Déconfessionnaliser les congés scolaires ?

Publié le par Nadia Geerts

Je viens de visionner le débat qui a eu lieu mercredi dernier sur télé-Bruxelles (http://www.telebruxelles.net/portail/content/view/5079/321) à propos de l’Aïd, et plus largement de la question du calendrier des congés confessionnels. Étaient présents sur le plateau Benoît Cerexhe, Ahmed Mehdoune, Georges Verzin et Isabelle Praile. Quelques réflexions suite à leurs interventions.

 

Face à Georges Verzin, échevin de l’instruction publique à Schaerbeek et défendant une conception de l’école « sanctuaire » à préserver de l’immixtion de la sphère privée, à laquelle devrait rester confinée la croyance religieuse, j’ai été fort étonnée d’entendre Benoît Cérexhe défendre l’idée de jours fériés scolaire à déterminer localement par les écoles, en fonction de leur composition. Autrement dit, si j’ai bien compris Monsieur Cérexhe, une école à forte population musulmane pourrait organiser une conférence pédagogique le jour de l’Aïd, tandis qu’une autre, où les musulmans seraient peu nombreux, donnerait cours normalement ce jour-là. Tout cela est fort bien. Sauf que dans ce cas de figure, Monsieur Cérexhe a-t-il mesuré le risque de ghettoïsation que ce type de mesure engendrerait ? Il y aurait ainsi, au sein-même de l’enseignement officiel, des écoles « musulmans-friendly », et d’autres, peut-être « juives-friendly » ou « catholiques-friendly », pour la seule raison que les membres de cette confession religieuse y seraient plus représentés qu’ailleurs. Bref, il deviendrait préférable, lorsqu’on est musulman (ou juif, ou catholique, ou orthodoxe, etc.) de fréquenter une école dans laquelle se trouvent déjà beaucoup d’élèves de la même confession !

Quant à Ahmed Mehdoune, il n’a pas hésité à parler des risques de « blessure psychologique importante » dans le cas où un élève serait sanctionné pour une absence en raison de fête religieuse… Une réflexion à mettre en parallèle avec les propos de Chemsi Cheref-Khan, lequel déclarait dans une interview que rien n’imposait qu’une fête religieuse soit fêtée précisément un tel jour plutôt qu’un autre, et enjoignait donc les musulmans, par exemple, à fêter l’Aïd cette année le week-end précédent ou le soir, plutôt que le 8 décembre en journée.

Isabelle Praile, vice-présidente de l’exécutif des musulmans, ne s’est pas prononcée sur cette possibilité, mais a consacré l’essentiel de ses interventions à plaider en faveur de l’instauration d’ « accommodements raisonnables », pour que « tout le monde s’y retrouve ».

Reste le constat posé par Benoît Cérexhe : sur dix jours de congé légaux, quatre sont des congés « civils », et six d’inspiration chrétienne. Si l’on peut considérer que la fête de Noël est aujourd’hui largement partagée par les habitants de ce pays, quelle que soit leur (non) confession, et qui plus est tombe à une période de l’année où une période de respiration scolaire est bienvenue, il n’en reste pas moins cinq jours d’inspiration catholique (l’Ascension, la Pentecôte, l’Assomption, Pâques et… le mardi gras ?) dont on peut se demander pour quelle raison ils sont aujourd’hui encore comptabilisés comme des congés légaux, étant donné l’évolution sociologique de notre société.

Face à ce constat, faut-il, comme le demande Georges Verzin, supprimer toute référence religieuse du calendrier des congés scolaires, ou au contraire accorder une place à chaque confession par l’introduction d’un jour de congé « religieusement estampillé » pour tous les élèves ? Si les deux pistes me semblent défendables, celle qui consiste à moduler de simili congés scolaires (sous forme de « conférences pédagogiques ») en fonction du public majoritaire d’une école me paraît de toute évidence à rejeter, du moins si nous ne voulons pas que se créent demain des écoles confessionnelles « de fait ».

 

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