Rachid Benzine: une belle leçon de libre examen

Publié le par Nadia Geerts

 

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La question « Quel islam pour aujourd’hui ? » était le thème du colloque organisé ce samedi 17 novembre à Maredsous. Une bonne centaine de personnes s’étaient donné rendez-vous pour écouter les cinq intervenants de la journée : Rachid Benzine, Olivier Abdessalam Rallet, Chemsi Chref-Khan, Fatoumata Sidibe, et Justo Lacunza-Balda.

 
Je retiendrai surtout de cette journée l’intervention brillante de Rachid Benzine (1). Au cours de celle-ci, il s’est attaché à démontrer l’absolue nécessité d’interpréter le Coran (présenté non comme la parole de Dieu mais comme une trace de celle-ci, forcément imparfaite puisqu’humaine) en mobilisant toutes les méthodes disponibles pour ce faire, dans le but, notamment, de tenter de comprendre les questions implicites auxquelles le texte répond. Objectif : passer du statut de « musulman de naissance » à celui de « musulman de conscience ».
Une tâche sans conteste audacieuse, d’autant qu’elle présuppose le refus de lire le texte en ayant répondu par avance à la question du lien entre celui-ci et la transcendance. Nul dogmaticien, nul théologien ne peut aider dans cette voie. Le texte, en effet, ne peut devenir la caution – forcément instrumentalisée – de ce que le lecteur pense déjà.

Il n'y pa pas d'interprétation objective, affirme Benzine. Le musulman, ainsi, est sommé de refuser de "se laisser enfermer dans un imaginaire d'un autre siècle". La lecture ne peut être normative, car ce qui était invention au VIIième siècle ne peut devenir répétition. Le texte, ainsi, ne peut se transformer en un code de prescriptions s’il veut rester révélateur, plutôt que simplement révélé.
 
Que l’on soit ou non musulman, on ne peut qu’être admiratif devant la dénonciation, que l’on entend en filigrane tout au long de l’exposé de Rachid Benzine, de l’obscurantisme, du dogmatisme, de l’intégrisme et finalement de la bêtise de ceux qui laissent parler la tradition à leur place, témoignant ainsi d’un redoutable mépris envers un texte qui, à l’instar des grands textes littéraires, n’a pas fini d’être interprété.
 
Une belle leçon de libre examen à usage des dogmatiques de tout poil…
 
 
 
(1) Rachid Benzine est chargé de cours au Master Religions et Sociétés à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix en Provence et chercheur associé à l’Observatoire du religieux. Il est également auteur de l’ouvrage « Les nouveaux penseurs de l’Islam ». Il débattra le 7 décembre prochain à Anvers avec Tariq Ramadan. Un beau débat en perspective, entre deux musulmans que tout semble opposer, si ce n’est l’intelligence.

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