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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Laïcité - religions

Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 10:24

La carte blanche publiée dans Le Soir du 27 octobre 2009 sous le titre « Femmes voilées : laissons-les en paix ! » m’a interpelée par ce qui m’apparaît comme un manque préoccupant de sens du politique. À en croire les auteurs, toute la question du voile se résume à une question de liberté individuelle manifestée par la liberté de s’habiller comme on l’entend. Le problème, me semble-t-il, est plus complexe que ça.

 

Moi aussi, je suis partisane de laisser les femmes voilées en paix. À deux réserves près cependant.

La première est que je ne considère pas que les gamines soient des « femmes ». Et que je crains donc, conséquemment, que sous prétexte de les laisser en paix, on ne les livre pieds et poings liés à des radicaux qui n’auront pas, pour leur imposer le voile, les scrupules que certains éprouvent à le leur interdire.

La seconde est que j’estime que, dans l’exercice de certaines fonctions, il est souhaitable de ne pas afficher ses convictions religieuses – en ce compris son athéisme. Il n’y a là aucun fondamentalisme, mais une exigence de neutralité dans l’apparence des fonctionnaires publics, policiers, juges, enseignants, etc.

De ce point de vue, là question du voile ne saurait se résumer à une question de liberté individuelle ni être comparée à la jupe et aux talons aiguille. Certes, on peut considérer que ces accessoires vestimentaires sexualisent la femme tout autant que le voile. Mais libre à chacune de se soumettre aux diktats d’une mode féminine qui réduit la femme à un objet de désir.

 

En revanche, si nous devons laisser les femmes voilées en paix, cela signifie-t-il que nous n’ayons pas le droit de limiter d’une quelconque manière leur liberté d’afficher leurs convictions religieuses ? C’est ce que semblent défendre les auteurs. Poussons alors le raisonnement jusqu’au bout, et acceptons des policières, des magistrates, des enseignantes, des médecins en hôpitaux publics, etc. voilées. Mais soyons alors cohérents, et acceptons de même que les membres de ces professions qui seraient juifs, bouddhistes, catholiques, témoins de Jéhovah, Amish, voire même athées (!), affichent pareillement leurs convictions en tous lieux.

Pensez-vous réellement que nous vivrons mieux ensemble ? Pensez-vous que les jugements pourront être rendus, les cours donnés, les patients accueillis, les troubles de l’ordre public gérés, … dans la sérénité ?

 

Ma réponse est non. Et j’estime que ce n’est pas persécuter les femmes voilées que de leur demander une certaine intériorisation de leur foi, et ce dans l’intérêt de la collectivité, dans l'exercice de certaines fonctions.

 

Un dernier mot sur l’école. Les auteurs plaident pour une interdiction d’y interdire le voile. Cette position est irréaliste. 95% des écoles interdisent aujourd’hui le voile, tous réseaux confondus. Cela n’a pas mené à une flambée d’écoles islamiques. En revanche, c’est le résultat direct des difficultés que l’ingérence de considérations d’ordre religieux au sein de l’école faisait naître. Dans cette perspective, il ne faut pas être devin pour prédire que toute mesure d’interdiction d’interdire déclencherait une réaction massive du monde enseignant, qui n’accepterait pas qu’au nom de beaux principes, on néglige la réalité qu’ils vivent quotidiennement sur le terrain.

Car contrairement à une antienne, les seules concernées ne sont pas les filles voilées. Ce sont également, et au même titre, leurs condisciples qui refusent le voile, les garçons qui les côtoient et, plus encore, les enseignants et éducateurs qui les encadrent.

 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 20:00

Souvenez-vous : à la fin de l’année scolaire 2005, les athénées de Gilly et de Vauban, dans la région de Charleroi, décidaient d’interdire « le port de tout couvre-chef, de signe ostensible d’appartenance politique ou religieuse dans l’enceinte de l’établissement ». Contesté par certains parents, ce point du futur règlement d’ordre intérieur était cependant avalisé par la ministre de l’enseignement de l’époque, Marie Aréna. Le MRAX décidait alors d’ester en justice et de demander au Conseil d’Etat l’annulation de ce point du règlement des athénées concernés. Le 17 mars dernier, le Conseil d’Etat rendait son avis, et déboutait le MRAX dans sa demande (voir http://nadiageerts.over-blog.com/article-30289925.html).

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Outre le MRAX, deux familles avaient également porté l’affaire devant le Conseil d’Etat. Lequel vient de les débouter à leur tour. Victoire ?

 

Si victoire il y a, c’est en tout cas une bien curieuse victoire, puisque le Conseil d’Etat se garde bien de trancher sur le fond. En réalité, il rejette la requête des plaignants pour un motif curieux : les trois jeunes filles concernées, qui étaient toutes trois mineures au moment des faits, n’étaient représentées que par leurs pères. Le Conseil d’Etat estime en effet que, selon l’article 373 du Code civil (alinéa 1), « lorsqu’ils vivent ensemble, les père et mère exercent conjointement leur autorité sur l’enfant » et qu’ils « le représentent ensemble ».

 

Exit donc la plainte, sans que l’affaire ait aucunement été jugée sur le fond. Et c’est regrettable. Le MRAX a en effet beau jeu, à présent, de crier au « déni de justice », déni qui vient s’ajouter à la désormais classique accusation de « déni de leur liberté religieuse et du déni de leur droit d’être traitées avec égalité et sans discrimination »[1].

 

Je ne suis pas juriste, et ne me hasarderai donc pas à disserter sur les fondements juridiques du rejet de la requête déposée par les parents, et en particulier sur la question de savoir si les deux parents doivent obligatoirement représenter leur enfant lors d’une affaire en justice qui le concerne. Selon le MRAX, évidemment, c’est non, lequel cite à l’appui de ses dires le même article 373 du Code civil (alinéa 2).

 

Mais en tout état de cause, il faut bien reconnaître que l’avis du Conseil d’Etat n’a pas fait avancer d’un cheveu la question de la légalité de l’interdiction des signes religieux dans l’enseignement officiel. Et je ne peux qu’émettre à cet égard quelques hypothèses :

 

Soit la question juridique de la représentation parentale est sans ambigüité dans la loi et la jurisprudence, et l’on peut s’étonner que les plaignants n’aient pas été informés de ce que leur requête, telle qu’elle était présentée, ne serait pas recevable.

Soit la question est floue, comme semblent l’indiquer les interprétations divergentes que font le Conseil d’Etat et le MRAX du même article du code civil. Et dans ce cas, il faut se demander si le Conseil d’Etat n’a pas préféré se retrancher derrière un obscur point de droit plutôt que de s’engager dans une mission aussi périlleuse que celle qui consiste à trancher la question des signes religieux dans l’enseignement officiel.

A moins évidemment que l’absence des mamans des jeunes filles concernées n’ait été perçue par le Conseil d’Etat comme un indicateur possible de ce qu’une « décision importante concernant leur éducation et leur formation » n’était en réalité prise que par les pères, sans l’accord de leurs épouses.

 

Quoi qu’il en soit, on ne voit pas très bien ce que ça change. Que ces jeunes filles portent le voile avec l’accord ou non de leurs mères ne doit, à mon estime, rien changer à l’attitude que doit avoir l’enseignement officiel vis-à-vis des signes religieux. La question n’est pas en effet celle du consentement, ni celle de l’adéquation du choix de telle jeune fille aux principes éducatifs que ses parents lui ont transmis, mais celle de la portée que peuvent avoir des choix éducatifs et/ou des choix personnels, qu’ils soient religieux ou non, dans l’espace scolaire.

 

En l’absence de décision du Conseil d’Etat sur le fond, le MRAX menace à présent d’introduire un recours devant les instances internationales, « puisqu’à tous les niveaux de pouvoir, le débat est refusé dans notre pays ». On ne peut que souhaiter que, si cette démarche se concrétise, la plainte sera correctement libellée, sans aucune faille juridique, et qu’elle pourra donc enfin être examinée sur le fond.



[1] Communiqué de presse du MRAX  du 6 octobre 2009

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /Oct /2009 14:45

Le récent débat entre Ramadan et Zemmour chez Ruquier était affligeant. En face du prédicateur charismatique, un contradicteur dont l’argument massue pouvait se résumer à « A Rome, fais comme les Romains ». Un peu court, et tout bénef pour Frère Tariq.

 

C’est hélas l’un des arguments récurrents de certains de ceux qui s’opposent aux revendications islamistes en Europe : ces revendications émaneraient d’étrangers qui refuseraient de s’intégrer, voire de s’assimiler, et prétendraient « nous » imposer des codes de comportements tout droit importés de « chez eux ». Ce raisonnement comporte à mon sens deux erreurs fondamentales.

 

La première consiste à opposer les Belges ou les Français dits « de souche » aux immigrés de culture arabo-musulmane, négligeant un fait essentiel : les musulmans dont nous parlons, que leurs revendications nous plaisent ou non, sont autant chez eux que nous. Ils sont nés ici, tout comme leurs parents souvent. Ce sont des citoyens belges ou français à part entière, qui ont autant que nous le droit de prendre part au débat politique. Et parmi eux figurent des Belges ou Français « de souche » convertis à l’islam, dont le discours est parfois au moins aussi inquiétant que celui de certains de leurs coreligionnaires « allochtones »[1]. Cela ne signifie pas que leurs revendications soient légitimes ; mais elles ne peuvent être considérées comme illégitimes qu’en fonction de principes politiques, et non sur base d’une assignation à une sorte de citoyenneté conditionnelle ou à deux vitesses. Cela ne signifie pas non plus qu’il faille s’interdire de se poser la question de savoir ce que ces partisans d’un islam rigoriste trouvent de positif à la vie dans une démocratie occidentale, ni même de penser qu’ils seraient sans doute plus en accord avec le monde dans lequel ils vivent s’ils choisissaient d’émigrer en Arabie Saoudite ou en Iran. Et entendre une femme sous burqa vanter les vertus de l’Arabie saoudite, et son mari celles de la lapidation, fait froid dans le dos. Il n’empêche : elle est notre concitoyenne de plein droit, comme les électeurs de Le Pen ou les nostalgiques de Pétain ou de Degrelle, et le débat démocratique avec elle ne peut faire l’économie de cela.

 

La seconde consiste à justifier la nécessité de l’acceptation par tous de certains principes par le fait que « ici, c’est comme ça ». Piètre argument, qui, s’il avait été suivi au cours des millénaires passés, aurait rendue caduque toute velléité de progrès ou de rupture avec une quelconque tradition. Tout le contraire, en somme, des valeurs des Lumières, dont l’audace et la force subversive ont manifestement échappé à Eric Zemmour.

Pour le dire autrement, si les revendications d’un certain islam sont inacceptables, ce n’est pas, cela ne peut pas être parce que l’islam ne fait pas partie de notre culture. Toute culture peut et doit s’enrichir des apports extérieurs, et se recroqueviller dans une vision figée de la culture est le plus sûr moyen de la tuer.

Non, si certaines revendications islamiques sont inacceptables, c’est parce qu’elles sont en contradiction avec certains principes fondamentaux, notamment ceux énumérés dans la Déclaration universelles des droits de l’homme. Déclaration universelle précisément en ce qu’elle ne prétendait pas définir l’esprit français ou la grande tradition gauloise, mais les droits fondamentaux de tout être humain, partout dans le monde, quels que soient son sexe, sa naissance, son origine nationale, sa religion. Ce qui signifie également que les droits reconnus aux individus ne peuvent être fonction de leurs convictions religieuses particulières.

 

À ces deux dérives qui, si elles paraissent aller dans le sens du combat laïque, le déforcent en réalité, il faut en ajouter une troisième, bien présente sur le site français Riposte Laïque, lequel se plaît à entretenir la confusion entre islam et islamisme, quand il ne prétend pas que ceux qui font le distinguo se piquent de bons sentiments, d’angélisme, voire de complaisance envers l’ennemi.

Or, s’il est un fait que l’islam est dans une phase préoccupante de radicalisation, prétendre que l’islam serait par essence contraire à la démocratie, animé de prétentions politiques ou, de manière générale, incapable de pratiquer son aggiornamento, c’est le plus sûr moyen de radicaliser les uns et les autres : les musulmans, à qui, comble de l’ironie, des « laïques » eux-mêmes iraient dire que le seul islam possible est un islam fondamentaliste et archaïque ; et les non-musulmans, qui ne pourraient en conclure qu’une chose : l’incompatibilité principielle de l’islam avec la république.

 

Au rebours de cette vision dangereuse, les laïques ont le devoir de soutenir sans arrière pensée leurs concitoyens musulmans qui refusent les discours de l’islamisme. Même, et surtout, s’ils sont peu nombreux, peu visibles, et encore moins entendus. Qu’avons-nous à gagner à dire à ceux-là que leur religion n’est pas ce qu’ils croient qu’elle est ? Espérons-nous les convertir à l’athéisme ?

Soyons sérieux : ce qui importe réellement, ce ne sont pas les convictions religieuses de nos concitoyens ; c’est la place que ces convictions prétendent occuper dans les affaires politiques. C’est cela, la laïcité, dont le nationalisme, le racisme et l’hostilité à l’islam en tant que tel nous éloignent aussi sûrement que le relativisme culturel, le culte de l’idylle multiculturelle et l’islamophilie béate.

 


[1] Il faut voir, à cet égard, le reportage français consacré à deux jeunes femmes françaises ayant choisi de vivre sous la burqa : http://videos.tf1.fr/sept-a-huit/une-vie-sous-la-burqa-4807060.html. L’une d’elles est parfaitement « gauloise », et convertie à l’islam.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /Sep /2009 11:05

Je republie ici un commentaire, reçu d'une enseignante de Dison, qui me semble avoir le mérite d'être ancré dans le concret et de dépeindre très précisément la réalité vécue dans cette école du fait d'une minorité d'extrémistes. Ce témoignage confirme ce que je dis depuis longtemps, à savoir que derrière la revendication du port du voile, c'est de toute une mise en question des fondements de la vie scolaire, et plus largement de la vie en société qu'il est question.
Je signale également que le Collège communal de Dison a voté hier à l’unanimité l’exclusion définitive des fillettes dont les parents refusaient de se plier au règlement d'ordre intérieur, qui interdit dorénavant le port de tout signe religieux.


Les écoles de Dison font beaucoup parler d’elles en ce moment. Tout le débat se centre sur une interrogation : doit-on ou non interdire le voile à l’école ?
En tant qu'enseignante, je voudrais relater ce que nous vivons dans nos classes maternelles et primaires avec certains musulmans extrémistes concernant leurs fillettes:

-  refus que les filles enlèvent leur voile même au cours de gymnastique

-  refus qu'elles suivent les cours de natation 

-  intervention du père pour que les filles ne soient pas assises à côté d'un garçon en classe

-  refus par l'enfant de colorier un dessin car il s'agit d'un cochon!!!

-  refus de participer aux spectacles scolaires (interdiction de monter sur scène). Les enfants doivent donc regarder les répétitions sans pouvoir y participer!

-  interdiction de participer aux voyages scolaires or une participation de 90 % est indispensable pour pouvoir organiser un voyage. Comment réagiront les parents des autres élèves si toute la classe est pénalisée (ou tous les élèves de la Commune si c'est un voyage commun) ?

-  refus par le père de serrer la main aux enseignantes et à la Directrice

- refus par un enfant de 1ère primaire d'écrire une addition car il y voit le signe de "Jésus"

- refus de l'autorité des enseignants et de la Direction

- refus de signer les notes du journal de classe quand ce qu’il y lit ne lui convient pas.

Cette liste n’est malheureusement pas exhaustive !

Je tiens toutefois à préciser que les faits relatés ne concernent que quelques familles et qu’il y a dans notre école un grand respect de toutes les cultures. La « multi culturalité » est une grande richesse et plusieurs projets ont été réalisés sur ce thème avec une participation active des parents. 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 08:28

Cet article a été publié sous forme de carte blanche dans La Libre Belgique du 15 septembre 2009.

La nouvelle est tombée vendredi : dorénavant, les signes religieux seront interdits dans toutes les écoles de la Communauté flamande, comme en a décidé le Conseil de l’Enseignement
[1].

 

Voilà une mesure de bon sens dont on souhaiterait que la Communauté française s’inspire. En effet, il serait temps que le monde politique francophone s’inspire des expériences vécues dans de nombreuses écoles, où la non-interdiction des signes religieux a débouché sur de graves difficultés : ce sont ces difficultés, et non une quelconque hostilité à la diversité, qui ont motivé tous ces chefs d’établissements : refus de serrer la main à un professeur masculin, d’être seule avec lui dans un local ou de participer aux cours de gym à Bruxelles 2 ; prosélytisme et pressions sur les filles non voilées à Anvers; refus de participer aux activités de théâtre ou de patinoire, refus de contrôle de la chevelure pour y détecter d’éventuels poux à Vauban ; refus enfin tout récemment, dans une école primaire de Dison, de laisser la fillette concernée fréquenter la piscine. Et ce ne sont là que quelques exemples.

 

N’en déduisons pas hâtivement que l’ensemble des musulmans de ce pays seraient hostiles à la mixité, et à l’ouverture sur le monde que l’école a pour mission de favoriser. La réalité est tout autre, et insuffisamment rappelée : dans l’immense majorité des cas, l’interdiction des signes religieux est bien acceptée par les élèves musulmans et leurs parents. Mais quelques activistes empoisonnent le débat, donnant simultanément l’impression fallacieuse qu’ils sont représentatifs de l’ensemble de la « communauté musulmane », et le sentiment que si nous ne cédons pas à leurs exigences, nous verrons bientôt fleurir quantité d’écoles islamiques. Or, l’exemple français montre bien, six ans après le vote d’une loi d’interdiction des signes religieux à l’école, que ces craintes ne se sont pas réalisées : l’enseignement confessionnel français compte à ce jour quatre écoles musulmanes[2]

 

Ce qui me paraît bien plus inquiétant aujourd’hui que ce spectre des écoles islamiques, c’est que l’on puisse discuter très sérieusement de savoir si des gamines de l’enseignement primaire ou maternelle peuvent ou non porter le voile à l’école. Les tenants de la liberté religieuse oseront-ils sérieusement prétendre qu’une fillette de cet âge pose un choix conscient en revêtant son voile ? Au lieu de nous tortiller pour déterminer si nous avons le droit d’interdire ce voile à l’école, ne devrions-nous pas opter sans hésitation pour la protection de l’enfant contre ceux qui la transforment avant l’heure en objet de désir à soustraire impérativement aux regards concupiscents des petits mâles ?

 

Une autre question me paraît devoir d’urgence être posée : comment expliquer qu’un prescrit qui n’apparaît nulle part de manière indiscutable dans le Coran soit devenu aujourd’hui, pour certains, l’alpha et l’oméga de l’islamité de la femme ? Quelle urgence y a-t-il à faire porter le voile à une adolescente ou à une fillette ?

Pour répondre à cette question, on ne peut faire l’économie de ceci: dans l’esprit de ceux qui bataillent aujourd’hui contre des règlements scolaires prétendument discriminatoires, le voile ne se réduit pas à un signe religieux, et encore moins à un « simple bout de tissu ». Il véhicule une conception bien précise de la femme (et parfois de la fillette) et de ses rapports avec l’autre sexe qui explique les dérives mentionnées ci-dessus : derrière le voile, ce sont l’assignation à une décence rigidement codifiée pour les filles, et le soupçon de lubricité pour les garçons, qui se profilent, mettant à mal le climat de confiance principielle qui devrait sous-tendre les relations humaines dans le cadre scolaire. Il véhicule également une conception du monde dans laquelle le religieux est premier, et le temporel second. L’exact contraire de ce qui constitue le fondement même de nos démocraties, et qui implique que les règles qui organisent le vivre ensemble sont des créations humaines, et non des préceptes divins.

 

Face à cela, il était urgent de rappeler que l’école est ouverte à tous, sans distinction d’origines, de condition sociale, de sexe ou de convictions, mais dans le respect par tous d’un ensemble de règles destinées à favoriser le vivre ensemble.

 

C’est ce que vient de faire le Conseil de l’enseignement de la Communauté flamande. Bientôt suivi en cela, je l’espère, par les autorités compétentes en matière d’enseignement en Communauté française, pour que la prochaine rentrée scolaire se déroule dans la sérénité. Nos écoles, nos élèves en ont bien besoin.

 



[1] Une exception est toutefois prévue pour les enseignants de matières philosophiques, et ce uniquement pendant les cours. De même, les élèves pourront également porter ces signes distinctifs durant ces cours.

 

[2] http://tom-goldschmidt.blogspot.com/2009/04/une-ruee-vers-les-ecoles-musulmanes.html

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 20:23

Mon article sur « Islam et démocratie » (http://nadiageerts.over-blog.com/article-35749388.html) a suscité nombre de commentaires. Certains insistaient sur le fait que le Coran, à la différence des textes sacrés juifs et chrétiens, n’étaient pas interprétable. Moi, je veux bien tout ce qu’on veut. Mais il me semble que s’agissant du voile prétendument islamique, il y a comme qui dirait un problème :

 

Que dit le Coran concernant le voile ? Pas un mot qui permette d’en déduire une obligation pour toute musulmane, dès lors qu’elle est pubère (voire, pour les plus pervers, bien plus tôt) de se couvrir la tête en présence des hommes qui ne lui sont pas apparentés : on sait que le prophète demandait à ce qu’un voile soit tendu entre ses épouses et les hommes qu’il recevait, mais cela ne me permet pas de conclure que toutes les musulmanes sont concernées, ni surtout n’explique comment on passe de l’étoffe tendue au voile sur la tête.

De la même manière, le Coran dit « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. » (XXIV, 31)

Voilà qui est bien plus clair, et parle en effet des croyantes, et non plus des seules épouses du prophète. Mais ce qui est très clair également, c’est qu’il est question de poitrine et d’atours (qu’on pourrait dévoiler en frappant des pieds), et non de chevelure. Par quel miracle d’interprétation est-on donc monté de quelques cinquante centimètres, alors qu’il eut été si simple que les musulmanes se couvrent la poitrine, comme toute une chacune ou presque ?

 

Mon esprit volontiers cartésien[1], je le reconnais volontiers, a donc tendance à se dire que ceux qui prétendent qu’il faut lire le Coran de manière littérale ne devraient avoir aucune raison de prôner le port du voile pour les musulmanes, puisqu’il s’agit là d’une interprétation éhontée de ce que le texte dit réellement.

 

Un abime vertigineux s’ouvre alors sous mes pieds : serait-ce donc en interprétant le Coran qu’on en vient à penser que toutes les femmes doivent se mettre un bout de tissu sur la tête ? Dans ce cas, en toute bonne logique, les fondamentalistes islamiques devraient s’opposer au port du voile, ou du moins s’en ficher comme de leurs premières babouches.

 

Admettons donc que, pour de mystérieuses raisons, certains « savants » musulmans aient estimé nécessaire, en cherchant à comprendre l’intention divine au-delà du texte littéral, que les musulmanes se couvrent désormais la tête. Par pudeur, nous disent-ils, pour ne pas qu’elles attirent les regards sur elles. Soit. Mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu raté : d’abord parce que les plus pudiques, selon les codes en question, sont précisément celles qui attirent le plus le regard, du moins dans nos contrées. Et c’est au point que si vous voulez, madame, qu’on vous regarde, le plus sûr moyen est sans conteste de revêtir une burqa : vous éclipserez aussitôt, je vous le garantis, toutes les bimbos au nombril à l’air.

Ensuite parce que je ne saisis pas bien comment ces femmes pénétrées de l’importance de ne pas attirer les regards sur elles concilient cette obligation avec le fait de manifester plusieurs jours de suite devant les écoles anversoises, comme elles l’ont fait la semaine dernière.

On me dira que je suis injuste, que discrétion ou pas, il est des moments où il faut défendre ses droits. Certes… Mais remarquez que ce n’est pas moi qui ai dit que la femme devait être discrète.

 

Bref, ceux qui refusent traditionnellement d’interpréter sont justement ceux qui recourent à l’interprétation pour faire du voile un prescrit coranique. Il faut donc nécessairement interpréter le Coran si l’on veut justifier le port du voile. Or, c’est justement ce que refusent qu’on fasse ceux qui considèrent le voile comme un prescrit coranique… Cherchez l’erreur.

 


[1] Du moins jusqu’au moment où Descartes réintroduit Dieu dans une démonstration jusque là rigoureuse, et prétend en démontrer l’existence…

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 17:21

La nouvelle est tombée cet après-midi : dorénavant, toutes les écoles de la Communauté flamande seront « sans voile », comme en a décidé le Conseil de l’Enseignement. Une exception est toutefois prévue pour les enseignants de matières philosophiques, et ce uniquement pendant les cours. De même, les élèves pourront également porter ces signes distinctifs durant ces cours.

 

Voilà une mesure de bon sens dont on souhaiterait que la Communauté française s’inspire. En effet, il serait temps que le monde politique francophone s’inspire des expériences vécues dans de nombreuses écoles, où l’autorisation des signes religieux a débouché sur de graves difficultés : ce sont elles, et non une quelconque hostilité à la diversité, qui ont motivé tous ces chefs d’établissements : refus de serrer la main à un professeur masculin, d’être seule avec lui dans un local ou de participer aux cours de gym à Bruxelles 2 ; prosélytisme et pressions sur les filles non voilées à Anvers ; refus des activités de théâtre ou de patinoire, refus de contrôle des cheveux pour y détecter d’éventuels poux à Vauban, etc.

 

Le voile n’est pas un simple signe religieux. Il véhicule une conception bien précise de la femme (et parfois de la fillette…) et de ses rapports avec l’autre sexe qui explique les dérives mentionnées ci-dessus. De surcroît, il tend à devenir, si pas dans l’esprit de celles qui le portent, du moins dans celui de ceux qui en prônent le port, un signe politique. Quelle est l’urgence, pour une gamine ou une adolescente, de porter le voile ? Pourquoi tant de jeunes filles se mettent-elles à le porter ? Nier qu’il entre dans les facteurs d’explication de ce phénomène un activisme islamiste serait pure naïveté.

 

Face à cela, il était urgent de rappeler que l’école est ouverte à tous, sans distinction d’origines, de condition sociale, de sexe ou de convictions, mais dans le respect par tous d’un ensemble de règles destinées à favoriser le vivre ensemble.

 

C’est ce que vient de faire le Conseil de l’enseignement de la Communauté flamande.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 12:49

À Dison, la décision de deux écoles communales d’interdire dorénavant le port de tout couvre-chef fait des vagues, et le tribunal a ordonné aux deux écoles de laisser les fillettes fréquenter l’école en attendant la décision la décision du Collège, qui devrait tomber ce lundi. L’un des pères concernés refuse dans la foulée que ses filles aillent à la piscine.

 

Mais les démocrates se tâtent, ils n’en finissent pas de se tâter. Invoquant la liberté de culte, la volonté de n’exclure personne, la tolérance, le respect des convictions, etc. Pendant ce temps, les revendications religieuses se font chaque jour plus pressantes, plus nombreuses et plus radicales. Mais d’aucuns se refusent à y voir une quelconque poussée islamiste.

 

Comment peut-on pourtant invoquer la liberté de culte dans le cas de deux gamines d’école primaire, qui, de toute évidence vu leur âge, ne font que reproduire les convictions religieuses de leurs parents ? Peut-on sérieusement soutenir qu’à dix ans ou moins, on n’est pas mûr pour des relations sexuelles, on est trop jeune pour consommer du tabac ou de l’alcool, on est incapable de voter en conséquence de cause, mais qu’on a déjà réfléchi sérieusement à ce qu’est la pudeur, à la charge spécifique qui incombe en l’occurrence aux femmes et filles en la matière, à la manière d’interpréter le Coran et la Sunna, etc. ?

 

Comment peut-on ne pas voir que ceux qui affublent précocement leurs filles d’un voile les transforment ce faisant en objets sexuels, sommés d’envoyer aux mâles humains un message clair sous peine d’être la cible de leur concupiscence ? Comment accepter que des gamines soient ainsi privées d’enfance ?

On me dira qu’elles imitent leur mère, comme toutes les gamines du monde. Mais que dirait-on si demain, des gamines arrivaient à l’école en hauts talons et mini-jupe, sous prétexte de faire comme maman ? Le MRAX s’empressera-t-il de courir à leur rescousse au motif qu’après tout, c’est de leur culture qu’il s’agit, et qu’il n’est pas acceptable que l’école exclue qui que ce soit ? Et leur mère n’aura-t-elle pas le bon sens de rappeler à sa fille qu’elle est à l’âge de jouer et d’apprendre, pas de se déguiser en femme, a fortiori pour aller à l’école ? Bref, que « ce n’est pas de son âge » ?

 

L’autorité parentale s’est toujours arrêtée à la porte de l’école. Entrant dans le bâtiment scolaire, les élèves quittent l’autorité des parents pour passer sous celle du corps enseignant. Cela implique des règles différentes, peu ou prou, de ce qui se passe à la maison. Et il n’est pas acceptable qu’un interdit, sous prétexte qu’il touche à un prescrit prétendument religieux, soit systématiquement contesté dans sa légitimité. Car c’est le retour du cléricalisme qu’on nous prépare là : l’acceptation de ce que des règles religieuses ont un surcroît de légitimité par rapport aux règles temporelles.

 

Personnellement, je suis opposée au port de tout signe religieux à l’école, et j’ai déjà maintes fois eu l’occasion d’en expliquer les raisons. Mais s’agissant de petites filles en âge d’école primaire, je trouve proprement scandaleux qu’il faille délibérer afin de déterminer si oui ou non, nous avons le droit d’exiger d’elles qu’elles ôtent leur voile en classe.

Si nous n’y prenons garde, ce sont ces petites filles que nous allons livrer, pieds et poings liés, à des fondamentalistes qui n’auront pas, pour leur imposer certaines pratiques, nos scrupules à les leur interdire.

 

Ce samedi aura lieu une manifestation de soutien aux écoles de Dison, pour l’interdiction du voile à l’école. Rendez-vous à 11h à la gare de Verviers. Venez nombreux !

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /Sep /2009 15:50

Ces derniers temps, il m’arrive fréquemment d’être interpelée sur la compatibilité de l’islam avec la démocratie. Et certains considèrent manifestement cette question comme définitivement tranchée.

 

Inutile de préciser que cette manière de poser le problème m’inquiète beaucoup. Car si à titre personnel, je considère les religions comme des fables et l’athéisme comme un réjouissant indice de bon sens, je trouve extrêmement maladroit et contre-productif de présenter une religion, quelle qu’elle soit, comme définitivement incompatible avec la modernité. Car cela équivaut à poser un ultimatum aux croyants concernés : soit vous devenez comme nous (athées ou, à la rigueur, croyants en une religion qui a fait son aggiornamento), soit vous restez musulmans, c’est-à-dire inévitablement hostiles aux principes démocratiques, quoi que vous prétendiez.

 

Je ne suis pas théologienne, loin s’en faut. Mais ceux qui prennent à témoin des sourates guerrières du Coran pour démontrer que l’islam est par essence une religion conquérante me laissent perplexe, parce qu’enfin l’Ancien Testament n’est pas exempt de ce type d’exhortations pour le moins musclées, qu’on en juge :

Lorsque Moïse (Exode V, 32) découvre que le peuple juif entier, sauf les Lévi, s'est adonné au culte du Veau d'or, il parle ainsi aux Lévi :

« Ainsi parle Yahvé, le Dieu d'Israël : Ceignez chacun votre épée ! Circulez dans le camp, d'une porte à l'autre, et tuez, qui son frère, qui son ami, et qui son proche !" Les fils de Lévi exécutèrent la consigne de Moïse et, ce jour-là, environ trois mille hommes du peuple perdirent la vie. Moïse dit : "Vous vous êtes aujourd'hui conféré l'investiture comme prêtres de Yahvé, qui au prix de son fils, qui au prix de son frère, de sorte qu'il vous donne aujourd'hui la bénédiction. »

Dans la Bible encore (Deutéronome, chap. 7), Moïse s'adresse en ces termes aux Hébreux :

« Lorsque Yahvé ton Dieu t'aura fait entrer dans le pays dont tu vas prendre possession, des nations nombreuses tomberont devant toi : les Hittites, les Girgashites, les Amorites, les Cananéens, les Perizzites, les Hivvites, les Jébuséens, sept nations plus nombreuses et plus puissantes que toi. Yahvé ton Dieu te les livrera et tu les battras. Tu les dévoueras par anathème. Tu ne concluras pas d'alliance avec elles, tu ne leur feras pas grâce. Tu ne con­tracteras pas de mariage avec elles, tu ne donneras pas ta fille à leur fils, ni ne prendras leur fille pour ton fils. Car ton fils serait détourné de me suivre ; il servirait d'autres dieux ; et la colère de Yahvé s'enflammerait contre vous et il t'exterminerait promptement. Mais voici comment vous devrez agir à leur égard : vous démolirez leurs autels, vous briserez leurs stèles, vous couperez leurs pieux sacrés et vous brûlerez leurs idoles. Car tu es un peuple consacré à Yahvé ton Dieu ; c'est toi que Yahvé ton Dieu a choisi pour son peuple à lui, parmi toutes les nations qui sont sur la terre. »

 

Cela n’a pas empêché un philosophe comme Spinoza de mettre en question la notion de « peuple élu » et de défendre l’idée selon laquelle les textes religieux du judaïsme devaient être contextualisés, et non interprétés de manière littérale.

 

Toutes les religions du livre sont traversées des mêmes questions : quelle interprétation du texte sacré faut-il privilégier ? Que faire lorsque le texte en question contredit manifestement des principes plus modernes ?

Certains, progressivement séduits par les Lumières, se distancient de la religion et finissent par lui tourner le dos. D’autres tentent à toute force de montrer que le texte contient déjà ces principes. Tentative à mes yeux puérile de sauver une religion ; mais pourquoi pas ? D’autres enfin récusent la démocratie et ses valeurs parce qu’elles sont incompatibles avec la lecture littérale du texte sacré.

 

Ceux-là m’apparaissent comme indubitablement les plus dangereux. Et ceux qui présentent aujourd’hui l’islam comme incompatible, une fois pour toutes, avec la démocratie, s’en font hélas les alliés objectifs : en posant en principe que le texte sacré n’est pas interprétable, ou qu’il ne l’est que d’une manière univoque (ce qui revient au même) ils empêchent toute émergence d’un « islam des Lumières ». Dont, personnellement, je dois bien avouer que je me fiche éperdument de savoir s’il est fidèle à l’esprit du Coran…

Que des croyants se réapproprient le texte sacré, qu’ils se mettent à le lire avec des yeux éclairés, qu’ils en rejettent toute lecture littérale engendrant violence et intolérance, n’est-ce pas finalement le point de départ de ce que nous appelons les Lumières ?

Et plutôt que de souhaiter un monde d’athées, ou à tout le moins un monde délivré de l’islam, n’est-ce pas ce qu’il nous faut encourager chez les musulmans eux-mêmes, plutôt que de les sommer de choisir entre un texte définitivement condamné et un rejet total de leur religion ?

 

Alors certes, le climat mondial n’est guère rassurant à cet égard. L’islam souffre d’une maladie grave, nommée islamisme. Un islamisme qui croît sur le terreau de la haine de l’occident et, précisément, de ses Lumières. Raison de plus pour renforcer notre soutien aux musulmans qui tentent de faire émerger les Lumières au sein de la civilisation musulmane elle-même.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Lundi 27 juillet 2009 1 27 /07 /Juil /2009 16:09

Le 7 juillet dernier, Alain Destexhe et Claude Demelenne publiaient dans le Soir une carte blanche intitulée « Voile : où sont les progressistes ? ». Suite à cela, plainte pour incitation à la haine religieuse a été déposée auprès du Centre pour l’égalité des chances par Abdelghani  Ben Moussa, coordinateur du groupe « Vigilance musulmane ».

 

Nous déclarons haut et fort que nous sommes solidaires des deux auteurs de la carte blanche. Elle n’exprime rien d’autre qu’une inquiétude légitime, partagée par beaucoup de nos concitoyens – quelles que soient leurs convictions religieuses ou leurs origines – devant la montée en force d’un « cléricalisme moyenâgeux maquillé en progressisme d’opérette » et du communautarisme.

Aujourd’hui, comme hier lors de l’affaire des caricatures danoises, c’est la liberté d’expression qui est en danger, prise en otage par ceux qui, drapés des habits de la tolérance et du respect, prétendent stigmatiser et museler quiconque a l’outrecuidance de penser autrement.

 

Pour couper court à ces manœuvres d’intimidation, vous aussi, réagissez : signez et faites signer cette carte blanche en guise de solidarité avec Claude Demelenne et Alain Destexhe.

Les noms des signataires (associations et particuliers) sont à envoyer à reseaulaicite@yahoo.fr.

 

Voile : où sont les progressistes ?

A priori, tout nous sépare. D’un côté, un parlementaire libéral. De l’autre, un journaliste de sensibilité socialiste. En pure logique manichéenne, jamais nous n’aurions dû cosigner cette carte blanche, puisque nous appartenons à des « camps » opposés. Tout nous sépare-t-il, vraiment ? Certainement pas l’engagement, qui devrait être commun à tous les démocrates, en faveur de l’émancipation des citoyens, de l’égalité hommes-femmes et de la neutralité de l’État. Nous partageons la même inquiétude parce que cet engagement subit des ratés de plus en plus fréquents. Une partie des démocrates le placent entre parenthèses. Sur la question du voile islamique et, plus largement, de l’immixtion croissante de cléricaux rétrogrades dans la sphère publique, leur position est ambiguë. Par naïveté, aveuglement ou électoralisme, certains progressistes autoproclamés – certaines « féministes » aussi – relaient les thèses des musulmans rigoristes cherchant à autoriser presque partout le port du voile islamique : à l’école, dans les entreprises, dans les administrations, au parlement…

Le cas de Mahinur Özdemir (CDH), première parlementaire en Europe à siéger voilée, est révélateur de la dérive de certains « progressistes ». Cette élue voilée « peut être un modèle pour l’émancipation des femmes », a déclaré sans rire la députée écologiste, étiquetée très à gauche, Zoé Genot. Quel contresens ! Au-delà de cette déclaration abracadabrantesque, le moins que l’on puisse écrire est que la gauche et le centre gauche ne sont pas en première ligne pour défendre les conquêtes laïques et les droits des femmes, contestés par les partisans d’un islam rétrograde. Sur la scène politique, seuls quelques élus réformateurs défendent publiquement une position progressiste et appellent un chat un chat : l’apparition du voile dans une assemblée parlementaire constitue en soi une régression démocratique et un message désastreux envoyé aux femmes qui n’ont d’autre choix que de le porter. La Belgique apparaît aujourd’hui comme un laboratoire pour les militants islamistes. À l’aide de leurs compagnons de route, vrais ou faux naïfs « de gauche », ils pourront mettre un peu plus encore la pression sur les femmes musulmanes, sommées de donner des gages de « respectabilité » et de « pudeur » en portant le voile.

Bien au-delà du cas Özdemir, nous voulons en revenir à l’essentiel, évacué par les partisans d’un relativisme culturel anti-humaniste. Quelle est la signification du voile ? L’essayiste d’origine iranienne Chahdortt Djavann en a fourni l’explication la plus limpide : « Le port du voile est l’emblème, le drapeau et la clé du système islamiste. C’est autour du voile qu’une société islamiste peut se créer. Le voile est le meilleur moyen de gagner du terrain pour les islamistes. Avec le voile, les femmes… sont les biens des hommes musulmans… Une fois mise sur le marché, la fille voilée ne peut être acquise que par un homme musulman. Voiler la femme, c’est donner à voir non seulement le marché du sexe, mais le système qui le sous-tend. “Voilà les femmes que nous avons et que vous n’aurez que si vous vous convertissez à l’islam” : ce message vient des islamistes et s’adresse à tous les hommes susceptibles de le recevoir, ne serait-ce que parce qu’ils circulent dans la rue ou prennent le métro. Le voile est le meilleur instrument du prosélytisme islamiste » (1). Partout dans le monde, des femmes musulmanes se battent pour sortir de ce système islamiste qui cherche à les maintenir dans un statut de sous-homme. « Beaucoup de femmes musulmanes, écrit le philosophe Abdennour Bidar, préfèrent un

islam du cœur, de la vie privée, refusant un voile, même léger, qui demeurera toujours comme un instrument de “marquage” qui laisse sur elles l’empreinte d’un pouvoir subi de la part des hommes » (2). Ce sont ces femmes musulmanes, courageuses et souvent héroïques, que méprisent, chez nous, ceux qui multiplient les concessions aux musulmans rétrogrades. Nous ne pouvons nous taire lorsque les compagnons de route des islamistes traitent de « racistes » ou d’« islamophobes » les démocrates qui veulent bétonner les conquêtes laïques et défendre le droit de toutes les femmes. Ce terrorisme intellectuel est d’autant plus insupportable qu’il est souvent pratiqué par des militants dits « progressistes » qui, lors de la manifestation pro-palestinienne du 11 janvier dernier, dans les rues de Bruxelles, ont défilé aux côtés d’islamistes encensant le Hamas et le Hezbollah, appelant à la guerre sainte et hurlant des slogans antisémites. Les donneurs de leçons devraient, parfois, se regarder dans un miroir. Nous regrettons que tant de démocrates, socialistes, écologistes, humanistes, féministes, s’autocensurent face à la montée du cléricalisme musulman ultraconservateur. Nous espérons que leur silence sera bientôt rompu. Nous savons que dans tous les partis, de très nombreux élus ne supportent plus la chape de plomb imposée par les compagnons de

route des islamistes. Nous savons qu’ils sont nombreux à déplorer, qu’à Bruxelles particulièrement, les mosquées et les imams conservateurs, interviennent de plus en plus vivement dans le débat politique. Au point qu’aujourd’hui, il est devenu malaisé, pour un candidat d’origine arabo-musulmane, d’être élu, à Bruxelles, sans certificat de « bon musulman ». Il suffit de passer au crible les élus (et les non-élus) d’origine arabo-musulmane de certains partis démocratiques bruxellois pour comprendre. C’est tout sauf un hasard si certains, défenseurs d’un islam pas vraiment éclairé, sont élus, et si d’autres, pas assez conformistes pour bénéficier du soutien des mosquées, restent en rade. Nous appelons à un débat au sein des assemblées parlementaires dès la rentrée. Nous appelons à un sursaut : démocrates de droite ou de gauche, cessons de faire l’autruche face au retour d’un cléricalisme moyenâgeux maquillé en progressisme d’opérette. Les droits de l’homme et surtout de la femme sont en jeu, appartenons tous au même camp.

(1) Que pense Allah de l’Europe ? , éd. Gallimard, 2004. (2) Libération , 29 juin 2009.

Claude Demelenne

Alain Destexhe

 

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Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
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