Georges-Pierre Tonnelier prend ses distances avec le Front National

Publié le par Nadia Geerts

Suite à mes échanges de mails avec Georges-Pierre Tonnelier, il semble que nous ayons finalement pu arriver à un arrangement. Pour rappel, il exigeait à l’origine que je retire toute mention de son nom des articles parus sur ce blog, alors que de mon côté, j'estimais cette demande totalement prématurée et demandais des preuves de son changement de convictions politiques. Il m’autorise aujourd’hui à reproduire des extraits de son dernier mail.

Selon Georges-Pierre Tonnelier, sa rupture avec le FN date de février 2008, date confirmée par une lettre de Patrick Sessler, secrétaire général du FN. Selon Georges-Pierre Tonnelier, cette prise de distance est le résultat d’un « long cheminement », notamment sur la question du révisionnisme :

« J'ai eu l'occasion de faire un certain nombre de rencontres et de parler avec un certain nombre de personnes, qui m'ont amené, tout doucement, à me sensibiliser à la question, notamment, du révisionnisme. Je n'avais pas spécialement conscience à quel point cette question pouvait être sensible pour certaines personnes et à quel point ce gens d'idées pouvait causer du tort à autrui. J'avais, dans un esprit de grande largesse, défendu la liberté d'expression pour tous, y compris pour ceux qui nient l'existence des chambres à gaz, bien que je ne défende pas moi-même ces idées. Cependant, au vu de ces entretiens, j'ai changé d'avis et je ne désire plus, aujourd'hui, faire preuve de la moindre tolérance à l'égard de ce genre d'opinions, si tant est qu'on peut les qualifier ainsi.
Les récents propos de Patrick Concriamont, député fédéral FN, qui ont été retranscrits dans l'ouvrage "Un an au FN", publié par le MRAX, font partie des choses que je ne peux plus tolérer. »
Sur la question du racisme, Georges-Pierre Tonnelier déclare aujourd’hui que «  le racisme biologique, tel qu'il peut être défendu par des individus tels que Bernard Mengal, l'antisémitisme, sont des choses qui vont de plus en plus contre mes propres valeurs. ».

On notera cependant que l’expression « racisme biologique » renvoie à une acception particulière et, espérons-le, en voie d’extinction, du terme « racisme ». La plupart des partis d’extrême droite actuels ne défendent en effet plus une hiérarchie des « races », mais bien le concept de préférence nationale et le refus du métissage au nom de la préservation de l’identité culturelle, voire de la pureté ethnique. De cela, Georges-Pierre Tonnelier ne dit rien. Mais il admet lui-même qu’ « Après tant d'années, évidemment, à militer dans ce milieu, il est difficile de tirer un trait là-dessus d'un coup, mais j'aimerais bien m'y employer, même si, j'en suis conscient, c'est à moyen terme. »

Il rappelle en revanche qu’il a « rejoint les rangs du FN suite à une violente agression dont j'avais été victime, voici dix ans maintenant, et qui m'a laissé, psychologiquement, handicapé à 8% (expertise psychiatrique à l'appui). »

Il déclare également tenir  « à prendre les plus grandes distances avec tout de qui touche, de près ou de loin, à la « nostalgie » par rapport à de telles idées [du régime totalitaire national-socialiste allemand], et j’attends d’une personne, pour qu’elle puisse compter parmi mes relations, qu’elle aussi ait une attitude semblable. »
(http://lepolitiqueshow.dhblogs.be/archive/2008/09/04/georges-pierre-tonnelier-facebook-ami-politique-fn.html)

Georges-Pierre Tonnelier exprime le vœu que soient mentionnés ses vifs remerciements

A « MM. Jean-Louis Renchon et Xavier Renders, respectivement Doyen de la Faculté de Droit et Vice-Recteur aux affaires étudiantes de l'UCL, pour les nombreuses conversations et échanges de courriels que nous avons eu à ce sujet, et qui m'ont aidé à ouvrir les yeux sur un certain nombre de problématiques, dont celle du négationnisme (…) et des souffrances que ce genre de considérations peut causer à autrui, encore aujourd'hui. »

Enfin, il tient à signaler que le 8 octobre prochain se tiendra une audience dans le cadre de l’affaire Mengal, dans laquelle il devra comparaître  (voir à ce sujet http://www.resistances.be/gptrac.html); l’avocat qu’il s’était initialement choisi ayant lui aussi été condamné pour racisme, Georges-Pierre Tonnelier sera défendu par « Thibault Verbiest et Etienne Wéry, du cabinet Ulys, que l'on peut difficilement soupçonner de la moindre complaisance à l'égard de l'extrême-droite. ».

Il est à espérer qu’une fois terminés les divers procès dans lesquels il est impliqué, Georges-Pierre Tonnelier poursuivra le chemin qu’il semble avoir entamé récemment. Si tel était le cas, il va de soi qu’il serait du devoir de tout démocrate de l’aider non pas à effacer, mais à surmonter et dépasser cette longue « erreur de jeunesse ». Il faudra encore pour cela qu’il clarifie sa position quant au racisme « non-biologique ».

 

 

Nadia Geerts

 

 

P.S. Suite à la publication de cet article, Georges-Pierre Tonnelier m’envoie les précisions suivantes :

« En effet, non seulement je condamne, ainsi que je l'ai exposé, le racisme biologique - et je fais là référence à l'affaire Mengal et aux écrits, dont il est l'auteur, et qui relèvent clairement de ce type de racisme (emploi de termes comme "négroïde", etc...), qui était celui des nazis, ainsi que très justement mentionné dans l'article qui traite de ce sujet sur le site de Résistances, mais aussi le racisme dans son acception plus globale.
Il n'est évidemment pas question, pour moi, de refus du métissage, au nom d'une quelconque notion de pureté ethnique. Cela renvoie, là aussi, à du racisme de type biologique, qui n'est pas acceptable. Une personne humaine reste une personne humaine, qu'elle soit noire, jaune, ou d'une autre "couleur" (notion très relative, vu la grande diversité ethnique de notre espèce humaine).
De même, une discrimination fondée, par exemple, sur la religion, serait tout aussi inacceptable : on ne peut pas refuser à quelqu'un d'être musulman, juif, bouddhiste, ou que sais-je encore. La liberté des cultes fait partie des droits garantis par notre Constitution.
Par contre, je pense que, si l'on ne peut bien évidemment pas reprocher à une personne son origine ethnique, sa culture, ou même sa nationalité, on peut lui demander d'adopter un comportement qui soit approprié à l'environnement dans lequel il se situe.
Ainsi, il me semble normal de demander aux personnes qui arrivent dans un pays de faire un effort afin d'en apprendre la langue, d'en comprendre les valeurs fondamentales, et de les appliquer. Je pense à des notions telles que l'égalité des hommes et des femmes, de la mixité dans les écoles, dans les lieux publics, l'apprentissage de la biologie, etc...

Il me semble que cette prise de position correspond, grosso modo, aux valeurs défendues par le Mouvement Réformateur, qui défend à la fois des droits mais aussi des devoirs pour tous les citoyens.

Ainsi, je me sens plutôt proche (sans vouloir les engager d'une quelconque manière que ce soit à mon égard) de personnalités politiques telles que Richard Fournaux, Daniel et son fils Denis Ducarme, François-Xavier De Donnéa, ou encore plus localement, ici, à Woluwe-Saint-Pierre, Jacques Vandenhaute et son successeur Willem Draps, Dominique Harmel et Anne-Charlotte d'Ursel.

J'ai, ainsi que plusieurs membres du MR, une position plus nuancée sur des questions telles que le droit de vote des étrangers extra-européens, ou l'adhésion de la Turquie dans l'Union européenne, mais cela ne semble être un point de vue adopté par, quand même, un certain nombre de personnalités démocrates, et qui ne sont pas caractéristiques de l'extrême-droite.

Il me semble aussi qu'il convient d'être raisonnable en termes d'accueil de demandeurs d'asile, et d'une manière générale par rapport à l'immigration, sachant que, matériellement, notre pays a des ressources limitées et que l'intégration d'un grand nombre de personnes ayant une culture différente de la nôtre n'est pas facile, dans un contexte économique difficile.

Je ne partage pas le point de vue des partisans des sans-papiers, et me rapprocherais plus de celui de la Ministre Turtelboom et du Ministre Dewael.
J'ai le sentiment que l'on peut avoir une opinion de droite, relativement conservatrice, attachée à des valeurs telles que la famille, et l'intégration des personnes d'origine étrangère, réservée quant à l'immigration, sans pour autant être d'extrême-droite et nier aux individus leurs droits, en étant raciste et en pratiquant la discrimination. »