Chronique de rentrée

Publié le par Nadia Geerts

6 septembre 2007. Un petit groupe de joyeux rhétoriciens frais émoulus décident de fêter leur réussite par une sortie en boîte. Ils jettent leur dévolu sur LA boîte de nuit branchée de la capitale, située dans le haut de la ville. Deux d’entre eux, cependant, ne passeront jamais la luxueuse porte d’entrée vitrée, ni n’emprunteront les escaliers de marbre. Ce sont pourtant des garçons bien élevés, élégants, sympas et pas voyous pour un sou. Mais ils sont un peu trop manifestement « d’origine difficile », comme dit mon ami Sam (Touzani). Ma petite enquête confirme qu’en effet, dans ce lieu très sélect, la sélection s’effectue au faciès. Les sorteurs semblent avoir intégré l’équation Maghrébins ou noirs = fauteurs de troubles potentiels. Un critère de tri très commode, évidemment, même si les fauteurs de troubles peuvent – le monde est mal fait ! – tout aussi bien être des Belges « pure souche ».

Qu’attend notre belle jeunesse pour changer d’endroit ? La véritable question est peut-être celle-ci : que pèsent les incantations antiracistes face à la vanité née du sentiment de faire partie du petit club très fermé de ceux qui, face aux sorteurs – noirs, quelle ironie ! – ont pu montrer « patte blanche » ?

Une chose est sûre cependant : ces jeunes « d’origine difficile », « on ne leur refusera jamais l’entrée dans une mosquée ! (...) Lutter contre l’extrémisme religieux, c’est aussi aider à l’intégration des jeunes par le sport, la culture et les loisirs…». Et ce n’est pas moi qui le dis : c’est le père d’un des deux adolescents refoulés, dans une carte blanche adressée au Soir et hélas jamais publiée.

Cherchez l’erreur.

 

15 septembre 2007. Le grand marché des cours philosophiques ferme ses portes, après que, pendant une dizaine de jours, les élèves de l’enseignement secondaire ont pu étudier les mérites comparés des divers professeurs susceptibles de leur donner cours cette année. Comme chaque année, on trouvait pêle-mêle : l’incompétent notoire, l’absent chronique, l’exigent mais sympa (à moins que ce ne soit le contraire), le fana de vidéos, le velléitaire dépressif, le philosophe abstrus, l’adepte des petites fêtes impromptues, et j’en passe. Sans compter que le cumul n’est pas interdit : on peut être incompétent-absent, philosophe-vidéaste ou dépressif-festif…

Les élèves ont donc fait leur marché, et on a vu, comme chaque année, de stupéfiantes transhumances motivées par d’improbables conversions. Et comme on les comprend…

Entre les syndicats qui ont fait de la défense inconditionnelle de l’emploi leur unique credo et les chefs d’établissement qui ne voient dans ces cours dits philosophiques qu’une source inépuisable de problèmes, personne ne semble décidé à trancher. Pourtant, de deux choses l’une : soit on reconnaît à ces cours une certaine valeur pédagogique et on les traite en conséquence – profs, élèves, parents, directions, pouvoirs organisateurs – avec le sérieux qui leur est dû, soit on estime qu’ils ne sont d’aucun intérêt, et on les supprime.

Belgique, terre d’immobilisme…

 

21 septembre 2007. Demain, dimanche sans voiture. La cycliste quotidienne que je suis se réjouit de pouvoir investir les rues de Bruxelles aux côtés de nombreux autres adeptes, fût-ce d’un jour, de la mobilité douce. Un plaisir un peu gâté cependant par le fait que dès lundi, la voiture reprendra ses droits, sans que probablement nul n’ait fondamentalement modifié ses habitudes de déplacement. Lundi, fini la fête, on reprend la bagnole. Et je ne parle même pas ici des automobilistes les plus atteints, pour qui la fête reprendra lundi matin après cette insupportable atteinte à leur liberté de bouchonner.

Lundi, fini la fête, et rien n’aura changé. Les nids de poule menaceront toujours autant le cycliste, les automobilistes s’arrêteront toujours aussi souvent sur l’espace réservé aux vélos, et la RTBF recommencera à faire la promotion du Ravel, ce gadget touristique qui n’a de toute évidence pas pour but d’encourager les déplacements quotidiens à vélo. Vous ne me croyez pas ? Faites le test, par exemple en empruntant l’improbable Ravel censé relier Liège et Andenne. Autre expérience édifiante : longer l’Escaut entre Tournai et Anvers. Le passage de frontière linguistique marque de toute évidence un changement de mentalité. Et dans ce domaine, nous avons beaucoup à apprendre de la Flandre, qui elle-même pourrait lorgner avec profit sur les Pays-Bas. Pour que la mobilité douce s’impose non comme un loisir du dimanche – voire du dimanche sans voiture – mais comme un mode de déplacement à part entière.

Allez, chiche : lundi, vous enfourchez votre vélo pour aller travailler (1) ?! A moins que vous ne préfériez emprunter les transports en commun, chausser vos rollers ou, tout simplement , aller à pied ? En ville, une voiture fait une moyenne de 11 km à l’heure. De toute évidence moins qu’un cycliste. Pensez-y.

 

(1) Voir http://www.gracq.org/autravail/index.html ou http://www.gracq.org/biblio/2005VeloPDE_AveloAuboulot.pdf

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