Femme kleenex: le tribunal a tranché

Publié le par Nadia Geerts

Le 1er avril 2008, le tribunal de Lille annulait un mariage entre deux musulmans, au motif que la mariée avait menti sur sa virginité (voir http://nadiageerts.over-blog.com/article-20068388.html). Cette décision, qui n’avait rien d’un poisson d’avril, avait suscité une vague de protestations bien compréhensible. Le tribunal de Douai vient de casser ce jugement.

L’avocat de l’époux, Xavier Labbée, estime cet arrêt « très inquiétant », et juge que « nos libertés individuelles (étaient) gravement menacées ». Il dénonce « une intrusion de la notion de laïcité dans la vie de famille en ce qu’elle a de plus intime ».

 

Il me parait pour le moins curieux que l’on puisse estimer ses libertés individuelles menacées dès lors qu’on ne peut répudier – le terme est fort, mais s’agit-il au fond d’autre chose ? – une femme au motif qu’elle n’est pas vierge au soir de ses noces. Que nous dit le mari, au fond, si ce n’est : « Ma liberté individuelle consiste à exiger et à obtenir que ma femme soit vierge le jour du mariage ».

J’aurais aimé entendre l’avocat du mari disserter sur les menaces graves que l’attitude de son client fait peser sur les libertés individuelles de la femme. Qu’en est-il du respect de la vie privée et de celui de l’intimité, dès lors qu’une femme peut être grossièrement éconduite parce qu’elle n’a pas dûment souillé le drap nuptial ? Et que dire de l’iniquité fondamentale de ses exigences, dès lors qu’aucun homme ne sera jamais sommé – et pour cause – d’exhiber sa virginité au soir de ses noces ?

 

Quant à l’ « intrusion de la notion de laïcité dans la vie de famille en ce qu’elle a de plus intime », là encore, voilà une bien curieuse accusation, dès lors que c’est le mari lui-même qui a jeté en pâture aux tribunaux la non virginité de son épouse en invoquant le mensonge de celle-ci sur ses « qualités essentielles ». Libre à lui de considérer la femme comme un vulgaire kleenex qu’il ne nous viendrait pas à l’esprit d’utiliser en seconde main, mais les tribunaux sont-ils obligés de suivre cette argumentation machiste et qui plus est terriblement insultante pour la jeune femme qu’il avait choisi d’épouser ?

Qui plus est, si on le suit jusqu’au bout, cela signifierait que la sphère familiale est sacro-sainte et que nulle loi ne peut prétendre la régenter. Or, si le respect de la sphère privée est bien évidemment un fondement de tout Etat de droit, il est tout aussi évident que, dès lors que le mariage est une institution étatique, il constitue un contrat qui nécessite le respect d’un minimum de règles, tout comme son annulation.

Non, on ne peut pas épouser un(e) mineur(e). Pas plus qu’on ne peut prendre plusieurs épouses à la fois. S’agit-il là encore d’une intrusion inacceptable dans la vie de famille ?

Au fond, ce que ce monsieur nous dit, c’est qu’il est scandaleux que la justice ne l’autorise pas à jeter sa femme comme un vulgaire kleenex parce qu’elle n’est plus vierge.

 

Eh ben non. Le respect de la dignité humaine s’oppose à ce qu’on traite une femme de cette manière.  

 

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