Les oiseaux rose et blanc…

Publié le par Nadia Geerts

Je suis loin d’être une fan d’Yves Leterme. Mais tout de même, le concert de protestations francophones indignées qui suit chacune de ses déclarations-provocations me laisse songeuse. Car enfin, sommes-nous tellement cohérents, nous les francophones, face à des Flamands qui revendiquent plus d’autonomie pour la Flandre, voire son indépendance ? Nous nous étranglons d’indignation, poussons des cris d’orfraie, protestons de la solidarité nationale à préserver et de l’unité du pays à maintenir, fustigeons l’égoïsme et le nationalisme d’une Flandre qui a oublié qu’il fut un temps où les transferts d’argent se faisaient du Sud vers le Nord, et après ?

Régulièrement, la presse francophone publie des lettres de lecteurs qui ne comprennent pas pourquoi on leur impose l’apprentissage du néerlandais. Pour ceux-là, il serait bien plus intéressant d’apprendre l’anglais, ou l’espagnol, ou le chinois, bref n’importe quelle langue à vocation internationale que le néerlandais, qu’ils s’accordent d’ailleurs généralement à trouver « moche ».
À l’école, c’est pareil. Il faut chercher pour trouver un élève de l’enseignement secondaire qui aime le néerlandais, et plus encore pour en trouver un qui ose le dire. Alors que beaucoup attendent impatiemment leurs premiers cours d’anglais (ceux qui leur permettront de comprendre que les textes de la plupart des chansons qu’ils écoutent sont pitoyablement débiles), ils subissent trop souvent les cours de néerlandais comme un pensum, une langue qu’il faut apprendre, certes, mais à laquelle ils ne trouvent aucun charme. Quant à la culture flamande, les jeunes semblent souvent en avoir à peu près la même vision que ce monsieur qui m’affirma un jour sans rire que si un Flamand, apprenant le français, s’enrichissait, un francophone en revanche ne s’enrichirait nullement de l’apprentissage du néerlandais…
Comment, dans ces conditions, un Flamand pourrait-il sans rire nous entendre défendre l’unité du pays ? N’est-il pas cocasse que ce soient justement ceux qui s’accrochent le plus aux lambeaux de cette fameuse Belgique « de papa » qui maîtrisent le moins, et surtout le moins volontiers, la langue et la culture de l’autre ?
Le monsieur dont je parlais tout à l’heure avait au moins le mérite de la cohérence, puisqu’il préconisait le rattachement de la Wallonie à la France. On peut certes regretter que cette idée, en soi défendable, s’accompagne d’un tel mépris pour la culture flamande, mais soit.
Ne serait-il pas grand temps que nous, francophones, extirpions de nos esprits cette arrogance qui pousse certains d’entre nous à considérer « Flamand » comme une insulte ? Qu’ensuite ou conjointement, nous passions d’un attachement sentimental et défensif à la Belgique à une réflexion proactive sur ce que nous voulons vraiment, et ce que nous sommes prêts à faire pour cela ?
Vivre ensemble, cela exige de connaître et de respecter l’autre. Sommes-nous prêts à le faire ? Et sinon, au nom de quoi pourrions-nous exiger des Flamands qu’ils poursuivent avec nous l’aventure ? Et surtout, pourquoi tenons-nous tellement à rester unis ?
Aujourd’hui encore, trop souvent, « si on ose aux jeunes femmes un chant flamand, elles s’envolent en rêvant aux oiseaux rose et blanc » (Brel, Les F…). Et je ne parle pas du Vlaamse Leeuw…

Publié dans Société