Vivre avec Jésus et les fonds publics ?

Publié le par Nadia Geerts

« L’essor d’établissements confessionnels évangéliques devrait inquiéter l’Etat. Ce sont des écoles-ghettos, créées dans un esprit de repli identitaire. Il est temps de s’interroger sur les limites du système belge qui permet la création et la subsidiation de telles écoles ».

Propos d’un « laïco-athée » tout pétri d’arrogance ? Non. Ce sont là les propos d’un inspecteur des cours de religion protestante, réagissant dans Le Soir de ce jour à l’annonce de la création, à Monceau, de la première école secondaire protestante. Une école qui se veut le prolongement d’une des trois écoles fondamentales protestantes, celle de l’Alliance.

L’école fondamentale de l’Alliance, née en 1996, comptait alors 80 élèves, ce qui suffisait à ce qu’elle obtienne des subsides de la Communauté française. À en croire le site http://www.protestanet.be, les parents sont très contents du cheminement spirituel de leurs enfants : ils constatent « Une plus grande soif et une plus grande joie de vivre avec Jésus »

Rien d’étonnant à cela, dès lors que l’école de l’Alliance considère « l’École comme un lieu où les enfants doivent affermir et leurs connaissances et leur foi. Nous croyons que « la crainte de l’Éternel est le commencement de la science », (Prov. 1:7) et qu’il n’y a donc pas de véritable étude de la création sans connaissance du Créateur. »

 

Passons – mais pas trop vite – sur les accents inquiétant de cette manière d’articuler science et religion. Car enfin en quoi la connaissance du Créateur pourrait-elle favoriser l’étude de la création (disons plutôt de la nature) ? Dès lors qu’on apprend à connaître le Créateur dans le texte sacré, ne peut-on même supposer qu’il y ait opposition entre ce que dit celui-ci et les découvertes scientifiques ? Et que faire de la « crainte de l’Eternel » lorsqu’il s’agit de partir en quête de connaissances ? Une quête curieuse n’a-elle pas plus de chances d’être couronnée de succès que la quête peureuse à laquelle nous convient ces évangéliques ?

 

De manière plus générale, le hic, à mon sens, est double :

D’abord, est-ce bien le rôle de l’école que de préparer à vivre « avec Jésus » ? N’est-ce point plutôt à vivre dans ce monde que l’école devrait préparer nos enfants, étant entendu qu’avant la glorieuse éternité d’un hypothétique au-delà, il y a quand même quelques décennies à passer sur Terre, non pas entre protestants évangéliques pieusement regroupés autour du Seigneur, mais avec quantité de gens bien moins fréquentables ? Bon, je dis ça, je dis rien…

Ensuite et surtout, est-ce bien le rôle des pouvoirs publics de subsidier de telles écoles ? Pour l’inspecteur de religion protestante interviewé par Le Soir, la réponse est claire :

« Ces projets scolaires sont en porte-à-faux avec le décret de 1997 qui confie aux écoles fondamentales la mission de « préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, pluraliste et ouverte aux autres cultures ».

Ben oui, parce ­– là encore, je dis ça, je dis rien –, le meilleur moyen de préparer les jeunes à vivre dans une société pluraliste, n’est-ce pas de les éduquer dans un milieu pluraliste ? Et qu’a-t-on inventé de mieux, jusqu’ici, dans le genre école pluraliste, que l’école officielle ?

Notons que les protestants réformés se disent quant à eux très réservés par rapport à la création de ces écoles confessionnelles.

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