Bonjour !

 

 

      portraits nadia 2011 220

Agenda

Le 27 avril, conférence à la maison de la laïcité sur le thème de "Fichu voile !" à 20h.

 

Le 28 avril, participation à une table-ronde organisée par Entre-vues sur avenir des cours philosophiques, à la Maison de la Laïcité Hypathia, rue des Deux Ponts, 19 à 1340 Ottignies-Louvain-La-Neuve, de 10 à 15h.


Texte Libre

La Louvière 9 sept. 2008

Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 15:20

Cet article a été publié sous forme de carte blanche dans La Libre Belgique de ce 18 mai 2009 (http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/503255/raisonnables-les-accommodements.html).

Si les laïques européens ont souvent une longue tradition de lutte contre le cléricalisme venu d’ « en haut », c’est-à-dire d’une religion instituée, traditionnellement alliée de la classe dominante, ils sont aujourd’hui confrontés à des revendications d’ordre religieux qui émanent non plus d’ « en haut », mais d’ « en bas » : de citoyens qui sous prétexte de voir reconnues leurs libertés religieuses, réclament des adaptations aux législations en vigueur, aussitôt soutenus en cela par des partis ou des mandataires politiques, dont on peut s'interroger sur les véritables motivations.

Soulignons d’entrée de jeu que ces revendications venues d’ « en bas » ne se substituent pas à celles d’ « en haut », mais s’y superposent, et posent avec une acuité nouvelle la question de la portée et des limites de la liberté religieuse.

 

De toute évidence, il est essentiel, en démocratie, d’accorder un traitement égal à toutes les convictions philosophiques et religieuses, pour autant que le respect de ces convictions ne soit pas en opposition avec les principes démocratiques essentiels au vivre ensemble. Cependant, cette évidence ne règle pas la question du « comment ? ». Comment faire, en effet, pour qu’aucune religion, aucune croyance, aucune conviction ne soit objectivement lésée par la manière dont l’Etat règle la question de ses rapports avec les cultes ?

 

À cet égard, le modèle communautariste anglo-saxon, qui a inspiré les accommodements raisonnables nés au Québec, s’inspire de la logique selon laquelle l’égalité ne consiste pas à traiter également des individus objectivement différents, mais à traiter les individus différemment les uns des autres, en fonction de leurs différences.

Cette approche, qui passe au premier abord pour éminemment tolérante et respectueuse de la diversité culturelle, comporte cependant plusieurs risques :

 

- Passer du droit à la différence à la différence des droits. C’est ce qu’a fait un tribunal allemand, par exemple, en refusant le divorce à une femme de confession musulmane victime de violences conjugales persistantes. La juge, en effet, a estimé que « dans ces milieux, il n'est pas inhabituel que l'homme exerce son droit de châtiment corporel sur sa femme ». Et de citer à l'appui de sa décision des extraits du Coran, rappelant en outre que le couple s'était marié « selon les lois islamiques ».

Or, c’est le droit de tout citoyen d’être traité selon les lois de son pays, indépendamment de considérations d’ordre religieux. Ce droit a indéniablement été bafoué dans ce jugement, heureusement cassé en appel.

 

- Essentialiser les différences, en particulier religieuses, en les traitant comme des composantes aussi naturelles et consubstantielles aux individus que le genre ou le handicap éventuel. C’est la tendance qui sert de fil rouge aux « accommodements raisonnables », qui consistent à appliquer aux minorités religieuses des mécanismes mis en place à l’origine pour faciliter l’accès des personnes handicapées au monde du travail. Or, la pratique religieuse – que l’on confond trop souvent avec la foi – ne peut de toute évidence être considérée comme aussi consubstantielle à l’individu que le handicap éventuel dont il est atteint.
De plus, la pratique des accommodements raisonnables comporte le risque non négligeable d’aboutir à une fragmentation de la société en fonction des appartenances cultuelles des uns et des autres. L’aménagement des horaires de travail ou du jour de congé hebdomadaire en fonction de considérations religieuses, par exemple, risque de compromettre singulièrement le vivre ensemble et de menacer les droits sociaux des travailleurs en favorisant une flexibilité accrue de ceux-ci.
Enfin,
dès le moment où la religion peut être invoquée pour réclamer des accommodements raisonnables, on voit mal pourquoi d’autres choix ou préférences individuels ne pourraient pas, eux aussi, donner lieu à des aménagements, sauf à considérer bien sûr – et c’est là le danger – que les convictions religieuses ont plus de crédit, méritent plus de respect que d'autres choix personnels, d'autres convictions, d'autres idées.

 

- Faire droit à des revendications issues de la minorité agissante que constituent les groupes de pression fondamentalistes, qui tentent de faire passer leur interprétation rigoriste de la pratique religieuse pour la norme, et qui contreviennent à certains principes essentiels de nos démocraties. Ainsi, les contestations de la mixité lors de certaines activités scolaires ou dans les piscines publiques comportent le risque bien réel, si l’on y fait droit, de porter atteinte aux libertés des femmes de telle ou telle confession, qui seraient dès lors sommées par leur « communauté » de se soumettre à la nouvelle règle commune.

Une telle attitude renforcerait donc le fondamentalisme religieux en accréditant l’idée, par exemple, que la femme musulmane porte le voile, mange hallal, et refuse toute « promiscuité » avec les hommes, par exemple dans le domaine professionnel ou des soins de santé.

De plus, les contestations de la mixité constituent une mise en cause de l’égalité entre les hommes et les femmes, dont les caractéristiques biologiques ne sauraient conditionner les droits et les devoirs.

 

- Faire passer les appartenances culturelles et religieuses au-dessus de l’appartenance commune à une même sphère civile. Promouvoir, même inconsciemment, l’idée qu’on est croyant avant d’être citoyen.

Or, la citoyenneté implique précisément la recherche de l’intérêt général, lequel ne saurait être confondu avec la somme ou la balance des intérêts particuliers. Il serait désastreux pour le vivre ensemble que les individus renoncent à se comporter en citoyens authentiques pour se transformer en membres de groupes de pression exclusivement soucieux de la défense et de la préservation de leurs intérêts catégoriels.

 

Pour toutes ces raisons, l’introduction des accommodements dits « raisonnables » dans la société belge risquerait fort de contribuer au délitement de la citoyenneté et à l’émergence d’une société communautarisée, ghettoïsée, et non réellement interculturelle.

Contre cette logique, nous en appelons à un modèle de société où tout citoyen jouit des mêmes droits et des mêmes devoirs. Que ces droits et devoirs doivent parfois être repensés – que l’on pense par exemple au calendrier des congés scolaires, qui fait la part belle à des fêtes religieuses chrétiennes que peu de gens célèbrent encore – ne fait aucun doute. Mais il est essentiel que le fil conducteur de cette réflexion reste l’intérêt général, et non l’octroi de privilèges ou de dérogations à une communauté de croyants particulière.

 

 

Réseau d’Actions Pour la Promotion d’un Etat Laïque (R.A.P.P.E.L.) http://rappel.over-blog.net/

 

Nadia Geerts

Abdellatif Mghari

Catherine François

Gisèle De Meur

Sam Touzani

Chemsi Cheref-Khan

Claude Javeau

André Nayer

Farouk Boustami

Philipp Bekaert

Pierre Efratas

Fatoumata Sidibe

Bahareh Dibadj

Philippe de Menten

Jacques Lemaire

Michèle Peyrat

Yvan Biefnot

Anne-Marie Roviello

Jamila Si M’hammed

Georges Verzin

Philippe Schwarzenberger

Dominique Celis

Elie Cogan

Mohammad Zahedi

Tamara DANBLON
Paul DANBLON

Marie-Ange Veyckemans, enseignante

Annette Lecomte-Devooght, médecin

Claude Katz, avocat

Claude Thayse, maître de conférences ULB

Pierre Vansteenkiste

Anne Martin, enseignante

Sam Mourlon, politologue

Olivier T'Kindt, psychologue-psychothérapeute

Jean-Sébastien Jamart, maître de conférences à l'Université de Liège

Luc Toussaint, délégué syndical

Jean Lerusse, gynécologue

Frédéric Mascetti, enseignant

Louis Kanarek, professeur émérite VUB

Jean-Claude Pector, professeur honoraire ULB

Christian Sirjacq, enseignant

Mireille Popelin, ex-présidente de l'Ufal du Rhône

Pierre J. Mainil, artiste

Yves Caelen, sociologue

Bernard GUILLAUME, échevin de l’Etat civil à Schaerbeek

Patrick Hannot, psychologue

Jacques JOSET, Professeur ordinaire émérite Université de Liège

Luc Collard, psychologue

Isabelle Emmery, députée régionale

Noël Rixhon, auteur

Robert Falony, journaliste

Marie-Isabelle Collart

Valérie DE NAYER, CGSP Enseignement Bruxelles

Letty Lefebvre, inspectrice de l’enseignement

Yvan Bruwier, coordinateur pédagogique

Laurent Berger, écrivain et enseignant

Jacques FRANCK, musicien et dessinateur

Michel Lysight, compositeur et  professeur au conservatoire royal de Bruxelles

Pierre Catelin

Victor Khagan

Marc-Antoine Carreira da Cruz

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 14:51

On était déjà coutumiers des revendications de menus et d’horaires adaptés au préceptes de l’islam, du discours culpabilisant ceux qui refusent le port du voile à l’école et/ou pour les fonctionnaires publics, etc. Voilà maintenant qu’une « présidente de l’Association belge des professionnels musulmans » défend dans Le Soir de ce jour dans la nouvelle idée du siècle : la finance islamique.

 

L’exposé des motifs est hallucinant : à l’en croire en effet, depuis plusieurs décennies, les musulmans installés en Belgique connaissent « un frein à leur épanouissement personnel/familial dans des activités financières normales du quotidien : achat d’une maison, acquisition d’un commerce, investissement en Bourse… En effet, les produits bancaires de la finance conventionnelle proposés en Belgique ne répondent pas à leurs attentes et c’est ainsi qu’ils sont de facto « hors champ » des tractations économiques parce qu’elles ne sont pas en phase avec leur sensibilité confessionnelle. En effet, les musulmans ne peuvent acheter un bien par le biais d’un crédit traditionnel – puisque l’islam ne reconnaît pas à l’argent le rôle de bien réel et n’accepte donc pas que celui-ci puisse être acheté ou vendu moyennant le paiement d’un intérêt ».

 

Plusieurs choses me frappent dans cet extrait, que je vais reprendre une à une.

« Les musulmans » sont freinés dans leur épanouissement, parce que leur religion leur interdit de recourir au prêt à intérêt. Autrement dit : il faut d’urgence faire cesser cette situation où, une fois de plus, nous discriminons volontairement ou non des pauvres musulmans qui ne demandent qu’à vivre à la fois comme tout le monde et dans le respect de leur sensibilité islamique. Car comme chacun sait, aucun musulman en Belgique n’est propriétaire d’un bien immobilier acquis grâce à un prêt bancaire traditionnel, aucun ne possède une carte de crédit, aucun n’achète à crédit son frigo, son écran plasma ou son ordinateur. Ou s’il y en a, c’est clair : ce sont de mauvais musulmans, car l’islam est clair sur ce point : « l’islam ne reconnaît pas à l’argent le rôle de bien réel et n’accepte donc pas que celui-ci puisse être acheté ou vendu moyennant le paiement d’un intérêt ». Je compatis sincèrement au sort de tous ces malheureux musulmans de Belgique qui vont s’apercevoir, à la lecture de la carte blanche d’Imane Karich, que jusqu’ici ils étaient dans le péché, ou plutôt dans l’haram.

 

A ceux qui bondiraient face à cette nouvelle preuve de mon intolérance légendaire, arguant que je m’obstine à méconnaître la dimension fondamentalement anticapitaliste de cette « finance islamique », je ferai remarquer que je ne peux que me baser sur que je lis : on parle bien de finance islamique, et non alternative, éthique ou que sais-je. Et de l’aveu même de Madame Karich, « la finance islamique est une finance éthique développée sur base des principes découlant des sources de l’islam (…) ».

Voilà, elle l’a dit : cette idée géniale découle des « sources » de l’islam. Donc d’il y a environ 14 siècles. Et ce sont des principes datant de Mahomet – qui n’est pas Mathusalem, mais presque – qu’elle voudrait voir appliquer au vingt-et-unième siècle. Evidemment, si on y va par là, il faudrait reconsidérer aussi la pratique de l’excision – ben oui, désolée,  mais des sites musulmans très sérieux dissertent de la taille adéquate de la coupe telle qu’elle a été voulue par Mahomet : ni trop ni trop peu, parce que bon, hein, faut pas pousser… –, et d’autres charmantes pratiques comme la lapidation ou la valeur moindre accordée à la femme – une demi part d’héritage, deux témoignages de femmes valant celui d’un homme, etc.

 

Bref, avec cette incroyable carte blanche, Madame Karich réussit trois choses :

-         Culpabiliser les musulmans, très nombreux j’en suis sûre, qui recourent jusqu’ici au prêt à intérêt : vous n’êtes pas de bons musulmans, leur dit-elle. Mais c’est pas grave, elle va arranger ça pour eux, et grâce à sa finance islamique ils pourront bientôt réintégrer le bercail de l’islam des « sources ».

-         Essentialiser les musulmans : un musulman, ce n’est plus quelqu’un qui croit en un Dieu qu’il appelle Allah, avec toutes les infinies nuances et divergences que cela implique quant à la traduction concrète de cette foi. Non, c’est quelqu’un qui respecte le Coran à la lettre, sans aucune mise en contexte. Sans aucun réalisme non plus, puisque je doute fort que certains musulmans d’Arabie Saoudite, du Qatar, de Dubaï ou du Yémen soient quotidiennement bourrelés de remords lorsqu’ils palpent des pétrodollars…

-         Mais comme ça n’est pas de ces richissimes musulmans qu’on cause, mais des pauvres citoyens musulmans de Belgique entravés dans leur épanouissement par les méchants capitalistes occidentaux, il serait logique qu’on se sente quand même un tout petit peu coupables : depuis plusieurs décennies que « les musulmans » sont installés en Belgique, on n’a même pas pensé à leur faciliter un chouïa la vie en créant des banques islamiques ! Et eux, trop braves pour demander, ont jusqu’ici souffert en silence… mais grâce à Imane Karich, ça va changer !

-         En conséquence, promouvoir le fondamentalisme musulman. Car désormais, on sait qu’un bon musulman ne fréquente pas Fortis, Dexia ou ING, qu’il n’achète pas à crédit – à moins que… si c’est un « crédit gratuit », comme en proposent nombre de commerces, ça vaut ou pas ? – et qu’il peut certes jouer en Bourse (là, il y a un truc qui m’échappe, mais puisqu’elle le dit…) mais d’une manière « islamique ».

 

Tout ce que j’espère, c’est un tonnerre de protestations de musulmans dans les prochains courriers des lecteurs du Soir, disant leur ras-le-bol qu’on les enferme dans une interprétation rigoriste, littérale et passéiste de leur religion, et leur droit de vivre avec leur temps.

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 23 commentaires
Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 16:22

Outre les éléments déjà évoqués ici à propos de ce tract « Voilées ou pas nous exigeons l’égalité », il est un autre élément sur lequel j’aimerais revenir. C’est le passage suivant :

« Des foulards, dont l’interdiction exacerbera la visibilité au lieu de la réduire, mais peut-être aussi d’autres réactions d’amertume un peu plus méchantes de la part des groupes discriminés. « Qui sème l’injustice récolte la colère », non ? On ne peut pas constamment mépriser, écraser, exclure, sans provoquer un jour une révolte ».

 

Ou je me trompe fort, où il s’agit là d’une menace… à peine voilée. Certes, Nordine Saïdi se donne des allures de citoyen vigilant, soucieux d’attirer l’attention de ses concitoyens sur le danger qu’il y a à provoquer le courroux de ces « citoyens de seconde zone », que sont à l’en croire les musulmans de Belgique. En réalité, il ne fait rien d’autre que de souffler sur les braises, d’une manière totalement irresponsable. Une chose est de dénoncer des injustices, réelles ou supposées. Une autre est de laisser entendre que si les choses ne changent pas, il y aura forcément du grabuge, et qu’on l’aura en quelque sorte bien cherché.

Jamais, personnellement, je ne cautionnerai la violence, d’où qu’elle vienne. La colère est la chose la plus communément partagée ; et nombre d’électeurs de partis d’extrême droite sont très certainement des gens en colère, que ce soit contre l’establishment francophone, la politique d’immigration ou les politiciens pourris. Cela ne les autorise pas pour autant à laisser entendre que ne pas écouter leurs revendications mènera inévitablement à des débordements prétendument incontrôlables, qu’ils auront en réalité instigués.

Car c’est bien là le fond du problème : lorsqu’un homme politique se met à distribuer des tracts soulignant que ne pas prendre les mesures qu’il préconise suscitera « des réactions d’amertume un peu plus méchantes » et « la révolte », il quitte l’action politique, qui implique discussion et négociation autour de la chose publique, pour entrer dans le jeu inquiétant qui consiste à inciter ses électeurs à la colère et à la révolte, colère et révolte sur lesquelles il pourra ensuite d’autant mieux asseoir sa « politique », sur fond de « Je vous l’avais bien dit ! Maintenant, écoutez-moi et faites ce que je vous dis, sinon ça ira de mal en pis ».

Et par là, il se discrédite totalement en tant qu’homme politique.

Mais on n’est plus à ça près avec Nordine Saïdi, que l’on peut voir, sur le blog de Rachid Zegzaoui (http://rachid-zz.skynetblogs.be/category/1393659/1/Politique+-+Actualit%E9), déambuler en compagnie de Dieudonné himself… Sûr qu’avec un homme comme Dieudonné, on va la rétablir, l’égalité odieusement compromise par d’infâmes racistes colonialistes et arrogants : Faurisson sera enfin l’égal de Klarsfeld, comme dans ce sketch immonde du justicier Dieudonné: http://www.new.facebook.com/ext/share.php?sid=78367740691&h=PoZRM&u=5zjOO.

 

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 16:07

J’ai reçu récemment un document intitulé « Voilées ou pas nous exigeons l’égalité… sans guillemets »
(http://e-s-g.blogspot.com/2009/04/voilees-ou-pas-nous-exigeons-legalite.html).
Ce texte, signé Nordine Saïdi, outre qu’il invite à voter pour la liste « Egalité » aux prochaines élections régionales, n’a pas de mots assez forts pour condamner l’interdiction du voile dans les écoles : à l’en croire, les jeunes filles seraient « doublement exclues » (en tant que femmes et en tant que groupe social stigmatisé), transformées en « immigré(e)s pour l’éternité », par des gens qui, ne pouvant les « convertir à notre universalisme » ni les « renvoyer « chez eux/elles », ont décidé de « les traiter en citoyen(ne)s de seconde zone, en indésirables, en caste inférieure », en vertu d’un « racisme latent » qui applique « la préférence nationale et la préférence masculine de façon éhontée ».

 

Ce texte appelle plusieurs remarques.

Premièrement, l’accusation de « préférence masculine » et d’exclusion des jeunes filles voilées en tant que femmes. Il me paraît fort curieux en effet de renvoyer à l’Etat cette accusation qui, en réalité, devrait viser au premier chef les tenants d’un islam rétrograde et patriarcal. Ce sont eux, en effet, qui, sous couvert de religion, prétendent maintenir chez les femmes de confession musulmane une pratique antérieure à l’islam – le voile apparaît en effet dès le XIIè siècle avant notre ère –, pur produit d’une société traditionnelle patriarcale où les femmes étaient sommées d’afficher leur vertu par le port d’un voile, sous peine d’être considérées et traitées comme des prostituées.

Qui préfère les hommes, en définitive ? Ceux qui exigent que garçons et filles soient égaux, au moins sur les bancs de l’école ? Ou ceux qui trouvent normal que les garçons déambulent vêtus à l’occidentale tandis que leurs « sœurs » sont sommées de s’affubler d’un voile pour bien marquer qu’elles sont musulmanes/chastes/respectueuses des traditions (biffer les mentions inutiles) ?

 

Deuxièmement, l’accusation de vouloir transformer les filles voilées en « immigré(e)s pour l’éternité ». Là encore, n’est-ce pas plutôt les tenants du fondamentalisme musulman qui refusent que les femmes de confession musulmanes adoptent d’autres codes comportementaux que ceux qui ont cours dans leur pays d’origine ? Sans compter que les voiles austères que l’on voit de plus en plus fleurir dans nos rues sont aussi étrangers aux pratiques vestimentaires traditionnelles turque ou marocaine, par exemple, que le sont le jeans et les baskets…

 

Troisièmement, l’accusation de racisme. Ainsi donc, ce serait par pure frustration de ne pouvoir renvoyer les (petits-) enfants d’immigrés « chez eux » que certains préconisent l’interdiction du voile à l’école, qui transformerait ceux-ci en « citoyens de seconde zone ». Voilà qui est également pour le moins étrange. Un citoyen de seconde zone, en effet, et pire encore, un membre d’une « caste inférieure », est un individu qui, en raison de tels ou tels critères aussi flous qu’iniques, est assigné à des règles différentes de celles qui valent pour l’ensemble de ses concitoyens. Ici, au contraire, il s’agit d’appliquer les mêmes règles à tous : que l’on soit musulman, chrétien, sikh, juif ou athée, on est prié, en entrant dans l’école, de se départir des signes extérieurs de ses convictions.

Certes, cette mesure touche plus particulièrement les jeunes filles de confession musulmanes qui portent le voile – car rappelons qu’il y a tout de même une proportion non négligeable de musulmanes qui ne portent pas le voile. Mais à qui la faute ? Aux écoles qui refusent l’immixtion de prescrits pseudo-religieux dans leur enceinte ? Ou à l’activisme de certains groupes fondamentalistes, qui font du port du voile une quasi-condition de l’ « islamité » des femmes ?

 

Si réellement Nordine Saïdi et ses acolytes veulent l’ « égalité sans guillemets », je les invite à lutter de toutes leurs forces contre les coutumes archaïques qui font des femmes des égales des hommes… avec guillemets. Que les jeunes filles musulmanes aillent à l’école, qu’elles s’instruisent, qu’elles fréquentent l’université, qu’elles trouvent un emploi à la hauteur de leurs compétences, qu’elles décident librement de la vie qu’elles souhaitent mener. En assumant, une fois majeures, et comme tout « citoyen de première zone », les conséquences de leurs choix.

À cet égard, j’aimerais raconter ici une petite anecdote. Une de mes amies s’étonnait récemment de ce que, dans son univers professionnel, travaillait depuis peu une musulmane voilée, laquelle n’ôtait pas son voile lorsqu’elle était en contact avec le public, contrairement à ce qui avait été prévu initialement. Devant la réponse laconique qui lui fut faite par ses supérieurs, elle demanda si, dans ces conditions, elle pouvait, elle, afficher un t-shirt proclamant son athéisme. Ce à quoi il lui fut répondu que non, car ça, ce serait de la « provocation »…

Qui, dans cet exemple, est traité comme un « citoyen de seconde zone » ? Qui bénéficie de mesures d’exception, qui, manifestement, ne s’appliquent pas à tous ? L’employée musulmane, ou l’athée ?

 

La citoyenneté pleine et entière, l’exact opposé de la « citoyenneté de seconde zone » dénoncée dans ce texte, ce n’est pas l’exigence de droits et de devoir différents de ceux de ses concitoyens. C’est au contraire l’acceptation des droits et devoirs qui valent pour tous, et qui laissent toute latitude aux individus de pratiquer leur culte dans la sphère privée, ainsi que d’en témoigner dans les lieux publics. Dans une société démocratique, qui plus est, ces règles sont révisables. Mais le critère qui doit prévaloir est celui de l’intérêt général, et non celui des intérêts catégoriels d’une composante quelconque de la population. Que les initiateurs d’ « Egalité sans guillemets » démontrent donc que, du point de vue de l’intérêt général, l’expression des convictions philosophiques et religieuses, mais aussi politiques, serait préférable, tant à l’école que dans la fonction publique, à la neutralité d’apparence. A défaut, qu’ils concentrent leurs efforts sur la dénonciation de la véritable inégalité dont sont victimes les femmes musulmanes : celle qui consiste à les enjoindre à continuer à se conformer, à l’aube du XXIè siècle, à des prescrits prétendument religieux apparus il y a une bonne trentaine de siècles.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires
Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /Avr /2009 20:23
Cet article a été publié intialement dans le Soir du 14 avril 2009 dans une version raccourcie (http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/l-interdiction-du-voile-est-2009-04-14-700985.shtml). Vous en lirez ici la version complète.

Le Conseil d’Etat a tranché

 

À la fin de l’année scolaire 2005, les athénées de Gilly et de Vauban, dans la région de Charleroi, décidaient d’interdire « le port de tout couvre-chef, de signe ostensible d’appartenance politique ou religieuse dans l’enceinte de l’établissement ». Contesté par certains parents, ce point du futur règlement d’ordre intérieur était cependant avalisé par la ministre de l’enseignement de l’époque, Marie Aréna. Ce qui déclenchait l’ire du MRAX, lequel décidait d’ester en justice et de demander au Conseil d’Etat l’annulation de ce point du règlement des athénées concernés.

Celui-ci vient de rendre son avis. Et déboute le MRAX dans sa demande.

 

Le Conseil d’Etat, après avoir rappelé l’objet social du MRAX – la lutte contre les discriminations – a en effet conclu que « le règlement attaqué, loin de porter atteinte à l’objet social de la requérante, a pour effet de le rencontrer et de le conforter ; qu’il s’ensuit que la requérante n’a pas intérêt à en poursuivre l’annulation ; que le recours est irrecevable ».

Voilà un arrêt qui a le mérite de placer la discussion exactement là où le MRAX avait prétendu la situer : sur le terrain des discriminations, et de rappeler au MRAX que la lutte contre les discriminations, contre toutes les formes de discriminations, ne saurait faire l’économie du voile en tant que signe en lui-même discriminatoire.

En effet, l’argument du MRAX était de considérer, de manière à mon sens tout-à-fait hâtive, qu’interdire le port du couvre-chef ou de signes d’appartenance religieuse ne pouvait en réalité viser qu’à interdire le voile – ce qui est peut-être exact – mais qu’en outre cette interdiction ne pouvait se comprendre que comme une manière détournée d’exclure les élèves musulmans de l’établissement scolaire.

Le MRAX commettait là, me semble-t-il, un amalgame doublé d’un procès d’intention, raisonnant exactement comme si le voile était consubstantiel à la musulmane qui le porte au même titre que son infirmité est consubstantielle à une personne handicapée…

Cette tendance est malheureusement fort répandue. Et le juriste Sébastien van Drooghenbroeck, qui commentait récemment l’arrêt du Conseil d’Etat dans le Journal des Tribunaux, tombe dans le même panneau lorsqu’il écrit : « le principe d’égalité peut également être violé en cas de discrimination passive, c’est-à-dire, lorsque, sans justification objective et raisonnable, des individus ou catégories d’individus sont identiquement traités alors qu’ils se trouvent dans des situations non comparables. ». Et de poursuivre en précisant que « une norme ou une pratique « apparemment neutre » est, en réalité, susceptible d’entraîner un désavantage particulier pour une catégorie de personnes porteuses d’une caractéristique déterminée ».

Ainsi donc, les jeunes filles voilées seraient porteuses d’une « caractéristique déterminée », laquelle ne serait pas leur conviction religieuse, mais sa marque extérieure. Là est très exactement le glissement dangereux : selon cette logique, ne pas discriminer un élève appartenant à une religion déterminée (en l’occurrence) impliquerait nécessairement de l’autoriser à porter tous les accessoires extérieurs de sa foi.

Qu’on me comprenne bien : la discrimination religieuse existe, c’est un fait, et doit être traquée. Pas question, comme le faisait le chef d’un établissement dans lequel j’ai enseigné, de prétendre aux élèves musulmans que le cours de religion islamique n’était pas organisé et qu’ils n’avaient dons d’autre choix que de s’inscrire dans un autre cours « philosophique ». Pas question de refuser l’inscription d’un élève pour le seul motif que sa famille est visiblement de confession musulmane – par exemple parce que sa mère porte le voile.

Mais prétendre que refuser le voile est de facto discriminatoire, c’est demander à ce que la jeune musulmane soit traitée ni plus ni moins que comme une handicapée, porteuse d’une « caractéristique déterminée » qui entraîne pour elle, sans que sa volonté puisse rien y changer, un « désavantage particulier ».

 

Le parallèle avec le handicap paraît choquant, mais il ne vient pas de moi.

Fréquemment en effet, j’ai osé comparer les signes d’appartenance religieuse à d’autres marqueurs identitaires fréquemment utilisés par les adolescents, et souvent interdits par les établissements scolaires sans que nul ne s’en émeuve : piercing apparent, vêtements excentriques, tenues de sport, etc. Et chaque fois, on m’a opposé, outré, que « ce n’était pas pareil ». Et c’est une femme voilée elle-même qui m’a dit que lui demander d’ôter son voile, ce serait comme lui demander de s’arracher un membre. De la même manière, lors d’une conférence récente sur les accommodements raisonnables, les intervenants, tous enthousiasmés par ce magnifique processus d’intégration, ont rappelé que le mécanisme trouvait son origine dans l’intégration des personnes handicapées dans la sphère professionnelle, avant d’être élargi aux personnes qui, pour des raisons religieuses, demandaient des accommodements de leur vie professionnelle.

Dans l’esprit de certains, on est donc atteint du voile (et non, j’y insiste, simplement de la foi) comme on est atteint de cécité ou de paraplégie…

 

À l’opposé de cette logique faisant de l’interdiction des signes religieux un mécanisme discriminatoire, le Conseil d’Etat a quant à lui mis en exergue le fait que cette interdiction était en réalité antidiscriminatoire dans son essence. Qu’a-t-il voulu dire par là ?

Il est peu probable que le Conseil d’Etat ait considéré que le port de signes religieux pouvant générer du racisme et de l’intolérance chez autrui, les interdire participerait à la lutte contre les discriminations. Si en effet la discrimination venait des autres, de ceux qui ne supportent pas la vue d’un voile, d’une kippa ou d’un crucifix, ce sont ces autres qu’il faudrait pénaliser, et non les élèves porteurs de ces signes.

Le bon sens me pousse donc à supposer que le Conseil d’Etat a considéré que les signes religieux – ou spécifiquement le voile – étaient discriminatoire dans leur essence, en eux-mêmes donc, ou vis-à-vis des autres.

Autrement dit, on peut considérer qu’interdire le port de signes religieux participe à la lutte contre les discriminations selon deux acceptions :

-         la première consiste à considérer l’aspect discriminatoire du voile en tant que symbole imposé aux filles, et uniquement à elles, afin que nul n’ignore leur état de pudeur et de vertu, donc de respectabilité par la gent masculine. En ce sens, le voile s’oppose à une mixité réelle dans l’enseignement, puisqu’il importe à l’intérieur de celui-ci un clivage entre les sexes, et une assignation faite aux filles seules d’afficher leur « moralité » selon des codes vieux de 15 siècles qui plus est. Interdire le voile à l’école, dans cette optique, c’est donc permettre aux filles d’être les égales des garçons à tout le moins à l’intérieur de la sphère scolaire, et donner un coup d’arrêt symbolique aux contestations de la mixité en provenance des milieux intégristes.

-         La deuxième, découlant de la première, consiste à considérer qu’afficher ses convictions politiques ou religieuses – et ici, on ne parle plus seulement du voile donc – risque d’avoir pour effet de diviser les élèves, non par l’intolérance dont certains témoigneraient vis-à-vis de ces signes, mais parce qu’ils seraient en soi porteurs ou sources de discriminations : afficher son attachement au judaïsme, à l’islam ou au socialisme pourrait ainsi être une manière, pour les élèves concernés, d’afficher leur « supériorité ». Là encore, on voit bien comment le voile a, de manière tout à fait réelle, divisé les filles de certains écoles en ce qu’il était devenu un signe commode permettant de distinguer les vertueuses des autres. Interdire les signes religieux et politiques, dans cette optique, c’est donc permettre à toutes les filles d’être égales dans l’enceinte scolaire, et plus largement d’empêcher toute discrimination par un groupe supposé porteur de la « vérité » sur un autre.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 16 commentaires
Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /Avr /2009 11:19

La carte blanche ci-dessous a été refusée par La Libre Belgique, par « manque de place ». Nous ne demandions pourtant pas à ce qu’elle soit publiée dans les 48 heures…

Si vous souscrivez à ce texte, agissez en cosignant la pétition relative à l’immixtion du religieux à l’école dont vous trouverez le texte ici : http://ecoleetreligion.canalblog.com/. Et diffusez ce mail ! Nous souhaitons recueillir un maximum de signatures d’ici le 23 avril prochain.

 

Signes religieux à l’école : il est grand temps que les autorités compétentes assument leurs responsabilités !

 

La récente décision du Conseil d’Etat de déclarer irrecevable la demande du MRAX d’annuler les points des règlements d’ordre intérieur des athénées de Gilly et de Vauban interdisant depuis la rentrée 2005 « le port de tout couvre-chef, de signe ostensible d’appartenance politique ou religieuse dans l’enceinte de l’établissement » relance la polémique sur les signes religieux à l’école.   

 

En novembre 2007, trente intellectuels, enseignants, hommes et femmes engagés en politiques ou simples citoyens lançaient une pétition[1] qui, devant la recrudescence recrudescence des exigences religieuses ou dites telles à l’école, demandait aux responsables politiques et aux ministres compétents en matière d’enseignement d’interdire tout signe ostensible d’appartenance philosophique ou religieuse dans le cadre scolaire et de mettre tout en  œuvre pour préserver l’école des tentatives d’immixtion du religieux dans le contenu des enseignements et les critères d'organisation de la vie scolaire.

Cette pétition fut très rapidement cosignée par plusieurs milliers de personnes, et donna naissance à la création du Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat laïque[2]. Mais il en fallait plus pour décider nos ministres compétents à prendre une décision qui, pour être de bon sens, n’en risquait pas moins de leur attirer les foudres d’une partie de leur électorat.

 

Aujourd’hui, le Conseil d’Etat vient à son tour de se prononcer, rappelant fort opportunément que non seulement interdire le port de signes d’appartenance religieuse à l’école n’est pas discriminatoire, mais que cela contribue au contraire à lutter contre les discriminations, rejoignant donc parfaitement l’objet social du MRAX. Nous réitérons notre appel aux responsables politiques pour qu’ils sortent enfin de leur silence et prennent leurs responsabilités.

 

La question de la mainmise des pouvoirs religieux – institués ou non -  dans la sphère scolaire », en effet, n’est pas, contrairement à ce qu’avait prétendu la ministre Marie Aréna en son temps, une question de « projets pédagogiques contrastés, consacrés par des règlements d’ordre intérieur différents, ce qui permet aux parents et aux élèves de faire le choix de l’établissement qu’ils estiment le plus adapté à leurs aspirations ».

La question des signes religieux à l’école concerne au contraire la manière dont se conçoit l’enseignement bénéficiant de subsides publics, et ne peut donc être laissée à la responsabilité exclusive des chefs d’établissements que l’Etat abandonne par là à toutes les pressions. De la même manière, des questions telles que la place des convictions philosophiques au sein de l’école ou l’application des principes de mixité sociale et des sexes – notamment l’égalité en droits et en devoirs des hommes et des femmes – constituent des questions politiques essentielles qui doivent être tranchées par la puissance publique et le pouvoir politique, garants des valeurs fondatrices de notre société.

Enfin, laisser les écoles décider souverainement en la matière, c’est contribuer au renforcement de la dualisation de l’enseignement au nom de la coexistence de « projets éducatifs contrastés ». C’est accepter qu’au lieu de protéger les consciences des élèves, l’école puisse souscrire à des pratiques qui, sous couvert de religion, visent la contestation de l’égalité et de la mixité.

 

Pour toutes ces raisons, et parce que l’immixtion du religieux ne se manifeste pas que dans la sphère scolaire, mais touche l’ensemble de la sphère institutionnelle, nous lancerons prochainement un appel aux hommes et femmes politiques de ce pays, concernant leur attachement à la défense des valeurs laïques. La Belgique a en effet un urgent besoin de laïcité, sous peine de voir de plus en plus le vivre ensemble et la cohésion sociale menacés par ceux qui refusent la séparation du droit et de la foi, mettant les prescrits religieux au-dessus de tout.

 

 

Nadia Geerts

Claude Javeau

André Nayer

Jacques Lemaire

Lara Herbinia

Philipp Bekaert

Guy Haarscher

Abdellatif Mghari

Philippe Schwarzenberger

Jamila Si M'Hammed

Georges Verzin

Farouk Boustami

Philippe De Menten

Sam Touzani

Chemsi Cheref-Khan

Pierre Van den Dungen

Mohammad Zahedi

Yvan Biefnot

Bahareh Dibadj

Dominique Celis

Gisèle De Meur

Elie Cogan

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 41 commentaires
Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /Avr /2009 15:51

Le Vif de cette semaine publie une interview croisée entre Bernard Coulie et moi-même (http://www.levif.be/actualite/belgique/72-56-32000/a-quoi-sert-l-ecole-catholique-.html). Malheureusement, certains de mes propos ont été déformés. Mise au point.

 

Au sujet des « ghettos dorés » d’abord. Il est vrai que j’ai parlé des ghettos scolaires lors de l’interview. Mais c’était pour répondre à la question de la recrudescence des thèses créationnistes, y compris dans l’enseignement. J’ai alors remarqué que certains enseignants ne parviennent plus à enseigner la théorie de l’évolution, parce qu’ils travaillent dans des écoles ghettos où les élèves de confession musulmane et/ou d’origine étrangère sont majoritaires, et où certains contenus scolaires ont dès lors plus de mal à « passer ».

Je suis bien consciente que les écoles confessionnelles sont loin d’être toutes des « ghettos dorés », et il y a par ailleurs des écoles « privilégiées » dans l’enseignement officiel aussi. 

Cela n’enlève évidemment rien à ma position, selon laquelle les deniers publics devraient servir à financer l’enseignement public, l’enseignement confessionnel devant se financer sur fonds privés. Cela me paraît de bon sens, ni plus ni moins.

 

Au sujet du rapport entre la science et la foi, je n’ai bien évidemment jamais dit ni pensé que la foi devait être étayée par les faits scientifiques, mais au contraire qu’elle ne pouvait – par définition – l’être, ce qui l’excluait du champ de la science.

 

Au sujet des laïques qui seraient devenus plus radicaux qu’hier, mon propos a été de dire qu’au contraire, il me semblait que certains l’étaient devenus beaucoup moins : il suffit de relire les propos tenus par des hommes politiques lors des différentes guerres scolaires pour voir que l’anticléricalisme était parfois terriblement virulent, et on aurait bien du mal à trouver une telle radicalité aujourd’hui dans le monde laïque, et encore moins parmi les politiques ! Cela tient à mon sens à ce que la laïcité actuelle ne combat plus seulement une Eglise catholique riche, bourgeoise et « blanche », mais des revendications religieuses émanant de populations issues de l’immigration, face auxquelles une certaine gauche a bien plus de scrupules à affirmer sa « radicalité » laïque que vis-à-vis des curés ou du pape.

 

Enfin, la conclusion de l’article renforce l’impression qu’ont été confrontés un partisan de la recherche de solutions (Bernard Coulie) et une militante dont le seul but est de mener un combat (moi). Ce qui est absurde, dans la mesure où le combat laïque ne vaut pas pour lui-même, mais uniquement en ce qu’il m’apparaît comme une solution aux problèmes du vivre ensemble aujourd’hui.

 

Un rectificatif (en 500 caractères !) devrait être publié dans l’édition de la semaine prochaine.

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 17:24

Tel était le titre de la première table ronde des Rencontre laïques internationales organisées par l’UFAL ces 4 et 5 avril à Saint-Denis. Je vous en livre ici quelques morceaux choisis.

 

Moulay Chentouf : « si le peuple peut ne pas être laïque, l’Etat, lui, doit l’être »

Moulay Chentouf  fait partie du MDSL : le Mouvement Démocratique, Social et Laïque (http://mdls.fr.gd/), créé le 1er novembre 2008.

Moulay Chentouf n’a pas de mots assez durs pour dénoncer le fait que l’Etat confessionnel algérien favorise l’islamisme au lieu de la citoyenneté, qui donnerait à la raison les moyens de vaincre l’obscurantisme.

En parlant d’islamisme, Moulay Chentouf sait visiblement de quoi il parle ; et de rappeler que dans les années 90, les démocrates étaient prêts à tous les compromis pour éviter les conflits avec le FIS (Front islamique de salut). Or, pour lui, les islamistes n’ont pas droit de cité, et il n’hésite pas à les comparer à des nazis : on ne traite pas avec ces gens-là.

Militant pour un Etat laïque, Moulay Chentouf l’est sans conteste : car si le peuple peut ne pas être laïque, l’Etat, lui, doit l’être. D’ailleurs, que peut bien signifier un Etat islamique ? Un Etat ne peut avoir de conscience religieuse, et ne peut donc être que laïque, la laïcité protégeant par ailleurs l’essence de la religion contre son instrumentalisation par le pouvoir. Le choix de l’Algérie ne doit donc pas être un choix entre la modernité et l’islam, mais entre la modernité et l’archaïsme.

 

Marieme Helie-Lucas : « ce n’est pas de l’islam ou des musulmans que doit s’occuper la laïcité, mais des intégristes ! »

Marieme Helie-Lucas  est la fondatrice de WLUML (Women Living under muslim laws : http://www.wluml.org/french/). Face à la montée des intégrismes, elle dénonce l’angélisme d’une grande partie de la gauche et des associations de défense des droits humains, qui semblent ne pas voir que les étapes actuelles de la montée intégriste sont semblables à celles qu’à connu Algérie. Un intégrisme qui tient plus de l’extrême droite que de la religion. Ainsi, en Pologne, sous la pression de l’Eglise catholique, les couples non pariés n’ont plus accès à la fécondation in vitro ; en Inde, un mouvement hindou veut la suppression du mot « laïcité » de la Constitution ; dans une région du Pakistan, les écoles de filles ont été non seulement fermées, mais encore détruites, etc.

Les intégrismes sont complémentaires, et les revendications de l’un récoltent fréquemment le soutien des autres, que ce soit au niveau local ou international. Ainsi, au Canada, les « accommodements raisonnables » visent à délaïciser les lois. Et dans cette entreprise, ce sont toujours les droits des femmes qui sont attaqués en premier, et ce au nom du « respect des minorités ».

C’est dans cette optique que, le 5 août 1990, l’Organisation de la Conférence islamique a présenté sa déclaration sur les droits de l’homme en islam (http://www.aidh.org/Biblio/Txt_Arabe/inst_org-decla90.htm), dont le but est de favoriser une vie digne, conforme à la charia, et qui fait obligation à l’Etat de faire connaître aux hommes la religion islamique. La déclaration de l’ONU, en 2005, sur la diffamation des religions, s’inscrivait dans la même perspective, mais quatre rapporteurs ont conclu en 2008 que cette déclaration équivalait à un déni de liberté, les idées, qui plus est, ne pouvant par définition être diffamées, au contraire des personnes.

Mais dans ces luttes en faveur de la laïcité, Marieme Helie-Lucas attire l’attention sur le risque de se voir proposer le soutien de mouvements de droite, d’extrême droite et/ou racistes, qui veulent éradiquer certains comportements au nom de la laïcité, nonobstant le fait que les laïques n’ont pas à statuer sur la nature des religions, mais à préserver l’Etat. Vu sous cet angle, intégristes et racistes travaillent en réalité main dans la main, puisqu’ils essentialisent l’islam. Or, ce n’est pas de l’islam ou des musulmans que doit s’occuper la laïcité, mais des intégristes.

Et Marieme Helie-Lucas de conclure son exposé par quelques chiffres : 20 % de la population française origine du Maghreb se déclarent sans religion, et 79 % des croyants ne pratiquent pas. 54 % sont favorables à la laïcité, et 57 % parmi les musulmans croyants déclarés. Par contre, nombreux sont ceux qui pointent les discriminations économiques et sociales.

Dès lors, Marieme Helie-Lucas plaide pour que l’on cesse de parler des « musulmans » de manière indistincte, et que l’on traite les problèmes économique et sociaux sans référence à la religion.

 

Harsch Kapoor : Renoncer aux explications simplistes pour expliquer la montée des intégrismes

Harsch Kapoor, pour le South Asian Citizen’s Web, a dénoncé le simplisme de la conception conventionnelle qui, au sein des « gauchisants », persiste à expliquer la montée des intégrismes hindous en Inde par la mondialisation, tout comme elle expliquait naguère la montée du fascisme par le soutien des capitaux financiers.

Or, les intégristes se présentent en Inde comme des patriotes, des défenseurs de la nation, ce qui les place sur un registre commun avec la gauche. A cela s’ajoute la fabrication de tout un imaginaire focalisant sur un âge d’or révolu et ayant pour projet da création d’une culture uniforme, standardisée, non seulement en Inde, mais aussi en diaspora, et cela depuis 1960.

Les intégristes hindous ont, dans le but de récolter de l’argent, intensifié leurs efforts en direction de la diaspora (principalement en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada) depuis 1991, et ont utilisé pour cela les ONG, on se présentant comme faisant un travail de culture et d’éducation.

Toute une série de données dont il faut tenir compte pour comprendre les raisons du déclin de la force d’attraction exercée par les partis et plateformes laïques, alors que l’intégrisme est en pleine expansion, et ce dans tous les secteurs de la société.

 

Catherine Kintzler : « La laïcité ne fait pas partie de l’énumération qu’elle rend possible ».

Catherine Kintzler, philosophe de la laïcité (UFAL 75), a axé son exposé sur la théorie du 1 et du 0, affirmant d’emblée que si les anglo-saxons commencent par 1, les Français commencent par zéro. En effet, les anglo-saxons partent de ce qui est : des croyances, qui peuvent être fédérées, alors qu’en France, les croyances vont s’inscrire dans un Etat qui les rend possible, y compris celles qui n’existent pas encore. Toute la question étant dès lors : faut-il partir du 1 de la croyance – à l’instar de Locke, pour qui les incroyants n’étaient pas fiables, car ils ne pouvaient pas créer de lien – ?

Pour Catherine Kintzler, la réponse est clairement non : l’association politique commence avec elle-même, on commence donc par le 0 de la laïcité, conception minimaliste qui n’exige pas que l’on croie ni même que l’on ait des valeurs. La laïcité, en ce sens, ne fait pas partie de l’énumération qu’elle rend possible.

Opposant le principe de laïcité à celui de tolérance, Catherine Kintzler a rappelé que le principe de laïcité rend possible le principe de tolérance, mais une tolérance subordonnée au principe de laïcité, dès lors que celle-ci ne s’oppose aux religions ou communautés que quand lorsqu’elles prétendent faire la loi.

Partant de ces réflexions, Catherine Kintzler attire l’attention sur deux déformations de la laïcité. La première consiste à étendre la tolérance partout, et la seconde à éradiquer toute manifestation de ses convictions religieuses, dans un mouvement liberticide.

Principe de tolérance, principe de laïcité…. Pourquoi donc le second est-il préférable au premier ? Pour Catherine Kintzler, le principe de tolérance ne fonctionne plus du tout aujourd’hui, car il nécessite un consensus sur la liberté des individus de refuser de se soumettre à la communauté. Or, les intégrismes ne jouent pas ce jeu-là. Dès lors, la laïcité devient un outil de liberté à la disposition de tous, en n’accordant pas de statut politique aux communautés, donc en refusant qu’une quelconque communauté puisse être admise à faire sa loi.

 

Christian Terras : une nouvelle croisade au sein du Vatican.

Christian Terras , rédacteur en chef de la revue Golias, a axé son exposé sur la politique d’alliance actuellement menée par le Vatican vis-à-vis des intégristes. Le but de Benoît XVI, selon lui, est non seulement d’occulter les aspects novateurs de Vatican II, mais aussi et surtout de lancer une croisade contre le relativisme du monde moderne, la laïcité et la sécularisation.

Distinguant les intransigeants – qui refusent de transiger avec la modernité, le relativisme, le primat de la raison, l’indépendance du sujet – des intégristes – qui aspirent à ce que le catholicisme inspire tous les aspects de la vie des individus, semblables en cela à un mouvement théocratique – Christian Terras a cependant relevé que les frontières étaient désormais floues et poreuses entre les deux mouvements, les intransigeants étant devenus une courroie de transmission du mouvement initié par Jean-Paul II et poursuivi par Benoît XVI.

A suivre...

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 16:09

Je rentre d’un week-end à Paris, plus exactement à Saint-Denis, où j’étais invitée à intervenir lors des 2ièmes rencontres laïques internationales organisées par l’UFAL (Union des Familles Laïques).

Quel plaisir, tout au long de ces deux journées, de me sentir simplement laïque ! De rencontrer des gens venus de toute la France, mais aussi d’Algérie, de Pologne, d’Iran, du Bangladesh, pour témoigner de ce qui menace la laïcité en Inde, en Angleterre, au Sénégal et ailleurs !

 

Non pas qu’il n’y ait pas, à côté de ce mouvement laïque fondamentalement progressiste, démocrate et antiraciste, une frange que l’on puisse qualifier de « laïciste ». Non pas qu’en France, toute attaque contre les religions ou contre une religion particulière puisse se voir légitimer par un attachement viscéral à la laïcité, comme en témoignent les échanges parfois houleux entre les orateurs ou les organisateurs de ces rencontres et des membres de Riposte Laïque.

Simplement, le cadre du débat est clair. Nul besoin de revenir cent fois sur ce qu’est la laïcité, ce qu’elle permet, ce qu’elle promeut et ce qu’elle refuse. Nul débat oiseux sur une pseudo laïcité qui ne serait qu’un alibi néo-colonialiste et impérialiste. Nulle trituration intellectuelle des concepts pour leur faire dire tout et leur contraire. Nulle naïveté et nulle hésitation face aux arguments des relativistes culturels qui, sous couvert de droit à la différence, tendent à instaurer un deux poids deux mesures préjudiciable en premier lieu aux défenseurs de la liberté.

 

Des débats, pourtant, il y en eut. Notamment entre Caroline Fourest et Moulay Chentouf, un militant laïque algérien qui lui reprochait de prôner la participation à Durban II, au motif qu’on ne s’asseyait pas à la même table que les intégristes éradicateurs. Cet homme savait de quoi il parlait, à l’évidence.

Oui, quel plaisir d’entendre cet homme, mais aussi Marieme Helie-Lucas (fondatrice du WLUML : Women living under muslim lows - http://wluml.org/french/), Harsk Kapoor (South Asian Citizen’s Web - http://www.sacw.net/) , Aouicha Bekhti (Mouvement Démocratique Social et Laïque algérien), Azar Majedi (Organisation for Women’s Liberation), Maryam Namazie (Campagne contre la Sharia en Angleterre), Taslima Nasreen ou Fatou Sow (WLUML), défendre une conception de laïcité à la fois profondément humaniste, progressiste et sans concession.

 

Qu’on ne me dise plus jamais que la laïcité est une « exception française ». Ces rencontres ont démontré, si besoin était, que partout dans le monde, quelles que soient leurs origines et leurs convictions, il existe des gens qui, comme le disait Moulay Chentouf aux organisateurs dans son exposé, sont « aussi laïques que vous ».

Des gens qui, à l’instar de Marieme Helie-Lucas, voient avec inquiétude la montée des intégrismes et l’angélisme d’une grande partie de la gauche et des associations de défense des droits humains face à ce qui, sous couvert de religion, est en réalité rien moins que du fascisme.

Des gens qui, comme Maryam Namazie, rappellent avec force qu’octroyer aux religions un pouvoir politique, c’est contribuer au retour d’un système médiéval, inhumain et misogyne, et qui dénoncent le fait que certains pays occidentaux s’accommodent de cette régression, par exemple en laissant s’instaurer des tribunaux de la charia ou en légalisant de fait la polygamie, sans voir que c’est bien cette attitude qui est raciste, et non le fait de revendiquer des droits et devoirs égaux pour tous.

Des gens qui, comme Fatou Saw, dénoncent la collusion entre l’Etat et les intégristes – les uns et les autres se renforçant mutuellement – pour contrôler les luttes des femmes.

Des gens qui, comme Taslima Nasreen, témoignent, presque dans leur chair, de la difficulté de vivre sous la menace constante des fondamentalistes, en n’étant réellement soutenue que par les laïques, les autres ne la soutenant que lorsqu’elle critique l’islam.

Des femmes qui, comme Ouiacha Bekhti, refusent avec force d’être régies par des lois religieuses qui datent d’il y a quinze siècles et ont pour fonction de minoriser les femmes, et qui nous exhortent à ne surtout rien céder sur la laïcité.

 

Des gens aussi qui, comme Gérard Kerforn, du MRAP des Landes, ont clairement rappelé la distinction entre laïcité et racisme, prenant clairement ses distances à la fois avec certains écrits de Riposte Laïque et la dérive communautariste du MRAP.

 

Oui, comme l’a dit Caroline Fourest, les laïques ne sont pas des intégristes. La meilleure preuve en est qu’avec nous, laïques, il y a de la place pour eux. Tandis qu’avec eux, il n’y a aucune place pour nous.

 

Je reviendrai certainement plus en détails sur ces rencontres dans les prochains jours. Aujourd’hui, plus que jamais, je me sens simplement laïque.

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
Ecrire un commentaire - Voir les 17 commentaires
Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /Mars /2009 19:53

A l’heure où j’écris ces lignes, Dieudonné se prépare à entrer en scène pour une conférence-spectacle sur le thème de la liberté d’expression. Une soirée dont on peu craindre le pire – à moins que ce ne soit le meilleur ?

 

Dans un premier temps, le bourgmestre de Saint-Josse, commune où se situe le centre Marignan où Dieudonné donnera finalement son spectacle, avait interdit ce dernier. Pour des raisons assez curieuses d’ailleurs, puisqu’il invoquait le maintien de l’ordre public, lequel risquerait d’être menacé par la présence de l’ « humoriste » dans une commune qui abrite à la fois le siège du Vlaams Belang et pas moins de 153 nationalités différentes.

Le Conseil d’Etat, saisi dans un recours en extrême urgence, a quant à lui décidé qu’il n’y avait pas lieu d’interdire le spectacle de Dieudonné.

 

Pourtant, les précédents coups d’éclat de Dieudonné ne laissent désormais aucun doute sur les idées du personnage. Si ses plaisanteries un peu « limite » ont pu longtemps bénéficier du doute, depuis le salut hitlérien exécuté chez Fogiel par un Dieudonné déguisé en Juif orthodoxe, puis sa remise d’un « prix de l'infréquentabilité et de l'insolence » au négationniste Faurisson sur scène – par un technicien de son équipe déguisée en déporté juif – le doute n’est plus permis : Dieudonné a décidément glissé de la critique légitime de l’Etat hébreu à l’antisémitisme le plus odieux. Sans doute est-ce là un de ses points communs avec son ami Le Pen, qu’il n’avait pas hésité, impact médiatique oblige, à présenter comme le parrain de sa fille. Un énorme canular qui laisse néanmoins des traces, dès lors que Le Pen s’est volontiers prêté à cette mascarade, ce qui en dit long sur les liens qui unissent les deux hommes.

 

Dieudonné se produira donc, nonobstant son lourd passé – y compris judiciaire, puisqu’il a déjà été condamné en 2007 à 7.000 euros d'amende pour diffamation publique à caractère racial, une sanction qui fut confirmée en appel en 2008.

Une décision qui, si elle ne peut qu’interpeler tous ceux que le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie ne laissent pas indifférents, permettra peut-être de « coincer » Dieudonné pour infraction aux lois belges en la matière. Oserais-je dire que je l’espère ?

Par Nadia Geerts - Publié dans : Antifascisme - antiracisme
Ecrire un commentaire - Voir les 22 commentaires

Accueil

Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

Mes bouquins

fichuvoile-f6f88

 

 

 

Recherche

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés