Malaise

Publié le par Nadia Geerts

J’ai lu avec perplexité, ces dernières semaines, les articles que Riposte Laïque consacrait à l’affaire Fanny Truchelut.

Fanny Truchelut tient un gîte dans les Vosges. En août 2006, elle reçoit un coup de fil de Horia Demiati, qui réserve quatre nuitées. À l’arrivée de la famille, il s’avère que deux femmes portent le voile. Fanny Truchelut leur demande alors de retirer leur voile dans les parties communes du gîte. Les femmes refusent catégoriquement et Horia Demiati porte plainte.

Le procès de Fanny Truchelut commençait le 2 octobre, et le verdict sera rendu ce mardi 9 octobre à 14h.

En lisant les chroniques de Riposte Laïque consacrées à ce procès et aux événements qui l’ont précédé, je ne pouvais me défaire d’un sentiment de malaise : quoi, était-ce cela, être laïque ?

Au nom de quoi, en effet, peut-on exiger d’une femme qu’elle ôte son voile dans un gîte ? Dès lors qu’elle est majeure et vaccinée, qu’elle n’exerce pas de fonction publique, qu’elle ne contraint personne à l’imiter, qu'elle est en vacances enfin, où est le problème ?

J’entends bien, évidemment, le malaise que peut ressentir une femme laïque et féministe – telle que j’imagine Fanny Truchelut – face à une femme portant le voile. Mais ce malaise donne-t-il, en soi, un quelconque droit sur ceux qui suscitent ce malaise ? Peut-on assimiler un gîte à une administration publique, et y défendre la laïcité avec autant de vigueur ?

La laïcité, c’est l’exigence de séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais aussi de la sphère publique et de la sphère privée. C’est donc, ipso facto, la reconnaissance d’une sphère privée, bulle précieuse à laquelle on ne peut porter atteinte que dans des cas bien précis, et sous des motifs strictement prédéfinis. Ici, de toute évidence, ces motifs échappent. « Par égard pour nos enfants et nous parce que nous sommes laïques », dit Fanny Truchelut. Fort bien…

 

Sauf qu’il semble bien, pour le coup, que sous l’invocation d’un très respectable concept politique visant à organiser le fonctionnement de l’Etat se cache un véritable acte d’intolérance religieuse.

 

Et ceux qui me traitent à l’occasion – insulte suprême à leurs yeux – de « Caroline Fourest belge » (c’est trop d’honneur !), seront certainement heureux de découvrir qu’une fois encore, nous sommes elle et moi sur la même longueur d’ondes : http://carolinefourest.canalblog.com/archives/2007/10/06/6443709.html

 

 

Plus d’infos :

Chronologie d’une provocation (Fanny Truchelut) : http://www.ripostelaique.com/spip.php?article33

 

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