Ecoles confessionnelles et subsides publics

Publié le par Nadia Geerts

Il y a quelques semaines, je tombais tout à fait par hasard sur le Forum de l'association Al Ma'rifa, lequel lançait un "appel à la Oumma" concernant une grande fête qui devrait avoir lieu le 17 mai prochain dans le but de soutenir un projet d'école secondaire musulmane.

L'information est effectivement relayée et complétée dans un article paru sur le site de Khalil Zeguendi. En substance, il s'agit de créer prochainement une école secondaire musulmane pour jeunes filles à Bruxelles, une école qui fonctionnerait dans un premier temps grâce au financement de la communauté musulmane de Belgique, ensuite grâce à un subventionnement public.

Et c'est évidemment là que je veux en venir. L'enseignement est libre en Belgique, et je ne vois dès lors pas au nom de quoi on interdirait à qui que ce soit d'ouvrir une école. Par contre, je m'obstine à ne pas comprendre ce qui justifie - j'entends philosophiquement, bien sûr, et pas historiquement ou politiquement ! - que l'Etat, ou en l'occurence aujourd'hui les Communautés, finance un enseignement autre que celui qu'il organise et met à la disposition de tous.

J'entends bien, évidemment, que cette école musulmane se veut une réponse à l'interdiction de plus en plus fréquente du port du voile - et de tout autre signe d'appartenance religieuse, philosophique ou politique - à l'école. Et si je ne peux qu'être inquiète de ce que certains parents paraissent prêts à donner 500 euros par mois pour que leur fille soit à la fois voilée et soustraite à la présence de garçons, je reconnais qu'il y va en effet de la liberté d'enseignement de ne pas entraver la création de telles écoles.

Mais l'Etat doit-il vraiment prendre en charge les frais de fonctionnement d'écoles créées dans le but de répondre à des impératifs religieux ? Est-ce encore le problème de l'Etat si certains estiment que le loden vert, les socquettes blanche et/ou la jupe plissée  bleu marine, mais surtout la progression "dans la connaissance de Jésus Christ, Lumière des Nations" (Mission de l'école chrétienne, 1995) sont des éléments indispensables à la formation de leurs enfants ? Ne peut-on sérieusement défendre l'idée que l'école officielle étant ouverte à tous les enfants, le choix de ne pas y inscrire ses enfants est un choix strictement individuel qui ne devrait engager que les parents qui le font ?

Quoi qu'en disent certains grincheux, l'école officielle est en effet ouverte à tous. Le respect du règlement d'ordre intérieur interdit certes certaines tenues vestimentaires et prescrit de plus en plus souvent une certaine discrétion dans l'affichage de ses convictions philosophiques, politiques ou religieuses, mais rien de tout cela n'est encore comparable à une école confessionnelle qui exigerait un certificat de baptême, la participation à une retraite ou à des messes, la fréquentation du cours de religion, etc.

L'enseignement officiel ne se donne nullement pour objectif de promouvoir l'athéisme. Au contraire des écoles confessionnelles qui visent à regrouper entre eux des membres d'une même chapelle, l'enseignement officiel ne transmet nul dogme, mais vise uniquement à l'émancipation par l'instruction. Noble projet, n'est-il pas ?

Publié dans Laïcité - religions