Dimanche sans voiture: un seul regret

Publié le par Nadia Geerts

Le dimanche sans voiture, j'adore. C'est l'occasion de faire du vélo dans Bruxelles en éprouvant un merveilleux sentiment de liberté: les rues sont à nous, enfin, nous les cyclistes, les piétons, les trottinettistes (?), les patineurs,... Nous qui toute l'année sommes confinés sur des espaces restreints - quand ils existent -, pouvons enfin nous déployer librement, et penser qu'aujourd'hui, ce sont les automobilistes qui doivent tenir compte de nous, ce sont eux les usagers de seconde zone, eux qui sont tolérés.
Bien sûr, il serait illusoire de rêver d'une ville qui, toute l'année, serait ainsi dévolue aux cyclistes, piétons et autres adeptes de la mobilité douce. Tant qu'il y aura du pétrole, il y aura des voitures. Et pourtant, ce serait merveilleux si ne serait-ce qu'une personne sur dix décidait de prendre demain le chemin du travail d'une autre manière qu'en montant dans sa voiture. Changer les habitudes de déplacements, n'est-ce pas le véritable but de ce dimanche sans voiture ? Mais hélas, cet événement pèche justement par son agrément: comment convaincre les cyclistes d'aujourd'hui que demain, ce pourrait être agréable d'aller travailler à vélo, alors que la fête sera finie ? La voiture aura retrouvé tous ces droits, et comment convaincre les cyclistes d'un jour que, moyennant un peu d'audace les premiers jours, il peut rester agréable toute l'année de se déplacer autrement ? Au politique de développer des incitants, d'aménager l'espace afin que tous y trouvent leur place, afin que, devant une grande artère bruxelloise, le candidat cycliste ne recule pas, effaré, en constatant que rien n'est pensé pour lui, et que s'il veut sa place dans le trafic, il devra la prendre, seul, peut-être même sous les regards courroucés des automobilistes qui ne lui accordent qu'à regret le droit d'emprunter leurs chaussées...
Pourtant, un espoir existe peut-être aussi ailleurs : peut-être demain les automobilistes se souviendront-ils qu'ils ont été cyclistes ou piétons aujourd'hui; peut-être intègreront-ils cette évidence, que tous, nous automobilistes, nous sommes aussi autre chose, et qu'il est plus citoyen de partager la route que de la prendre ?
Rassurez-vous: je n'ai rien contre les automobilistes. C'est l'arrogance que je n'aime pas. Une arrogance qui, si elle est équitablement partagée entre tous les usagers de la route, n'en est pas moins particulièrement dangereuse quand elle émane d'un "carrossé".
Cela dit, depuis plusieurs années, je me déplace couramment dans Bruxelles à vélo, et ce sans le moindre accident. Alors demain, lancez-vous ! La météo est optimiste...

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