Ce mercredi 24 octobre, une jeune femme est morte, assassinée par son frère. Elle était étudiante en droit, elle avait un amoureux et, sans
doute, des rêves et des projets plein la tête. Son frère lui a logé trois balles, l’une dans le foie, l’autre dans le rein, la troisième dans les intestins.
Pourquoi ?
Saadia était promise à un mariage dont elle ne voulait pas. Depuis longtemps, ses parents et sa famille projetaient de lui faire épouser un
cousin de plus de trente ans, un homme qu’elle avait vu une fois et qui l’attendait, là -bas dans son pays d’origine, au Pakistan.
Pour éviter ce mariage, elle avait fui la maison familiale et s’était réfugiée à Bruxelles chez des amis. Puis, comme elle voulait terminer ses
études, il avait bien fallu qu’elle reprenne le chemin des cours. Cédant aux supplications de sa famille, elle accepta même de la revoir. Le mercredi 24 octobre, elle alla dîner chez ses parents.
Elle ne revint jamais au cours l’après-midi.
Tragique et révoltant, cet événement fait écho à un autre « fait divers » récent. Il se passe dans le milieu hospitalier, autour d’une
naissance.
À l’approche de la délivrance de sa femme, le mari refuse le gynécologue de garde (1) : c’est un homme, comprenez-vous, et il n’est pas
question que son épouse soit assistée par un homme. C’est contraire à la pudeur islamique. La femme accouchera aidée seulement de deux sages-femmes, tandis que le médecin est présent… derrière la
porte.
Tout s’est bien passé, faut-il écrire « Dieu merci » ? Mais avant cette naissance, la femme avait déjà mis au monde deux enfants
morts-nés. Inch Allah ?
Dans les deux cas, ce qui me frappe, c’est qu’on n’hésite pas à mettre en danger la vie d’une femme, voire à la tuer, parce qu’elle s’écarte de
la tradition, de la coutume, de la religion. Comment comprendre que la vie d’un être humain que l’on chérit – un bébé qui va naître, une jeune fille qui s’apprête à voler de ses propres ailes,
une épouse qui va mettre au monde un enfant – pèse de moins de poids que les traditions ou les principes islamiques ?
Est-il naïf de penser qu’un père normalement constitué devrait se foutre éperdument du sexe de la personne qui assiste sa femme lors de ce
moment fort de la vie qu’est une naissance ? Ne devrait-il pas ne vouloir qu’une chose : que sa femme et son enfant s’en sortent bien, sans souffrance, sans séquelle, sans ajouter au
stress de l’accouchement celui de principes brandis comme un étendard ?
Est-il scandaleux de dire qu’un frère capable de planter trois balles dans le corps de sa sœur, que des parents capables de menacer leur fille
de mort, puis de cautionner cet acte immonde, n’ont rien compris à l’amour ?
N’est-il pas urgent, enfin, de dénoncer tous ces intégristes criminels qui placent dans la tête et dans le cœur de certains de nos concitoyens
des idées mortifères, brouillant les repères du cœur et se transformant parfois en véritables pousse-au-crime ?
Quelle différence entre abattre deux personnes – dont une fillette de deux ans - à bout portant et en blesser une autre au nom d’une idéologie
raciste, et abattre sa propre sœur parce qu’elle s’occidentalise ?
On chercherait en vain Dieu dans les crimes d’Hans Van Temsche. J’espère pour Dieu qu’il n’est pour rien dans la mort de Saadia.
(1) Cette mésaventure arrivée au Dr Verguts, chef du service de gynécologie de l’AZ Sint-Dympa de Geel, est racontée dans un article paru dans
le Journal du médecin d’octobre 2007.