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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 10:24

La carte blanche publiée dans Le Soir du 27 octobre 2009 sous le titre « Femmes voilées : laissons-les en paix ! » m’a interpelée par ce qui m’apparaît comme un manque préoccupant de sens du politique. À en croire les auteurs, toute la question du voile se résume à une question de liberté individuelle manifestée par la liberté de s’habiller comme on l’entend. Le problème, me semble-t-il, est plus complexe que ça.

 

Moi aussi, je suis partisane de laisser les femmes voilées en paix. À deux réserves près cependant.

La première est que je ne considère pas que les gamines soient des « femmes ». Et que je crains donc, conséquemment, que sous prétexte de les laisser en paix, on ne les livre pieds et poings liés à des radicaux qui n’auront pas, pour leur imposer le voile, les scrupules que certains éprouvent à le leur interdire.

La seconde est que j’estime que, dans l’exercice de certaines fonctions, il est souhaitable de ne pas afficher ses convictions religieuses – en ce compris son athéisme. Il n’y a là aucun fondamentalisme, mais une exigence de neutralité dans l’apparence des fonctionnaires publics, policiers, juges, enseignants, etc.

De ce point de vue, là question du voile ne saurait se résumer à une question de liberté individuelle ni être comparée à la jupe et aux talons aiguille. Certes, on peut considérer que ces accessoires vestimentaires sexualisent la femme tout autant que le voile. Mais libre à chacune de se soumettre aux diktats d’une mode féminine qui réduit la femme à un objet de désir.

 

En revanche, si nous devons laisser les femmes voilées en paix, cela signifie-t-il que nous n’ayons pas le droit de limiter d’une quelconque manière leur liberté d’afficher leurs convictions religieuses ? C’est ce que semblent défendre les auteurs. Poussons alors le raisonnement jusqu’au bout, et acceptons des policières, des magistrates, des enseignantes, des médecins en hôpitaux publics, etc. voilées. Mais soyons alors cohérents, et acceptons de même que les membres de ces professions qui seraient juifs, bouddhistes, catholiques, témoins de Jéhovah, Amish, voire même athées (!), affichent pareillement leurs convictions en tous lieux.

Pensez-vous réellement que nous vivrons mieux ensemble ? Pensez-vous que les jugements pourront être rendus, les cours donnés, les patients accueillis, les troubles de l’ordre public gérés, … dans la sérénité ?

 

Ma réponse est non. Et j’estime que ce n’est pas persécuter les femmes voilées que de leur demander une certaine intériorisation de leur foi, et ce dans l’intérêt de la collectivité, dans l'exercice de certaines fonctions.

 

Un dernier mot sur l’école. Les auteurs plaident pour une interdiction d’y interdire le voile. Cette position est irréaliste. 95% des écoles interdisent aujourd’hui le voile, tous réseaux confondus. Cela n’a pas mené à une flambée d’écoles islamiques. En revanche, c’est le résultat direct des difficultés que l’ingérence de considérations d’ordre religieux au sein de l’école faisait naître. Dans cette perspective, il ne faut pas être devin pour prédire que toute mesure d’interdiction d’interdire déclencherait une réaction massive du monde enseignant, qui n’accepterait pas qu’au nom de beaux principes, on néglige la réalité qu’ils vivent quotidiennement sur le terrain.

Car contrairement à une antienne, les seules concernées ne sont pas les filles voilées. Ce sont également, et au même titre, leurs condisciples qui refusent le voile, les garçons qui les côtoient et, plus encore, les enseignants et éducateurs qui les encadrent.

 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /Oct /2009 10:34

Radouane Bouhlal est prompt à dénoncer le racisme dissimulé, selon lui, derrière toute contestation de toute revendication à caractère islamique. Faut-il en conclure que le président du MRAX est, comme il aime à le laisser entendre, particulièrement sensible à toute forme de discrimination, de préjugé ou de « stigmatisation » ? Un récent communiqué de presse émanant des travailleurs du MRAX réunis en front commun et de leurs délégués syndicaux,  intitulé « AU SECOURS ! : Despotisme, autocratie, zone de non droits ! Voilà ce qu’est devenu le MRAX ! » jette un autre éclairage sur un président de plus en plus controversé.

 

Le premier point de ce texte, en particulier, devrait interpeller tout militant antiraciste. Il y est fait état de l’attitude de Radouane Bouhlal envers les sans papiers. On y apprend que : « Alors que le service social et juridique du MRAX s’active pour répondre aux nombreuses demandes dans le cadre de la campagne de régularisation actuelle, le Président, Radouane Bouhlal, exige des travailleurs du MRAX de demander aux 'sans papiers' une participation financière par le biais d’une inscription pour devenir membres de l’association, et utilise pour cela l’argument suivant : 'ils parviennent à se payer un mariage blanc à 14.000 euros ou à donner autant à un avocat, ils pourraient nous donner quelque chose à nous aussi'. Il s’agit bel et bien d’une conception scandaleuse du travail social du MRAX mais surtout d’un mépris profond pour tous ses usagers qui pour la majorité sont sans ressources financières. »

 

Ainsi donc, Radouane Bouhlal, qui n’hésite pas à clamer son indignation face à la stigmatisation insupportable dont seraient victimes les musulmans de Belgique lorsqu’on a le toupet de dénoncer, avec force précautions oratoires, l’extrémisme d’une minorité agissante d’entre eux, se permet quant à lui de tenir des propos dont on peut sérieusement se demander s’ils ne tombent pas sous le coup des missions du MRAX lui-même, censé lutter contre toutes les discriminations.

Je ne vois pas en effet en quoi prétendre que « les » sans papiers parviennent à se payer un mariage blanc ou un avocat onéreux est plus acceptable que de déclarer que « les » Arabes ont de quoi se payer une grosse bagnole tout en émargeant au chômage. Or, dire cela, ce serait à coup sûr, et à bon droit, s’attirer un procès infraction aux lois antiracistes. Le problème étant que le président du MRAX ne semble pas s’appliquer à lui-même les préceptes qu’il entend faire respecter par les autres avec la belle intransigeance qui le caractérise.

 

Ce qui est réconfortant, finalement, c’est de constater que le combat antiraciste tel qu’il est pratiqué par le MRAX ne convainc plus grand monde. A force de recourir à une police de la pensée rendant suspect tout discours laïque, et de pratiquer parallèlement un deux poids deux mesures systématique, Radouane Bouhlal contribue grandement à décrédibiliser l’association qu’il préside. Une association dont ont successivement démissionné France Blanmailland, Michel Staszewski, François De Smet et Abdullah Mohammad « en dénonçant la dérive antidémocratique du CA par la manipulation des débats et la confiscation du pouvoir par quelques administrateurs entourant le Président. ».

Rappelons par ailleurs que le 15 février 2008, Anne Morelli démissionnait également du conseil d’administration du MRAX, expliquant dans sa lettre que « Je vous avoue, que je me sens de plus en plus détachée de ce Mouvement auquel j'ai tant donné, car je ne me sens plus concernée par ses prises de position communautaristes, sa défense systématique de la religion musulmane et ses exagérations continuelles sur une soi-disant "islamophobie" menaçante. (...) Le Mrax apparaît à l'extérieur comme un groupement d'autodéfense utilisé par des musulmans avec quelques hommes liges extérieurs ».

 

Il n’en reste pas moins que le combat antiraciste méritait mieux que ce naufrage pathétique. Car le racisme, le vrai, ça existe encore.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 10:07

La burqa ? Selon le président du MRAX, ça n’existe pas en Belgique. Et pourtant… Pourtant, c’est bel et bien l’histoire d’une jeune femme contrainte de porter la burqa en Belgique que nous raconte Karima dans son dernier livre, relation d'une histoire vraie, Burqa, la révolte d’Aïcha.

Aïcha a grandi au Maroc. Ses parents, bien que pauvres, ont voulu le meilleur pour elle : les études et la liberté. Tout irait pour le mieux pour elle si elle ne rencontrait un jeune homme belgo-marocain, en vacances au Maroc. On devine la suite : la grande histoire d’amour, la demande en mariage, la venue en Belgique. Et là, c’est un autre homme qu’Aïcha découvre. Tyrannique, violent, prêt à tout pour que sa femme lui soit pleinement soumise. La burqa, dans ce contexte, n’est qu’une manière parmi d’autres de s’assurer le contrôle total sur elle.

Aïcha, femme libre au Maroc, devient esclave en Belgique. Jamais elle ne pourra terminer ses études de médecine, entamées à Tanger. Pendant vingt années, son univers se réduira à ses deux enfants, seule lueur dans son enfer. Une lueur d’où sortira, finalement, la liberté.

 

Burqa, la révolte d’Aïcha est un livre bouleversant, mais aussi révoltant. Un livre qui devrait ouvrir les yeux de ceux et celles pour qui la burqa n’est qu’un vêtement comme les autres et l’islamisme un fantasme d’islamophobes.

 

 

Pour ceux-là également, mais aussi pour tous ceux qui aiment les lectures joyeusement revigorantes et délicieusement subversives, une autre lecture s’impose : celle du pamphlet de Claude Demelenne et Alain Destexhe, Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac. Il  y a quelques mois, les deux auteurs étaient victimes d’une plainte pour incitation à la haine religieuse suite à leur carte blanche « Voile : où sont les progressistes ?, plainte déposée auprès du Centre pour l’égalité des chances par Abdelghani  Ben Moussa, coordinateur du groupe « Vigilance musulmane ». Aujourd’hui, ils remettent ça, nullement impressionnés par les tentatives d’intimidation des vigiles de la pensée. Et dénoncent l’attitude d’une certaine gauche qui pactise avec l’islamisme, quand elle ne refuse pas de le voir. C’est sûr, voilà un livre qui ne plaira pas à tout le monde. Puisse-t-il du moins en faire réfléchir certains, adeptes des indignations sélectives et de l’aveuglement volontaire.

 

 

Claude Demelenne et Alain Destexhe présenteront leur livre lors d’une conférence le mardi 27 octobre à 20h00 au siège du MR, 84-86 avenue de la Toison d'Or à 1060 Bruxelles (veuillez confirmer votre présence en téléphonant au 02/501.77.07)

 

 

Karima, Burqa, la révolte d’Aïcha, Luc Pire, 2009

Claude Demelenne et Alain Destexhe, Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac, Le Cerisier, 2009

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 20:00

Souvenez-vous : à la fin de l’année scolaire 2005, les athénées de Gilly et de Vauban, dans la région de Charleroi, décidaient d’interdire « le port de tout couvre-chef, de signe ostensible d’appartenance politique ou religieuse dans l’enceinte de l’établissement ». Contesté par certains parents, ce point du futur règlement d’ordre intérieur était cependant avalisé par la ministre de l’enseignement de l’époque, Marie Aréna. Le MRAX décidait alors d’ester en justice et de demander au Conseil d’Etat l’annulation de ce point du règlement des athénées concernés. Le 17 mars dernier, le Conseil d’Etat rendait son avis, et déboutait le MRAX dans sa demande (voir http://nadiageerts.over-blog.com/article-30289925.html).

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Outre le MRAX, deux familles avaient également porté l’affaire devant le Conseil d’Etat. Lequel vient de les débouter à leur tour. Victoire ?

 

Si victoire il y a, c’est en tout cas une bien curieuse victoire, puisque le Conseil d’Etat se garde bien de trancher sur le fond. En réalité, il rejette la requête des plaignants pour un motif curieux : les trois jeunes filles concernées, qui étaient toutes trois mineures au moment des faits, n’étaient représentées que par leurs pères. Le Conseil d’Etat estime en effet que, selon l’article 373 du Code civil (alinéa 1), « lorsqu’ils vivent ensemble, les père et mère exercent conjointement leur autorité sur l’enfant » et qu’ils « le représentent ensemble ».

 

Exit donc la plainte, sans que l’affaire ait aucunement été jugée sur le fond. Et c’est regrettable. Le MRAX a en effet beau jeu, à présent, de crier au « déni de justice », déni qui vient s’ajouter à la désormais classique accusation de « déni de leur liberté religieuse et du déni de leur droit d’être traitées avec égalité et sans discrimination »[1].

 

Je ne suis pas juriste, et ne me hasarderai donc pas à disserter sur les fondements juridiques du rejet de la requête déposée par les parents, et en particulier sur la question de savoir si les deux parents doivent obligatoirement représenter leur enfant lors d’une affaire en justice qui le concerne. Selon le MRAX, évidemment, c’est non, lequel cite à l’appui de ses dires le même article 373 du Code civil (alinéa 2).

 

Mais en tout état de cause, il faut bien reconnaître que l’avis du Conseil d’Etat n’a pas fait avancer d’un cheveu la question de la légalité de l’interdiction des signes religieux dans l’enseignement officiel. Et je ne peux qu’émettre à cet égard quelques hypothèses :

 

Soit la question juridique de la représentation parentale est sans ambigüité dans la loi et la jurisprudence, et l’on peut s’étonner que les plaignants n’aient pas été informés de ce que leur requête, telle qu’elle était présentée, ne serait pas recevable.

Soit la question est floue, comme semblent l’indiquer les interprétations divergentes que font le Conseil d’Etat et le MRAX du même article du code civil. Et dans ce cas, il faut se demander si le Conseil d’Etat n’a pas préféré se retrancher derrière un obscur point de droit plutôt que de s’engager dans une mission aussi périlleuse que celle qui consiste à trancher la question des signes religieux dans l’enseignement officiel.

A moins évidemment que l’absence des mamans des jeunes filles concernées n’ait été perçue par le Conseil d’Etat comme un indicateur possible de ce qu’une « décision importante concernant leur éducation et leur formation » n’était en réalité prise que par les pères, sans l’accord de leurs épouses.

 

Quoi qu’il en soit, on ne voit pas très bien ce que ça change. Que ces jeunes filles portent le voile avec l’accord ou non de leurs mères ne doit, à mon estime, rien changer à l’attitude que doit avoir l’enseignement officiel vis-à-vis des signes religieux. La question n’est pas en effet celle du consentement, ni celle de l’adéquation du choix de telle jeune fille aux principes éducatifs que ses parents lui ont transmis, mais celle de la portée que peuvent avoir des choix éducatifs et/ou des choix personnels, qu’ils soient religieux ou non, dans l’espace scolaire.

 

En l’absence de décision du Conseil d’Etat sur le fond, le MRAX menace à présent d’introduire un recours devant les instances internationales, « puisqu’à tous les niveaux de pouvoir, le débat est refusé dans notre pays ». On ne peut que souhaiter que, si cette démarche se concrétise, la plainte sera correctement libellée, sans aucune faille juridique, et qu’elle pourra donc enfin être examinée sur le fond.



[1] Communiqué de presse du MRAX  du 6 octobre 2009

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /Oct /2009 14:45

Le récent débat entre Ramadan et Zemmour chez Ruquier était affligeant. En face du prédicateur charismatique, un contradicteur dont l’argument massue pouvait se résumer à « A Rome, fais comme les Romains ». Un peu court, et tout bénef pour Frère Tariq.

 

C’est hélas l’un des arguments récurrents de certains de ceux qui s’opposent aux revendications islamistes en Europe : ces revendications émaneraient d’étrangers qui refuseraient de s’intégrer, voire de s’assimiler, et prétendraient « nous » imposer des codes de comportements tout droit importés de « chez eux ». Ce raisonnement comporte à mon sens deux erreurs fondamentales.

 

La première consiste à opposer les Belges ou les Français dits « de souche » aux immigrés de culture arabo-musulmane, négligeant un fait essentiel : les musulmans dont nous parlons, que leurs revendications nous plaisent ou non, sont autant chez eux que nous. Ils sont nés ici, tout comme leurs parents souvent. Ce sont des citoyens belges ou français à part entière, qui ont autant que nous le droit de prendre part au débat politique. Et parmi eux figurent des Belges ou Français « de souche » convertis à l’islam, dont le discours est parfois au moins aussi inquiétant que celui de certains de leurs coreligionnaires « allochtones »[1]. Cela ne signifie pas que leurs revendications soient légitimes ; mais elles ne peuvent être considérées comme illégitimes qu’en fonction de principes politiques, et non sur base d’une assignation à une sorte de citoyenneté conditionnelle ou à deux vitesses. Cela ne signifie pas non plus qu’il faille s’interdire de se poser la question de savoir ce que ces partisans d’un islam rigoriste trouvent de positif à la vie dans une démocratie occidentale, ni même de penser qu’ils seraient sans doute plus en accord avec le monde dans lequel ils vivent s’ils choisissaient d’émigrer en Arabie Saoudite ou en Iran. Et entendre une femme sous burqa vanter les vertus de l’Arabie saoudite, et son mari celles de la lapidation, fait froid dans le dos. Il n’empêche : elle est notre concitoyenne de plein droit, comme les électeurs de Le Pen ou les nostalgiques de Pétain ou de Degrelle, et le débat démocratique avec elle ne peut faire l’économie de cela.

 

La seconde consiste à justifier la nécessité de l’acceptation par tous de certains principes par le fait que « ici, c’est comme ça ». Piètre argument, qui, s’il avait été suivi au cours des millénaires passés, aurait rendue caduque toute velléité de progrès ou de rupture avec une quelconque tradition. Tout le contraire, en somme, des valeurs des Lumières, dont l’audace et la force subversive ont manifestement échappé à Eric Zemmour.

Pour le dire autrement, si les revendications d’un certain islam sont inacceptables, ce n’est pas, cela ne peut pas être parce que l’islam ne fait pas partie de notre culture. Toute culture peut et doit s’enrichir des apports extérieurs, et se recroqueviller dans une vision figée de la culture est le plus sûr moyen de la tuer.

Non, si certaines revendications islamiques sont inacceptables, c’est parce qu’elles sont en contradiction avec certains principes fondamentaux, notamment ceux énumérés dans la Déclaration universelles des droits de l’homme. Déclaration universelle précisément en ce qu’elle ne prétendait pas définir l’esprit français ou la grande tradition gauloise, mais les droits fondamentaux de tout être humain, partout dans le monde, quels que soient son sexe, sa naissance, son origine nationale, sa religion. Ce qui signifie également que les droits reconnus aux individus ne peuvent être fonction de leurs convictions religieuses particulières.

 

À ces deux dérives qui, si elles paraissent aller dans le sens du combat laïque, le déforcent en réalité, il faut en ajouter une troisième, bien présente sur le site français Riposte Laïque, lequel se plaît à entretenir la confusion entre islam et islamisme, quand il ne prétend pas que ceux qui font le distinguo se piquent de bons sentiments, d’angélisme, voire de complaisance envers l’ennemi.

Or, s’il est un fait que l’islam est dans une phase préoccupante de radicalisation, prétendre que l’islam serait par essence contraire à la démocratie, animé de prétentions politiques ou, de manière générale, incapable de pratiquer son aggiornamento, c’est le plus sûr moyen de radicaliser les uns et les autres : les musulmans, à qui, comble de l’ironie, des « laïques » eux-mêmes iraient dire que le seul islam possible est un islam fondamentaliste et archaïque ; et les non-musulmans, qui ne pourraient en conclure qu’une chose : l’incompatibilité principielle de l’islam avec la république.

 

Au rebours de cette vision dangereuse, les laïques ont le devoir de soutenir sans arrière pensée leurs concitoyens musulmans qui refusent les discours de l’islamisme. Même, et surtout, s’ils sont peu nombreux, peu visibles, et encore moins entendus. Qu’avons-nous à gagner à dire à ceux-là que leur religion n’est pas ce qu’ils croient qu’elle est ? Espérons-nous les convertir à l’athéisme ?

Soyons sérieux : ce qui importe réellement, ce ne sont pas les convictions religieuses de nos concitoyens ; c’est la place que ces convictions prétendent occuper dans les affaires politiques. C’est cela, la laïcité, dont le nationalisme, le racisme et l’hostilité à l’islam en tant que tel nous éloignent aussi sûrement que le relativisme culturel, le culte de l’idylle multiculturelle et l’islamophilie béate.

 


[1] Il faut voir, à cet égard, le reportage français consacré à deux jeunes femmes françaises ayant choisi de vivre sous la burqa : http://videos.tf1.fr/sept-a-huit/une-vie-sous-la-burqa-4807060.html. L’une d’elles est parfaitement « gauloise », et convertie à l’islam.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 16:07

J’ai beaucoup réfléchi, ces dernières semaines, aux accommodements raisonnables, que les Assises de l’interculturalité ont inscrites à leur programme, en stipulant clairement dans leur appel à projets que les associations candidates devaient, entre autres choses, les promouvoir. Et c’est vrai que c’est un concept formidable, les accommodements raisonnables, contrairement à ce que certains esprits chagrins prétendent, dans leur promptitude à toujours critiquer sans réfléchir.

 

Car les accommodements raisonnables, je le rappelle, se fondent sur un noble constat doublé d’une encore plus noble intention : des règles égales pour tous peuvent avoir un effet discriminant, certes non recherché, mais néanmoins indéniable, sur certains travailleurs. Aussi faut-il envisager des aménagements à ces règles, afin que nul ne soit objectivement lésé par une règle objectivement juste, mais subjectivement génératrice de discriminations.

 

Ainsi, la règle qui prévoit que les fonctionnaires publics doivent apparaître comme neutres dans l’exercice de leurs fonctions, si elle est la même pour tous, et donc en apparence juste, est en réalité injuste, dès lors qu’elle pose de toute évidence plus de problèmes à celui ou celle qui a l’habitude d’exhiber ses convictions à tout va qu’à son collègue plus discret ou tout simplement moins engagé politiquement ou religieusement. C’est le bon sens-même : voilà une règle en apparence juste qui, en réalité, discrimine involontairement une catégorie de fonctionnaires, à qui elle impose une violence symbolique que d’autres ne perçoivent même pas.

 

De la même manière, la règle qui impose une pause de midi fixe discrimine sans le vouloir ceux qui, parce qu’ils observent le jeûne du mois de Ramadan, non seulement n’éprouvent aucun besoin de s’arrêter à midi pour regarder manger les autres, mais encore préféreraient de loin pouvoir terminer leur travail une heure plus tôt. Là encore, nos bonnes intentions nous aveuglent : on croit offrir à tout employé le droit d’interrompre le travail à la mi-journée pendant un laps de temps déterminé ; pour protéger ce droit, on le coule même dans un règlement d’entreprise ; et voilà que soudain, on se rend compte que cette règle qu’on croyait juste consiste en réalité à traiter de manière injuste, parce qu’égalitaire, certains employés.

 

Tout ça est excellent, mais il importe d’aller plus loin. Car à y regarder de plus près, quelles sont les règles qui, sous des dehors égalitaires, ne discriminent pas certaines catégories de personnes plus que d’autres ?

L’interdiction de fumer sur le lieu de travail n’a certes pas l’intention d’exclure les fumeurs du monde du travail, mais dans les faits, ne leur rend-elle pas la vie professionnelle plus compliquée en leur demandant de choisir entre leur identité de fumeur et celle de salarié ?

L’imposition d’horaires de travail déterminés ne discrimine-t-elle pas, sans le vouloir, les noctambules pour qui se lever à 6h30 relève de l’exploit chaque jour renouvelé ? Ou à l’inverse, de décourager des couche-tôt de se lancer dans une carrière de comédien ou de strip-teaseur pour laquelle ils auraient pourtant toutes les aptitudes ?

L’exigence d’une tenue correcte pour les employés de banque, par exemple, n’équivaut-elle pas à exclure de facto d’une profession prometteuse les adeptes du débraillé ou du treillis militaire, qui pourraient à bon droit se sentir lésés par un règlement de travail en apparence égalitaire ?

Je suis sûre qu’on ne compte pas les baigneurs philanthropes qui ont dû renoncer à une brillante carrière de maîtres-nageurs parce qu’ils devaient porter une tenue qu’ils trouvaient peu seyante ; les alcooliques scandaleusement évincés de leur poste de journaliste télé sous le fallacieux prétexte que la couleur pourpre de leur nez jurait avec le décor du studio, bafouant en cela le droit de tout citoyen à un égal accès à l’emploi ; les jeunes filles ayant dû faire une croix sur leurs rêves de mannequinat parce qu’elles n’entraient que péniblement dans une taille 42 ; les passionnés d’aéronautique recalés pour cause de myopie ; etc.

 

Rendons-nous à l’évidence : nous vivons dans une société épouvantablement discriminante. Une quantité invraisemblable de règlements, s’ils n’ont pas pour but de discriminer une partie de la population, constituent objectivement des facteurs de discrimination.

Aussi je propose que les Assises de l’interculturalité s’attèlent d’urgence à la rédaction d’une charte qui déclarerait solennellement que :

-         Les fonctionnaires doivent apparaître comme neutres, sauf ceux que cela dérange.

-         Les horaires de travail doivent être respectés, sauf par ceux que cela dérange.

-         Les employés doivent revêtir la tenue conforme à leur profession, sauf ceux que cela dérange.

-         Les travailleurs ne peuvent pas fumer sur le lieu de travail, sauf ceux que cela dérange.

-         De manière générale, les règlements professionnels sont strictement d’application, sauf bien sûr pour ceux que cela dérange.

Tout cela devant évidemment faire l’objet d’une négociation au cas par cas, dès lors qu’il est exclu que l’on accorde des droits distincts à une quelconque communauté, quelle qu’elle soit : tout le monde est bien d’accord là-dessus.

 

À moins bien sûr que les Assises de l’interculturalité préfèrent adopter une mesure plus radicale, mais tout aussi efficace en termes de salutaire lutte contre les discriminations involontaires : supprimer toute règlementation, dès lors que par essence, une règle gêne davantage ceux pour qui elle s’éloigne de leur pratique quotidienne que ceux pour qui elle semble aller de soi.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /Sep /2009 11:05

Je republie ici un commentaire, reçu d'une enseignante de Dison, qui me semble avoir le mérite d'être ancré dans le concret et de dépeindre très précisément la réalité vécue dans cette école du fait d'une minorité d'extrémistes. Ce témoignage confirme ce que je dis depuis longtemps, à savoir que derrière la revendication du port du voile, c'est de toute une mise en question des fondements de la vie scolaire, et plus largement de la vie en société qu'il est question.
Je signale également que le Collège communal de Dison a voté hier à l’unanimité l’exclusion définitive des fillettes dont les parents refusaient de se plier au règlement d'ordre intérieur, qui interdit dorénavant le port de tout signe religieux.


Les écoles de Dison font beaucoup parler d’elles en ce moment. Tout le débat se centre sur une interrogation : doit-on ou non interdire le voile à l’école ?
En tant qu'enseignante, je voudrais relater ce que nous vivons dans nos classes maternelles et primaires avec certains musulmans extrémistes concernant leurs fillettes:

-  refus que les filles enlèvent leur voile même au cours de gymnastique

-  refus qu'elles suivent les cours de natation 

-  intervention du père pour que les filles ne soient pas assises à côté d'un garçon en classe

-  refus par l'enfant de colorier un dessin car il s'agit d'un cochon!!!

-  refus de participer aux spectacles scolaires (interdiction de monter sur scène). Les enfants doivent donc regarder les répétitions sans pouvoir y participer!

-  interdiction de participer aux voyages scolaires or une participation de 90 % est indispensable pour pouvoir organiser un voyage. Comment réagiront les parents des autres élèves si toute la classe est pénalisée (ou tous les élèves de la Commune si c'est un voyage commun) ?

-  refus par le père de serrer la main aux enseignantes et à la Directrice

- refus par un enfant de 1ère primaire d'écrire une addition car il y voit le signe de "Jésus"

- refus de l'autorité des enseignants et de la Direction

- refus de signer les notes du journal de classe quand ce qu’il y lit ne lui convient pas.

Cette liste n’est malheureusement pas exhaustive !

Je tiens toutefois à préciser que les faits relatés ne concernent que quelques familles et qu’il y a dans notre école un grand respect de toutes les cultures. La « multi culturalité » est une grande richesse et plusieurs projets ont été réalisés sur ce thème avec une participation active des parents. 

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 08:28

Cet article a été publié sous forme de carte blanche dans La Libre Belgique du 15 septembre 2009.

La nouvelle est tombée vendredi : dorénavant, les signes religieux seront interdits dans toutes les écoles de la Communauté flamande, comme en a décidé le Conseil de l’Enseignement
[1].

 

Voilà une mesure de bon sens dont on souhaiterait que la Communauté française s’inspire. En effet, il serait temps que le monde politique francophone s’inspire des expériences vécues dans de nombreuses écoles, où la non-interdiction des signes religieux a débouché sur de graves difficultés : ce sont ces difficultés, et non une quelconque hostilité à la diversité, qui ont motivé tous ces chefs d’établissements : refus de serrer la main à un professeur masculin, d’être seule avec lui dans un local ou de participer aux cours de gym à Bruxelles 2 ; prosélytisme et pressions sur les filles non voilées à Anvers; refus de participer aux activités de théâtre ou de patinoire, refus de contrôle de la chevelure pour y détecter d’éventuels poux à Vauban ; refus enfin tout récemment, dans une école primaire de Dison, de laisser la fillette concernée fréquenter la piscine. Et ce ne sont là que quelques exemples.

 

N’en déduisons pas hâtivement que l’ensemble des musulmans de ce pays seraient hostiles à la mixité, et à l’ouverture sur le monde que l’école a pour mission de favoriser. La réalité est tout autre, et insuffisamment rappelée : dans l’immense majorité des cas, l’interdiction des signes religieux est bien acceptée par les élèves musulmans et leurs parents. Mais quelques activistes empoisonnent le débat, donnant simultanément l’impression fallacieuse qu’ils sont représentatifs de l’ensemble de la « communauté musulmane », et le sentiment que si nous ne cédons pas à leurs exigences, nous verrons bientôt fleurir quantité d’écoles islamiques. Or, l’exemple français montre bien, six ans après le vote d’une loi d’interdiction des signes religieux à l’école, que ces craintes ne se sont pas réalisées : l’enseignement confessionnel français compte à ce jour quatre écoles musulmanes[2]

 

Ce qui me paraît bien plus inquiétant aujourd’hui que ce spectre des écoles islamiques, c’est que l’on puisse discuter très sérieusement de savoir si des gamines de l’enseignement primaire ou maternelle peuvent ou non porter le voile à l’école. Les tenants de la liberté religieuse oseront-ils sérieusement prétendre qu’une fillette de cet âge pose un choix conscient en revêtant son voile ? Au lieu de nous tortiller pour déterminer si nous avons le droit d’interdire ce voile à l’école, ne devrions-nous pas opter sans hésitation pour la protection de l’enfant contre ceux qui la transforment avant l’heure en objet de désir à soustraire impérativement aux regards concupiscents des petits mâles ?

 

Une autre question me paraît devoir d’urgence être posée : comment expliquer qu’un prescrit qui n’apparaît nulle part de manière indiscutable dans le Coran soit devenu aujourd’hui, pour certains, l’alpha et l’oméga de l’islamité de la femme ? Quelle urgence y a-t-il à faire porter le voile à une adolescente ou à une fillette ?

Pour répondre à cette question, on ne peut faire l’économie de ceci: dans l’esprit de ceux qui bataillent aujourd’hui contre des règlements scolaires prétendument discriminatoires, le voile ne se réduit pas à un signe religieux, et encore moins à un « simple bout de tissu ». Il véhicule une conception bien précise de la femme (et parfois de la fillette) et de ses rapports avec l’autre sexe qui explique les dérives mentionnées ci-dessus : derrière le voile, ce sont l’assignation à une décence rigidement codifiée pour les filles, et le soupçon de lubricité pour les garçons, qui se profilent, mettant à mal le climat de confiance principielle qui devrait sous-tendre les relations humaines dans le cadre scolaire. Il véhicule également une conception du monde dans laquelle le religieux est premier, et le temporel second. L’exact contraire de ce qui constitue le fondement même de nos démocraties, et qui implique que les règles qui organisent le vivre ensemble sont des créations humaines, et non des préceptes divins.

 

Face à cela, il était urgent de rappeler que l’école est ouverte à tous, sans distinction d’origines, de condition sociale, de sexe ou de convictions, mais dans le respect par tous d’un ensemble de règles destinées à favoriser le vivre ensemble.

 

C’est ce que vient de faire le Conseil de l’enseignement de la Communauté flamande. Bientôt suivi en cela, je l’espère, par les autorités compétentes en matière d’enseignement en Communauté française, pour que la prochaine rentrée scolaire se déroule dans la sérénité. Nos écoles, nos élèves en ont bien besoin.

 



[1] Une exception est toutefois prévue pour les enseignants de matières philosophiques, et ce uniquement pendant les cours. De même, les élèves pourront également porter ces signes distinctifs durant ces cours.

 

[2] http://tom-goldschmidt.blogspot.com/2009/04/une-ruee-vers-les-ecoles-musulmanes.html

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /Sep /2009 20:10

Que ce soit dans les débats sur le voile (à l’école, au parlement), sur la burqa ou sur le burkini, toujours les débats se polarisent autour de la question de la liberté et de l’émancipation individuelles. Et certes, on peut considérer comme un progrès que des femmes qui auparavant étaient cloîtrées chez elles sortent désormais en rue, fut-ce en burqa. En vertu de ce prisme, s’opposer à la burqa revient à être d’emblée suspect de préférer des femmes cloîtrées et soumises à des femmes qui auraient trouvé des moyens qui leurs sont propres d’accéder progressivement à l’émancipation. Bref, nous serions, consciemment ou non, les empêcheurs de s’émanciper en rond, prisonniers du carcan de nos préjugés et autres valeurs dites occidentales.

Or, il me semble que cette interprétation centrée sur l’individu est à pour le moins insuffisante.

 

Tout d’abord parce que, si interdire la burqa au nom de la laïcité me paraît en effet un non-sens s’agissant d’un individu déambulant dans un lieu public, il ne me paraît en revanche pas dénué de bon sens d’exiger que toute personne y soit identifiable. Sous la burqa, ou sous un niqab parfois complété d’une paire de lunettes noires, comment reconnaître la maman d’un enfant venant le récupérer à la sortie de l’école, par exemple ? Ou plus largement, comment s’assurer qu’on a bien devant soi celle que la porteuse de burqa prétend être ?

Accepter un espace public dans lequel déambuleraient des fantômes inidentifiables, c’est saper le fondement même du vivre ensemble, qui fait du contact visuel, et plus largement du visage, un médium essentiel.

C’est donc d’un point de vue de sécurité, mais aussi de minimum minimorum du vivre ensemble, que l’on peut à bon droit interdire la burqa.

 

Faut-il pour cela créer une nouvelle loi, ou aurait-on dû, comme le disent certains, se borner à rappeler (comme l’ont fait certaines communes bruxelloises) ce très vieux règlement de police qui interdisait de se promener masqué en-dehors des périodes de carnaval ?

On peut en effet considérer que cette dernière manière de faire aurait suffi, et qu’interdire nommément la burqa équivaut, volontairement ou non, à « stigmatiser toute une communauté », leitmotiv ô combien à la mode.

 

Cependant, il y a une dimension de la burqa qui la rend foncièrement différente du masque de Mickey : La burqa, comme le rappelle Fiammetta Venner, « est un symbole de soutien à des régimes qui lapident, mutilent, discriminent »[1]. Peut-être ce soutien est-il inconscient, mais qu’importe. Est-ce que sous prétexte qu’un jeune énergumène se serait dessiné une croix gammée sur le bras sans savoir ce qu’elle signifie, il faudrait s’abstenir de lui rappeler que la vision de ce symbole nous est intolérable ?

Comment mieux exprimer aujourd’hui son rejet de la société occidentale, de la démocratie, des droits de l’homme, de l’égale dignité des hommes et des femmes, de l’Etat de droit et j’en passe, qu’en revêtant ce scandaleux sac de toile qui est, pour tant de femmes dans le monde, la condition sine qua non pour que leur présence soit tolérée (je dis bien tolérée, et non pleinement acceptée, comme un droit) dans les lieux publics ?

Comme l’écrivait Elisabeth Badinter dans son « Adresse à celles qui portent volontairement la burqa », « En vérité, vous utilisez les libertés démocratiques pour les retourner contre la démocratie. Subversion, provocation ou ignorance, le scandale est moins l'offense de votre rejet que la gifle que vous adressez à toutes vos soeurs opprimées qui elles, risquent la mort pour jouir enfin des libertés que vous méprisez. »[2]

 

De deux choses l’une donc :

Soit cette odieuse burqa est portée de manière volontaire, et elle signifie non seulement un rejet des principes fondateurs de notre société, mais encore une approbation, consciente ou non, de régimes qui ont transformé les femmes en sous-êtres (sans même parler ici du sort réservé aux homosexuels, par exemple), et nous avons le droit de dire que ce choix, d’une extrême violence symbolique, n’est pas compatible avec le vivre ensemble auquel nous sommes attachés.

Soit cette burqa est imposée à de malheureuses femmes qui sont ainsi enfermées en permanence, même dehors, d’une manière qui nie radicalement leur droit élémentaire à la dignité, à la liberté et à l’égalité, et nous devons à toute force les aider, par des moyens qui ne peuvent être que contraignants.

 

En n’oubliant jamais que ce combat oppose, non pas, comme d’aucuns aimeraient le faire croire, une culture à une autre, voire une hypothétique communauté à une autre, mais les démocrates soucieux de défendre les principes fondateurs de nos Etats de droit à ceux qui les haïssent pour les libertés qu’ils garantissent. La question, vue sous cet angle, n’est plus de savoir ce que nous, démocrates, sommes prêts à tolérer, mais auxquels de nos principes fondateurs eux, promoteurs de la burqa, et elles, adeptes de la burqa, sont réellement prêts à souscrire. 



[1] http://www.marieclaire.fr/,port-de-la-burqa-pour-ou-contre-en-france,20187,33541,2

[2] http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2009/07/27/elisabeth-badinter-s-exprime-sur-la-burqa.html

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 20:23

Mon article sur « Islam et démocratie » (http://nadiageerts.over-blog.com/article-35749388.html) a suscité nombre de commentaires. Certains insistaient sur le fait que le Coran, à la différence des textes sacrés juifs et chrétiens, n’étaient pas interprétable. Moi, je veux bien tout ce qu’on veut. Mais il me semble que s’agissant du voile prétendument islamique, il y a comme qui dirait un problème :

 

Que dit le Coran concernant le voile ? Pas un mot qui permette d’en déduire une obligation pour toute musulmane, dès lors qu’elle est pubère (voire, pour les plus pervers, bien plus tôt) de se couvrir la tête en présence des hommes qui ne lui sont pas apparentés : on sait que le prophète demandait à ce qu’un voile soit tendu entre ses épouses et les hommes qu’il recevait, mais cela ne me permet pas de conclure que toutes les musulmanes sont concernées, ni surtout n’explique comment on passe de l’étoffe tendue au voile sur la tête.

De la même manière, le Coran dit « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. » (XXIV, 31)

Voilà qui est bien plus clair, et parle en effet des croyantes, et non plus des seules épouses du prophète. Mais ce qui est très clair également, c’est qu’il est question de poitrine et d’atours (qu’on pourrait dévoiler en frappant des pieds), et non de chevelure. Par quel miracle d’interprétation est-on donc monté de quelques cinquante centimètres, alors qu’il eut été si simple que les musulmanes se couvrent la poitrine, comme toute une chacune ou presque ?

 

Mon esprit volontiers cartésien[1], je le reconnais volontiers, a donc tendance à se dire que ceux qui prétendent qu’il faut lire le Coran de manière littérale ne devraient avoir aucune raison de prôner le port du voile pour les musulmanes, puisqu’il s’agit là d’une interprétation éhontée de ce que le texte dit réellement.

 

Un abime vertigineux s’ouvre alors sous mes pieds : serait-ce donc en interprétant le Coran qu’on en vient à penser que toutes les femmes doivent se mettre un bout de tissu sur la tête ? Dans ce cas, en toute bonne logique, les fondamentalistes islamiques devraient s’opposer au port du voile, ou du moins s’en ficher comme de leurs premières babouches.

 

Admettons donc que, pour de mystérieuses raisons, certains « savants » musulmans aient estimé nécessaire, en cherchant à comprendre l’intention divine au-delà du texte littéral, que les musulmanes se couvrent désormais la tête. Par pudeur, nous disent-ils, pour ne pas qu’elles attirent les regards sur elles. Soit. Mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu raté : d’abord parce que les plus pudiques, selon les codes en question, sont précisément celles qui attirent le plus le regard, du moins dans nos contrées. Et c’est au point que si vous voulez, madame, qu’on vous regarde, le plus sûr moyen est sans conteste de revêtir une burqa : vous éclipserez aussitôt, je vous le garantis, toutes les bimbos au nombril à l’air.

Ensuite parce que je ne saisis pas bien comment ces femmes pénétrées de l’importance de ne pas attirer les regards sur elles concilient cette obligation avec le fait de manifester plusieurs jours de suite devant les écoles anversoises, comme elles l’ont fait la semaine dernière.

On me dira que je suis injuste, que discrétion ou pas, il est des moments où il faut défendre ses droits. Certes… Mais remarquez que ce n’est pas moi qui ai dit que la femme devait être discrète.

 

Bref, ceux qui refusent traditionnellement d’interpréter sont justement ceux qui recourent à l’interprétation pour faire du voile un prescrit coranique. Il faut donc nécessairement interpréter le Coran si l’on veut justifier le port du voile. Or, c’est justement ce que refusent qu’on fasse ceux qui considèrent le voile comme un prescrit coranique… Cherchez l’erreur.

 


[1] Du moins jusqu’au moment où Descartes réintroduit Dieu dans une démonstration jusque là rigoureuse, et prétend en démontrer l’existence…

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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