineur(e)s de toute mainmise prématurée de la religion, quelle qu'elle soit, sur leurs consciences en devenir, je ne vois pas en revanche au nom de quoi un service public pourrait s'arroger le droit de refuser un service à l'une de ses usagères, adulte de surcroît, qui porterait un signe d'appartenance religieuse, fût-il ostensible et perçu comme discriminant.
Car qui discrimine qui, dans ce cas-ci ? Est-ce la jeune femme voilée qui discrimine le président du CPAS en refusant d'ôter son voile, ou ce dernier qui la discrimine en lui refusant l'accès à l'aide sociale dès lors qu'elle est voilée ?

En matière philosophique et religieuse, quels sont les droits et devoirs de ceux qui représentent l'Etat (enseignants, assesseurs, juges, fonctionnaires communaux, etc.) ?
Au respect de quelles règles les usagers des services publics doivent-ils être soumis en la matière (étant entendu, par exemple, qu'il ne saurait être question pour un musulman de refuser à sa femme l'assistance d'un médecin masculin pour son accouchement ) ?
Quelle place pour les religions dans la sphère publique ? Et quid du cas particulier de l'école ? 

Autant de questions auquel il devient urgent de répondre, afin d'éviter, d'une part, une escalade de revendications motivées par l'appartenance religieuse, et d'autre part, une crispation extrémiste  laïque face au phénomène religieux dans son ensemble.

C'est d'ailleurs un cadre législatif clair, qui définisse une fois pour toute ce qu'est la neutralité, que semble appeler de ses voeux le président de CPAS Frédéric Janssens (MR), lorsqu'il déclare (Le Soir, 28 octobre 2006) "Nous avons notre conception de la neutralité dans le service public. Si le ministre devait prendre une circulaire avec un point de vue différent, je l'appliquerais".

Une manière de démontrer, par l'absurde, l'urgence de légiférer ?

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 27 octobre 2006 5 27 /10 /Oct /2006 16:42

Le Soir de ce 26 octobre revient sur le taux de participation de 90% d'élèves désormais exigé par Marie Arena pour qu'un voyage scolaire soit organisé. Ce qui pose d'évidentes difficultés à bon nombre de directions d'écoles, souvent confrontées à des refus motivés par des raisons d'ordre culturel ou religieux plutôt que financier.

Marie Arena admet cela, et le déplore. Fort bien. Mais en même temps, elle déclare que c'est aux directions d'écoles de tout mettre en oeuvre pour convaincre les parents récalcitrants. Et voilà une fois de plus la patate chaude renvoyée aux directions, lesquelles ne peuvent décidément pas compter sur l'appui de la Ministre lorsqu'il s'agit de déterminer quelle place réserver aux convictions religieuses à l'école.

Et Marie Arena va plus loin: pour justifier ces 90%, elle s'exclame: "Pourrait-on accepter que l'on fixe un taux de participation minimum au cours de maths ? Non ? Alors pourquoi accepter ça pour des classes de dépaysement qui sont des activités pédagogiques ?"

Et là, à mon avis, elle dérape complètement, Madame Arena. Parce qu'enfin, si les voyages scolaires sont des activités pédagogiques au même titre que les cours de maths, et qu'il faut donc que, sauf obstacle majeur, tous les élèves y participent, pourquoi diable fait-elle endosser aux directions la responsabilité  de "faire un travail de conviction auprès des parents" ? Devra-t-on demain "faire un travail de conviction" pour que des parents acceptent que leur enfant suive un cours de biologie où leur serait enseignée la reproduction humaine, un cours de sciences où ils apprendraient la théorie de l'évolution darwinienne, un cours de littérature où ils liraient Baudelaire ou Rimbaud, un cours de gymnastique où garçons et filles participeraient ensemble à un cross dans le parc voisin ?

Mais évidemment, dire haut et clair que des arguments d'ordre culturel ou religieux ne sont pas recevables, autrement dit qu'aucun trait culturel ou religieux ne peut dispenser de participer aux activités pédagogiques de l'école, ce n'est pas très politiquement correct...

Aux écoles de mettre tout en oeuvre pour que les voyages scolaires soient accessibles à tous, financièrement parlant. Pour le reste, c'est aux parents de comprendre que le voyage scolaire, c'est comme le cours de math: comme le dit Madame Arena: "Tout le monde doit participer".

Par Nadia Geerts - Publié dans : Enseignement
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Lundi 16 octobre 2006 1 16 /10 /Oct /2006 08:53

Article publié dans le Journal du Mardi du 10 octobre 2006.

 

 

Ces dernières années, la question du port du voile dans les écoles publiques a contraint la République à redéfinir le concept de laïcité de l’Etat, ciment de la République française, et a débouché sur l’adoption, en 2004, d’une loi d’interdiction.

 

En Belgique, si le débat existe lui aussi, il ne bénéficie pas d’un cadre aussi structurant que l’attachement de principe à la laïcité, puisque nous avons préféré à cette dernière la neutralité, qui permet la coexistence, sur un pied d’égalité, de six religions reconnues et du mouvement laïque, lequel fait ainsi figure de septième culte bien plus que de cadre général.

 

Cependant, la revendication du port du voile à l’école – et, tout récemment, les débats nés de l’interdiction du port de tout signe d’appartenance religieuse, philosophique ou politique pour les assesseurs aux élections communales du 8 octobre – nous impose d’urgence une réflexion sur la manière dont le vivre-ensemble, dans une société de plus en plus multiculturelle et multi-religieuse, a le plus de chances d’être réalisé sans trop de heurts.

 

 

Un prérequis essentiel : la privatisation de la foi

 

Et la privatisation de la foi et de ses manifestations les plus ostensibles me paraît à cet égard un prérequis essentiel. Car c’est précisément là le sens de la laïcité : loin d’être un mouvement regroupant des athées voulant imposer leur mécréance au monde, la laïcité est au contraire ce qui permet à chacun de vivre librement sa foi ou son athéisme – étant assuré que l’Etat ne privilégie aucun culte -, mais dans la sphère privée, c’est-à-dire en renonçant à toute prétention d’immixtion de la religion dans les affaires de l’Etat.

 

En ce sens, il me paraît particulièrement malsain d’autoriser le voile à l’école, et particulièrement au sein de l’école officielle. Celle-ci, en effet, n’a pas à tenir compte des sensibilités religieuses des uns et des autres. Non qu’elle les méprise, mais elle n’a pas pour vocation de prendre en considération les obligations, interdits et coutumes véhiculés par chacune des religions reconnues, sous peine de devoir bientôt faire droit à des revendications de plus en plus nombreuses, variées et incompatibles non seulement entre elles, mais aussi avec la mission de l’école, qui est d’instruire, donc de « libérer l’homme des préjugés et des fausses certitudes » selon le mot de J.-M. Ducomte.

 

Qui plus est, le voile, quoi qu’on en dise parfois, peut difficilement être détaché de toute considération relative à  la place de la femme et, plus généralement, à la sexualité. Le voile, en effet, ne s’impose qu’aux femmes, et en principe aux femmes nubiles. Difficile, dès lors, de ne pas y voir une obligation pour la femme d’indiquer à tous sa non-disponibilité, son caractère de femme mariée ou à marier, mais certainement pas à séduire. Aux hommes, dès lors, le rôle de prédateurs sexuels, qui sont fondés à considérer les femmes comme étant à coup sûr des « putes » dès lors qu’elles n’indiquent pas sans doute possible qu’elles font partie du camp des vertueuses ou des « soumises ». Et aux femmes la responsabilité de se garder de leurs assauts ou d’avoir à les subir, bon gré mal gré et en n’ayant à s’en prendre qu’à elles-mêmes, dès lors qu’elles n’auraient pas accepté d’arborer le signe distinctif qui permet de les distinguer des filles de peu de vertu.

 

Ces codes sociaux rétrogrades et humiliants, tant pour l’homme que pour la femme d’ailleurs, ne peuvent être acceptés dans une société comme la nôtre, qui se libère à peine du double fléau du machisme et du cléricalisme.

 

Qui plus est, s’agissant de l’école, il est essentiel d’y faire prévaloir la mixité. Cela signifie non seulement que garçons et filles doivent pouvoir s’instruire ensemble, sans que des préjugés sexistes entravent l’émancipation des unes, mais encore que les garçons et, de manière générale, les hommes, n’ont pas à y être perçus comme de dangereux prédateurs dont il convient de se garder en affichant son indisponibilité sexuelle.

 

 

Un principe essentiel : la territorialité

 

L’école, en effet, n’est pas la rue. Le droit proclamé par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de manifester sa religion tant en public qu’en privé ne signifie donc pas qu’il faille autoriser les manifestations d’appartenance religieuse à l’école, puisqu’à l’école on n’est pas « en public » ni « en privé », mais dans l’espace public, expression qui désigne les structures de l’Etat.

 

Pas plus que l’école n’est assimilable à la rue ou à un hall de gare, elle n’est assimilable à une église, une mosquée ou un temple – si ce n’est un temple du savoir… Il n’est donc pas absurde de rappeler qu’à l’école prévalent des règles spécifiques, qui ne peuvent être dictées par les préceptes religieux quels qu’ils soient, et que ces règles sont édictées par le chef d’établissement, et non par les parents, l’imam ou les élèves eux-mêmes.

 

De tous temps, les écoles ont édicté des règles en rapport avec la tenue vestimentaire des élèves. Certaines écoles, aujourd’hui encore, sont perçues comme très « cool » sur ce point, alors que d’autres étonnent ou exaspèrent par leur rigidité, interdisant des pièces de vêtement aussi courantes que le jeans ou le survêtement de sport, des accessoires aussi « tendance » que le piercing ou le tatouage. Dira-t-on un jour aux malheureux élèves ainsi brimés dans l’expression de leur singularité adolescente que leur tenue est refusée car trop excentrique, trop peu compatible avec ce qu’ils sont sensés venir chercher à l’école, tandis que leurs condisciples arboreront leur voile sans problème ? Si ne suis certes pas une inconditionnelle du piercing ni des cheveux teints en vert, je reste persuadée que ces marqueurs-là sont infiniment moins problématiques, plus compatibles avec l’intégration future des jeunes dans la société et particulièrement dans le monde professionnel, que le port du voile.

 

 

Face au phénomène religieux : une saine indifférence, et rien de plus

 

Mais le voile a hélas pour lui d’être religieux, ce qui suscite chez nombre de progressistes des scrupules singulièrement paralysants. La religion est comme une très vieille dame : si on n’écoute plus beaucoup ses radotages, on n’en en pas moins conservé l’impression qu’on lui doit le respect et on hésite à lui dire de but en blanc qu’elle ferait mieux de rentrer chez elle soigner son arthrose mentale.

 

Ce qu’il s’agit dès lors de développer de toute urgence, face à la résurgence du phénomène religieux dans ses formes les plus rétrogrades et liberticides – déferlante de violences suite aux caricatures de Mahomet ou au récent discours de Benoît XVI, mais aussi introduction du créationnisme à côté du darwinisme dans l’enseignement aux Etats-Unis, revendication de l’introduction de la viande hallal dans certaines écoles bruxelloises ou de création de plages horaires non-mixtes dans les piscines en France, etc. – ce n’est rien d’autre que la saine indifférence de celui qui sait que toute cette agitation ne le concerne en rien, et si nécessaire la plus grande fermeté face aux débordements de violence suscités par le moindre propos jugé blasphématoire, et ce au nom du fait que si le respect des personnes est essentiel, celui des idées mène à l’absence de débat et au terrorisme intellectuel.

 

Concevrait-on en effet que des laïques assassinent une religieuse suite à des propos peu amènes proférés par le pape ? Evidemment non : il arrive au pape, à tous les papes, de dire des énormités, et celles-ci ne valent pas plus qu’un haussement d’épaules.

 

Serait-ce trop demander aux religieux de tout poil que d’intégrer à leur tour que leur foi n’intéresse que leurs coreligionnaires, que l’Etat n’est pas un gardien de la foi, et aux représentants de cet Etat de le leur rappeler, sans agressivité mais sans circonvolutions embarrassées, lorsque le besoin s’en fait sentir ?

 

 

Nadia Geerts
Auteur de « L’école à l’épreuve du voile », Labor, Quartier Libre, 2006. Préface de Sam Touzani.    

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 11 octobre 2006 3 11 /10 /Oct /2006 16:51

Soyons clairs: ma première réaction, suite à l'annonce du pied de nez qu'avait infligé Isabelle Durant à Laurette Onkelinx en signant avec le MR, a été: "bien fait !". Ni plus ni moins.
Parce que lorsqu'on se fait parachuter à Schaerbeek alors qu'il est de notoriété publique qu'on n'y a pas la moindre attache ni la moindre intention de s'y installer, on ne mérite guère mieux qu'un rappel, fût-il brutal, du fait que dans "élections communales" on entend "communales", et donc "commune".

Ma deuxième réaction, mon premier mouvement d'humeur - de bonne humeur - passé, fut pour m'étonner des mines de vierge effarouchée qu'adoptaient certains mandataires PS, Moureaux en tête, pour fustiger le manque d'éthique d'Isabelle Durant, qui n'hésitait pas à rompre un accord sans même en informer les signataires dudit accord. D'accord, le procédé manquait d'élégance, mais la politique a ses raisons que la raison connaît fort bien, et il y a belle lurette qu'hélas les leçons d'éthiques, venant du PS, ne provoquent plus rien d'autre en moi que le sourire narquois de celle à qui on ne la fait pas. D'autant que la présence d'au moins un candidat proche des "loups gris", organisation turque d'extrême droite, sur la liste socialiste schaerbeekoise, rendait caduque à la fois toute leçon de morale émanant du PS - quand on fricotte avec ces gens-là, remisant au placard ses soi-disant principes au nom d'un électoralisme de bas étage, on a la décence de se faire petit dans le registre de l'éthique...- et la légitimité du préaccord signé entre le PS, le CDh et Ecolo.

Vive Isabelle Durant, alors ?
Ben non, pas tout à fait. Parce qu'un point reste obscur à mes yeux, et m'empêche de l'applaudir sans mesure: lorsqu'elle a signé cet accord avec le CDH et le PS, ignorait-elle la présence de ce loup gris sur la liste PS ? C'est peu probable. Et si elle ne l'ignorait pas, pourquoi n'a-t-elle pas résilié l'accord en question avant même les élections ? Voilà qui aurait été moralement irréprochable.
Au lieu de cela, cette saga schaerbeekoise me laisse la désagréable impression que ledit loup gris, à lui tout seul, ne suffisait pas à déraciner l'olivier. Qu'on aurait pu s'en accommoder, si la majorité de cet olivier avait été plus confortablement assise. Bref, que les principes, chez Ecolo aussi, ont été singulièrement malmenés ces temps-ci...

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Mardi 10 octobre 2006 2 10 /10 /Oct /2006 17:14
Les plaintes déposées par des musulmanes contre l'interdiction qui leur a été faite de porter le voile dans l'exercice de leur fonction d'assesseuse me paraissent fondées sur une confusion inquiétante.
En effet, si manifester ses convictions religieuses en public est un droit fondamental qu'aucun démocrate ne songe à mettre en cause, les manifester dans l'espace public est une autre affaire. L'espace public, en effet, désigne les structures de l'Etat, ce que sont de toute évidence l'école ou le bureau de vote.
Il ne s'agit donc pas pour la société d'exclure une partie de sa population pour de quelconques motifs racistes, mais de lui demander une certaine retenue dans l'expression de ses convictions dès lors qu'on est, non pas dans la rue, un hall de gare ou un jardin public, mais dans un bâtiment de l'Etat.
Est-ce trop demander ? A chacun d'en juger. Mais de grâce, arrêtons de tout embrouiller et de taxer d'intolérance, d'acharnement et de pratiques discriminatoires ceux qui appellent de leurs voeux un Etat laïque plutôt que pluraliste. Ceux-là le font, eux aussi, au nom du vivre ensemble.
Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Samedi 7 octobre 2006 6 07 /10 /Oct /2006 13:15

Interview parue dans Le Soir le 28 septembre 2006

A bout portant
Nadia Geerts, Philosophe, professeur de morale, auteur de « L'école à l'épreuve du voile ». Ed. Labor

 Hugues Dorzée


Dans votre livre « L'école à l'épreuve du voile », mi-pamphlet mi-manifeste, vous plaidez pour une interdiction totale du foulard dans les établissements scolaires. Pourquoi ?


La situation actuelle est intenable. Je vois beaucoup d'apathie, de malhonnêteté voir de lâcheté dans le chef du monde associatif et d'une certaine classe politique (la gauche « bien pensante » en tête !). En Belgique, on a décidé de ne pas décider. On laisse les directions d'école se dépatouiller avec les problèmes. On accepte de voir fleurir des écoles « foulard admis » et d'autres pas. Morale de l'histoire : ce critère devient un critère en soi, bien avant le projet pédagogique, la réputation de l'établissement, les perspectives de débouchés. C'est malsain et intenable.

Que le voile soit ou non un prescrit coranique, c'est à la société civile de déterminer, en toute indépendance, de savoir si cette pratique est compatible avec les règles du vivre-ensemble.

Quelle que soit la signification que l'on donne au voile (acte de foi, expression d'un engagement, habitude culturelle, simple accessoire esthétique...), vous dites : soit son interdiction à l'école doit s'imposer « absolument », soit elle ne doit pas poser de problème. Pourquoi ?

Je pense que l'on doit se garder de toute interprétation au cas par cas. Qu'il est temps d'établir des règles claires, communes, harmonisées. Que l'interdit est un fondement essentiel de toute société humaine. Que l'on arrête de craindre cet interdit comme d'autres sociétés humaines craignent la tendresse, le déshonneur ou les microbes !

Pour vous, le port du voile est incompatible avec les missions de l'école publique - émanciper, inculquer des valeurs universelles, transmettre un regard critique... Vous attaquez de front les trois symboliques du voile : le rapport à la féminité, à Dieu et à la culture.

Le voile, contrairement à d'autres signes d'appartenance religieuse, ne vise que la femme. Il tend à nier la féminité. Il est porteur d'un message explicitement sexuel : qu'elle soit ou non mariée, celle qui le porte se garde pour son (futur) époux. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est un constat. L'école n'est pas un espace public comme un autre. Ça n'est pas la rue, le hall de gare ou le square ! C'est à l'école qu'on apprend la mixité, l'égalité des sexes, le respect de la différence, etc. Derrière le voile se cache une dangereuse restriction des rôles et des prérogatives de chacun. Aux hommes les pulsions incontrôlées ; aux femmes de devoir s'y soustraire en reléguant leurs attraits au placard.

Votre esprit mécréant vous fait dire « que Dieu, s'il existe, n'a nul besoin qu'une jeune fille se dissimule la tête pour savoir qu'elle appartient à son fan-club ». Pourquoi ?

Je n'ai pas de problème avec la jeune musulmane qui veut afficher sa foi, mais qu'elle le fasse en dehors de l'enceinte scolaire. A l'école, on forme des citoyens et des citoyennes libres, émancipés. Les appartenances identitaires sont secondaires. On tend au maximum vers l'universalité. Ce qui implique qu'il faille laisser ses particularités au « vestiaire » pour laisser place à des valeurs communes. Cela dépasse de loin la question du voile.

Vous vous insurgez contre ceux qui voient dans l'interdit du voile une forme de racisme. Vous dénoncez les amalgames « pernicieux et culpabilisants » qui faussent totalement le débat.

Oui, j'y vois une grossière erreur ou une malhonnêteté intellectuelle. On peut être parfaitement démocrate et s'opposer à l'intrusion du religieux dans l'école publique. Comme on peut être opposé au fondamentalisme islamique sans être forcément taxé d'islamophobe ou de raciste ! Comme on peut être opposé à la politique menée par Ariel Sharon sans être pour autant antisémite ! Qu'on m'accuse d'anticléricalisme, à la limite. Je suis partisane de reléguer la foi dans la sphère privée et je refuse le pouvoir politique de la religion. Mais crier à la xénophobie, ça c'est malhonnête !

Par-delà la question du voile, vous plaidez pour « l'édification de sociétés laïques ». « Il est temps, écrivez-vous, que nos sociétés se libèrent de leur complexe vis-à-vis du religieux, et qu'elles le considèrent enfin comme ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : un simple ensemble de coutumes et de croyances, qu'il n'y a pas lieu de fétichiser. » Face à la recrudescence des phénomènes religieux, vous préconisez « non pas une animosité combative et revancharde, mais une saine indifférence ».

L'actualité est là : l'affaire des caricatures de Mahomet, le récent discours de Benoît VXI, les velléités des chrétiens intégristes... Il faut préserver le droit au blasphème. Préserver la liberté d'expression. Rappeler que la société multiculturelle, ça n'est pas des individus juxtaposés, des écoles-ghettos, le repli identitaire, mais le brassage, le métissage, le partage de valeurs universelles, etc. Reléguer la religion dans la sphère privée. Réaffirmer que la démocratie n'est pas une égale et infinie bienveillance pour tous. Proclamer que les droits de l'homme, cela n'est pas (re)négociable.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 /10 /Oct /2006 19:41

Non, je ne suis pas candidate aux prochaines élections, et ne vais donc pas tenter, via ce blog, de vous convaincre de voter pour moi. Plus simplement, j'ai eu envie, suivant en cela l'inexorable mouvement du "progrès" (?), de m'offrir, moi aussi, une vitrine sur internet. Non pas pour vous parler de ma vie privée, qui, désolée, ne regarde que moi et ceux qui la partagent - pas vous, donc - mais pour rassembler sur le net deux ou trois petites choses relatives à mes engagements, mes idées, mes combats, mes coups de gueule.

Certains de ces coups de gueule sont déjà disponibles sur le net, puisque je déverse depuis près de 5 ans sur le site antifasciste RésistanceS (www.resistances.be) - à une fréquence irrégulière puisqu'au gré de mes humeurs -, des textes en rapport avec le racisme, l'extrême droite, le fascisme, etc.


D'autres me connaissent via mes activités républicaines, via le Cercle républicain (www.crk.be) que je préside depuis sa fondation en 2000. Là encore, il n'est pas difficile, en quelques clics, de découvrir ma prose subversive et de s'en réjouir ou - plus souvent - de s'en offusquer.


Et puis il y a mes autres préoccupations, mes autres activités, comme par exemple le livre que je viens de publier chez Labor (collection Quartier Libre).
J'essayerai ici, via ce blog, de vous faire découvrir mes coups de coeur - car je n'ai pas seulement des coups de gueule ! -, et aussi de tenir un agenda des conférences, débats, rencontres, etc. auxquelles je suis amenée à participer.

Bonne lecture.

 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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