Drôle de plateau…

Publié le par Nadia Geerts

Face au ministre Tarabella ce dimanche matin sur RTL-TVI dans l’émission « Citoyen, citoyenne », nous étions quatre : un professeur de gymnastique, un professeur de religion catholique, une étudiante en dernière année de l’enseignement secondaire, et moi-même. Quoi de plus normal, me direz-vous, dès lors que le sujet de l’émission était la proposition du ministre de remplacer les cours dits « philosophiques » par davantage de sport à l’école.

Sauf que…

Sauf qu’au moins deux – si pas trois – des « citoyens » présents appartenaient au réseau libre. Bizarre, dès lors que la proposition du ministre ne concerne évidemment que l’enseignement officiel. À moins que Mr Tarabella ne veuille sur sa lancée fusionner les réseaux et donc contraindre l’enseignement « libre » à fonctionner selon les mêmes programmes de cours que l’enseignement officiel, voire à renoncer à sa particularité confessionnelle pour intégrer le réseau officiel, ce dont il n’a pas été question.

Qui plus est, on a eu droit, de la part du professeur de religion catholique, à un vibrant éloge du réseau libre, dans lequel – évidemment – tous les élèves sont réunis dans la même classe pour aborder les questions philosophiques. C’est oublier un peu vite que le cours en question se nomme « religion catholique » et que dès lors, prétendre comme il l’a fait que le réseau libre accueille tous les enfants, quelles que soient leurs convictions, est à tout le moins une édulcoration de la réalité, puisque quelles que soient vos convictions, vous serez dûment catéchisés à raison – au moins – de deux heures par semaine. L’enseignant a eu beau jeu de prétendre qu’en sixième et dernière année, il aborde « même » les philosophes athées, cela ne dément pas le fait que durant cinq longues années – auxquelles il faut ajouter les six années de l’enseignement primaire – c’est bel et bien d’enseignement religieux qu’il faut parler.

Quant à l’étudiante, elle a bien gentiment défendu le cours de religion – son professeur était d’ailleurs en personne à côté d’elle –, arguant que la philosophie était bien utile lorsqu’on voulait se lancer dans des études supérieures.

Certes, ce n’est pas moi qui contesterai l’importance d’un enseignement philosophique… Mais une fois encore, je m’étonne : car enfin, soit les écoles catholiques dispensent à leurs élèves, pendant les deux heures de cours concernées, un cours conforme à son intitulé, et alors il ne s’agit pas de philosophie mais de religion ; soit elles ont renoncé à la « mission évangélisatrice » – qui figurait dans la déclaration de principe de l’enseignement catholique de 1995 – de l’enseignement catholique, et rien ne justifie encore l’existence d’un réseau distinct. Si tant est qu’on puisse justifier l’existence d’un réseau confessionnel largement subventionné par l’Etat, mais je m’égare…

Personnellement, j’aurais aimé que le débat ait lieu entre des acteurs réellement concernés par la proposition du ministre, sans que la question des réseaux – non abordée, je le répète, mais de toute évidence présente en filigrane – ne vienne parasiter un débat qui pose la question essentielle de la place des religions et convictions philosophiques dans l’école, et plus largement dans la société.

 

Publié dans Laïcité - religions