Bonjour !

 

 

      portraits nadia 2011 220

Recherche

Texte Libre

9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 12:37

Le verdict de la cour d’appel relatif à l’affaire Fanny Truchelut vient de tomber. S’il est moins sévère que la première sanction, prise par le tribunal d’Epinal (deux mois de prison avec sursis au lieu de quatre), il confirme la condamnation de Madame Truchelut. Et je persiste à donner raison, en la matière, en la justice française, au contraire des animateurs de Riposte laïque, lesquels n’ont cessé de clamer leur soutien à la prévenue.

 

Rappelons en effet (voir mon article précédent sur le sujet : http://nadiageerts.over-blog.com/article-15323111.html) que Fanny Truchelut a été condamnée pour avoir refusé de donner accès à son gîte vosgien à des femmes qui s’étaient présentées voilées. Plus exactement, elle a conditionné l’accès aux parties communes de son gîte au retrait du voile porté par les femmes en question.

L’argument de Riposte laïque consiste à dire que le voile enfreint le principe d’égalité entre hommes et femmes inscrit dans la Constitution française. Riposte laïque nie en outre qu’il y ait, comme l’a estimé le tribunal, discrimination religieuse dans l’attitude de Fanny Truchelut.

 

Si je suis la première à estimer qu’on ne peut crier à la discrimination religieuse dès lors qu’on exige une neutralité extérieure des citoyens dans certaines circonstances de la vie publique, et si je suis également la première à dénoncer le voile comme un signe sexué, voire sexuel, contraire à l’égalité entre hommes et femmes, je ne pense cependant pas que l’on puisse élargir l’exigence de neutralité extérieure à des espaces tels qu’un gîte, un magasin ou un quai de gare. Selon moi, si l’Etat affirme constitutionnellement la laïcité et l’égalité entre hommes et femmes, cela signifie que ces deux principes doivent être fermement défendus dans la sphère étatique, c’est-à-dire dans les bâtiments représentant l’Etat et pour les fonctionnaires qui l’incarnent, dans l’exercice de leurs fonctions. Pour des raisons que j’ai déjà eu longuement l’occasion d’expliquer par ailleurs, je suis également favorable à l’interdiction du port de signes d’appartenance religieuse dans les écoles.

En revanche, et même si le voile me dérange personnellement, j’estime ne pas avoir à exiger d’une musulmane qu’elle l’enlève, ni dans les lieux publics, ni dans des lieux comme un gîte ou un magasin. Car après tout, les citoyens ne sont pas censés être neutres en toutes circonstances, en ce compris lorsqu’ils s’offrent quelques jours de vacances. Et ils ne sont pas davantage censés respecter l’égalité entre hommes et femmes dans les moindres actes de leur vie quotidienne, même si on peut espérer (tout autant que douter) qu’ils le fassent.

Si madame marche deux mètres derrière monsieur sur le trottoir, afin de bien marquer sa soumission au Mâle, aucun policier n’interviendra, j’espère, pour leur imposer de marcher côte à côte. Et j’espère que nul ne donnera jamais raison à cette dame qui me racontait un jour, après une conférence sur mon livre L’école à l’épreuve du voile », qu’elle s’amusait à tirer sur le voile des musulmanes qu’elle croisait dans les magasins…

 

Loin de penser qu’un verdict tel que celui qui vient de tomber affaiblit la laïcité, je crois qu’au contraire il la renforce, en posant des balises qui distinguent clairement un Etat laïque d’un Etat théocratique, lequel prétend régenter tous les aspects de la vie des individus.

 

 

 

Partager cet article

Published by Nadia Geerts - dans Laïcité - religions
commenter cet article

commentaires

Cécile 04/11/2008

Ayant assisté au procès en appel, il me semble que ce que vous en dites n'est pas tout-à-fait exact : l'accès au gite n'a jamais été refusé à cette famille ; ils ont visité leur appartement, se sont rendus dans la partie commune qui sentait le vernis ce qui n'a pas plu au mari qui a demandé qu'on annule la réservation et qu'on rende le chèque, ce qui a été fait.L'affaire du voile était un élément de la renonciation, mais pas le principal ; il l'a été ensuite, lorsqu'il y a eu plainte de la famille Demiati. Il faut tout de même rappeler que madame Demiati milite dans des associations qui défendent le port du voile, ce qui n'est pas étranger au problème.

Cécile 04/11/2008

Merci pour votre réponse.En aucun cas madame Truchelut n'a refusé l'accès du gite à la famille Demiati ; elle a simplement demandé que, dans les parties communes - qui ne sont pas louées mais mises gracieusement à disposition - ces personnes ne portent pas leur voile.Elles avaient le choix : ou elles se contentaient de ce qu'elles avaient loué, qu'elles ont visité, ou, si elles voulaient, elles utilisaient cet espace, ce qui n'était pas une obligation.Lors du procès, on a parlé de l'odeur de vernis (le gite était en travaux et la famille Demiati avait insisté pour y venir tout de même) qui avait déplu au mari, du fait que la famille avait un enfant handicapé et , chose plus grave mais dont on n'ose pas parler, les avocats ont évoqué le côté fasciste des vosgiens en général.Les avocats de madame Demiati ont tellement brodé, anticipé les réponses, déliré, que le procureur général les a rappelé à la raison et leur a demandé de s'en tenir aux faits et aux dépositions.Si le verdict avait été juste, il s'en serait tenu également aux faits qui ne mettaient pas en cause madame Truchelut ; si le verdict s'en était tenu aux présupposés, il aurait dû tenir compte du fait que Madame Demiati était une militante active du port du voile alors que madame Truchelut était une novice de ces problèmes.

Cécile 05/11/2008

Contrairement à ce que vous pensez, le gîte est comme un appartement, équipé d'une cuisine, d'une salle de bains, de deux chambres et d'un salon/cuisine.
On n'y fait ni les petits déjeuners ni les repas. Ce sont des gîtes et non des chambres d'hôtes ou tables d'hôtes, les locataires font leur cuisine eux-mêmesIl n'y avait donc aucun obstacle pour que la famille Demiati occupe son appartement, où elle pouvait être voilée sans problème.C'est bien une provocation voulue et non une malencontreuse histoire de refus de location en raison de croyances religieuses.

Cécile 06/11/2008

"Exiger" jamais madame Truchelut n'a "exigé" qu'elles otent leur voile ; elle le leur a demandé ; si elles avaient dit qu'elles ne l'enlèveraient pas, madame Truchelut ne les aurait pas mises dehors. Si elle les avait mises à la porte, là il y aurait eu motif à procès et à condamnation. Quant aux parties communes elles servent à rencontrer les autres locataires par exemple (mais on peut également les rencontrer dans les escaliers ou les couloirs !!!)Et quand vous dites "qu'elle s'est malheureusement fait piéger par une militante islamiste", d'après le procès, c'est tout-à-fait l'impression que j'ai eue. Et madame Demiati a été très bien servie par des avocats qui ont occulté tout ce qui était la réalité pour broder sur des présupposés ; ils défendaient le port du voile dans une affaire qui, d'après ce que les juges en disaient (lecture des dépositions), n'avait pas grand-chose à voir avec cet argument.Je découvrais l'histoire (j'étais là pour une autre affaire) et j'ai été stupéfaite d'entendre ce que j'ai entendu et encore plus du verdict.

Cécile 06/11/2008

Il n'y a même pas eu de réponse ni positive ni négative de la part de madame Demiati ! Son frère ou son mari (je ne sais plus exactement le lien de parenté) a trouvé que ça sentait le vernis (madame Truchelut faisait des travaux dans son gite et en avait averti les futurs locataires) et c'est, au départ, pour ça qu'ils ont demandé qu'on leur restitue leur chèque. C'est seulement après, d'après les dépositions, qu'il y a eu cette histoire de voile.D'après ce que j'en ai ressenti, c'était un coup monté ; il y avait tout : les femmes voilées, l'enfant handicapé, tout pour pouvoir faire un procès. L'impression que j'ai eue, c'est que si le voile n'avait pas été évoqué, on se serait rabattu sur l'enfant handicapé qui aurait peut-être eu des exigences qu'il n'aurait pas été possible de satisfaire.Et avec ce qu'en on dit les avocats, c'était à vomir ; tellement que l'avocat général a dû prendre la parole pour ramener l'affaire à ce qu'elle devait être.

Articles Récents

Accueil

Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

Mes bouquins

fichuvoile-f6f88

 

 

 

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog