Têtes de Turcs...

Publié le par Nadia Geerts

Après les émeutes qui ont secoué Bruxelles la semaine dernière, c'était une manifestation autorisée qui avait lieu cet après-midi au rond-point Shuman. Une manifestation qui, au dire de l'agence de presse Belga, a rassemblé environ deux mille Turcs.
Et c'est précisément ce dernier mot qui me chipote. C'est sûr, ces manifestants sont des nationalistes, et ce n'est pas la Belgique qu'ils entendent défendre, mais la Turquie. Mais sont-ils pour autant Turcs ? Pour certains, c'est sans doute le cas. Mais beaucoup d'autres ont certainement une carte d'identité belge. Alors, pourquoi les qualifier de "Turcs" ?

Vous me direz que c'est sans importance, que tout le monde voit bien ce qu'on veut dire...

Et pourtant. Pourtant, je me dis - peut-être naïvement - que si, de manière générale, on cessait de parler des personnes d'origine étrangère en leur accolant leur nationalité d'origine, comme si ça allait de soi, ça contribuerait peut-être un peu à avancer le schmilblik. Que peut-être ces gens se sentiraient moins étrangers ici, chez eux, si on arrêtait de les définir en fonction de leur type physique.

Bien sûr, les manifestants d'aujourd'hui se sentent certainement turcs, en tout cas lorsqu'ils défilent en brandissant le drapeau turc. Mais le fait que des gens qui vivent ici depuis des années, voire des décennies (j'ai même croisé cet après-midi des gamins qui n'avaient pas dix ans et qui, très affairés, cherchaient des drapeaux), continuent, non seulement à se passionner, mais même à en agresser d'autres pour un conflit qui se passe là-bas, est peut-être aussi le résultat du fait que, pendant toutes ces années, on les a étiquettés comme "Turcs".

Il ne s'agit pas de nier un parcours, des origines, un passé, une culture. Il s'agit de faire en sorte que des gens venus d'ailleurs puissent se sentir d'ici, sans que leur soit sans cesse rappelé le fait qu'ils sont d'abord d'ailleurs. A cela, nous avons sans doute échoué jusqu'ici.