Fatima ? Végétarienne !

Publié le par Nadia Geerts

Une de mes amies a récemment subi une intervention chirurgicale. Dans un hôpital catholique, mais je doute que ce détail ait ici son importance. Pour son malheur, cette amie se prénomme Fatima. Un prénom qui lui a d’emblée valu un traitement « de faveur » à l’hôpital…

Par deux fois, lors des examens préparatoires à son hospitalisation, et ensuite lors de son hospitalisation proprement dite, Fatima s’est ainsi vue attribuer un régime végétarien. Or, nulle raison médicale n’interdisait à Fatima de consommer de la viande. Aussi s’est-elle étonnée de ce menu végétarien qui lui avait été assigné. Et les infirmières de s’étonner à leur tour : quoi ? Fatima voulait manger de tout ? Oui, de tout. Même du porc ? Oui, même du porc : un menu NORMAL.
De l’aveu même des infirmières, c’est le prénom de mon amie qui lui a valu ce régime particulier : avec un tel prénom, n’est-ce pas, elle ne pouvait être que musulmane ! Et une musulmane, comme chacun sait, non seulement ne mange pas de porc, mais encore rien qui ne soit estampillé hallal !
Pourtant, Fatima n’est pas rentrée inconsciente à l’hôpital. Il aurait donc été très simple de lui poser la question – non pas spécifiquement à elle, en tant que supposée musulmane, mais comme à chacun des patients – de ce qu’elle souhaitait manger. Mais non. Visiblement, cela n’a pas été jugé utile, tant il était évident que Fatima = musulmane = nourriture hallal = menu végétarien.

Soit. Finalement, elle reçoit le fameux questionnaire qui demande notamment aux patients quel type de menu ils souhaitent recevoir pendant leur séjour à l’hôpital. Là, nouvelle surprise : on veut savoir quelle est sa confession. Là encore, Fatima s’insurge : ça ne regarde personne. Étonnement du personnel hospitalier : c’est pour le cas où il arriverait quelque chose, qu’on sache s’il faut appeler l’imam, le curé ou que sais-je encore. Nouvelles protestations de Fatima : s’il lui arrivait quelque chose, sa famille est au courant de ses volontés. Et d’ailleurs, une fois encore, quand bien même serait-elle musulmane, cela impliquerait-il nécessairement qu’elle souhaite la présence d’un imam ?

Bon, Fatima rentre à la maison. Une infirmière vient à domicile tous les jours. Et un jour, ayant un empêchement, elle demande à Fatima si cela lui poserait un problème que ce soit un homme qui s’occupe d’elle le lendemain. L’ahurissement de Fatima fait plaisir à voir : « Un infirmier, voulez-vous dire ? ». Oui, un infirmier, bien sûr. Pourquoi, dans ce cas, demande Fatima, m’opposerais-je à sa venue ? C’est son métier de soigner les gens, n’est-ce pas ?
- C’est que, vous comprenez, comme vous vous appelez Fatima…
Au nom de la tolérance, de l’ouverture d’esprit et de choses de ce genre, voilà donc des gens qui, en toute bienveillance, enferment Fatima dans une identité qui n’est pas la sienne, présupposant non seulement qu’elle est musulmane, mais encore qu’elle a peut-être une vision rigoriste de l’islam, qui lui interdit d’être soignée par un homme.
Aurait-on posé ces questions à une Marie-Dominique ou à un Elie ? Leur aurait-on demandé s’ils pratiquaient le carême ou mangeaient casher ? Les aurait-on, à coup de bons sentiments, enfermés dans leur soi-disant communauté ?

Publié dans Laïcité - religions