Ordre moral: le retour

Publié le par Nadia Geerts

Le numéro 539 du journal de la gauche républicaine ResPublica, daté du 22 mai dernier, mentionne l'initiative qu'a prise un député polonais de déposer une proposition de loi pénale pour "empêcher que les femmes, par leur habillement, se livrent à la séduction sexuelle". Et il ne s'agit visiblement pas d'une manière pudique de désigner la lutte contre la prostitution, mais bien d'éviter que des femmes se promènent en rue trop court vêtues, affolant le mâle lubrique qui sommeille en tout homme, comme chacun sait.
Les Polonaises auront-elles bientôt, comme les Iraniennes, à supporter que des policiers zélés contrôlent l'adéquation de leur tenue avec les prescrits religieux ? Et quand un député pensera-il enfin à préserver les femmes lubriques de la tentation permanente que constituent ces mâles bodybuildés exhibant en toute impudeur une virilité exacerbée ? 
Mais non, j'oubliais: c'est par nature que l'homme est concupiscent et la femme chaste et réservée, et ce pour les siècles et les siècles, amen.

Plus près de chez nous, en France (1), Nicolas Sarkozy vient de nommer au ministère du Logement et de la Ville une certaine Christine Boutin. Heureusement, ce n'est pas de la santé que Madame Boutin a écopé, puisqu'entre autres titres de gloire, cette dame fut marraine de l'association "La Trève de Dieu", qui organisait des commandos anti-avortement. Depuis 1995, l'auteur de "L'embryon citoyen" (2001) est aussi Consulteur auprès du Conseil pontifical pour la famille. Et elle était aux côtés d'Hani Ramadan au congrès de l'UOIF, en mai 2006, pour dénoncer la laïcité.

Libre à chacun d'avoir des convictions et de les défendre, bien sûr.
Mais pas plus qu'il ne serait légitime d'imposer le port de la minijupe ou l'avortement à toutes au nom d'un quelconque athéisme d'Etat, il n'est légitime de l'interdire au nom de préceptes religieux. Cette reconnaissance par tous que ses convictions philosophiques sont éminement privées et ne sauraient obliger la société entière, c'est très exactement la laïcité. Et c'est en quoi elle nous concerne tous.
Parce que c'est la seule garantie que ne prévale pas la loi de celui qui crie le plus fort le nom de dieu. 


(1) Voir le communiqué de l'UFAL (Union des Familles Laïques)

Publié dans Laïcité - religions