Allo Dieu ?

Publié le par Nadia Geerts

Nicolas Sarkozy nous avait préparés au pire, avec ses quelques sorties remarquées sur l’instituteur et le curé, la nécessaire spiritualité et la laïcité positive. De son côté, Benoît XVI ne s’est jamais profilé comme un pape subversif (un oxymore ?), ni même progressiste. Il n’empêche, la rencontre de ces deux là ne laisse pas d’inquiéter.

Devant le monde de la culture, réuni au Collège des Bernardins, le pape a discouru sur « Les origines de la théologie occidentale et les racines de la culture européenne ». Une occasion de dénoncer pour la énième fois «Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves ».

La question de l’existence de Dieu est donc une question scientifique, ou à tout le moins objective (personnellement, je ne saisis pas bien la nuance, mais soit). Fort bien. Sauf que ça pourrait devenir gênant, à la longue, pour le souverain pontife, qu’on ne puisse d’une quelconque manière objectiver l’existence d’un Dieu dont il ne cesse d’affirmer l’existence. M’enfin, c’est son problème, pas le mien.

De même, renoncer à traiter objectivement de la question de Dieu, ce serait une capitulation de la raison et un échec de l’humanisme. Voilà une adroite récupération de l’humanisme – digne du CDH – par le Vatican, et sous les auspices de la science encore bien. Personnellement, j’en étais restée à une définition de l’humanisme  peut-être très scolaire, mais qui avait le mérite d’être claire : « L’homme est la mesure de toute chose ». Visiblement, pour Benoît XVI, il n’en est rien, puisque, si je le suis bien, l’homme ne devient pleinement homme qu’en se posant la question de Dieu – et tout à la fois objectivement et sans conclure à sa non-existence, encore bien. En d’autres termes, c’est Dieu qui fait l’homme. Et ce dernier n’est donc plus la mesure de toute chose, CQFD. Mais soit, une fois de plus : il aurait été naïf de penser que le pape en personne allait se lancer dans un vibrant éloge du rationalisme et de l’humanisme réunis.

Par contre, quand Sarkozy chante la même chanson, martelant que «Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à l’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable », ça m’interpelle quelque part, comme dirait l’autre. Ainsi donc, pas de culture hors de la recherche de Dieu ? Si l’on creuse un peu, c’est encore plus grave, ça, Monsieur le Président, que de dire que jamais l’instituteur ne remplacera le curé. Parce que si l’on y songe, la culture, c’est encore beaucoup plus vaste que l’instruction. La culture, c’est ce qui nous arrache à l’animalité, ce qui fait de nous des hommes. Impossible de se nourrir, de se coucher, de s’aimer, de se réjouir ou de pleurer, sans qu’aussitôt la culture sans mêle. Et derrière tout ça, il y aurait Dieu ?

Moi j’veux bien, mais je commence à en avoir marre de faire figure d’andouille parce que je ne « cherche pas Dieu » qui pourtant ne cesse de me parler, puisque je manque de « disponibilité à l’écouter ». Alors Dieu, si tu me lis, de grâce, fais-moi un signe, que je puisse enfin te reconnaître en toute objectivité, et du même coup chanter de vibrants alleluia à la laïcité positive, avec Benoît et Nicolas.

 

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