Dieu me déçoit

Publié le par Nadia Geerts

Le pape Benoît XVI, que nul ne soupçonnait pourtant de progressisme acharné, a cru bon d’en remettre une couche lors d’un message adressé aux participants à un colloque sur « Humanae Vitae », lors du quarantième anniversaire de cette encyclique déjà particulièrement conservatrice consacrée au mariage et à la régulation des naissances. Il a ainsi déclaré que refuser la possibilité de donner la vie « au moyen d'une action visant à empêcher la procréation signifie nier la vérité intime de l'amour conjugal ».

Outre que je me demande ce que le pape peut bien connaître de la « vérité intime de l’amour conjugal », lui qui y a précisément renoncé pour se consacrer à Dieu, il y a un truc qui me turlupine dans cette histoire.

En effet, l’argument religieux est qu’on ne peut s’opposer à la volonté de Dieu, qui est que nous croissions et nous multiplions – si du moins telle est sa volonté, parce que parfois, par un mystère que je ne m’explique pas, Il décrète que Monsieur et Madame Machinchose, malgré leur ardent désir, n’auront point d’enfant.

Soit. Mais si la volonté de Dieu est toute puissante, comme j’ai cru comprendre, en quoi est ce qu’un misérable comprimé, une enveloppe de latex ou un quelconque autre dispositif pourrait l’empêcher de la réaliser ? Dieu ne peut-il faire que le préservatif se déchire – comme ça, du même coup, certains choperont le sida, ce qui sera bien fait pour eux : z’avaient qu’à pas tenter de s’opposer à Sa volonté tout en s’envoyant en l’air, négligeant toutes Ses revendications d’abstinence et de continence – ou que les substances chimiques maléfiques s’évaporent comme par magie, laissant les couples concupiscents gros Jean comme devant avec un bébé dans le tiroir ?

De la même manière, tolérer, par exception, que lorsque le couple traverse « des circonstances graves », il recoure à la contraception naturelle, c’est-à-dire à « l'observation des rythmes naturels de la fertilité de la femme », n’est-ce pas accepter ipso facto, primo, que la biologie est plus forte que Lui, et secondo, que Dieu peut être suffisamment chien pour envoyer des enfants à des couples qui traversent pourtant des « circonstances graves » ?

J’avais déjà entendu parler à l’école du paradoxe selon Dieu ne peut pas être à la fois tout puissant et infiniment bon, puisque l’existence du mal – on parle ici des catastrophes naturelles et autres abominations dont l’homme, ou du moins l’individu qui en pâtit, n’est pas responsable – entraîne que de deux choses l’une : soit Il est tout puissant, mais il se fout que certains d’entre nous crèvent dans d’atroces souffrances totalement imméritées (et alors il n’est pas infiniment bon), soit il est bel et bien infiniment bon, mais il ne peut pas tout, le bougre, et il n’est donc pas tout-puissant.

Ici, avec la condamnation de la contraception, c’est à la fois son infinie bonté et sa toute puissance qui en prennent un coup. Décidément, Dieu me déçoit.

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