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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 13:46

Les rencontres de la laïcité, de l'égalité et de la mixité : Les nouveaux enjeux du féminisme!

fraternités 2010

 

Avec la participation de :


- Wassyla TAMZALI (Algérie), essayiste, ex-directrice des droits des femmes à l’UNESCO, membre fondateur du Collectif Maghreb Égalité « Critique féministe du postcolonialisme et du discours européen sur l’islam »
- Djemila BENHABIB (Québec), auteure de Ma vie à contre Coran « Le féminisme face à l’islam politique »
- Nina SANKARI (Pologne), militante féministe et laïque, présidente de l’Initiative Féministe Européenne en Pologne « Fondamentalismes religieux et droits reproductifs des femmes en Europe. Contexte polonais ».

 

 

Vendredi 10 décembre 2010 à 20h00

P.A.F. Adultes 5.00 €, Étudiants/Chômeurs 3.00 €

Où : CENTRE COMMUNAUTAIRE LAÏC JUIF (CCLJ), 52 RUE DE L'HÔTEL DES MONNAIES À 1060 SAINT-GILLES

Quand : 10/12/2010 à 20:00

Informations et réservations : INDISPENSABLE : 02/543.02.70 ou info@cclj.be

 

Une initiative du Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ), du Comité belge Ni Putes Ni Soumises et du Réseau d'Action pour la Promotion d'un Etat Laïque (RAPPEL), réalisée dans le cadre du Parcours de la Diversité de Saint-Gilles.

 
Sous le Haut Patronage de l'Université Libre de Bruxelles (ULB). Avec le soutien de la COCOF et du Service de l'Education Permanente de la Communauté française.
 
En partenariat avec le Centre d'Action Laïque (CAL) et le Conseil des femmes francophones de Belgique (CFFB).
Par Nadia Geerts - Publié dans : Féminisme
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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 09:59

Cette carte blanche a été publiée dans Le Soir du 30 novembre 2010.

 

Dans une carte blanche publiée le 24 novembre dans Le Soir, Musa Saygin plaide pour l’introduction de menus halal dans les écoles, arguant que celle-ci ne contreviendrait en rien à la neutralité de l’enseignement officiel, mais ne serait au fond rien d’autre qu’un accommodement dit raisonnable permettant de ne discriminer personne sur base de ses convictions religieuses.

Voilà une étrange conception de la non-discrimination, qui, si l’on s’en tient aux « accommodements raisonnables » tels qu’ils sont pratiqués au Canada, ferait obligation aux pouvoirs publics non seulement de permettre aux enfants de consommer une nourriture conforme aux prescrits de leur religion, mais encore de fournir eux-mêmes cette nourriture ! Rappelons que selon cette logique aberrante, d’innombrables enfants seraient aujourd’hui « discriminés » en raison de leur allergie, des choix philosophiques de leurs parents (végératisme, végétalisme, bouddhisme…) ou de leurs dégoûts alimentaires, puisque l’école, loin de leur fournir des menus adaptés, se borne à leur permettre de consommer à l’école les repas préparés à la maison…

Il va de soi que si demain, les cantines scolaires devaient introduire une offre de menus halal, quantité de parents végétariens ou amateurs exclusifs de poisson seraient fondés à se plaindre à leur tour de discrimination, puisqu’ils n’auraient toujours le choix qu’entre un menu « classique » et un menu « halal », aucun des deux ne correspondant à leurs choix alimentaires.

L’autre argument de Musa Seygin est plus spécieux encore, puisqu’il se fonde sur le fait que les cantines scolaires sont de plus en plus souvent prises en charge par des intervenants extérieurs, lesquels ne relèveraient donc pas du service public et de ses missions. Outre qu’on peut à bon droit s’inquiéter de cette privatisation de certains secteurs de l’enseignement officiel, il nous paraît qu’un enseignement qui adapterait son offre de repas aux exigences – religieuses ou non, mais il est évident que l’argument religieux a de meilleurs jours devant lui que celui de santé ou de simple convenance – des usagers (à savoir les parents), ne serait plus neutre, mais confessionnel, et dans le meilleur des cas pluri-confessionnel, sans même parler des problèmes pratiques que cela poserait. Signalons encore que sur le terrain, une telle pratique aboutirait trop souvent à segmenter les élèves en fonction de leur nourriture, donc de leur religion : ce sont les tristement célèbres « tables des sans porc ».

Suite à l’augmentation des revendications de menus différenciés dans les cantines scolaires, la LICRA Rhône-Alpes a mis sur pied une « instance de concertation citoyenne et républicaine » fédérant l’ensemble des acteurs de la société civile concernés. A l’issue de ces travaux, la Ville de Lyon a adopté une solution qui satisfait tout le monde et respecte la laïcité : au menu traditionnel s’est ajouté un menu complet sans viande, mais avec poisson, œufs, préparations à base de soja, etc. Les parents peuvent choisir entre chacun de ces deux menus, mais aussi un menu mixte. Ce choix « contribue à faire oublier le lien entre la préférence pour un type de menu et l’appartenance à une obédience religieuse ou philosophique ». Grâce à cette formule, un millier d’élèves qui avaient déserté la cantine scolaire y sont revenus : elle rencontre les souhaits des musulmans, des juifs, des bouddhistes, des amateurs de poisson comme des amis des animaux.

Une manière de montrer que des solutions existent, pour peu qu’on cesse de confondre neutralité et communautarisme et, surtout, droit de pratiquer sa religion et devoir pour les pouvoirs publics d’organiser cette pratique.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Samedi 27 novembre 2010 6 27 /11 /Nov /2010 17:04

À gauche, les « prioritairement anticolonialistes »[1], qui s’insurgent contre le fait que certains dénoncent les traditions des autres sans voir à quel point les leurs sont parfois discutables (« vous vous émouvez de la souffrance de l’animal sacrifié sans étourdissement préalable, mais vous mangez du foie gras sans état d’âme », « vous critiquez le voile, mais trouvez naturelle la cravate), ou réclament simplement que nos traditions soient relativisées pour permettre leur coexistence pacifique avec celles des autres (« déconfessionnalisons les congés, mais alors, cela doit valoir également pour le dimanche ou la Noël »).

À droite, les « prioritairement défenseurs de l’Occident chrétien assiégé par un islam conquérant », qui opposent à toute revendication à connotation culturo-religieuse la nécessité de s’adapter, lorsqu’on vient d’ailleurs, aux traditions d’ici. Les pas contents, dans cette perspective, sont poliment mais fermement invités à s’adapter ou à retourner « dans leur pays », nonobstant le fait qu’ils ne l’ont parfois jamais vu, ce pays, mais aussi le fait qu’on peut être un parfait Bleu-Blanc-Belge et s’être converti à un islam particulièrement revendicateur, par exemple…

Au centre, les « prioritairement antifascistes » qui perçoivent la laïcité comme un indispensable rempart contre les fondamentalismes religieux, avec leurs relents liberticides. Ceux-là, dans le camp desquels je me situe, refusent pareillement les deux premières postures, axant leur argumentation non pas sur une quelconque opposition entre « eux » (étrangers, immigrés, pas de souche, etc.) et « nous » (occidentaux, européens, de culture chrétienne, etc.) mais sur la défense de principes universels indissociables de la démocratie.

 

Tout cela paraît fort simple. On voit bien, une fois ce cadre posé, qu’on ne saurait mettre sur le même pied la burqa et le jeans, mais aussi qu’on ne peut prétendre promouvoir le vivre ensemble en refusant de mettre en cause nos propres traditions dans ce qu’elles ont d’incompatible avec les droits humains: ainsi, la violence faite aux femmes n’est pas plus acceptable lorsqu’elle est motivée par le machisme ordinaire « de chez nous », que lorsqu’elle trouve sa source dans un fondamentalisme religieux ou dans une prétendue spécificité culturelle exotique.

La plupart du temps, cette ligne de démarcation suffit en effet à déterminer si oui ou non, une revendication culturo-religieuse doit être prise en compte : a-t-elle pour but d’assurer à tous, croyants ou non, l’égalité qui leur est garantie par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme ? Ou au contraire, enfreint-elle ce principe d’égalité ?

 

Pourtant, tout n’est pas toujours si simple. Prenons l’exemple du dimanche, ce fameux septième jour où le dieu des chrétiens s’est, dit-on, reposé, nous enjoignant à en faire de même, pour des siècles et des siècles. N’y a-t-il pas une flagrante injustice dans le fait qu’aujourd’hui encore, un chrétien d’Europe se voit favorisé dans l’exercice de son culte par le fait que, sauf exceptions, il ne travaille pas ce jour-là et est donc libre de rendre au seigneur toutes les grâces qu’il veut, alors que le pauvre juif ou le pauvre musulman sont contraints de quémander des accommodements raisonnables pour pouvoir espérer un jour observer le shabat ou fréquenter la mosquée lors de la grande prière du vendredi, comme leur religion le leur prescrit ?

Dans ce cas, on fait quoi ? En toute honnêteté, je me fiche du dimanche comme de ma première tétine, et si vraiment ça peut pacifier les choses, j’accepte volontiers qu’on le troque contre le mardi, en espérant que nulle religion ne s’en trouve avantagée. Mais par ailleurs, je m’inquiète parfois de ce qui me paraît s’apparenter de plus en plus à de l’auto-flagellation : de plus en plus convaincus des abominables injustices que la Belgique fait subir à ses « minorités », certains n’en viennent-ils pas à récuser toute invocation de la tradition – quand c’est la nôtre – au motif qu’il serait détestablement impérialiste, horriblement ethnocentriste et finalement insupportablement post-colonialiste d’imposer à qui que ce soit quoi que ce soit qui ait un ancrage historique, donc culturel ? Cela ne risque-t-il pas d’aboutir, in fine, à une attitude pour le moins paradoxale, qui imposerait le respect absolu pour toutes les « cultures », sauf la sienne ?

 

Alors oui, portons un regard critique sur ce qui, dans notre culture, nous paraît aller de soi. Interrogeons-nous sur ce que notre manière de faire a, ou n’a pas, d’universaliste. Mais n’en déduisons pas que tout ce qui n’est pas universel, au moins dans son principe, est bon à jeter aux orties. Après tout, nous ne mangeons pas de chien, ni de chenilles, mais bien du cochon, et cela ne nous rend ni pires ni meilleurs que d’autres peuples. De la même manière, notre société est indéniablement marquée par une histoire à dominance – voire à domination – chrétienne. Il est bon que nous nous en extirpions lorsque cette histoire nous a façonnés négativement, lorsqu’elle est synonyme d’entorses à l’égalité de tous en dignité et en droits, lorsqu’elle borne la liberté individuelle au nom d’un prétendu plan divin.

Mais ne nous laissons pas entraîner dans une attitude d’hyper-correction, qui nous ferait traquer « chez nous » le moindre relent de culture chrétienne. Ou grecque. Ou libre penseuse. Ou flamande. Ou espagnole. Ou hollandaise. Ou arabe.



[1] J’emprunte les premier et troisième termes de cette distinction à Caroline Fourest.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 13:09

 

Le monde est bizarre. Pour beaucoup de femmes de ma génération, le pantalon est un symbole de l'émancipation féminine: finie l'obligation d'être coquettes, « féminines », en portant des jupes et des robes qui entravent le mouvement, empêchent de courir, ne protègent guère du froid en hiver, mais plaisent à ces messieurs... Désormais, les femmes peuvent, comme les hommes, porter des vêtements pratiques, et pas seulement esthétiques. Et pas seulement, comme le prévoyaient encore deux circulaires préfectorales françaises (en 1892 et 1909) si elles tiennent par la main un guidon de vélo ou les rênes d'un cheval...

Alors d'où vient qu'aujourd'hui, le Mouvement Ni Putes Ni Soumises lance une action « Le 25 novembre, toutes en Jupe ! »1 ? Pourquoi devrions-nous, nous les femmes, renouer le temps d'une journée avec cette jupe qui, pendant tant de siècles, nous a enfermées dans un rôle déterminé ?

 

Tout simplement parce que les choses ont changé. La situation décrite par le film bouleversant « La journée de la jupe » n'est hélas pas une fiction: dans certaines écoles, dans certains quartiers, les filles dissimulent aujourd'hui leur corps dans des vêtements de sport informes, renoncent à toute féminité, non pas par choix, mais pour acheter la paix: pour ne pas être considérées et traitées comme des filles faciles. Aux yeux de certains mâles humains, aujourd'hui, porter une jupe est ipso facto synonyme d'invite sexuelle. La jupe est devenue, par un curieux retournement, synonyme d'émancipation, et émancipation est devenue synonyme de légèreté des moeurs et de non-respectabilité.

Autrement dit, porter une jupe aujourd'hui est devenu un acte politique, exactement comme porter un pantalon a pu l'être pour des pionnières telles que Marlène Dietrich ou Katharine Hepburn dans les années 30.

 

C'est pour cette raison que toutes les femmes attachées aux valeurs d'égalité, de mixité et d'émancipation devraient porter une jupe ce 25 novembre. Non pour plaire aux hommes ni pour les provoquer. Mais simplement pour réaffirmer le droit des femmes de s'habiller comme elles le veulent. Leur droit, aussi, au respect inconditionnel, en tant qu'êtres humains, et non parce qu'elles portent sur elles le signe de leur respectabilité. Face à la recrudescence des obscurantismes de tout poil, il importe de ne pas céder à la pression machiste: ce sont les hommes qu'il faut éduquer à respecter les femmes, et non les femmes qu'il faut éduquer à être respectables.

 


1Voici le texte complet de l'appel:


 

Partout en France, en Belgique, en Russie, en Espagne, en Suisse, en Grèce, en Allemagne, en Italie, au Québec et aux Etats Unis !

 

Lorsque je suis en jupe, je remarque, oui, que les hommes me regardent. Lorsque je suis en jupe, je me sens femme, oui, aussi dans mon propre regard. Lorsque mes sœurs, à Vitry ou ailleurs, tentent d’en faire de même, elles se font traiter de putes. Elles bravent l'interdit en arborant trop de liberté et de féminité.

C’est de là qu’est venue l’idée de se servir des jupes comme un symbole de notre mouvement. Le 25 novembre donc, j...ournée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, j’appelle toutes les françaises à porter une jupe, qu’elle soit crayon, porte feuille, mini, bouffante, plissée…comme un acte de soutien à toutes celles qui subissent le fait d’être née femme.

Aussi, ce même jour, Ni Putes Ni Soumises organisera « Toutes en Jupes », une vente aux enchères de jupes de femmes célèbres, qui ont décidé de soutenir notre combat pour les femmes. Les fonds récoltés à l’occasion de cette vente serviront à financer des « appartements-relais », projet de Ni Putes Ni Soumises et de l’association Aurore, un acteur social reconnu. Dans la continuité, des photos de filles des quartiers portant les dites jupes seront exposées et mises en vente.

J’attends que les valeurs de Ni Putes Ni Soumises de métissage et de mixité empreignent le Palais de Tokyo le soir du 25 novembre, et que cette soirée soit un bel hommage à toutes celles qui se battent, en France et ailleurs, contre les pressions de toutes sortes.

Sihem HABCHI
Présidente de Ni Putes Ni Soumises

Par Nadia Geerts - Publié dans : Féminisme
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Vendredi 12 novembre 2010 5 12 /11 /Nov /2010 12:29

 

Ce qui est vachement bien avec le rapport du comité de pilotage des Assises de l'interculturalité, c'est que tout à coup, on se rend vraiment compte d'une richesse insoupçonnée de ce pays: la DIVERSITE. Ben oui, jusqu'à présent, on était tous pareils, mêmes droits mêmes devoirs et bla bla bla, et puis maintenant, on découvre qu'en fait non, on est différents. Et puisqu'on est différents, ce serait vraiment trop injuste de nous traiter comme si on était pareils: on voit tout de suite où ça nous mènerait: impérialisme, neutralisation de nos singularités, imposition de la règle de la majorité aux minorités, colonialisme culturel, totalitarisme et tutti quanti. Bref, l'horreur.

Mais bon, faudrait quand même pas que ça dégénère non plus et que chacun y aille de sa petite différence, de son petit caprice, pour refuser de respecter les règles qui s'imposent à tous. C'est pour ça que le comité de pilotage, dans sa très grande sagesse, a décidé de promouvoir les accommodements raisonnables. Parce que là au moins, les choses sont claires: tu peux faire valoir ta différence, mais seulement si elle est religieuse. Sinon, faut pas charrier, tu fais comme tout le monde et tu fermes ta gueule.

Alors moi, qui ne demande qu'à aider tous ceux qui éprouvent dans leur chair la profonde injustice qui consiste à traiter de la même manière des êtres qui sont objectivement différents, j'ai pensé à un truc: la conversion. Selon vos singularités, vous trouverez certainement une religion qui est faite pour vous.

 

Vous travaillez dans le secteur de la distribution et vous en avez marre de travailler le samedi, quand les autres se délassent ? Dans ce cas, le judaïsme est fait pour vous: grâce à la pratique du sabbat, vous pourrez exiger de votre employeur un horaire aménagé à vos convictions religieuses.

Vous en avez ral-le-bol de vous taper 500 bornes le vendredi soir pour arriver crevés à votre résidence secondaire ? La conversion à l'islam pourrait résoudre votre problème, si du moins votre employeur n'est pas trop au fait des pratiques religieuses islamiques: vous pouvez toujours tenter de lui faire gober que la prière du vendredi après-midi est sacro-sainte et dure toute l'après-midi, et à vous l'autoroute déserte !

Vous êtes policier et trouvez que franchement, le casque qu'on vous impose de porter lorsque vous circulez à moto réduit votre sex appeal à néant ? Songez au sikhisme, qui vous permettra de troquer le casque contre un ravissant turban du plus bel effet. Le judaïsme peut aussi convenir, mais songez qu'en cas de chute, la kippa vous protègera moins bien que le turban. En outre, un employeur pointilleux pourrait parfaitement soutenir que le casque peut s'enfiler au-dessus de la kippa, et vous seriez vu.

La justice vous fait des misères parce que vous avez tendance à forcer sur les champignons hallucinogènes ? Invoquez un rituel religieux exotique, ce qui démontrera sans contestation possible que vous n'êtes pas un junkie, mais un homme pieux.

Vous êtes une femme et vous êtes bourrée de complexes ? Alors, quelle que soit votre profession, et même si vous n'en avez pas, l'islam paraît taillé sur mesure pour vous: il vous permettra de dissimuler vos formes trop généreuses, votre visage criblé d'acné, vos cheveux ternes ou clairsemés, et vous permettra même, si vous êtes encore à l'école, de brosser la piscine sans avoir le moindre problème.

Vous n'avez jamais compris qu'on octroie aux femmes un rôle social à mille lieues de ce que Dame nature a voulu pour elles ? Une fois encore, l'islam est la solution. De sexiste rétrograde et abominablement machiste, vous deviendrez simplement culturellement différent : une espèce à protéger, ou en tout cas à respecter. Fini de devoir subir des évaluations ou des entretiens d'embauche menés par une femme ! Dans certains cas, notons que le judaïsme marche aussi, mais c'est moins sûr.

Vous êtes végétarien ? Au lieu de vous débrouiller gentiment, comme vous le faites tous les jours depuis vingt ans à la cantine sans emmerder personne, adoptez l'islam ou le judaïsme: même si votre patron est particulièrement obtus et refuse d'introduire des menus religieux dans son entreprise, il finira bien par vous proposer un compromis, sous la forme (bingo !) du menu végétarien. C'est simple, mais il fallait y penser.

 

Un dernier cas de figure, plus aléatoire celui-là: si vous estimez ne pas avoir suffisamment de jours de congé par an, vous pouvez toujours essayer les conversions multiples: vous vous découvrez juif la veille du Youm Kipour, musulman la veille de l'Aïd, chrétien la veille de l'Assomption, et même orthodoxe après les fêtes de fin d'année, histoire de refêter Noël après tout le monde... Evidemment, à la longue, votre patron risque de se douter de quelque chose.

 

Mais une chose est sûre: ne restez pas catholique (vous avez déjà eu tout ce qu'il y avait moyen d'obtenir; maintenant, vous risquez au contraire de perdre certains de vos acquis) ni athée. Rien à gagner de ce côté-là: vos différences, on s'en branle !

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Samedi 16 octobre 2010 6 16 /10 /Oct /2010 13:30
Cet article a été proposé au Soir en guise de carte blanche suite à celles de M. Chichah et de Mme Van Opstal, le 7 octobre dernier. Elle ne sera pas publiée dans l'édition papier, faute de place, mais devrait être publiée prochainement dans l'édition en ligne du quotidien.

Faut-il rappeler que dans « libre examen », il y a bien sûr liberté, mais aussi « examen ». Or, qu’a-t-on réellement examiné le 20 septembre dernier à l’ULB ? S’est-il agi de passer les propos de Dieudonné au crible de la raison critique ? S’est-il agi, plus largement, de penser les limites légitimes à la liberté d’expression, en vue de préserver d’autres droits fondamentaux ? Que nenni !

 

Suite à la parution des deux cartes blanches de Souhail Chichah et d’Aurore Van Opstal, j’aimerais apporter quelques éléments de réflexion au débat.

Je préciserai d’emblée qu’en effet, à mes yeux, certains propos qui ont été pointés comme antisémites par certains intervenants ne l’étaient pas : ainsi, présenter les immigrés juifs des années 30 comme pas très propres et ne parlant pas bien le français est peut-être inexact, mais ne peut être considéré comme antisémite dès lors que l’on inscrit ces propos dans un contexte : celui du parallèle établi par M. Chichah entre les Juifs de cette époque et les Roms d’aujourd’hui, victimes de préjugés et de stigmatisation.

Par ailleurs, il me paraît aller de soi que l’on a le droit de critiquer Israël, même durement, sans pour autant être a priori soupçonné d’antisémitisme. La critique des idées, des politiques, des religions, des idéologies, etc. ne saurait être confondue avec l’attaque envers des personnes sans dommage dramatique pour la liberté d’expression.

Enfin, je condamne sans ambiguïté toute manœuvre d’intimidation, menaces physiques ou verbales, insultes, etc.

Ceci étant posé, il n’en reste pas moins que j’ai éprouvé un indéniable malaise en visionnant la vidéo du débat qui a eu lieu le 20 septembre dernier à l’ULB, et je vais tenter d’expliquer ici pourquoi[1].

 

D’abord par le glissement qui s’est d’emblée opéré entre la thématique de la soirée, à savoir « Peut-on débattre avec Dieudonné ? » et plus largement la liberté d’expression, et la question d’Israël, et ce sans qu’aucun intervenant, ni le modérateur, ne juge utile de recentrer le débat : autant, lorsque Joël Kotek, chargé de cours à l’ULB, prit la parole pour dénoncer le racisme de Dieudonné, le vice-recteur l’interrompit-il pour lui rappeler que ce n’était pas le sujet (??), autant ne jugea-t-il à aucun moment utile de rappeler à l’assistance que le sujet de la soirée n’était pas Israël, mais Dieudonné et la liberté d’expression.

Or, le problème est que si la liberté d’expression est un droit fondamental, elle souffre quelques limites, dont justement l’incitation à la haine raciale dont Dieudonné s’est rendu coupable à plusieurs reprises, ce qui se solda d’ailleurs par plusieurs condamnations devant les tribunaux français (la dernière en 2007, sanction qui fut confirmée en appel en 2008). Prétendre donc que l’on n’est pas là pour parler de haine raciale, mais de liberté d’expression, c’est gommer purement et simplement que c’est précisément parce que Dieudonné utilise l’une pour diffuser l’autre qu’il est au centre de ce débat.

Or, j’ai beau chercher, je ne vois pas de lien immédiat entre un débat sur Dieudonné et la liberté d’expression et Israël, si ce n’est le lien que fait Dieudonné lui-même lorsqu’il tente de faire passer son antisémitisme pour de l’antisionisme. Fallait-il vraiment que ce soir-là, dans le temple du libre examen qu’est l’ULB, soit ainsi adoptée la grille mensongère de l’humoriste raciste ?

 

Ensuite, par des silences. On s’étonnera sans doute que dans le brouhaha de ce piètre débat, j’aie pu déceler un silence. Et pourtant, lorsqu’une jeune fille prit la parole pour demander « Pourquoi attaquer l’islam, c’est gratos, et attaquer les Juifs c’est payant ? », il ne se trouva personne pour lui répondre[2]. Qui ne dit mot consent, dit le dicton. Et malheureusement, j’ai la conviction à la fois que cette jeune fille se trompe, et qu’elle exprimait un sentiment bien présent ce soir-là : celui d’un deux poids deux mesures en faveur des Juifs, celui d’une hostilité particulière à l’égard de l’islam. Quelle désolation qu’il ne se soit trouvé personne, parmi les intervenants, pour lui répondre ! Quelle belle occasion cela aurait été de faire la distinction, in situ, entre antisionisme et antisémitisme, mais aussi entre critique des idées religieuses et racisme anti-musulmans[3] !

 

Enfin, par une « petite phrase » de Souhail Chichah : « Moi, la question du négationnisme, elle ne m'intéresse pas. D'ailleurs, je n'ai pas d'avis puisqu'il est interdit d'avoir un avis dessus donc en tant que légaliste, je m'en tiens à la vérité officielle ». Petite phrase à tout le moins maladroite, mais aussi intellectuellement malhonnête, dès lors qu’il n’est pas interdit d’avoir un avis sur le négationnisme, mais seulement de professer des thèses négationnistes. Un intellectuel comme M. Chichah ne peut pas ignorer la différence qu’il y a entre contester le bien-fondé des lois mémorielles et minimiser ou nier le génocide nazi.

 

Pour conclure, on peut évidemment débattre de, et même avec Dieudonné. Tout comme on peut débattre avec Le Pen. A chacun de juger en conscience. Mais je ne peux imaginer un débat sur ou avec Le Pen, a fortiori à l’ULB, où le point de vue démocratique et antiraciste serait minoritaire, et où certains intervenants entreraient avec complaisance dans la logique de Le Pen, le rendant ainsi de facto maître du débat. Or, c’est ce qui s’est passé à l’ULB ce soir-là : la critique d’Israël a supplanté celle de Dieudonné, et beaucoup de personnes présentes dans le public en auront probablement déduit (ou reçu confirmation) que si d’aucuns n’aimaient pas Dieudonné, c’est parce qu’il critiquait Israël, que les Juifs n’aiment pas ça, et que puisque les Juifs dominent le monde, …

Lamentable ! Et plus lamentable encore est que certains membres du corps académique de l’ULB permettent, voire favorisent ce glissement.

 

Nadia Geerts

 

 

[1] On lira également avec profit l’article suivant : http://lessakele.over-blog.fr/article-doi-57486895.html

 

[2] Je l’ai fait ici : http://nadiageerts.over-blog.com/article-lettre-ouverte-a-une-jeune-inconnue-58619866.html

 

[3] Mais il ne faut pas s’étonner que M. Chichah ne l’ait pas fait, lui qui m’a traitée publiquement à plusieurs reprises de xénophobe, parce que j’ai l’outrecuidance de critiquer certaines revendications politiques islamistes…

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 12:15

J’ai visionné hier la vidéo (http://sidimedia.blip.tv/) du débat qui a eu lieu à l’ULB le 20 septembre dernier sur le thème de la liberté d’expression, sous le titre « Est-il permis de débattre avec Dieudonné ? ». Un « débat » affligeant et inquiétant, qui a dévié rapidement sur la critique d’Israël, comme si le conflit israélo-palestinien était le seul, ou même l’un des exemples les plus judicieux censés illustrer la problématique de la liberté d’expression.

Mais j’ai envie de revenir sur ce débat par le biais d’une interpellation venue de la salle, à la fin de la soirée. Une jeune fille voilée à pris la parole pour poser cette question : « Pourquoi attaquer l’islam, c’est gratos, et attaquer les Juifs c’est payant ? ».

Passons sur la formulation approximative de la question, qui laisse supposer que finalement, attaquer les Juifs ou l’islam, c’est pareil. Je pense en effet que ce que cette jeune femme a voulu dire, c’est en réalité qu’on pouvait impunément s’en prendre à l’islam, tandis qu’il était interdit de s’en prendre aux Juifs. Et c’est sur cette question que je voudrais revenir, tant elle me paraît à la fois sincère et terriblement révélatrice d’une confusion conceptuelle qui fait le lit de l’antisémitisme et de la haine qui se sont déversés ce soir-là à l’université du libre examen.

 

Je voudrais commencer par vous dire, Madame, que vous avez à la fois raison et tort. Raison parce qu’en effet, attaquer l’islam est autorisé, alors qu’attaquer les Juifs ne l’est pas. Tort parce que cela ne révèle en rien une différence de traitement entre les Juifs et les musulmans, mais au contraire d’une compréhension très saine de la liberté d’expression, qui était, rappelons-le, le thème de la conférence-débat de ce soir-là.

Attaquer l’islam, c’est attaquer une idée, un texte, une religion. Or, en démocratie, comme cela a été martelé par plusieurs intervenants ce soir-là, la critique des idées est légitime. La liberté d’expression implique le droit de dire des choses que l’autre n’a pas envie d’entendre. Par exemple que l’on trouve sa religion absurde, fausse, ridicule, dangereuse. Bien sûr, on peut se demander s’il est bien utile, voire élégant, de le faire. Mais la loi n’a pas pour fonction de sanctionner le manque d’élégance ou de courtoisie, et c’est heureux. J’ajoute qu’il est tout aussi légitime de critiquer la religion juive, le christianisme, le bouddhisme ou l’athéisme, que de critiquer l’islam.

Attaquer les Juifs, en revanche, c’est attaquer des personnes. Et l’histoire nous apprend, qui plus est, que le nazisme a été le point d’orgue de l’attaque contre des personnes non seulement pour ce qu’elles pensent, mais plus encore pour ce qu’elles sont. Manifestement, vous ignorez qu’être Juif, depuis la seconde guerre mondiale, cela ne signifie pas nécessairement être adepte du judaïsme. C’est une subtilité qu’il est pourtant essentiel de comprendre pour tenter de répondre à votre question.

Lorsqu’Hitler a commencé à persécuter les Juifs, il se souciait comme d’une guigne de leurs croyances, de leur religion, de leur pratique. Pour lui, on était Juif par le sang, quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, quoi qu’on pense. Beaucoup de Juifs ont ainsi appris par les nazis qu’ils étaient Juifs, alors qu’eux se sentaient simplement Allemands, ne pratiquaient pas et ne croyaient même pas en un quelconque dieu. Lorsqu’on était étiqueté comme juif, dans l’Allemagne nazie, il n’y avait aucun moyen de se racheter : on était marqué d’une tare indélébile, on appartenait à une « race » inférieure, méprisable, dont il fallait débarrasser la terre.

C’est cela, aujourd’hui, que nous désignons par le terme « antisémitisme » : c’est le fait d’attribuer aux Juifs, par le simple fait qu’ils sont Juifs, une série de caractéristiques intrinsèques. C’est l’exact équivalent d'autres formes de racismes, lequel consiste à considérer que telle ou telle « race » humaine est par nature dotée de tel ou tel trait de caractère.

 

Revenons maintenant à l’islam. Vous voulez sans doute dire, lorsque vous dites qu’attaquer l’islam, c’est « gratos », qu’on peut impunément s’en prendre aux musulmans. Et j’imagine que vous pensez à tous ces débats actuels dans lesquels l’islam est effectivement visé, qu’il s’agisse du port du voile, de la viande halal, du terrorisme islamique, des caricatures de Mahomet et j’en passe.

 

Soit. Je peux comprendre que vous ayez le sentiment que c’est toujours sur les mêmes qu’on tire. Mais de votre coté, reconnaissez que l’islam pose aux sociétés occidentales des problèmes nouveaux (ou parfois anciens, mais qui avaient pu être réglés ces dernières décennies, en assignant à la doctrine catholique une place bien délimitée, dans la sphère privée) dont, avec la meilleure volonté du monde, on aurait du mal à trouver l’équivalent dans les revendications actuelles d’autres religions en Occident : ce ne sont pas les Juifs ultra-orthodoxes qui revendiquent le droit de porter kippa et papillotes dans l’enseignement officiel et d’y voir respectés leurs prescrits religieux, qu’ils soient alimentaires ou relatifs à la séparation des sexes. Ce ne sont pas des bouddhistes qui ont commis au nom de leur Dieu les attentats de New-York, de Londres, de Madrid ou de Mumbaï. Ce ne sont pas des catholiques qui ont commis des attentats sur des ambassades et menacé de mort un dessinateur qui aurait commis l’erreur de caricaturer Jésus ou le pape.

J’admets volontiers qu’en l’occurrence, il faut se garder de toute généralisation : ce ne sont pas les musulmans qui sont responsables de ces faits, mais certains d’entre eux. Et porter un voile n’a évidemment pas la même portée, en termes de menace sociale, que poser une bombe dans un métro.

Il n’empêche que l’islam nous interroge. Et que prétendre que s’il le fait, c’est uniquement parce que nous serions racistes, c’est confondre la critique légitime d’une idée avec l’hostilité avec des individus.

 

Alors bien sûr, il y a des racistes. Il y a des gens qui, sitôt que vous avez une tête d’Arabe, vous supposent musulman, donc forcément intégriste, partisan de la lapidation, de la polygamie et du crime d’honneur. Ces gens-là sont des imbéciles, tout autant que ceux qui, sitôt que vous portez un nom juif, vous soupçonnent d’être riche, fourbe et de tirer les ficelles du monde – un discours qu’on trouve notamment chez Dieudonné…

Mais j’ai beau chercher, je ne vois aucun projet politique d’envergure qui vise à marquer les musulmans d’un signe distinctif – comme l’étoile jaune des Juifs – sauf peut-être, suprême ironie, chez certains musulmans eux-mêmes qui tiennent à marquer leur femmes du voile… Je ne vois aucun projet politique d’envergure qui vise à les enfermer dans des ghettos, à leur interdire l’accès à certains emplois, à réquisitionner leurs logements pour les attribuer à des non-musulmans, à les déporter dans des camps et à les y exterminer.

Alors soyez rassurée, Madame : si l’antisémitisme nous est particulièrement insupportable, à nous démocrates, ce n’est pas parce que les individus concernés sont Juifs. Auraient-ils été, seraient-ils Arabes, Noirs, Chinois ou Pakistanais, que ce serait pareil : parce qu’aujourd’hui, lorsque je pense au nazisme, je pense à ce que des humains ont été capables de faire à d’autres humains. Parce qu’ils étaient Juifs, mais aussi parce qu’ils étaient homosexuels, témoins de Jéhovah ou communistes.

 

Un dernier mot pour conclure : vous étiez peut-être de ceux qui ont applaudi lorsque Souhail Chichah a glissé qu’il ne se prononcerait pas sur le négationnisme puisque c’était interdit. Une petite phrase qui a certainement conforté une partie de l’assistance, manifestement antisioniste à tout le moins, dans l’idée que décidément, dans cette société, tout ce qui concerne les Juifs est sacré.

Mais Monsieur Chichah a menti. On a parfaitement le droit de parler du négationnisme. On a parfaitement le droit de considérer que la loi (http://www.resistances.be/negat02.html) qui interdit de nier ou de minimiser grossièrement le génocide commis par les nazis durant la seconde guerre mondiale devrait être abrogée. Et il y a d’ailleurs des intellectuels non suspects de négationnisme pour soutenir cette idée.

Mais à votre tour, je vous demande de remplacer « Juifs » par « musulmans ». Imaginez que demain, un parti d’extrême droite arrive au pouvoir et mette en place une politique d’extermination des musulmans ou supposés tels. Imaginez que des millions de musulmans d’Occident soient déportés et exterminés. Et imaginez que soixante ans plus tard, certains prétendent que cela n’a jamais existé, ou qu’il y a certes quelques musulmans qui sont morts, mais que c’était de maladie, parce qu’à l’époque les conditions sanitaires n’étaient pas terribles, n’est-ce pas. Imaginez que vous soyez à ce moment-là une vieille dame. Que vous ayez perdu plusieurs membres de votre famille par la faute de cette barbarie. Et qu’en plus, vous deviez subir les discours arrogants de ceux qui vous disent, en vous regardant dans le blanc des yeux, que vous mentez.

C’est en ces termes que se pose la question du négationnisme aujourd’hui : car si prétendre que la terre est plate se limite à vous faire passer pour un être peu instruit, prétendre que le génocide n’a pas existé blesse des gens, non pas dans leurs convictions, mais dans leur réalité, dans leur histoire familiale.

À nouveau, nous revenons à la différence entre libre critique des idées et attaque envers les personnes. Je reconnais qu’elle n’est pas toujours aisée. J’espère sincèrement que vos études au sein de l’université du libre examen vous aideront à clarifier cette distinction. Pour le plus grand bien de la démocratie et de la liberté d’expression.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 16:27

Rassurez-vous, je n’ai aucune intention de vous présenter les caractéristiques communes à chacun de ces groupes humains. Mais au contraire d’attirer l’attention sur l’usage de ce « les », qui semble décidément devenir une manie chez certains…

 

Les Juifs… Pour le commissaire européen Karel De Gucht, ces gens-là ont une fâcheuse tendance à penser qu’ils ont raison : « Il y a en effet la foi chez la plupart des juifs - je pourrais difficilement décrire cela autrement - qu’ils ont raison. Et la foi est quelque chose qu’on peut difficilement combattre avec des arguments rationnels ». Une déclaration qui a été à juste titre jugée antisémite : en effet, elle attribue à tout un groupe humain, indépendamment de ses orientations politique ou religieuse par exemple, une même caractéristique qui ne serait dès lors explicable que par la génétique : qu’ils soient Européens, Américains, Africains ou Israéliens, qu’ils soient croyants ou non, « les Juifs » seraient incapables d’appréhender rationnellement la question du Proche-Orient. C’est dans leur sang, vous comprenez. Et les Juifs qui critiquent, parfois virulemment, la politique de l’Etat d’Israël, voire même son existence, sont sûrement des faux Juifs, ou à tout le moins des exceptions qui confirment la règle, comme le boucher arabe mais si sympa que tous les racistes vous resservent à l’occasion.

 

Les musulmans… Deux événements de l’actualité viennent nous rappeler à leur propos combien la tentation de l’essentialisation reste grande.

Tout d’abord, la riche idée du pasteur Terry Jones de brûler un Coran le onze septembre prochain, au nom du fait que l’islam serait la religion du diable. Le « raisonnement » est simple : les attentats du onze septembre 2001, c’est la faute aux méchants musulmans assoiffés de conquête du monde. Ripostons donc en brûlant leur livre saint. Certes… Sauf que c’est oublier – et je ne parlerai même pas ici de considérations politico-stratégiques – que parmi les victimes du onze septembre se trouvaient aussi des musulmans qui n’étaient ni pilotes d’avion ni anti-Américains, et qui allaient tranquillement bosser quand des fanatiques ont mis brutalement fin à leur existence. Et quand bien même aucun musulman n’aurait figuré parmi les victimes, j’ai beau chercher, je ne vois vraiment pas en quoi il serait légitime d’accuser tous les musulmans d’être les complices silencieux mais consentants de ces attentats. Si Terry Jones tient absolument à brûler quelque chose – c’est une manie qui ressurgit régulièrement chez certains obscurantistes chrétiens – qu’il brûle une effigie de Ben Laden, ou alors qu’il fasse un grand bûcher oecuménique de livres sacrés, mêlant petit livre rouge, Mein Kampf, la Bible et tant d’autres pour dénoncer les ravages criminels de la foi aveugle en quelque idéologie que ce soit. Mais dénoncer les ravages de la foi aveugle, ça ne semble pas être son fort, au bon pasteur…

Ensuite, l’annonce par la presse d’une plainte contre Aldo-Michel Mungo, ex PP, qui aurait diffusé via « Les Résistants » en document Powerpoint incitant à la haine contre les musulmans. J’ai fini par voir ce chef d’œuvre : en gros (en très gros), il propage l’idée suivante : les musulmans mangent halal. Ces gens-là ont donc la fâcheuse manie d’égorger les bêtes sans étourdissement préalable, et qui plus est nous imposent leur nourriture religieusement estampillée, à nous qui n’en demandions pas tant. Mais ce n’est pas tout, car les musulmans  n’égorgent pas seulement les bêtes : ils font pareil avec les hommes. Et donc, braves Européens soucieux de défendre vos traditions, réveillez-vous si vous ne voulez pas être bientôt purement et simplement égorgés !

Rétrospectivement, j’ai des frayeurs : quand je pense au nombre de musulmans que j’ai dû croiser dans la rue, sans qu’aucun ne m’égorge ! Sans doute avaient-ils justement oublié leur grand couteau chez eux ? Bénis soient les musulmans distraits !

 

Les Roms enfin… Le seul élu du Parti Populaire a réussi à attirer l’attention sur lui en approuvant la politique de Sarkozy, justifiant les expulsions de Roms par le fait que ces gens-là ne peuvent ni travailler ni se contenter d’amour et d’eau fraîche, et sont donc fatalement des voleurs. Ici, c’est plus subtil – mais reconnaissons que faire plus subtil que De Gucht, Jones et Mungo, même réunis, c’est pas dur… ­- puisque l’explication donnée à la délinquance des Roms n’est pas génétique, ni même culturelle, mais sociale. Il n’empêche : Laurent Louis aurait pu s’informer, il aurait alors appris que non, tous les Roms ne sont pas des voleurs. Que de plus, il y a des voleurs qui ne sont pas Roms. Et que donc, soit on considère que tout voleur doit être déchu de sa nationalité et chassé du pays – mais vers où ??  -, soit on considère que certains ont plus le droit de voler que d’autres : si t’es de souche, tu peux (tu iras peut-être en prison, mais c’est tout), mais si tu viens d’ailleurs, ou si tes parents ou autres aïeux ont des origines suspectes, fais gaffe quand même.

 

Toute ressemblance avec du racisme serait purement fortuite.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 10:24

C’est sous ce titre que Georges-Pierre Tonnelier, bien connu pour sa proximité avec le FN et ses démêlés afférants avec la justice, a choisi de diffuser sur le net un extrait d’une interview où, partant de la question du voile, j’explique la différence entre avoir des idées et les afficher dans un cadre précis, comme celui de la fonction publique, par exemple.

 

L’intention de Monsieur Tonnelier est limpide : me mettre face à mes soi-disant contradictions : « vous dites qu’un fasciste a le droit de travailler, mais en me refusant le droit à l’oubli, vous m’empêchez bel et bien de trouver un emploi ».

Or, de quel droit à l’oubli parle-t-on ? Monsieur Tonnelier n’est pas, contrairement à ce qu’il tente de faire croire, un jeune homme qui s’est brièvement égaré dans les méandres de l’extrême droite avant de prendre conscience de son erreur. Loin d’être un simple électeur du FN, il est actif au sein de l’extrême droite francophone depuis 1998, et, contrairement à ce qu’il prétend, ne lui a jamais tourné le dos : lors des élections de juin dernier, il a participé activement à la campagne du FN de Patrick Cocriamont (celui qui prêta serment en 1994 en faisant le salut nazi) et de Michel Delacroix (celui de « Ma petite juive est à Dachau »). Qui plus est, il a été condamné en 2006 à sept ans d’inéligibilité pour incitation à la haine, à la discrimination et à la ségrégation raciales.

 

Je maintiens donc que :

un électeur du FN, du VB ou d’un quelconque autre parti d’extrême droite a évidemment le droit de travailler. Et il y a certainement, dans tous les milieux professionnels, des racistes, des révisionnistes, des islamistes, bref des extrémistes de tout poil. Tant qu’ils n’enfreignent aucun règlement professionnel, l’Etat n’a pas à se faire juge des consciences. Nous sommes en démocratie, pas en dictature.

Il est cependant évident que, lors de toute recherche d’emploi, notre curriculum vitae peut jouer en notre faveur ou en notre défaveur. Il ne faut d’ailleurs pas nécessairement être d’extrême droite pour en avoir fait l’expérience: cela vaut pour toute activité publique.

Pour ce qui est de la fonction publique – je rappelle que ma position sur le voile, sur laquelle Mr Tonnelier fonde son parallèle, ne vise que les écoles et la fonction publique -, j’estime qu’il est souhaitable que les fonctionnaires publics s’abstiennent d’afficher ou d’exprimer leurs préférences politiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions. Et je ne soupçonne pas Mr Tonnelier de vouloir aller travailler en uniforme SS.

En revanche, certaines professions exigent par exemple un casier judicaire vierge, ce qui n’est pas le cas de Monsieur Tonnelier.

 

En tout état de cause, si Monsieur Tonnelier rencontre des difficultés pour trouver un emploi, la faute ne me paraît pas en incomber à RésistanceS, mais à son obstination à poursuivre des activités publiques au sein de l’extrême droite tout en prétendant avoir viré sa cuti. Tant que Monsieur Tonnelier fera partie de l’actualité politique et judicaire, il sera normal que son nom apparaisse dans les médias. Il serait temps que, plutôt que de jouer la victime innocente d’un obscur complot, Monsieur Tonnelier assume la responsabilité de ses engagements passés et actuels.

http://www.youtube.com/watch?v=aijIdkRXCuY

http://www.resistances.be/tonnelier05.html

http://www.diversite.be/index.php?action=artikel_detail&artikel=218&select_page=215

http://www.resistances.be/fnlafin10.html

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 09:30

Ce texte a été publié dans La Libre Belgique le 14 juillet 2010 sous le titre "L'école n'est pas un lieu de foi" (http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/596177/l-ecole-n-est-pas-un-lieu-de-foi.html).

 

Lors du conseil communal qui, hier à Charleroi, a voté l’interdiction des signes religieux dans l’ensemble de l’enseignement communal, Latifa Gahouchi (PS) et Olivier Chastel (MR) se sont prononcés l’une contre l’interdiction, l’autre pour. Avec des arguments à première vue tout-à-fait pertinents.

 

Pour Latifa Gahouchi, la laïcité ne saurait être invoquée pour empêcher les élèves d’exprimer leurs convictions religieuses, le décret neutralité ne s’appliquant pas à eux, mais uniquement aux enseignants – exception faite du prosélytisme, interdit aux élèves également. Le même débat avait déjà eu lieu en France en 2004, certains laïques estimant alors que la loi de 1905 était dénaturée par une interdiction faite aux élèves d’afficher des signes extérieurs de leurs convictions religieuses. Et il est tout à fait exact qu’historiquement, mais aussi principiellement, la laïcité n’a pas pour vocation d’interdire l’expression de leurs convictions par les élèves.

Olivier Chastel, quant à lui, a tenu à préciser que l’interdiction ne devait pas être défendue au nom de la laïcité, mais au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes. Fort bien, en ce que cela répond de toute évidence à l’argument de Madame Gahouchi. Cependant, on voit mal alors au nom de quoi interdire dans la foulée des signes religieux qui ne seraient pas porteurs d’inégalité entre les sexes, comme le crucifix par exemple.

Que faire alors ? Ne rien interdire, au nom de la liberté d’expression des élèves ? N’interdire que le voile, au nom de l’égalité hommes/femmes ?

Les deux hypothèses sont irréalistes.

La première parce que, sur le terrain, la tension monte. Imaginer que permettre l’affichage ostensible par tous et toutes de leurs convictions philosophiques, politiques et religieuses pourrait déboucher sur un merveilleux melting-pot où règneraient l’harmonie, la bonne humeur et la tolérance, c’est pécher par naïveté.

L’affichage de signes religieux par les élèves, aujourd’hui, est à la fois le reflet et la source d’un communautarisme qui segmente l’espace scolaire. De plus, particulièrement lorsqu’il s’agit du voile, il est fréquemment le point de départ de revendications qui visent à mettre en cause la mixité et l’égalité entre garçons et filles. Enfin, le port du voile par certaines jeunes filles, outre qu’il n’est pas toujours un choix librement consenti, exerce une pression de fait sur les musulmanes qui ne le portent pas et fragmente l’espace scolaire entre musulmans et non musulmans, mais aussi entre bonnes et moins bonnes musulmanes.

N’interdire que le voile, a contrario, serait précisément faire ce que certains accusent déjà les laïques de faire, à savoir stigmatiser l’islam et les musulmans. On pourrait balayer l’objection de la main en soutenant que ceux-là sont de mauvaise foi, ou que, quelle que soit la manière dont le message sera reçu, il faut avoir le courage de nommer ce qui pose problème.

Je ne suis pas de cet avis. Autant il est évident, en effet, que dans l’immense majorité des cas, c’est aujourd’hui le voile à l’école qui pose question, autant rien ne nous permet d’affirmer que demain, d’autres mouvements religieux ne développeront pas une manière plus visible de se profiler. Une loi, par essence, se doit de régler les problèmes d’une manière générale. La loi française de 1905, faut-il le rappeler, trouvait son origine dans la nécessité pour l’Etat de se séparer de l’Eglise catholique. La loi de séparation, cependant, concerne tous les cultes. Et c’est ainsi que les choses doivent être.

Au nom de quoi, alors, interdire les signes religieux (et politiques) à l’école ? Au nom du fait que si la laïcité accepte la présence du religieux, elle en refuse l’immixtion dans le champ institutionnel. La distinction entre présence et immixtion est certes difficile, mais dans le contexte actuel, les signes religieux ne sont pas de simples accessoires sans importance. Ils véhiculent une charge symbolique importante, tant pour ceux qui les portent que pour ceux qui les voient. Ils disent à l’autre « voici ce que je crois », et ce dans une enceinte qui a pour mission de leur transmettre ce qu’il faut savoir. Face à cela, il est urgent que les politiques en charge de l’enseignement obligatoire rappellent, par une loi d’interdiction, que l’école n’est pas un lieu de foi, mais un lieu de savoir. Ce qui n’ôte en rien la liberté à chacun et chacune d’avoir la foi, et de la manifester si bon lui semble… en dehors de l’école.

 

Nadia Geerts

Maître assistante en philosophie

Auteur de « Fichu voile ! » (Luc Pire 2010)

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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