De la pudeur

Publié le par Nadia Geerts

"Pudeur: Attitude de celui qui cache ou tait des choses tenues pour honteuses ou trop intimes, principalement dans le domaine de la sexualité.

Attitude de celui qui cache ou tait des choses qui sont plutôt à son avantage, mais qu’il pourrait y avoir de la vanité à montrer »
( Dictionnaire de la langue philosophique, Paul Foulquié)
 
Est impudique, pourrait-on dire au regard de ces deux définitions, non seulement celui ou celle qui montre une partie intime de son corps, un des appâts de celui-ci, mais encore, par extension, celui ou celle qui fait étalage de sa richesse ou de ses sentiments, par exemple.
La pudeur, au fond, serait assimilable à une certaine réserve, qui répugne à afficher ostensiblement ses formes, sa feuille de salaire ou sa tristesse.
 
Je réfléchissais à tout cela l’autre jour, en observant à la dérobée une très vieille femme qui venait de monter dans le bus où je me trouvais. Courbée par le poids des ans, peinant à marcher, et… voilée de pied en cap d’un tissu noir qui ne laissait passer que ses yeux, et encore, puisque ceux-ci étaient cachés sous d’épais verres de myope. Une paire de gants noirs complétait la panoplie.
Et je me demandais, autant fascinée qu’interloquée par l’accoutrement de la vieille dame, si celui-ci était le reflet d’une volonté de cacher ou de montrer, ou peut-être les deux, à la manière de cette femme, chantée par Jane Birkin, qui mettait des verres fumés « pour montrer tout ce que je veux cacher ».
On ne peut évidemment pas exclure que, toute cacochyme qu’elle fût, cette dame ait considéré son corps entier comme appartenant au domaine de l’intime, voire de la sexualité, et que pour cette raison elle ne puisse se résoudre à en faire étalage si peu que ce soit, en exhibant une main ou un menton.
Mais en même temps, cette femme attirait les regards, et pas seulement le mien : sans doute nulle femme, ni d’ailleurs nul homme parmi les passagers du bus, n’attirait même autant les regards que cette vieille décrépite qui semblait vouloir tellement s’en préserver !
Paradoxe du voile…
À quoi j’ajouterais qu’à sa volonté manifeste de dissimuler s’ajoutait de toute évidence une volonté d’afficher : afficher sa foi, sa fidélité à ce qu’elle pense être ses obligations de bonne musulmane. Et pour sûr, nul dans ce bus ne pouvait ignorer avoir affaire à une vieille musulmane très pieuse.
 
Alors, la question que je me pose est celle-ci : quid de la pudeur, dans tout ça ? N’y a-t-il pas quelque ambiguïté à afficher ostensiblement son refus d’être vue ? N’est-ce pas paradoxal qu’au nom de la pudeur, on expose à ce point ses convictions religieuses ?
 

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