Culture contre intégrisme : le heurt des sensibilités

Publié le par Nadia Geerts

Je n’ai jamais particulièrement goûté l’anoblissement, que je considère comme une pratique archaïque qui s’apparente trop souvent à un remerciement pour services rendus qui fait de l’anobli un éternel obligé.

L’Iran et l’Afghanistan, eux non plus, ne semblent guère priser l’anoblissement. Mais dans leur cas, ce n’est pas l’institution qu’ils vitupèrent, mais l’un de ses récents bénéficiaires : j’ai nommé Salman Rushdie.
Visiblement très en colère, l’Iran a estimé que l’anoblissement de l’écrivain, « l’une des personnes les plus haïes parmi les sociétés islamiques », était « une preuve évidente d’islamophobie ». Quant à l’assemblée nationale pakistanaise, elle exige rien moins que le retrait du titre de noblesse, car « de tels actes […] heurtent la sensibilité des musulmans ». Le ministre pakistanais des Affaires religieuses a fait très fort lui aussi, en donnant par avance raison à « celui qui ferait exploser une bombe » (sur le corps de Salman Rushdie), à tout le moins tant que le gouvernement britannique n’aura pas présenté ses excuses et retiré à l’écrivain son titre de Sir.
 
Moi, ce qui commence à tout doucement heurter ma sensibilité, ce sont ces intolérants de tout poil qui prétendent soumettre les arts, les sciences, les lettres, la culture, bref tout ce qui fait la richesse de l’humanité à leur vision étroite et éradicatrice de la religion. Ce qui heurte ma sensibilité, c’est cette manie de traiter d’islamophobe toute personne qui a l’outrecuidance de refuser les diktats d’une minorité d’excités, qui refuse de museler sa pensée, de brider son humour, de faire taire son esprit critique, pour ne pas froisser de sinistres individus qui, s’ils se sentent froissés, menacent de faire exploser des bombes.
 
Il y a quelques jours, j’ai reçu une lettre du père d’un de mes anciens élèves. Cette lettre se voulait une réaction à ma carte Blanche « Voile, racisme diffus ». Il me semble qu’elle est une admirable réponse à ces intégristes qui confisquent la religion à des fins politiques, et à ceux qui, naïfs ou aveugles, continuent de les soutenir au nom de la lutte contre l’islamophobie, de la solidarité avec les opprimés ou du relativisme culturel.
 
Non, Madame Geerts Nadia, VOUS N'ETES PAS RACISTE !
Ou alors, nous sommes beaucoup de Belges d'origines arabe à l'être !
En effet, nous aussi, la majorité, sommes pour un état laïc où la liberté individuelle est
protégée par les lois de l'Etat.
Je suis aussi « raciste » si je suis contre l'oppression des femmes en Iran, je suis aussi  « raciste » si je suis contre la lapidation, et les châtiments corporels.
J'ai grandi dans un pays libre, j'ai fait des études dans des écoles où il faisait bon vivre et bon apprendre.
Mes parents musulmans et pratiquants n'ont jamais mis en opposition l'école et la spiritualité.
Mes sœurs n'ont jamais été traitées de putes parce qu'elles ne portaient pas le foulard.
J'ai deux filles à l'université, qui ont plus de soucis avec leur période de bloc et le contenu des cours que les manipulations médiatiques pour un emblème, ou un drapeau séparatiste.
Madame Geerts, vous êtes une conscience vivante de la lutte pour la liberté de l'Homme en  général et de la Femme en particulier.
Ces jeunes filles devraient vous ériger une statue.
Mais peut-être qu'un jour elles comprendront quand on leur dira aussi que, nager, faire de la gymnastique, conduire une voiture, n'est pas bien pour une « bonne musulmane ».
Et si elles pouvaient lire et se cultiver, elles comprendront alors qui était AVICENNES !
Pour elles, merci Madame Geerts Nadia.
 
Kader Datoussaid
 

Publié dans Laïcité - religions