Le sabotage comme projet politique

Publié le par Nadia Geerts

mai07-039.jpgPhilippe Val eut fort à faire hier pour tenter de faire comprendre à une bande d'agitateurs braillards ce qu'était "être un homme des lumières aujourd'hui". Un défi qui, manifestement, ne fait en rien partie du projet personnel de ces individus dont le seul but était de saboter la conférence de Philippe Val, à l'instar de celle de Caroline Fourest (http://nadiageerts.over-blog.com/article-6011718.html).

Noël Godin en personne était venu "rehausser" la soirée de sa présence glapissante, dans le but évident d'empêcher toute prise de parole par l'orateur. Son acolyte, entarteuse malheureuse de Caroline Fourest, tint mai07-021.jpgelle aussi à donner des leçons de libre examen à Philippe Val, en clamant notamment "Je suis spinoziste et je vous interdit de citer Spinoza". Diable ! ça a quelque chose de réconfortant de voir que l'on puisse encore s'étriper pour des lectures différentes d'un philosophe du dix-septième siècle ...

Passons sur l'indigence des propos des saboteurs, qui beuglent "ethnocentrisme" lorsqu'on cite la Grèce antique, raillent le progrès que constitue l'alphabétisation au motif que lire et écrire permet d'aller voter,  croient avoir enfoncé un clou quand ils crient bien haut que la modernité a permis Hitler, et traitent Val de sarkozyste, ce qui démontre en tout cas qu'ils n'ont pas lu une ligne de Charlie Hebdo.

Ce qui me frappe quant à moi, c'est la mise en parallèle entre l'attitude de ces agitateurs et certains propos tenus lors de la conférence inaugurale du collectif des "100 valeurs", le 26 avril dernier, sur le thème "Le Repli Majoritaire ?". Il est  vraiment dommage qu'Andrea Réa n'ait pas été présent pour écouter Philippe Val, lui qui observait ce soir-là qu'aujourd'hui, le groupe majoritaire adopte une position victimaire qui le conduit à faire preuve d'une certaine agressivité lors des débats.

Soyons sérieux deux minutes. Qui, en effet, fait preuve d'agressivité ? Qui se sert, de manière de plus en plus évidente, d'une soi-disant censure dont Tariq Ramadan aurait été la victime, pour légitimer des comportements d'une agressivité inouïe ? Face aux propositions de débat, qu'elles émanent de Caroline Fourest ou de Philippe Val, ces agitateurs refusent la perche qui leur est tendue, montrant par là qu'ils n'ont que faire du véritable dialogue, qu'ils ne sont pas venus pour confronter des idées, mais pour empêcher que celles des autres s'expriment.

mai07-025.jpgIl est trop facile d'accuser le "système" d'être pourri pour s'autoriser n'importe quoi. Trop facile de se poser en perpétuelles victimes. Cette mouvance anarcho-gauchiste qui croit avoir tout compris en analysant tout événement en termes de rapports de force ferait bien de s'instruire un peu. Aujourd'hui, Mohsin Mouedden peut déverser sa haine des "laïcistes" et accuser Montesquieu et Voltaire d'avoir préparé Hitler (http://nadiageerts.over-blog.com/article-6108233.html) sans subir le moindre début de contestation dans le public. Aujourd'hui, Tariq Ramadan est écouté avec respect par des hommes et des femmes qui, tout en ne partageant pas toujours ses convictions, acceptent qu'il puisse s'exprimer sans être interrompu, vilipendé et entarté.

Hier soir, vous avez échoué à vous faire passer pour les innocentes victimes d'un complot orchestré par le système atlantisto-sarkozo-sionnisto-laïco-maçonnique. Vous avez pu à loisir déverser votre fiel sans que nul service d'ordre ne vous jette dehors, comme vous le méritiez pourtant amplement. Vous vous êtes surtout montrés incapables de supporter un véritable débat, celui qui exige l'écoute de l'autre, puis la critique des idées émises. Et vous ne ferez croire à personne qu'hier, dans cette salle qui a eu à subir la tyranie des quelques excités que vous êtes, les victimes, c'était vous.

N'empêche: la question inaugurale de Philippe Val me trotte encore ce matin dans la tête: Comment une certaine gauche libertaire peut-elle, au nom de "Ni dieu ni maître", défendre Allah et Mahomet, qui ne sont autres qu'un dieu et un maître ?

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