Choisir son camp ?

Publié le par Nadia Geerts

Ce texte a été publié dans Le Soir et La Libre Belgique.


Mon article précédent a, il fallait s’en douter, susciter de nombreuses réactions, ainsi que son lot d’anathèmes. Je reçois aussi des invitations à manifester, tantôt en faveur du peuple palestinien, tantôt en soutien à l’Etat d’Israël. Plus que jamais, il semble qu’il faille choisir son camp…

 

Personnellement, je commencerai par dire ceci :

Si être pro-palestinienne, c’est être favorable à la création d’un Etat palestinien indépendant à côté d’Israël, si c’est être bouleversée par les conditions de vie épouvantables des Gazouis, si c’est souhaiter la fin rapide et durable des bombardements israéliens, alors je suis pro-palestinienne.

Si être sioniste, c’est être partisane de l’existence d’un Etat israélien à côté d’un Etat palestinien, si c’est se préoccuper du sort de la population israélienne au prise avec des tirs de roquette réguliers, si c’est souhaiter la fin rapide et durable de ceux-ci, alors je suis sioniste.

 

Mais si être pro-palestinienne, c’est soutenir le Hamas aujourd’hui, le Hezbollah hier, nier toute responsabilité des pays arabes dans les soixante années de conflit israélo-palestinien, appeler à la guerre sainte et à l’éradication de l’Etat d’Israël, fermer les yeux sur la recrudescence des actes antisémites, alors je ne suis pas pro-palestinienne.

Et si être sioniste, c’est accorder mon soutien inconditionnel à la politique israélienne, notamment approuver les colonies de peuplement, alors je ne suis pas sioniste.

 

Cela étant, je pense que l’essentiel aujourd’hui, lorsqu’on vit à plusieurs milliers de kilomètres de Gaza, n’est pas de choisir son camp de manière manichéenne, mais de soutenir de toutes nos forces tous ceux qui, Arabes ou Israéliens, musulmans ou juifs – ou rien de tout cela d’ailleurs – travaillent à la paix et au dialogue, et de promouvoir ces derniers.

Soutenir efficacement les Palestiniens, ce n’est certainement pas soutenir le Hamas, ce mouvement qui appelle à l’extermination des Juifs et explique dans son article 13 que : « Il n'y aura de solution à la cause palestinienne que par le jihad. Quant aux initiatives, propositions et autres confé­rences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles. Le peuple palestinien a trop d'honneur pour dilapider son avenir, son droit et son destin en activités futiles. ».

Soutenir efficacement les Israéliens, ce n’est certainement pas blanchir leur gouvernement de toute responsabilité ni négliger les effets désastreux d’une politique expansionniste qui crée frustrations, haine et terrorisme.

 

Aussi, personnellement, n’accepterai-je de manifester ni de signer aucun texte qui ne témoignera pas de son soutien de principe à la fois à un Etat palestinien et à un Etat israélien, en appelant chacune des parties à faire un pas pour la construction d’une paix juste et durable. C’est ce qu’on peut appeler une position « symétrique », attitude qui choque certains de mes amis pro-palestiniens. Elle est justifiée à mes yeux par le fait qu’on ne sortira pas de ce conflit en tentant de désigner le coupable, mais en tentant d’aller de l’avant. Autrement dit vers la paix, avec l’aide de la communauté internationale.

Publié dans Société