Laïcité, neutralité, pluralisme

Publié le par Nadia Geerts

J’ai déjà eu souvent l’occasion d’attirer l’attention sur la différence qu’il y avait entre laïcité et athéisme, la première étant une conception politique concernant la manière dont l’Etat s’organise – séparément du religieux –, et le second étant une conviction philosophique particulière.

De manière assez comique, les auteurs du récent Bon usage de la laïcité semblent reprocher à une certaine laïcité de vouloir promouvoir une sorte d’athéisme d’Etat, tandis qu’eux se borneraient à défendre la laïcité politique. Or, il aura suffi d’un débat radiophonique[1] pour le constater, le problème n’est pas là : eux et moi partageons la conviction que l’athéisme est une conviction particulière, qui n’a, au même titre que les convictions religieuse, aucun droit à s’imposer à tous dans la sphère publique. Alors, d’où vient notre désaccord ?

À mon sens, il vient de ce qu’eux prônent, bien plus que la laïcité, une simple neutralité de l’Etat, lequel considèrerait avec la même bienveillance les convictions philosophiques et religieuses des uns et des autres, ces dernières ne pouvant constituer ni un avantage, ni un handicap pour celui qui s’en revendique.

Cette neutralité, à mon sens, ressort plus du pluralisme que de la laïcité, laquelle implique l’existence d’une sphère étatique neutre, certes, mais non pas seulement en ce qu’elle ne privilégierait aucune conviction : il faudrait en plus qu’elle les mette toutes à distance, et qu’elle demande à chacun, dans cette sphère institutionnelle dont je parle, de se présenter en tant que citoyen, que membre du laos (peuple)  et non en tant que membre de telle confession, ethnie, culture, identité sexuelle, etc.

Ainsi, si le pluralisme est atteint dès lors qu’on a rassemblé, à l’école par exemple, un professeur de chacune des religions reconnues – mais il y aurait à dire sur les critères qui font que l’on reconnaît les orthodoxes et pas les sympathiques jaïns[2] –, la laïcité exigerait que plus aucune conviction philosophique ou religieuse ne soit enseignée à l’école. Cela ne signifierait pas, bien sûr, que l’école cesse d’accueillir les élèves ayant des convictions – car elle n’accueillerait alors plus personne – mais qu’elle les accueille non pas en tant que tels, mais en tant qu’élèves – ou membres du laos.

Un ami m’a fait découvrir dernièrement une amusante initiative[3]. Comment mieux démontrer par l'absurde qu’une école, une administration, un hôpital public, un bureau de vote ou chacun arborerait ses convictions ne pourrait que déclencher des tensions, voire des incidents ? Malgré la sympathie qu’il m’inspire, jamais je ne porterai ce t-shirt dans la sphère institutionnelle, pas plus d'ailleurs que mon t-shirt « Vive la République », convaincue que les arborer ne pourrait être perçu que comme une provocation par ceux qui ne pensent pas comme moi. Personnellement, je ne les porterais même pas en rue, tout en étant convaincue qu’il est bon que j’en conserve le droit, comme mes « coreligionnaires » croyants. Pourquoi ? Parce que, comme je l’écrivais ici-même [4], « l’espace public n’est pas la rue ».

En revanche, je vous recommande chaudement la lecture du livre de Dawkins, Pour en finir avec Dieu… Si la si mal nommée « laïcité philosophique » n’a pas à s’exhiber, elle peut sans nuire à personne se cultiver, comme on cultive son jardin.

 


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