Respect de la vie privée et antifascisme : la confusion

Publié le par Nadia Geerts

Le 20 novembre dernier, quatre professeurs d’université[1] s’insurgeaient contre la poursuite en justice de Michel Delacroix et de Patrick Cocriamont pour des propos négationnistes tenus, selon eux, en privé. Et sur son blog (http://blogs.politique.eu.org/henrigoldman/20081122_le_senateur_delacroix_et.html), Henri Goldman leur emboîtait le pas, au nom du respect de la vie privée, lequel vaut aussi pour les fascistes. Radouane Bouhlal, Micha Eistenstorg, Albert Gakumba Hangu et Hilda Tchoboian leur répondent aujourd’hui dans Le Soir. Et, une fois n’est pas coutume, je rejoins Radouane Bouhlal et ses compagnons de plume.

 

La petite chanson immonde fredonnée par Delacroix (voir http://nadiageerts.over-blog.com/article-24491122.html) a en effet été filmée à une terrasse de café, ce qui est sans conteste un lieu public. Et les propos négationnistes de Cocriamont ont été tenus dans son bureau du Parlement, lors d’une interview réalisée par un étudiant, dont le travail d’investigation est depuis devenu un livre.

On ne peut donc arguer de la violation de la vie privée pour fustiger la poursuite en justice de ces deux mandataires du Front national – ou plutôt « des » Fronts nationaux. Et assimiler les propos tenus par les deux hommes à des idées simplement « politiquement incorrectes », revient à mettre en question les lois réprimant l’incitation à la haine raciale et le négationnisme. Ce qui est évidemment le droit le plus strict des auteurs, mais ils ne semblent pas vouloir aller jusque là.

Il me semble évident qu’il faut distinguer entre un Michel Delacroix entonnant « Ma petite juive est à Dachau » à la terrasse d’un café, et le même choisissant de pousser la même chansonnette à son domicile, lors d’une soirée bien arrosée avec ses amis frontistes. Si dans les deux cas, le texte est d’un mauvais goût sur lequel il semble inutile de s’appesantir, il n’en reste pas moins que nulle hypothétique caméra cachée ne permet de poursuivre dans le second cas de figure, tant il est vrai qu’en démocratie, la vie privée est protégée par la loi, même pour les fachos. En revanche, il ne faut pas être grand clerc pour saisir qu’une telle chansonnette, entonnée à la terrasse d’un café, contribue de toute évidence, et au minimum, à banaliser le génocide des juifs par les nazis, voire à s’en réjouir, donc à en faire l’apologie en public.

S’il faut certes, comme le soulignaient les quatre professeurs d’université, poursuivre la lutte contre l’extrême droite par d’autres biais que celui-là, cela n’exclut en rien la légitimité des poursuites judiciaires entamées par le MRAX notamment. Et y voir un banal réflexe de bien-pensance me paraît pour le moins excessif, si pas suspect.

J’ajouterai pour terminer que c’est pour le coup faire un bien mauvais procès au MRAX que de lui reprocher son excès de sensibilité à la lutte contre l’antisémitisme, lui qui s’est surtout distingué, ces derniers temps, par sa défense inconditionnelle de l’islam et son hypersensibilité à tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à une attaque à l’encontre de cette religion.

Dérive qu’Anne Morelli avait d’ailleurs elle-même pointée en son temps, écrivant dans une lettre ouverte au MRAX que « Je vous avoue que je me sens de plus en plus détachée de ce Mouvement auquel j’ai tant donné, car je ne me sens plus concernée par ses prises de position communautaristes, sa défense systématique de la religion musulmane et ses exagérations continuelles sur une soi-disant “islamophobie“ menaçante. (…) Le Mrax apparaît à l’extérieur comme un groupement d’autodéfense utilisé par des musulmans avec quelques hommes liges extérieurs ».

 



[1] Anne Morelli, Jean Bricmont, Lieven De Cauter et Rudy Laermans