Bonne fête à tous les moutons !

Publié le par Nadia Geerts

(Et merci à mon ami Thierry, qui m’a inspiré ce titre…)

Je viens de suivre un débat aux allures passablement surréalistes, consacré à une polémique née autour de l’organisation de l’abattage rituel des moutons à Charleroi (http://www.facebook.com/l.php?u=http://telesambre.rtc.be%2Fcontent%2Fview%2F4033%2F1%2F).
En quelques mots, la polémique est la suivante : la ville de Charleroi n’a pu faire en sorte que l’abattage rituel soit organisé le jour exact de la fête du sacrifice, et propose donc un abattage non pas le 8 décembre, mais le lendemain. Ce qui apparaît aux musulmans tout aussi absurde qu’une proposition visant à fêter Noël le 26 décembre, et non le 25. Surréaliste, le débat me l’apparaît en raison du fond même de la question : demain lundi 8 décembre, des milliers de malheureux moutons vont être égorgés face à la Mecque, en présence d’un sacrificateur, et on se demande très sérieusement comment organiser tout cela…

Une fois de plus, l’option de principe – le politique ne se mêle pas de l’organisation de ce qui relève du religieux – entre en conflit entre l’option pragmatique – évitons les abattages à domicile, avec tous les problèmes d’hygiène que ceux-ci soulèvent. Et donc, beaucoup de communes ont choisi l’approche pragmatique et l’organisation de l’abattage. Soit.
Là où je tique, en revanche, c’est lorsque j’entends la conseillère communale Malika El Bourezgui (Ecolo) et l’échevine Latifa Gahouchi (PS), répondant à la question de savoir si une piste de résolution du problème ne consisterait pas à cesser les abattages et à les remplacer par un don en argent ou en nourriture, déclarer avec un bel ensemble que les questions théologiques ne sont pas de leur ressort, et que ce n’est pas au politique d’organiser la manière dont se fête une célébration religieuse.
Moi je veux bien, mais que font-elles d’autre qu’organiser cette festivité ? Mettre des lieux d’abattage temporaire à disposition des musulmans, contacter des sociétés d’abattage privées, accepter ou refuser la mise à disposition de containers, n’est-ce pas, d’une certaine manière, organiser ?
Qui plus est, et sans préjuger des aspects éthiques de l’abattage rituel, il me semble que c’est précisément au politique de déterminer si, et dans quelles conditions, l’achat d’une bête sur pied et son abattage peut être autorisé à des particuliers. Le fait que le motif de l’abattage soit religieux ou non ne devrait pas, me semble-t-il, interférer le moins du monde avec la mission du politique, qui est tout de même de légiférer, ou je me trompe fort. Si demain je décidais que mes convictions m’imposent d’égorger mon chat face à l’Atomium le jour de l’arrivée du Beaujolais nouveau au café des Artistes, j’espère bien que le politique ne détournerait pas les yeux avec embarras, en décrétant qu’il n’a pas à faire de la théologie.
Enfin, une dernière remarque en passant : on a beaucoup entendu, dans cette émission, évoquer le prix de l’abattage d’un mouton, trop élevé aux yeux de certains, et pour lequel d’aucuns voudraient que la commune intervienne. J’aimerais à ce propos qu’on me communique au plus vite les coordonnées de l’échevin de ma commune en charge des fêtes : mon sapin de Noël artificiel sert depuis des années, mais je dois régulièrement racheter des boules – c’est la faute à mon chat, qui les fait régulièrement tomber d’un coup de patte ahuri –, lesquelles coûtent les yeux de la tête. Sans même parler du foie gras et de la dinde, que la tradition m’impose d’ingurgiter chaque année à cette époque.
Allez, là-dessus, bonne fête à tous les moutons !

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