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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Laïcité - religions

Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /Juin /2009 16:48

Tout ce que j’aurais voulu dire

 

S’exprimer sur un plateau télévisé, surtout lorsqu’il est composé de huit intervenants et aborde un thème très large – celui du port du voile, et partant, des autres signes religieux, non seulement dans une assemblée parlementaire, mais encore dans la fonction publique et à l’école – est toujours frustrant. Voici donc ici tout ce que j’aurais voulu dire sur les plateaux de Mise au Point et de Controverse, ce dimanche midi.

 

Mon constat de départ est le suivant : l’arrivée d’une députée voilée au Parlement bruxellois suscite, chez bon nombre de mes concitoyens, des interrogations, un malaise, voire de la tristesse ou de la colère. Ces sentiments me paraissent tout à fait légitimes, et j’y vois, si l’on excepte les inévitables expressions de racisme, trois causes fondamentales :

 

La première, c’est un sentiment de recul de la neutralité de l’Etat belge, où, depuis plusieurs décennies, le cadre laïque paraissait grosso modo accepté, même s’il n’est pas inscrit dans la Constitution : on ne mélange pas le religieux et le politique dans l’exercice de ses fonctions. Or, quoi que l’on prétende, le voile dans une assemblée politique est l’intrusion d’un symbole religieux dans un espace dévolu à la chose politique.

 

La deuxième, c’est un sentiment de recul d’un point de vue féministe. Le voile, spécialement depuis la fin des années 70, est un stigmate, une injonction faite à la femme et à elle seule d’afficher sa religion, mais aussi et surtout sa respectabilité. Or, la respectabilité des femmes, comme leurs idées, est dans leur tête, et pas sur leur tête. Prétendre le contraire, c’est accepter qu’une femme, contrairement à un homme, doive afficher sa vertu, et qui plus est le faire au nom de codes culturels vieux d’à peu près vingt siècles.

 

La troisième, c’est le contexte géopolitique : partout, des femmes se battent pour avoir le droit de ne pas porter le voile. Partout, les islamistes prétendent le leur imposer. Et ici, des femmes défendent le droit de pouvoir porter librement ce symbole d’oppression. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur ce refus de voir les visées fondamentalistes qui se cachent derrière la recrudescence des voiles. À ce propos, je voudrais citer ici un message parmi tant d’autres que j’ai reçus ces derniers jours :

« Bravo pour votre combat que je soutiens à 200%...
Je suis d'origine Algérienne et suis sur la même longueur d'ondes que vous..
J'ai grandi en Algérie et ai commencé avoir des "voiles" dans la rue, en pensant que ce n'était que l'expression d'une pratique de religion qu'il fallait tolérer, quelle erreur!!!! Pour moi ce n'est, aujourd'hui, rien de plus ni de moins qu'une vitrine politique.... Je suis très attristé de voir la même chose aujourd'hui ici en Belgique pays qui m'a adopté il y a 2 ans... Les démons du passé reviennent et ce qui me choque le plus c'est que certains politiques font un elèctoralisme de base avec des sujets très dangereux!!!!
La religion de mes parents musulmans tous deux n'a rien à voir avec celle de ces "criminels de la pensée". »

 

Au-delà de ces trois éléments essentiels, j’aimerais revenir sur quelques constantes dans les débats sur ces thèmes. A en entendre certains, et Radouane Bouhlal est friand de ce genre d’amalgame, demander une certaine retenue dans l’expression de ses convictions religieuses, et ce dans le cadre de certaines fonctions, revient à souhaiter une fonction publique où seuls seraient admis les « visages pâles ». Cette confusion entre ce qu’on est et ce que l’on choisit d’afficher conduit certains intervenants à se poser en partisans de la diversité, face à des gens qui seraient, eux, partisans d’une uniformité absolue. Or, les élus issus de l’immigration sont nombreux, de même qu’il y a sans doute des musulmans parmi eux, et cette diversité est positive. La seule question qui mérite d’être posée étant celle des limites souhaitables à l’expression des convictions, en particulier religieuses, dès lors que l’on souhaite vivre ensemble. Et il est vraiment regrettable qu’aucune personne issue de l’immigration, et pourquoi pas musulmane, n’ait été invitée à défendre un point de vue laïque. Pourtant, ces personnes existent ; elles sont plusieurs parmi les fondateurs du R.A.P.P.E.L., et nombreuses à nous écrire pour nous apporter leur soutien. Si le débat pourrit tellement ces derniers temps, c’est sans aucun doute en partie parce que les médias opposent systématiquement des « visages pâles » et uniquement des « visages pâles » à des défenseurs de l’autorisation du port du voile. Il y en aurait, pourtant, des femmes d’origine algérienne, iranienne, marocaine, turque, etc. qui pourraient témoigner de ce que le voile représente pour elles, en termes d’aliénation, d’oppression et de contrôle social, et de leur attachement consécutif à la laïcité !


On ne saurait non plus passer sous silence le sempiternel argument du respect des convictions religieuses. Interdire les signes religieux dans le cadre de certaines fonctions, ce serait ne pas respecter les convictions des personnes qui les arborent, voire même les discriminer. Deux anecdotes me semblent ici intéressantes à relever. Il y a quelques années, la députée Zoé Genot a fait modifier un vieux règlement de la Chambre qui interdisait le port de couvre-chefs dans les tribunes, pour le public donc. Sa volonté explicite était alors de permettre à des femmes et jeunes filles voilées – par exemple dans le cadre de visites scolaires – d’assister aux sessions parlementaires. Initiative louable, s’il en est. Mais je m’explique mal, alors, que l’on ait conduit au poste, pour cause de « provocation », un homme qui arborait un chapeau sur lequel était écrit « Dieu n’existe pas », le jour de la prestation de serment des députés bruxellois.

 

Je ne m’autorise pas à juger du sens particulier que revêt pour Mahinur Özdemir le port du voile. Et bon nombre de « progressistes » soucieux de tolérance semblent trouver qu’effectivement, nous n’avons pas le droit d’en juger. Mais alors, j’aimerais que l’on s’abstienne de considérer comme provocateur l’acte consistant à proclamer son athéisme. Certes, nul « dogme » athée n’impose d’afficher son athéisme, et pour cause. Mais je pourrais comprendre que certains athées aient désormais envie, voir ressentent le besoin, d’afficher leur incroyance, dans un monde qui semble si prêt au respect des convictions religieuses. Et je n’accepterais pas qu’on considère ipso facto leur acte comme relevant d’une provocation.

Si réellement certains pensent que le vivre ensemble serait mieux garanti dans un monde où chacun arborerait les signes extérieurs de ses convictions religieuses, et ce en tout temps et en tout lieu, alors cela doit valoir pour tous, y compris pour les athées.

Personnellement, ce n’est jamais ainsi que j’ai considéré les choses, convaincue que mon incroyance relevait de la sphère privée, et donc ne regardait que moi. Et si chaque député arborait demain au Parlement ses convictions religieuses, je ne suis pas persuadée que cela contribuerait à la sérénité des débats. Mais après tout, peut-être faut-il essayer ?

 



Note: à ce propos, le site http://www.dieunexistepas.com/d-tshirt.html commercialise des t-shirts "Dieu n'existe pas". Le promoteur de cette initiative souligne qu'il est tout-à-fait opposé au port de ces t-shirts au parlement, à l'école, à l'administration ou encore à la justice. Selon lui, "cela tombe sous le sens !". Ce qui achève de rendre son initiative sympathique à mes yeux, outre le fait qu'il m'en a fort aimablement offert un exemplaire, peut-être pour éviter que je me ridiculise encore avec mon petit bonnet fait main ?


Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /Juin /2009 20:34

Mahinur Özdemir, la fameuse candidate CDH dont le portrait avait été malencontreusement recadré afin de gommer son voile, a donc été élue. Et, chose curieuse, des esprits progressistes s’en réjouissent.

 

Commençons par préciser les choses : oui, dans l’état actuel des choses, Madame Özdemir avait parfaitement le droit de poser voilée sur ses affiches électorales. Et oui, elle a parfaitement le droit, comme elle a affirmé en avoir la ferme intention, de siéger voilée au Parlement bruxellois, comme elle le fait d’ailleurs depuis trois ans au conseil communal de Schaerbeek.

On connaît mes positions en matière de laïcité. A mes yeux, la séparation des cultes et de l’Etat, qui définit la laïcité, impose nécessairement que les mandataires politiques évitent de faire intervenir leurs convictions religieuses (privées) dans l’exercice de la prise de décision politique. Cela ne leur interdit évidemment pas d’en avoir, mais leur impose (dans l’idéal, je le répète, puisque la Belgique n’est pas un Etat laïque) d’argumenter sur le terrain politique en utilisant des arguments relatifs au bien commun, partageables par tous donc, et non des arguments d’ordre religieux, nécessairement non recevables pour certains de leurs collègues.

Or, le voile est à la fois beaucoup plus et beaucoup moins qu’un argument. Beaucoup moins d’abord, parce qu’il se borne à exposer une conviction sans l’expliciter. Beaucoup plus, parce qu’il l’expose en permanence, rendant impossible la mise sur le côté d’une information pourtant non pertinente dans la sphère politique, puisqu’elle concerne les convictions privées de celle qui le porte.

Inévitablement se pose dès lors la question : à quel titre Madame Özdemir va-t-elle siéger au Parlement bruxellois ? Est-ce en tant qu’élue CDH, ou en tant que musulmane ?

 

Cela, c’est en partie le problème du CDH. Un CDH qui n’a d’ailleurs pas brillé par la transparence dans cette affaire, tiraillé qu’il était sans doute entre un œcuménisme stratégique lui faisant voir d’un bon œil la présence d’une candidate voilée sur ses listes et un vieux fond catholique y voyant comme qui dirait un hiatus.

 

Ce qui ne lasse pas de me fasciner, en revanche, c’est l’enthousiasme avec lequel certains progressistes saluent l’élection de Mahinur Özdemir. Car enfin, elle n’est de toute évidence pas la première candidate de confession musulmane à être élue. Ce ne peut donc être qu’en tant que candidate voilée que son élection est ainsi saluée.

A mes yeux, c’est un peu comme si demain, des hommes et des femmes résolument « de gauche » saluaient l’arrivée d’un Loubavitch ou d’un disciple de Monseigneur Léonard parmi les élus du peuple. Le monde à l’envers…
Dans quelques années, se trouvera-t-il une belle âme "progressiste" pour de réjouir de la présence de la première femme en burqa élue au Parlement fédéral ?

 

 

 

Sur le même thème, voir aussi : http://nadiageerts.over-blog.com/article-31966191.html

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /Juin /2009 12:39

Cet article a été publié dans La libre Belgique du 4 juin 2009, dans un face-à-face avec Radouane Bouhlal. Le titre est de la rédaction.


Pour Nadia Geerts (1), la question du port du voile à l’école s’inscrit plus largement dans celle de l’affichage de signes d’appartenance religieuse dans l’espace scolaire. Et en même temps, elle la dépasse indéniablement. Pour des raisons qui n’ont rien à voir avec une quelconque intolérance.

 

À première vue, le voile est un signe religieux par lequel la femme ou la jeune fille – et parfois la petite fille – manifeste son appartenance à la religion islamique, comme d’autres recourent à d’autres « marqueurs » pour exprimer leur attachement à une autre religion.

Dans ce cadre, les opposants à l’interdiction des signes d’appartenance religieuse à l’école invoquent volontiers le droit de manifester sa religion ou sa conviction consacré par la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948, droit dont découlerait en quelque sorte l’obligation de laisser les élèves porter les signes extérieurs de leurs convictions.

Or, si l’on raisonne ainsi, prenant à la lettre le texte de la Déclaration, il serait tout aussi illégitime d’interdire aux élèves de prier dans l’enceinte des établissements scolaires ou de sécher les cours pour cause de fête religieuse.

On voit donc bien, par le biais de ce raisonnement par l’absurde, que le droit de manifester sa religion ou sa conviction ne saurait être compris comme un droit absolu.

Manifester sa religion ou sa conviction, en effet, peut se faire de quantités de manières. Et il est pour le moins curieux que certains se focalisent aujourd’hui à ce point sur le port de « signes » religieux. Ce qui importe manifestement, c’est de montrer aux autres, en tout temps et en tout lieu, de quelle foi on se chauffe. Avec tous les risques de fragmentation de la communauté scolaire en groupes convictionnels distincts que cela comporte. Dès lors que l’on ne vient plus à l’école en tant qu’élève, mais en tant que musulman, que Juif, que chrétien, ou en tant que socialiste, que libéral ou que communiste, on tend à transformer, volontairement ou non, l’école en « chambre d’échos des passions du monde ».

 

À cela s’ajoutent deux composantes du voile qui le différencient de la croix, de la kippa ou du poignard sikh par exemple. Il s’agit de ses dimensions sexuelle et politique.

Il y a en effet de toute évidence une dimension sexuée au voile, dès lors qu’il s’agit d’un signe dont le port est recommandé aux femmes, et à elles seules, et ce dans le but de dissimuler une partie de leur corps à la concupiscence masculine. Ainsi, pendant que les jeunes garçons musulmans ont toute liberté de déambuler en jeans et en baskets, comme tout adolescent de leur âge, c’est sur les filles, et sur elles seules, que pèsent le poids de l’affirmation religieuse « urbi et orbi », et, trop souvent, du contrôle social qui va de pair. Il y aurait en ce sens beaucoup à dire sur l’accusation portée par certains, en vertu de laquelle l’interdiction du voile est discriminatoire envers les jeunes filles musulmanes : n’est-ce pas plutôt une certaine interprétation de l’islam qui est, de fait, discriminatoire envers elles ? Et l’école, dans ce sens, a indéniablement un rôle essentiel à jouer pour que, au moins en son sein, garçons et filles soient libres et égaux.

 

Il est difficile, enfin, de passer sous silence la dimension politique du voile, dimension qui, si les jeunes filles qui le portent n’en sont sans doute pas conscientes, n’en est pas moins réelle. Le voile, en effet, a toujours été une manière, pour les fondamentalistes musulmans, de réaffirmer leur emprise sur le corps des femmes et, partant, sur leurs libertés. L’argument religieux peut par ailleurs être aisément déconstruit, dès lors que l’on sait que le voile était une pratique culturelle établie bien avant la naissance de l’islam. « Les femmes mariées n’[ont] pas leur tête découverte. Les prostituées ne [sont] pas voilées », proclamait déjà, au XIIè siècle avant notre ère, le roi d’Assyrie Teglat Phalazar 1er. En d’autres termes, si tant est que le Coran prescrive le port du voile pour toutes les musulmanes – chose qui est contestée au sein même de l’islam –, il n’a manifestement fait que reprendre une coutume préexistante et qui était conforme aux usages de l’époque. En quoi, dès lors, une coutume traditionnelle datant des premiers siècles et partagée par des êtres de religion différente devrait-elle obliger les jeunes filles du XXIè siècle ? De toute évidence, les femmes qui choisissent de porter le voile se soumettent non pas à leur religion, mais à une pratique culturelle archaïque et patriarcale que certains fondamentalistes religieux ont contribué, avec le talent qu’on connaît à ces gens-là, à sédimenter et à sacraliser.

 

Malgré tout ce qui précède, les tenants de l’autorisation du voile à l’école prétendent généralement vouloir lutter pour la liberté de « porter ou non le foulard à l’école ». Passons sur le doux euphémisme que constitue l’usage du terme « foulard » par les adeptes de son autorisation, comme si le centre du débat était un simple accessoire de mode. D’un simple point de vue pragmatique, il va de soi qu’il est impossible de défendre à la fois la liberté de porter le voile pour celles qui l’ont choisi, et celle de ne pas le porter pour celles qui y sont contraintes. Le règlement d’ordre intérieur d’une école ne peut en effet s’adapter à des situations particulières, sans quoi il ne serait plus un règlement. Autoriser le voile à l’école laisserait donc inévitablement sans recours ni protection les jeunes filles que leur milieu ou la pression sociale contraignent de porter le voile. En outre, arguer que le voile peut être un choix librement consenti néglige singulièrement le fait que les mineur(e)s sont, par essence, considérés comme incapables de porter des choix réellement libres et, partant, devant être l’objet d’une protection spéciale « afin d'être en mesure de se développer d'une façon saine et normale sur le plan physique, intellectuel, moral, spirituel et social, dans des conditions de liberté et de dignité. »[1]

Enfin, considérer qu’interdire le voile revient à exclure les jeunes filles musulmanes de l’enseignement repose sur un raisonnement casuistique, qui fait du voile un attribut consubstantiel à la jeune fille, et rendrait en toute bonne logique caduc tout règlement scolaire. Mais a-t-on jamais vu protester quiconque de ce que les règlements interdisant de fumer dans les bâtiments scolaires visaient en réalité à exclure les élèves fumeurs de la sphère scolaire ?

On le voit bien par cet exemple : en réalité, derrière les arguments de ceux qui défendent l’autorisation du voile à l’école se cache un raisonnement qui consiste à accorder aux prescrits religieux un surcroît de respectabilité par rapport aux autres choix, engagements et préférences des élèves.

Contre cette logique dangereuse, il s’agit de défendre l’accès égal pour tous à l’enseignement, dans le respect des lois et règlements.

 


[1] Déclaration des droits de l'enfant proclamée par l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies le 20 novembre 1959, Principe 2

(1) Nadia Geerts est agrégée en philosophie et initiatrice du Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat Laïque (R.A.P.P.E.L.). Elle est l’auteur de « L’école à l’épreuve du voile » (Labor 2006) et a dirigé l’ouvrage collectif du R.A.P.P.E.L. « La Laïcité à l’épreuve du XXIè siècle » (Luc Pire 2009). Le R.A.P.P.E.L. a mené récemment une large enquête auprès des candidats aux prochaines élections afin de connaître leur positionnement en matière de laïcité. (http://rappel.over-blog.net/)

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /Mai /2009 12:31

Port du voile : encore et toujours la confusion

 

À en croire la presse, la question du port du voile est devenu un élément central de la campagne électorale. L’affaire Mahinur Özdemir, candidate voilée se présentant sur les listes du cdH, fait grand bruit. Sur fond de discours non seulement politiquement corrects, mais encore extraordinairement confus.

 

Interviewée dans Le Soir de ce jeudi 28 mai, Mahinur Özdemir déclare que ce qui compte, ce n’est pas ce qu’elle a sur la tête, mais ce qu’elle a dans la tête. Et comment ne pas lui donner raison ? Mais comment aussi ne pas relever la contradiction entre ce propos de bon sens et les déclarations de la candidate, qui affirme, « en cas d’élection, qu’elle prêtera serment avec son foulard et qu’elle continuera à le porter “d’autant plus qu’il n’existe aucune interdiction juridique de ce genre au Parlement bruxellois“. » (http://www.parlemento.com/).

Car enfin, si réellement ce qui compte, c’est ce qu’elle a dans la tête – y compris donc sa foi –, quel besoin a-t-elle de porter un voile et, qui plus est, de refuser de s’en séparer dans l’exercice de ses futures fonctions parlementaires ? Madame Özdemir serait-elle moins musulmane si elle ôtait son voile ?

Cela dit, la moindre des choses pour le cdH aurait été d’assumer le choix qu’il fait d’accepter la présence d’une candidate voilée sur ses listes sans user de ridicules entourloupes pour masquer ce voile, à grands renforts de recadrages spécifiques de sa photo. De deux choses l’une en effet : soit le port d’un signe religieux ostensible par des candidats aux élections ne pose pas de problème – et alors pourquoi le gommer, si ce n’est pour des motifs bassement électoralistes ? –, soit il pose problème, et alors pourquoi l’accepter ?

 

Autre confusion, toujours dans Le Soir d’aujourd’hui : un article d’Hugues Dorzée dénonce un mail qui a largement circulé et qui reprends des extraits de la liste PS aux élections régionales bruxelloises, dénonçant le nombre de candidats au nom à consonance étrangère. J’ai moi-même reçu ce mail, et éprouvé le même sentiment de malaise que le journaliste : qu’importe en effet de quelle origine « ethnique » sont les candidats qui se présentent à nos suffrages ? L’essentiel n’est-il pas de savoir s’ils sont compétents, de connaître les idées qu’ils défendent, etc. ? Bien qu’on ne puisse nier que le communautarisme et le « vote ethnique » soient des facteurs d’explication de la présence de nombreux candidats sur les listes électorales, et d’élus au sein des différentes assemblées, il ne me paraît pas plus dérangeant que la pratique qui consiste à exiger la parité hommes/femmes sur les mêmes listes.

En revanche, Hugues Dorzée croit bon de préciser qu’on se fiche non seulement de l’origine nationale des candidats, mais encore de la taille de leur foulard. Là encore, il me semble qu’il s’agit de deux choses pourtant radicalement différentes :

Le candidat qui s’appelle Mohammed ne saurait être disqualifié pour cette seule raison, sans pratiquer un racisme éhonté, en tant que futur élu. De même d’ailleurs, les candidats et les élus ont évidemment le droit d’avoir des convictions religieuses, et il ne saurait être question, sous peine d’athéisme d’Etat digne des pires régimes communistes, de réserver les fonctions politiques à des mécréants.

Mais la question du voile est toute différente, puisqu’il ne s’agit plus d’accepter qu’un (ou plutôt, en l’occurrence, une) candidate soit d’origine étrangère, ni qu’il ait des convictions religieuses, mais qu’il les affiche dans le cadre de sa campagne électorale, et peut-être ensuite, dans l’exercice de ses fonctions représentatives.

Alors non, on ne s’en fout pas. Ou du moins on ne devrait pas. Car ce serait faire le contraire de ce que la porteuse de voile demande, consciemment ou non. En portant son voile, elle se présente aux électeurs en tant que musulmane. Et donc, il est normal que cette information qu’elle donne volontairement (au contraire du candidat prénommé Mohammed, dont le seul prénom ne dit encore rien de ses convictions religieuses) soit prise en compte par l’électeur. Prétendre le contraire, c’est dire « Je vous montre très fort mes convictions religieuses, mais surtout ne les regardez pas ! ».

Que Madame Özdemir choisisse de s’afficher sur ses photos de campagne électorale avec son voile est une chose. Qu’elle affirme vouloir le porter au sein du Parlement bruxellois si elle est élue en est une autre.

Mais qu’elle ne vienne pas s’étonner que son voile suscite des réactions, et surtout qu’elle n’en déduise pas, comme elle le fait en turc dans un article publié par le quotidien turc Zaman (conservateur musulman) le 25 mai dernier, être « exclue parce que je suis musulmane » – un comble, alors qu’elle figure bel et bien sur les listes électorales !

Une déclaration qui, si on la met en parallèle ave une autre de ces déclarations (« Les femmes voilées existent, il est donc important qu’elles soient présentes à tous les niveaux de la société ») montre bien à quel point Madame Özdemir confond la religion islamique et le voile d’une part, et la vie sociale et les fonctions de représentation politique de l’autre.

 

Non Madame Özdemir, je n’ai rien contre le fait que vous portiez votre voile dans la rue, dans les commerces, dans les trains, dans les cafés, dans les bus, ni même lorsque vous allez faire une démarche à la maison communale ou consulter un médecin à l’hôpital public.

Par contre, j’estime qu’en tant que peut-être future représentante de la population – car c’est en tant que telle que vous vous présentez, et pas seulement en tant que future représentante des musulmans de Belgique – vous commettez une erreur en affichant vos convictions religieuses, et que c’est mon droit le plus strict, en tant qu’électrice, de ne pas voter pour vous. Sans être accusée de vouloir vous exclure « parce que musulmane ». Vous affichez vos opinions religieuses – dont je vois mal, personnellement, ce qu’elles ont à faire dans la sphère politique –, quoi de plus normal que j’en prenne acte ?

 

Mais visiblement, ce n’est plus très politiquement correct de raisonner ainsi. Afficher ses croyances religieuses sur une affiche électorale, visiblement, c’est devenu pour certains exactement pareil que porter un nom à consonance maghrébine ou turque.

N’est-il pas grand temps de rappeler que si nous choisissons (dans une certaine mesure) nos convictions, et plus encore de les afficher ou pas, nous ne choisissons pas nos origines, ni notre patronyme. Et que le racisme réside donc dans la stigmatisation de caractéristiques que nous n’avons pas choisies, et non dans la critique d’idées et de choix que nous posons ?

 

Amen

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /Mai /2009 08:58

Suite à la publication des résultats de l’enquête du R.A.P.P.E.L. concernant la sensibilité laïque des candidats aux prochaines élections (http://rappel.over-blog.net/article-31892559.html), Ricardo Guttierez (Le Soir) se fend d’un articulet dans lequel il laisse une fois de plus transparaître son parti-pris. Analyse.

 

Selon Guttierez, « sur les 3.255 candidats wallons et bruxellois, 131 ont répondu ». Ce qui est doublement inexact. D’abord parce que cela laisse entendre que tous ont été contactés, ce qui n’est pas vrai : nous avons en effet délibérément ignoré les candidats se présentant sur des listes non démocratiques, et il ne nous a pas été possible de contacter tous les candidats figurant sur de « petites listes ». Mais soit, cela, Guttierez n’était pas censé le savoir. En revanche, ce qu’il ne pouvait ignorer, c’est que deux partis (ECOLO et le cdH) ont pris l’initiative de répondre au nom de l’ensemble de leurs candidats. En toute bonne logique, il faudrait donc considérer que les candidats de ces deux listes qui n’ont pas pris la peine de répondre individuellement souscrivent à la position de leur parti. Et ajouter donc quelques centaines de candidats aux 131 réponses personnelles.

 

Mais il y a plus grave. Dans son petit article (qui ne mentionne évidemment pas le lien vers le blog du R.A.P.P.E.L., où figure l’ensemble des résultats de notre enquête), Guttierez ne cite aucun nom de candidat partageant les vues du R.A.P.P.E.L., préférant s’appesantir sur ceux qui s’opposent à l’interdiction des signes philosophiques, politiques ou religieux à l’école. Une cause dont on sait qu’elle tient à cœur à Ricardo Guttierez, qui avait déjà qualifié de partis qui « avancent » ceux qui défendent l’autorisation du port du voile, et de partis qui « reculent » ceux qui prôneraient son interdiction…

Or, la question du port de signes d’appartenance divers n’est pas celle qui fait le plus question au sein des candidats laïques. En réalité, ce sont la remise en question du financement des cultes et la contestation de la présence de lobbys religieux (considérés, soit dit en passant, comme des « partenaires », et donc non astreints aux règles de transparence imposées aux autres lobbys) qui suscitent le plus d’hésitation, voire d’opposition, parmi les candidats laïques.

 

Ricardo Guttierez aurait voulu inciter à voter pour des candidats « laïques mais pas trop », c’est-à-dire opposés à l’interdiction du port de signes religieux, philosophiques et politiques à l’école, qu’il n’aurait pas agi autrement. Ce qui n’est guère étonnant dès lors qu’il taxait encore récemment le R.A.P.P.E.L. de « laïques radicaux », sans bien entendu expliciter ce qu’il entendait par là, laissant ainsi la porte ouverte à toutes les interprétations, et à toutes les suspicions.

 

 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 15:20

Cet article a été publié sous forme de carte blanche dans La Libre Belgique de ce 18 mai 2009 (http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/503255/raisonnables-les-accommodements.html).

Si les laïques européens ont souvent une longue tradition de lutte contre le cléricalisme venu d’ « en haut », c’est-à-dire d’une religion instituée, traditionnellement alliée de la classe dominante, ils sont aujourd’hui confrontés à des revendications d’ordre religieux qui émanent non plus d’ « en haut », mais d’ « en bas » : de citoyens qui sous prétexte de voir reconnues leurs libertés religieuses, réclament des adaptations aux législations en vigueur, aussitôt soutenus en cela par des partis ou des mandataires politiques, dont on peut s'interroger sur les véritables motivations.

Soulignons d’entrée de jeu que ces revendications venues d’ « en bas » ne se substituent pas à celles d’ « en haut », mais s’y superposent, et posent avec une acuité nouvelle la question de la portée et des limites de la liberté religieuse.

 

De toute évidence, il est essentiel, en démocratie, d’accorder un traitement égal à toutes les convictions philosophiques et religieuses, pour autant que le respect de ces convictions ne soit pas en opposition avec les principes démocratiques essentiels au vivre ensemble. Cependant, cette évidence ne règle pas la question du « comment ? ». Comment faire, en effet, pour qu’aucune religion, aucune croyance, aucune conviction ne soit objectivement lésée par la manière dont l’Etat règle la question de ses rapports avec les cultes ?

 

À cet égard, le modèle communautariste anglo-saxon, qui a inspiré les accommodements raisonnables nés au Québec, s’inspire de la logique selon laquelle l’égalité ne consiste pas à traiter également des individus objectivement différents, mais à traiter les individus différemment les uns des autres, en fonction de leurs différences.

Cette approche, qui passe au premier abord pour éminemment tolérante et respectueuse de la diversité culturelle, comporte cependant plusieurs risques :

 

- Passer du droit à la différence à la différence des droits. C’est ce qu’a fait un tribunal allemand, par exemple, en refusant le divorce à une femme de confession musulmane victime de violences conjugales persistantes. La juge, en effet, a estimé que « dans ces milieux, il n'est pas inhabituel que l'homme exerce son droit de châtiment corporel sur sa femme ». Et de citer à l'appui de sa décision des extraits du Coran, rappelant en outre que le couple s'était marié « selon les lois islamiques ».

Or, c’est le droit de tout citoyen d’être traité selon les lois de son pays, indépendamment de considérations d’ordre religieux. Ce droit a indéniablement été bafoué dans ce jugement, heureusement cassé en appel.

 

- Essentialiser les différences, en particulier religieuses, en les traitant comme des composantes aussi naturelles et consubstantielles aux individus que le genre ou le handicap éventuel. C’est la tendance qui sert de fil rouge aux « accommodements raisonnables », qui consistent à appliquer aux minorités religieuses des mécanismes mis en place à l’origine pour faciliter l’accès des personnes handicapées au monde du travail. Or, la pratique religieuse – que l’on confond trop souvent avec la foi – ne peut de toute évidence être considérée comme aussi consubstantielle à l’individu que le handicap éventuel dont il est atteint.
De plus, la pratique des accommodements raisonnables comporte le risque non négligeable d’aboutir à une fragmentation de la société en fonction des appartenances cultuelles des uns et des autres. L’aménagement des horaires de travail ou du jour de congé hebdomadaire en fonction de considérations religieuses, par exemple, risque de compromettre singulièrement le vivre ensemble et de menacer les droits sociaux des travailleurs en favorisant une flexibilité accrue de ceux-ci.
Enfin,
dès le moment où la religion peut être invoquée pour réclamer des accommodements raisonnables, on voit mal pourquoi d’autres choix ou préférences individuels ne pourraient pas, eux aussi, donner lieu à des aménagements, sauf à considérer bien sûr – et c’est là le danger – que les convictions religieuses ont plus de crédit, méritent plus de respect que d'autres choix personnels, d'autres convictions, d'autres idées.

 

- Faire droit à des revendications issues de la minorité agissante que constituent les groupes de pression fondamentalistes, qui tentent de faire passer leur interprétation rigoriste de la pratique religieuse pour la norme, et qui contreviennent à certains principes essentiels de nos démocraties. Ainsi, les contestations de la mixité lors de certaines activités scolaires ou dans les piscines publiques comportent le risque bien réel, si l’on y fait droit, de porter atteinte aux libertés des femmes de telle ou telle confession, qui seraient dès lors sommées par leur « communauté » de se soumettre à la nouvelle règle commune.

Une telle attitude renforcerait donc le fondamentalisme religieux en accréditant l’idée, par exemple, que la femme musulmane porte le voile, mange hallal, et refuse toute « promiscuité » avec les hommes, par exemple dans le domaine professionnel ou des soins de santé.

De plus, les contestations de la mixité constituent une mise en cause de l’égalité entre les hommes et les femmes, dont les caractéristiques biologiques ne sauraient conditionner les droits et les devoirs.

 

- Faire passer les appartenances culturelles et religieuses au-dessus de l’appartenance commune à une même sphère civile. Promouvoir, même inconsciemment, l’idée qu’on est croyant avant d’être citoyen.

Or, la citoyenneté implique précisément la recherche de l’intérêt général, lequel ne saurait être confondu avec la somme ou la balance des intérêts particuliers. Il serait désastreux pour le vivre ensemble que les individus renoncent à se comporter en citoyens authentiques pour se transformer en membres de groupes de pression exclusivement soucieux de la défense et de la préservation de leurs intérêts catégoriels.

 

Pour toutes ces raisons, l’introduction des accommodements dits « raisonnables » dans la société belge risquerait fort de contribuer au délitement de la citoyenneté et à l’émergence d’une société communautarisée, ghettoïsée, et non réellement interculturelle.

Contre cette logique, nous en appelons à un modèle de société où tout citoyen jouit des mêmes droits et des mêmes devoirs. Que ces droits et devoirs doivent parfois être repensés – que l’on pense par exemple au calendrier des congés scolaires, qui fait la part belle à des fêtes religieuses chrétiennes que peu de gens célèbrent encore – ne fait aucun doute. Mais il est essentiel que le fil conducteur de cette réflexion reste l’intérêt général, et non l’octroi de privilèges ou de dérogations à une communauté de croyants particulière.

 

 

Réseau d’Actions Pour la Promotion d’un Etat Laïque (R.A.P.P.E.L.) http://rappel.over-blog.net/

 

Nadia Geerts

Abdellatif Mghari

Catherine François

Gisèle De Meur

Sam Touzani

Chemsi Cheref-Khan

Claude Javeau

André Nayer

Farouk Boustami

Philipp Bekaert

Pierre Efratas

Fatoumata Sidibe

Bahareh Dibadj

Philippe de Menten

Jacques Lemaire

Michèle Peyrat

Yvan Biefnot

Anne-Marie Roviello

Jamila Si M’hammed

Georges Verzin

Philippe Schwarzenberger

Dominique Celis

Elie Cogan

Mohammad Zahedi

Tamara DANBLON
Paul DANBLON

Marie-Ange Veyckemans, enseignante

Annette Lecomte-Devooght, médecin

Claude Katz, avocat

Claude Thayse, maître de conférences ULB

Pierre Vansteenkiste

Anne Martin, enseignante

Sam Mourlon, politologue

Olivier T'Kindt, psychologue-psychothérapeute

Jean-Sébastien Jamart, maître de conférences à l'Université de Liège

Luc Toussaint, délégué syndical

Jean Lerusse, gynécologue

Frédéric Mascetti, enseignant

Louis Kanarek, professeur émérite VUB

Jean-Claude Pector, professeur honoraire ULB

Christian Sirjacq, enseignant

Mireille Popelin, ex-présidente de l'Ufal du Rhône

Pierre J. Mainil, artiste

Yves Caelen, sociologue

Bernard GUILLAUME, échevin de l’Etat civil à Schaerbeek

Patrick Hannot, psychologue

Jacques JOSET, Professeur ordinaire émérite Université de Liège

Luc Collard, psychologue

Isabelle Emmery, députée régionale

Noël Rixhon, auteur

Robert Falony, journaliste

Marie-Isabelle Collart

Valérie DE NAYER, CGSP Enseignement Bruxelles

Letty Lefebvre, inspectrice de l’enseignement

Yvan Bruwier, coordinateur pédagogique

Laurent Berger, écrivain et enseignant

Jacques FRANCK, musicien et dessinateur

Michel Lysight, compositeur et  professeur au conservatoire royal de Bruxelles

Pierre Catelin

Victor Khagan

Marc-Antoine Carreira da Cruz

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 14:51

On était déjà coutumiers des revendications de menus et d’horaires adaptés au préceptes de l’islam, du discours culpabilisant ceux qui refusent le port du voile à l’école et/ou pour les fonctionnaires publics, etc. Voilà maintenant qu’une « présidente de l’Association belge des professionnels musulmans » défend dans Le Soir de ce jour dans la nouvelle idée du siècle : la finance islamique.

 

L’exposé des motifs est hallucinant : à l’en croire en effet, depuis plusieurs décennies, les musulmans installés en Belgique connaissent « un frein à leur épanouissement personnel/familial dans des activités financières normales du quotidien : achat d’une maison, acquisition d’un commerce, investissement en Bourse… En effet, les produits bancaires de la finance conventionnelle proposés en Belgique ne répondent pas à leurs attentes et c’est ainsi qu’ils sont de facto « hors champ » des tractations économiques parce qu’elles ne sont pas en phase avec leur sensibilité confessionnelle. En effet, les musulmans ne peuvent acheter un bien par le biais d’un crédit traditionnel – puisque l’islam ne reconnaît pas à l’argent le rôle de bien réel et n’accepte donc pas que celui-ci puisse être acheté ou vendu moyennant le paiement d’un intérêt ».

 

Plusieurs choses me frappent dans cet extrait, que je vais reprendre une à une.

« Les musulmans » sont freinés dans leur épanouissement, parce que leur religion leur interdit de recourir au prêt à intérêt. Autrement dit : il faut d’urgence faire cesser cette situation où, une fois de plus, nous discriminons volontairement ou non des pauvres musulmans qui ne demandent qu’à vivre à la fois comme tout le monde et dans le respect de leur sensibilité islamique. Car comme chacun sait, aucun musulman en Belgique n’est propriétaire d’un bien immobilier acquis grâce à un prêt bancaire traditionnel, aucun ne possède une carte de crédit, aucun n’achète à crédit son frigo, son écran plasma ou son ordinateur. Ou s’il y en a, c’est clair : ce sont de mauvais musulmans, car l’islam est clair sur ce point : « l’islam ne reconnaît pas à l’argent le rôle de bien réel et n’accepte donc pas que celui-ci puisse être acheté ou vendu moyennant le paiement d’un intérêt ». Je compatis sincèrement au sort de tous ces malheureux musulmans de Belgique qui vont s’apercevoir, à la lecture de la carte blanche d’Imane Karich, que jusqu’ici ils étaient dans le péché, ou plutôt dans l’haram.

 

A ceux qui bondiraient face à cette nouvelle preuve de mon intolérance légendaire, arguant que je m’obstine à méconnaître la dimension fondamentalement anticapitaliste de cette « finance islamique », je ferai remarquer que je ne peux que me baser sur que je lis : on parle bien de finance islamique, et non alternative, éthique ou que sais-je. Et de l’aveu même de Madame Karich, « la finance islamique est une finance éthique développée sur base des principes découlant des sources de l’islam (…) ».

Voilà, elle l’a dit : cette idée géniale découle des « sources » de l’islam. Donc d’il y a environ 14 siècles. Et ce sont des principes datant de Mahomet – qui n’est pas Mathusalem, mais presque – qu’elle voudrait voir appliquer au vingt-et-unième siècle. Evidemment, si on y va par là, il faudrait reconsidérer aussi la pratique de l’excision – ben oui, désolée,  mais des sites musulmans très sérieux dissertent de la taille adéquate de la coupe telle qu’elle a été voulue par Mahomet : ni trop ni trop peu, parce que bon, hein, faut pas pousser… –, et d’autres charmantes pratiques comme la lapidation ou la valeur moindre accordée à la femme – une demi part d’héritage, deux témoignages de femmes valant celui d’un homme, etc.

 

Bref, avec cette incroyable carte blanche, Madame Karich réussit trois choses :

-         Culpabiliser les musulmans, très nombreux j’en suis sûre, qui recourent jusqu’ici au prêt à intérêt : vous n’êtes pas de bons musulmans, leur dit-elle. Mais c’est pas grave, elle va arranger ça pour eux, et grâce à sa finance islamique ils pourront bientôt réintégrer le bercail de l’islam des « sources ».

-         Essentialiser les musulmans : un musulman, ce n’est plus quelqu’un qui croit en un Dieu qu’il appelle Allah, avec toutes les infinies nuances et divergences que cela implique quant à la traduction concrète de cette foi. Non, c’est quelqu’un qui respecte le Coran à la lettre, sans aucune mise en contexte. Sans aucun réalisme non plus, puisque je doute fort que certains musulmans d’Arabie Saoudite, du Qatar, de Dubaï ou du Yémen soient quotidiennement bourrelés de remords lorsqu’ils palpent des pétrodollars…

-         Mais comme ça n’est pas de ces richissimes musulmans qu’on cause, mais des pauvres citoyens musulmans de Belgique entravés dans leur épanouissement par les méchants capitalistes occidentaux, il serait logique qu’on se sente quand même un tout petit peu coupables : depuis plusieurs décennies que « les musulmans » sont installés en Belgique, on n’a même pas pensé à leur faciliter un chouïa la vie en créant des banques islamiques ! Et eux, trop braves pour demander, ont jusqu’ici souffert en silence… mais grâce à Imane Karich, ça va changer !

-         En conséquence, promouvoir le fondamentalisme musulman. Car désormais, on sait qu’un bon musulman ne fréquente pas Fortis, Dexia ou ING, qu’il n’achète pas à crédit – à moins que… si c’est un « crédit gratuit », comme en proposent nombre de commerces, ça vaut ou pas ? – et qu’il peut certes jouer en Bourse (là, il y a un truc qui m’échappe, mais puisqu’elle le dit…) mais d’une manière « islamique ».

 

Tout ce que j’espère, c’est un tonnerre de protestations de musulmans dans les prochains courriers des lecteurs du Soir, disant leur ras-le-bol qu’on les enferme dans une interprétation rigoriste, littérale et passéiste de leur religion, et leur droit de vivre avec leur temps.

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 16:07

J’ai reçu récemment un document intitulé « Voilées ou pas nous exigeons l’égalité… sans guillemets »
(http://e-s-g.blogspot.com/2009/04/voilees-ou-pas-nous-exigeons-legalite.html).
Ce texte, signé Nordine Saïdi, outre qu’il invite à voter pour la liste « Egalité » aux prochaines élections régionales, n’a pas de mots assez forts pour condamner l’interdiction du voile dans les écoles : à l’en croire, les jeunes filles seraient « doublement exclues » (en tant que femmes et en tant que groupe social stigmatisé), transformées en « immigré(e)s pour l’éternité », par des gens qui, ne pouvant les « convertir à notre universalisme » ni les « renvoyer « chez eux/elles », ont décidé de « les traiter en citoyen(ne)s de seconde zone, en indésirables, en caste inférieure », en vertu d’un « racisme latent » qui applique « la préférence nationale et la préférence masculine de façon éhontée ».

 

Ce texte appelle plusieurs remarques.

Premièrement, l’accusation de « préférence masculine » et d’exclusion des jeunes filles voilées en tant que femmes. Il me paraît fort curieux en effet de renvoyer à l’Etat cette accusation qui, en réalité, devrait viser au premier chef les tenants d’un islam rétrograde et patriarcal. Ce sont eux, en effet, qui, sous couvert de religion, prétendent maintenir chez les femmes de confession musulmane une pratique antérieure à l’islam – le voile apparaît en effet dès le XIIè siècle avant notre ère –, pur produit d’une société traditionnelle patriarcale où les femmes étaient sommées d’afficher leur vertu par le port d’un voile, sous peine d’être considérées et traitées comme des prostituées.

Qui préfère les hommes, en définitive ? Ceux qui exigent que garçons et filles soient égaux, au moins sur les bancs de l’école ? Ou ceux qui trouvent normal que les garçons déambulent vêtus à l’occidentale tandis que leurs « sœurs » sont sommées de s’affubler d’un voile pour bien marquer qu’elles sont musulmanes/chastes/respectueuses des traditions (biffer les mentions inutiles) ?

 

Deuxièmement, l’accusation de vouloir transformer les filles voilées en « immigré(e)s pour l’éternité ». Là encore, n’est-ce pas plutôt les tenants du fondamentalisme musulman qui refusent que les femmes de confession musulmanes adoptent d’autres codes comportementaux que ceux qui ont cours dans leur pays d’origine ? Sans compter que les voiles austères que l’on voit de plus en plus fleurir dans nos rues sont aussi étrangers aux pratiques vestimentaires traditionnelles turque ou marocaine, par exemple, que le sont le jeans et les baskets…

 

Troisièmement, l’accusation de racisme. Ainsi donc, ce serait par pure frustration de ne pouvoir renvoyer les (petits-) enfants d’immigrés « chez eux » que certains préconisent l’interdiction du voile à l’école, qui transformerait ceux-ci en « citoyens de seconde zone ». Voilà qui est également pour le moins étrange. Un citoyen de seconde zone, en effet, et pire encore, un membre d’une « caste inférieure », est un individu qui, en raison de tels ou tels critères aussi flous qu’iniques, est assigné à des règles différentes de celles qui valent pour l’ensemble de ses concitoyens. Ici, au contraire, il s’agit d’appliquer les mêmes règles à tous : que l’on soit musulman, chrétien, sikh, juif ou athée, on est prié, en entrant dans l’école, de se départir des signes extérieurs de ses convictions.

Certes, cette mesure touche plus particulièrement les jeunes filles de confession musulmanes qui portent le voile – car rappelons qu’il y a tout de même une proportion non négligeable de musulmanes qui ne portent pas le voile. Mais à qui la faute ? Aux écoles qui refusent l’immixtion de prescrits pseudo-religieux dans leur enceinte ? Ou à l’activisme de certains groupes fondamentalistes, qui font du port du voile une quasi-condition de l’ « islamité » des femmes ?

 

Si réellement Nordine Saïdi et ses acolytes veulent l’ « égalité sans guillemets », je les invite à lutter de toutes leurs forces contre les coutumes archaïques qui font des femmes des égales des hommes… avec guillemets. Que les jeunes filles musulmanes aillent à l’école, qu’elles s’instruisent, qu’elles fréquentent l’université, qu’elles trouvent un emploi à la hauteur de leurs compétences, qu’elles décident librement de la vie qu’elles souhaitent mener. En assumant, une fois majeures, et comme tout « citoyen de première zone », les conséquences de leurs choix.

À cet égard, j’aimerais raconter ici une petite anecdote. Une de mes amies s’étonnait récemment de ce que, dans son univers professionnel, travaillait depuis peu une musulmane voilée, laquelle n’ôtait pas son voile lorsqu’elle était en contact avec le public, contrairement à ce qui avait été prévu initialement. Devant la réponse laconique qui lui fut faite par ses supérieurs, elle demanda si, dans ces conditions, elle pouvait, elle, afficher un t-shirt proclamant son athéisme. Ce à quoi il lui fut répondu que non, car ça, ce serait de la « provocation »…

Qui, dans cet exemple, est traité comme un « citoyen de seconde zone » ? Qui bénéficie de mesures d’exception, qui, manifestement, ne s’appliquent pas à tous ? L’employée musulmane, ou l’athée ?

 

La citoyenneté pleine et entière, l’exact opposé de la « citoyenneté de seconde zone » dénoncée dans ce texte, ce n’est pas l’exigence de droits et de devoir différents de ceux de ses concitoyens. C’est au contraire l’acceptation des droits et devoirs qui valent pour tous, et qui laissent toute latitude aux individus de pratiquer leur culte dans la sphère privée, ainsi que d’en témoigner dans les lieux publics. Dans une société démocratique, qui plus est, ces règles sont révisables. Mais le critère qui doit prévaloir est celui de l’intérêt général, et non celui des intérêts catégoriels d’une composante quelconque de la population. Que les initiateurs d’ « Egalité sans guillemets » démontrent donc que, du point de vue de l’intérêt général, l’expression des convictions philosophiques et religieuses, mais aussi politiques, serait préférable, tant à l’école que dans la fonction publique, à la neutralité d’apparence. A défaut, qu’ils concentrent leurs efforts sur la dénonciation de la véritable inégalité dont sont victimes les femmes musulmanes : celle qui consiste à les enjoindre à continuer à se conformer, à l’aube du XXIè siècle, à des prescrits prétendument religieux apparus il y a une bonne trentaine de siècles.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /Avr /2009 20:23
Cet article a été publié intialement dans le Soir du 14 avril 2009 dans une version raccourcie (http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/l-interdiction-du-voile-est-2009-04-14-700985.shtml). Vous en lirez ici la version complète.

Le Conseil d’Etat a tranché

 

À la fin de l’année scolaire 2005, les athénées de Gilly et de Vauban, dans la région de Charleroi, décidaient d’interdire « le port de tout couvre-chef, de signe ostensible d’appartenance politique ou religieuse dans l’enceinte de l’établissement ». Contesté par certains parents, ce point du futur règlement d’ordre intérieur était cependant avalisé par la ministre de l’enseignement de l’époque, Marie Aréna. Ce qui déclenchait l’ire du MRAX, lequel décidait d’ester en justice et de demander au Conseil d’Etat l’annulation de ce point du règlement des athénées concernés.

Celui-ci vient de rendre son avis. Et déboute le MRAX dans sa demande.

 

Le Conseil d’Etat, après avoir rappelé l’objet social du MRAX – la lutte contre les discriminations – a en effet conclu que « le règlement attaqué, loin de porter atteinte à l’objet social de la requérante, a pour effet de le rencontrer et de le conforter ; qu’il s’ensuit que la requérante n’a pas intérêt à en poursuivre l’annulation ; que le recours est irrecevable ».

Voilà un arrêt qui a le mérite de placer la discussion exactement là où le MRAX avait prétendu la situer : sur le terrain des discriminations, et de rappeler au MRAX que la lutte contre les discriminations, contre toutes les formes de discriminations, ne saurait faire l’économie du voile en tant que signe en lui-même discriminatoire.

En effet, l’argument du MRAX était de considérer, de manière à mon sens tout-à-fait hâtive, qu’interdire le port du couvre-chef ou de signes d’appartenance religieuse ne pouvait en réalité viser qu’à interdire le voile – ce qui est peut-être exact – mais qu’en outre cette interdiction ne pouvait se comprendre que comme une manière détournée d’exclure les élèves musulmans de l’établissement scolaire.

Le MRAX commettait là, me semble-t-il, un amalgame doublé d’un procès d’intention, raisonnant exactement comme si le voile était consubstantiel à la musulmane qui le porte au même titre que son infirmité est consubstantielle à une personne handicapée…

Cette tendance est malheureusement fort répandue. Et le juriste Sébastien van Drooghenbroeck, qui commentait récemment l’arrêt du Conseil d’Etat dans le Journal des Tribunaux, tombe dans le même panneau lorsqu’il écrit : « le principe d’égalité peut également être violé en cas de discrimination passive, c’est-à-dire, lorsque, sans justification objective et raisonnable, des individus ou catégories d’individus sont identiquement traités alors qu’ils se trouvent dans des situations non comparables. ». Et de poursuivre en précisant que « une norme ou une pratique « apparemment neutre » est, en réalité, susceptible d’entraîner un désavantage particulier pour une catégorie de personnes porteuses d’une caractéristique déterminée ».

Ainsi donc, les jeunes filles voilées seraient porteuses d’une « caractéristique déterminée », laquelle ne serait pas leur conviction religieuse, mais sa marque extérieure. Là est très exactement le glissement dangereux : selon cette logique, ne pas discriminer un élève appartenant à une religion déterminée (en l’occurrence) impliquerait nécessairement de l’autoriser à porter tous les accessoires extérieurs de sa foi.

Qu’on me comprenne bien : la discrimination religieuse existe, c’est un fait, et doit être traquée. Pas question, comme le faisait le chef d’un établissement dans lequel j’ai enseigné, de prétendre aux élèves musulmans que le cours de religion islamique n’était pas organisé et qu’ils n’avaient dons d’autre choix que de s’inscrire dans un autre cours « philosophique ». Pas question de refuser l’inscription d’un élève pour le seul motif que sa famille est visiblement de confession musulmane – par exemple parce que sa mère porte le voile.

Mais prétendre que refuser le voile est de facto discriminatoire, c’est demander à ce que la jeune musulmane soit traitée ni plus ni moins que comme une handicapée, porteuse d’une « caractéristique déterminée » qui entraîne pour elle, sans que sa volonté puisse rien y changer, un « désavantage particulier ».

 

Le parallèle avec le handicap paraît choquant, mais il ne vient pas de moi.

Fréquemment en effet, j’ai osé comparer les signes d’appartenance religieuse à d’autres marqueurs identitaires fréquemment utilisés par les adolescents, et souvent interdits par les établissements scolaires sans que nul ne s’en émeuve : piercing apparent, vêtements excentriques, tenues de sport, etc. Et chaque fois, on m’a opposé, outré, que « ce n’était pas pareil ». Et c’est une femme voilée elle-même qui m’a dit que lui demander d’ôter son voile, ce serait comme lui demander de s’arracher un membre. De la même manière, lors d’une conférence récente sur les accommodements raisonnables, les intervenants, tous enthousiasmés par ce magnifique processus d’intégration, ont rappelé que le mécanisme trouvait son origine dans l’intégration des personnes handicapées dans la sphère professionnelle, avant d’être élargi aux personnes qui, pour des raisons religieuses, demandaient des accommodements de leur vie professionnelle.

Dans l’esprit de certains, on est donc atteint du voile (et non, j’y insiste, simplement de la foi) comme on est atteint de cécité ou de paraplégie…

 

À l’opposé de cette logique faisant de l’interdiction des signes religieux un mécanisme discriminatoire, le Conseil d’Etat a quant à lui mis en exergue le fait que cette interdiction était en réalité antidiscriminatoire dans son essence. Qu’a-t-il voulu dire par là ?

Il est peu probable que le Conseil d’Etat ait considéré que le port de signes religieux pouvant générer du racisme et de l’intolérance chez autrui, les interdire participerait à la lutte contre les discriminations. Si en effet la discrimination venait des autres, de ceux qui ne supportent pas la vue d’un voile, d’une kippa ou d’un crucifix, ce sont ces autres qu’il faudrait pénaliser, et non les élèves porteurs de ces signes.

Le bon sens me pousse donc à supposer que le Conseil d’Etat a considéré que les signes religieux – ou spécifiquement le voile – étaient discriminatoire dans leur essence, en eux-mêmes donc, ou vis-à-vis des autres.

Autrement dit, on peut considérer qu’interdire le port de signes religieux participe à la lutte contre les discriminations selon deux acceptions :

-         la première consiste à considérer l’aspect discriminatoire du voile en tant que symbole imposé aux filles, et uniquement à elles, afin que nul n’ignore leur état de pudeur et de vertu, donc de respectabilité par la gent masculine. En ce sens, le voile s’oppose à une mixité réelle dans l’enseignement, puisqu’il importe à l’intérieur de celui-ci un clivage entre les sexes, et une assignation faite aux filles seules d’afficher leur « moralité » selon des codes vieux de 15 siècles qui plus est. Interdire le voile à l’école, dans cette optique, c’est donc permettre aux filles d’être les égales des garçons à tout le moins à l’intérieur de la sphère scolaire, et donner un coup d’arrêt symbolique aux contestations de la mixité en provenance des milieux intégristes.

-         La deuxième, découlant de la première, consiste à considérer qu’afficher ses convictions politiques ou religieuses – et ici, on ne parle plus seulement du voile donc – risque d’avoir pour effet de diviser les élèves, non par l’intolérance dont certains témoigneraient vis-à-vis de ces signes, mais parce qu’ils seraient en soi porteurs ou sources de discriminations : afficher son attachement au judaïsme, à l’islam ou au socialisme pourrait ainsi être une manière, pour les élèves concernés, d’afficher leur « supériorité ». Là encore, on voit bien comment le voile a, de manière tout à fait réelle, divisé les filles de certains écoles en ce qu’il était devenu un signe commode permettant de distinguer les vertueuses des autres. Interdire les signes religieux et politiques, dans cette optique, c’est donc permettre à toutes les filles d’être égales dans l’enceinte scolaire, et plus largement d’empêcher toute discrimination par un groupe supposé porteur de la « vérité » sur un autre.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /Avr /2009 11:19

La carte blanche ci-dessous a été refusée par La Libre Belgique, par « manque de place ». Nous ne demandions pourtant pas à ce qu’elle soit publiée dans les 48 heures…

Si vous souscrivez à ce texte, agissez en cosignant la pétition relative à l’immixtion du religieux à l’école dont vous trouverez le texte ici : http://ecoleetreligion.canalblog.com/. Et diffusez ce mail ! Nous souhaitons recueillir un maximum de signatures d’ici le 23 avril prochain.

 

Signes religieux à l’école : il est grand temps que les autorités compétentes assument leurs responsabilités !

 

La récente décision du Conseil d’Etat de déclarer irrecevable la demande du MRAX d’annuler les points des règlements d’ordre intérieur des athénées de Gilly et de Vauban interdisant depuis la rentrée 2005 « le port de tout couvre-chef, de signe ostensible d’appartenance politique ou religieuse dans l’enceinte de l’établissement » relance la polémique sur les signes religieux à l’école.   

 

En novembre 2007, trente intellectuels, enseignants, hommes et femmes engagés en politiques ou simples citoyens lançaient une pétition[1] qui, devant la recrudescence recrudescence des exigences religieuses ou dites telles à l’école, demandait aux responsables politiques et aux ministres compétents en matière d’enseignement d’interdire tout signe ostensible d’appartenance philosophique ou religieuse dans le cadre scolaire et de mettre tout en  œuvre pour préserver l’école des tentatives d’immixtion du religieux dans le contenu des enseignements et les critères d'organisation de la vie scolaire.

Cette pétition fut très rapidement cosignée par plusieurs milliers de personnes, et donna naissance à la création du Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat laïque[2]. Mais il en fallait plus pour décider nos ministres compétents à prendre une décision qui, pour être de bon sens, n’en risquait pas moins de leur attirer les foudres d’une partie de leur électorat.

 

Aujourd’hui, le Conseil d’Etat vient à son tour de se prononcer, rappelant fort opportunément que non seulement interdire le port de signes d’appartenance religieuse à l’école n’est pas discriminatoire, mais que cela contribue au contraire à lutter contre les discriminations, rejoignant donc parfaitement l’objet social du MRAX. Nous réitérons notre appel aux responsables politiques pour qu’ils sortent enfin de leur silence et prennent leurs responsabilités.

 

La question de la mainmise des pouvoirs religieux – institués ou non -  dans la sphère scolaire », en effet, n’est pas, contrairement à ce qu’avait prétendu la ministre Marie Aréna en son temps, une question de « projets pédagogiques contrastés, consacrés par des règlements d’ordre intérieur différents, ce qui permet aux parents et aux élèves de faire le choix de l’établissement qu’ils estiment le plus adapté à leurs aspirations ».

La question des signes religieux à l’école concerne au contraire la manière dont se conçoit l’enseignement bénéficiant de subsides publics, et ne peut donc être laissée à la responsabilité exclusive des chefs d’établissements que l’Etat abandonne par là à toutes les pressions. De la même manière, des questions telles que la place des convictions philosophiques au sein de l’école ou l’application des principes de mixité sociale et des sexes – notamment l’égalité en droits et en devoirs des hommes et des femmes – constituent des questions politiques essentielles qui doivent être tranchées par la puissance publique et le pouvoir politique, garants des valeurs fondatrices de notre société.

Enfin, laisser les écoles décider souverainement en la matière, c’est contribuer au renforcement de la dualisation de l’enseignement au nom de la coexistence de « projets éducatifs contrastés ». C’est accepter qu’au lieu de protéger les consciences des élèves, l’école puisse souscrire à des pratiques qui, sous couvert de religion, visent la contestation de l’égalité et de la mixité.

 

Pour toutes ces raisons, et parce que l’immixtion du religieux ne se manifeste pas que dans la sphère scolaire, mais touche l’ensemble de la sphère institutionnelle, nous lancerons prochainement un appel aux hommes et femmes politiques de ce pays, concernant leur attachement à la défense des valeurs laïques. La Belgique a en effet un urgent besoin de laïcité, sous peine de voir de plus en plus le vivre ensemble et la cohésion sociale menacés par ceux qui refusent la séparation du droit et de la foi, mettant les prescrits religieux au-dessus de tout.

 

 

Nadia Geerts

Claude Javeau

André Nayer

Jacques Lemaire

Lara Herbinia

Philipp Bekaert

Guy Haarscher

Abdellatif Mghari

Philippe Schwarzenberger

Jamila Si M'Hammed

Georges Verzin

Farouk Boustami

Philippe De Menten

Sam Touzani

Chemsi Cheref-Khan

Pierre Van den Dungen

Mohammad Zahedi

Yvan Biefnot

Bahareh Dibadj

Dominique Celis

Gisèle De Meur

Elie Cogan

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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