Le socialisme charismatique

Publié le par Nadia Geerts

J'avais déjà reçu cette lettre il y a quelques temps par mail, mais, bien que je l'aie trouvée savoureuse, je n'avais pas voulu la reproduire sans autorisation de son auteur... anonyme. Dès lors qu'elle est à présent reproduite dans la DH, je m'autorise à vous en faire profiter. Un texte tel que j'aurais aimé l'écrire !

Monsieur le Président de la Fédération Bruxelloise du Parti Socialiste,
Monsieur le Vice-Président du Parti Socialiste,

C'est avec satisfaction que j'apprends que le PS bruxellois a enfin franchi le Rubicon et décidé d'entamer une ère nouvelle : celle du socialisme charismatique.

Il était en effet temps de faire tomber les masques et d'arrêter de nier ce qui devenait une évidence : Oui, le PS Bruxellois s'inscrit pleinement dans la vie religieuse de la Cité. Oui, nous partageons entièrement la vision prophétique de Malraux et estimons que nous évoluons désormais dans le siècle du spirituel. Non, nous ne nous référons plus à une quelconque notion obsolète de laïcité. Finies, les idées surannées des Lumières et de la Révolution française! Place à cette notion nouvelle, que vous avez développée, si pas inventée : le socialisme sacré.

Je partage tout à fait votre pragmatisme et votre lucidité. La population bruxelloise est aujourd'hui une mosaïque de langues, de cultures, de religions, de classes sociales... Cette morphologie sociologique, conséquence d'une mondialisation que le PS n'a pas voulue mais dont il a néanmoins hérité, ne se prête plus à un marketing politique qui serait basé sur un pseudo pacte républicain. Il faudrait en effet expliquer cette notion surannée, lourde et complexe aux diverses populations bruxelloises, ce qui demande d'une part de lourds efforts (qui n'ont d'ailleurs jamais été consentis), et d'autre part que le PS Bruxellois soit largement convaincu de la nécessité de conserver cet héritage laïque... ce qui n'est plus le cas.

« De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace », disait Danton (encore un laïque à qui cela n'a pas réussi). Inspirons-nous de ce propos. Continuons à faire vivre le socialisme en le déclinant sur une palette
ethno-religieuse.

L'organisation par la Fédération de la rupture du jeûne est une bonne étape. Mais il faut évidemment aller plus loin. C'est pourquoi je vous propose de réflêchir dès ? présent à l'organisation de la messe de Minuit du réveillon de Noël, en prêtant une attention particulière aux différentes liturgies chrétiennes.
Une section du PS bruxellois pourrait par exemple organiser une messe pour le culte orthodoxe, une autre pour le culte catholique, et une troisième pour le culte protestant.

J'ai également quelques idées pour Pesar et Yom Kippour, mais ne serait-il pas préférable que ce soit l'IEV qui en organise les célébrations religieuses ?

Les élections régionales approchant à grands pas, il est urgent de nous préparer. Je peux, si vous le souhaitez, rédiger un avant-projet d'un nouveau chapitre du programme qui s'appellerait « Dieu et le socialisme : une relation souvent mal comprise ». Le texte serait suffisamment oecuménique  pour plaire à tout le monde et ne choquer personne (sauf les quelques cacochymes laïques du parti, mais ils ne sont heureusement plus très nombreux).

Enfin, fidèle à notre tradition d'éducation permanente, je propose d'organiser une session de formations pour plus, cadres et militants :


- « Jésus, apôtre de la solidarité interpersonnelle. »
- «  Jean Jaurès et Bouddha : même combat. »

Mes camarades d'autres confessions religieuses auront certainement à coeur de vous conseiller quant à des sujets susceptibles de susciter l'intérêt au sein de leurs communautés respectives.

Grâce à vous,  nous nous sommes enfin débarrassés d'un discours marxiste désuet qui considérait la religion comme l'opium du peuple et qui, à ce titre, devait être combattue. Vous nous montrez qu'au contraire, le socialisme moderne est celui qui vise à exercer le pouvoir temporel tout en s'alliant ou, mieux, en s'accaparant, le pouvoir spirituel. L'Ancien Régime, de Clovis à Louis XVI, n'a-t-il pas connu ses plus belles heures en agissant de la sorte ?

En vous remerciant encore pour votre extraordinaire travail de sacralisation du message socialiste, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la Fédération Bruxelloise du Parti Socialiste, Monsieur le Vice-Président du Parti Socialiste, l'expression de mes sentiments les plus fraternels.

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