Petit traité du string

Publié le par Nadia Geerts

Difficile de parler du voile islamique sans qu’un intervenant outré ne brandisse, si j’ose dire, le string en guise de répartie cinglante. Cela m’amuse toujours beaucoup de voir que visiblement, certains énergumènes parmi mes contemporains ont du mal à imaginer la femme, cette éternelle tentatrice, autrement que chastement voilée ou arrogamment stringée. Voile ou string, il faut choisir, semblent nous dire ces contempteurs de la femme-objet, qui voient dans le voile la saine réaction de femmes qui refusent de voir leur corps transformé en objets de consommation.

Je n’épiloguerai pas sur le fait qu’à mon humble avis, la vente de burkas, tchadors et autres voiles, qu’ils soient chatoyants ou déprimants, constitue un créneau économique à part entière, à l’instar de celui que constitue tout le secteur de la mode. Rien à faire : dès qu’on renonce à user ses vêtements jusqu’à ce qu’ils soient usés jusqu’à la corde, dès qu’il entre dans leur choix autre chose que des critères exclusivement pratiques (résistance à l’usure, confort, adaptation au climat,…), on fait tourner la machine. Et les révoltés qui crient leur haine de la société de consommation en arborant le tee-shirt ad hoc sont doublement pigeons, puisqu’ils engraissent un système qu’ils abhorrent. Bref, tout fait farine au moulin du capitalisme, même le voile.

 

Qu’on cède aux charmes du string ou du voile, nous sommes donc de toute manière les victimes, plus ou moins consentantes, de têtes pensantes qui échafaudent patiemment, saison après saison, de nouveaux modèles dont l’unique raison d’être est de détrôner irrémédiablement le précédent. Et qu’on ne vienne pas me dire que les femmes voilées sont à l’abri de ce genre de souci : il n’est qu’à voir le soin que beaucoup mettent à assortir leur voile à leur tenue pour comprendre qu’elles ont probablement autant de voiles dans leurs tiroirs que d’autres possèdent de strings. Sans oublier que certaines combinent probablement les deux : voile dessus, string dessous, ni vu ni connu. Peut-être est-ce d’ailleurs ce qui fait dire à certains que le voile peut être un instrument d’émancipation…

 

Quoi qu’il en soit, et sans vouloir me lancer dans des considérations hautement philosophiques sur le string, il me semble qu’il y a tout de même une différence essentielle entre un voile et un string, outre naturellement la quantité de tissu nécessaire à le confectionner.

C’est que le string, à l’exception de quelques lolitas que leurs hormones affolent, ne s’exhibe pas. Qu’il soit symbolique d’une certaine émancipation sexuelle, je le veux bien – encore qu’on puisse porter un string et vouer sa vie entière aux tâches ménagères pendant que monsieur rote consciencieusement sa bière, c’est entendu –, dans la mesure où il dénote un intérêt décomplexé pour des parties du corps que les braves religieuses imposaient de laver sans regarder (ah… les charmes de la robe de bure !).

Mais quoi qu’il en soit, repérer une femme portant le string sera toujours tâche plus ardue que repérer une femme portant le voile, n’en déplaise aux voyeurs.

Alors, cessons d’opposer, comme les deux faces d’une même médaille, celle qui exhibe sa vertu (réelle ou supposée) et celle qui porte, caché sous ses vêtements, le stigmate de son émancipation (réelle ou supposée).

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