Crise du débat, crise de la démocratie

Publié le par Nadia Geerts

Je voudrais commencer par remercier ici tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien suite à ma décision de fermer ce blog aux commentaires. Cette décision ne fut pas facile à prendre. Lorsque, il y a près de deux ans, j’ai créé ce blog, je désirais qu’il soit avant un espace de débat, où s’échangeraient arguments, réflexions, expériences diverses. Je n’ambitionnais pas de ronronner entre pairs, mais bien de dialoguer, ce qui, dans mon esprit, d’excluait pas des désaccords et des échanges parfois vifs. Mais toujours dans le respect de l’interlocuteur. Le respect des personnes, pas des idées, voilà ce que j’ai toujours tenté de favoriser.

Las, il m’a bien fallu constater que d’aucuns n’avaient pas la moindre idée de ce que pouvait bien signifier le respect de la personne. Se drapant souvent derrière un confortable anonymat, ils ont profité de ce blog pour recourir à l’attaque personnelle, à l’insulte, à l’invective. Et ce alors même que je relatais ici une douloureuse expérience vécue lors d’un enterrement. Odieux, je n’ai pas d’autre mot pour qualifier l’attitude de ces gens que même la mort n’incite pas à un peu de retenue, de décence, de correction.

La fermeture des commentaires est un échec. Il me faut faire le deuil de cet espace de rencontre, de dialogue, d’affrontement même (mais dans le respect de la personne) que j’avais souhaité créer ici. Mais comment s’étonner de cet échec alors qu’on apprend par ailleurs que Bart De Wever est régulièrement menacé de mort ? Je n’ai pas beaucoup de sympathie pour le personnage, c’est un fait. Mais tous ses propos provocateurs, que ce soient sur les francophones « immigrés » en Flandre ou sur les excuses des autorités anversoises envers la communauté juive ne justifieront jamais qu’on menace cet homme de mort. Nous avons la chance de vivre en démocratie. Notre liberté d’expression est garantie, nous bénéficions d’élections libres et régulières, nous pouvons manifester, pétitionner, écrire à nos dirigeants, que sais-je ? Ces pratiques inacceptables sont un indicateur de l’état de notre démocratie, dès lors que certains de nos concitoyens usent de leur liberté d’expression pour invectiver, menacer, salir la personne dont ils contestent à bon droit les idées.

Notre petit pays, à force d’éviter à tout prix le conflit à coup de compromis, n’en a-t-il pas perdu de vue une certaine culture du débat ? N’y a-t-il pas urgence à apprendre à nos enfants à confronter leurs points de vue, lors de « disputes », de « querelles » où s’affronteraient enfin des idées et des arguments, à l’exclusion de tout autre procédé indigne d’une démocratie qui vit ?

Publié dans Société