« Gymnastique hommes non admis »

Publié le par Nadia Geerts

C’est le titre d’un article du Soir de ce jour, relayant une initiative du ministre du sport à la Cocof, Emir Kir, baptisée « Sport au féminin ». Partant du constat que beaucoup de femmes avaient un problème de surcharge pondérale, et qu’il est par ailleurs certaines femmes pour qui « pratiquer un sport à côté d’un homme ne s’inscrit pas forcément dans leur culture », des cours de sport seront dorénavant organisés deux fois par semaine par 17 asbl qui ont répondu présentes à l’appel.

 

L’initiative part d’une bonne intention, certes. Mais l’enfer n’en est-il pas parfois pavé ? C’est la question que je me pose à la lecture de cet article. Car enfin, nombre de salles de sport proposent déjà des cours qui, sans être explicitement interdits aux hommes, n’en sont pas moins fréquentés que par des femmes, par exemple parce qu’ils mettent l’accent sur le travail de certaines zones du corps qui posent manifestement plus de problèmes aux femmes qu’aux hommes, ou parce qu’ils privilégient une approche plus « féminine » ( ?) de l’activité sportive.

De même pour l’aquagym, qui ne m’a jamais paru simplement prisée par les hommes. Va-t-on donc faire un pas de plus dans la création de créneaux horaires non mixtes dans les bassins de natation ? On voit mal comment, sinon, faire en sorte que certaines femmes puissent fréquenter la piscine sans risquer de « pratiquer un sport à côté d’un homme ».

Les 120.000 euros débloqués par Emir Kir n’auraient-ils pas été plus judicieusement utilisés à la création de « chèques sport » permettant aux femmes précarisées de s’adonner à prix modique, voire gratuitement, à la pratique du sport de leur choix dans la salle de leur choix, sachant qu’elles courront plus de risques de côtoyer des hommes à un cours de boxe qu’à un cours d’aérobic ou de quick-step ? Et la mesure prise ne risque-t-elle pas de conforter les préjugés anti-mixité de certaines, et de contraindre les autres à des activités non mixtes qu’elles n’ont pas choisies pour ce critère, encourageant par là un recul de la mixité ?

Et surtout, cette mesure est-elle conçue comme transitoire, ou risque-t-elle d’installer des habitudes de pratique sportive non mixte, et plus largement un cloisonnement des sexes ? Le but du ministre est certes de « leur donner envie de s’inscrire dans d’autres clubs afin de créer une mixité sociale » ; mais n’aurait-il pas suffi pour cela d’encourager la pratique sportive, y compris via des incitants financiers, auprès des associations de femmes, sans pour cela instaurer des activités ouvertement « hommes non admis » ?

 

 

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