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Agenda

Le 6 mars 2013: conférence à Virton à 20h sur le thème "Lutter contre l'islamisme, est-ce faire le lit de l'extrême droite ?" A la salle « Nos Loisirs », rue Léon Colleaux à Saint-Mard (Virton). Participation aux frais : adultes : 3 euros ? étudiants : 1 euro. Renseignements: 063/57 93 55

Le 7 mars 2013: séance de signatures de "La neutralité n'est pas neutre !" à la Foire du Livre de Bruxelles, de 17 à 18h, sur le stand La Muette/Interforum.

Le 8 mars 2013 à 20h: Journée internationale des droits des femmes à Neupré. "Femmes des années 2000: Anne-Joëlle Philippart, Nadia Geerts et Natacha Kowalski". "La soirée sera colorée musicalement par le récital "Portraits de Femmes", kaléidoscope lyrique autour des grandes figures amoureuses et romantiques de l'Opéra et de la mélodie..."

Le 20 mars 2013 à 19h : Conférence-débat "L'égalité hommes-femmes au regard de la laïcité de l'Etat", organisée par les Femmes MR de Schaerbeek. Intervenants: Nadia Geerts, (auteure, initiatrice du R.A.P.P.E.L, professeur de philosophie); Viviane Teitelbaum (auteure, députée MR, Présidente du Conseil des Femmes, licenciée en journalisme et relations internationales); Georges Verzin (chef de groupe MR au conseil communal de Schaerbeek, licencié en sciences politiques, diplomatiques et financières, également actif au sein du R.AP.P.E.L.).  Au Centre culturel de Schaerbeek, rue de Locht 91-93 à 1030 Schaerbeek.

Le 23 mars 2013 à 11h30, conférence et vin philo sur le thème "Liberté et transgression", dans le cadre du Festival Philo Escales à la Ferme du Biéreau, Louvain-la-Neuve. Plus d'infos sur http://www.escales.be/LIBERTE-ET-TRANSGRESSION-par-Nadia-Geerts-Conference-Vin-philo_a74.html

Texte Libre

Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 17:12

J’ai visionné hier la version courte (32 minutes) d’un film réalisé par Zuhdi Jasser, un médecin musulman américain qui lutte contre l’islam radical (http://blip.tv/play/AdmXMI6nSg). Un film qui pose des questions dérangeantes.

 

Parmi celles-ci, une question lancinante : pourquoi les musulmans n’ont-ils pas manifesté en masse suite aux attentats du 11 septembre, de Madrid, de Londres, etc. ?

Longtemps, cette question m’a agacée. Je considérais en effet comme profondément malsain de demander systématiquement aux musulmans de se sentir concernés par ce que des fous dangereux commettaient au nom de l’islam. J’estimais, et j’estime toujours, que ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on doit se sentir concerné chaque fois qu’un musulman dit ou fait un pas de travers, ce pas fût-il parfois énorme, monstrueux. Quand Geneviève Lhermitte assassine ses cinq enfants, on ne vient pas me trouver pour me demander ce que j’en pense en tant que femme ou que mère, on n’attend pas des mères de familles de la Belgique entière qu’elles descendent dans la rue pour protester contre cet acte horrible, histoire de bien montrer qu’elles n’approuvent pas. Quand Joe Van Holsbeek est assassiné par deux jeunes garçons, on ne demande pas à tous les jeunes adolescents de manifester publiquement leur désapprobation vis-à-vis de cet acte, sous prétexte qu’il aurait été commis par deux jeunes, comme eux.

Bref, il me semblait qu’il y avait dans cette volonté de voir les musulmans se prononcer contre le terrorisme islamique une sorte de suspicion fondamentale, comme si tout musulman qui ne dirait pas haut et fort « pas en mon nom ! » était d’emblée suspect de sympathie envers le terrorisme.

La perspective humaniste dont je me réclame exige au contraire de considérer les êtres humains d’abord en tant qu’êtres humains, et non en tant que membres d’une communauté. Et j’estime donc que les musulmans ont le droit de se sentir aussi peu concernés par les agissements de quelques fanatiques que les juifs par la politique israélienne ou les athées par les persécutions religieuses orchestrées dans certains Etats communistes.

 

Cependant, il faut bien constater que le ressort communautariste fonctionne à merveille, en d’autres occasions. Il suffit de voir la capacité de mobilisation des musulmans d’Europe et d’ailleurs à l’occasion de la publication des caricatures de Mahomet par le Jyllands-Posten : des milliers de manifestants sont alors descendus dans les rues pour protester contre ce qu’ils considéraient comme un outrage à leur religion. De la même manière, lors des manifestations contre l’agression militaire israélienne à Gaza, un nombre considérable de musulmans sont descendus dans les rues. Certains, très certainement, étaient animés d’une authentique démarche citoyenne, mais on ne peut ignorer que d’autres étaient avant tout mobilisés en tant que musulmans, ce que reflétaient leurs slogans d’appel au djihad ou de soutien au Hezbollah ou au Hamas.

Or, s’il n’y a évidemment rien de répréhensible à se sentir particulièrement concerné par des événements en tant que musulman, il est étonnant que tant de musulmans estiment nécessaire de clamer leur indignation contre des caricatures, mais ne jugent pas utile de protester quand on tue au nom de la religion dont ils se réclament.

 

Mon propos n’est pas de tirer la conclusion chère à l’extrême droite selon laquelle l’islam serait par essence une religion barbare, et les musulmans des brutes fanatisées. Je suis en effet persuadée que nombreux doivent être les musulmans non radicaux, qui désapprouvent totalement les attentats suicide, le terrorisme, la lapidation et autres horreurs commises au nom de leur religion. Mais pourquoi ne les entend-on pas ?

 

J’ai une hypothèse à cet égard. Une hypothèse dont je reconnais qu’elle n’a rien de scientifique, mais qui naît du constat que, manifestement, il n’est pas simple, aujourd’hui, d’être musulman progressiste, démocrate, laïque, féministe, etc. Combien de fois n’ai-je en effet pas recueilli le témoignage de gens qui, étant de culture musulmane, se plaignaient de leur difficulté à faire admettre par leurs pairs qu’ils ne faisaient pas le ramadan, ne portaient pas le voile, mangeaient du porc ou de la nourriture non hallal, etc. ?

Mon hypothèse et donc la suivante : face au regain de radicalisme religieux, particulièrement au sein de l’islam, n’y a-t-il pas, au fond, que trois issues pour les musulmans : se radicaliser à leur tour, rejeter l’islam en bloc, ou… se faire tout petits en attendant que ça passe.

 

Le problème est que « ça » ne passera pas. L’islamisme est fort, aujourd’hui, de cette terreur qu’il impose à ceux qui pensent autrement. On l’a vu ou on le voit encore en Algérie, en Afghanistan, en Iran, au Yémen, … Chez nous, nous avons la chance de bénéficier d’un cadre démocratique. Ce même cadre qu’utilisent les extrémistes de tous poils pour véhiculer leurs idées doit impérativement servir aussi à ceux qui les refusent. Nous ne pouvons accepter que la parole « musulmane » soit confisquée par les intégristes. Il est urgent que les voix des musulmans démocrates se fassent entendre. Leur silence est du pain-béni pour l’extrême-droite et pour l’islamisme.

 

Cependant, il faut pour cela avoir le courage d’affronter le jugement des « pairs ». Or, tout se passe aujourd’hui comme s’il était plus simple de développer une solidarité inconditionnelle avec la « communauté musulmane », comme si le risque majeur était, outre le fait d’être rejeté par elle en tant que « traître », de renforcer le climat « islamophobe » ambiant : face aux nombreuses critiques dont fait l’objet l’islam radical, face au racisme anti-Arabes aussi, peut-être nombre de musulmans ont-ils le sentiment qu’ils n’ont pas le droit d’en rajouter, intériorisant d’ailleurs ainsi l’accusation de traîtrise : « face à l’adversité (réelle ou supposée), nous devons restés soudés », voilà peut-être le leitmotiv du comportement de nombre de musulmans.

Le problème étant évidemment que c’est précisément cette apparence de cohésion inter-musulmans qui alimente tous les fantasmes d’un islam radical homogène.

Comment mieux démontrer les ravages du communautarisme, qui profite aux radicaux et entraîne les démocrates dans l’opprobre jetée sur les premiers ?

 

Par Nadia Geerts - Publié dans : Laïcité - religions
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Commentaires

Allez, pour votre instruction, qui en a bien besoin...

« Nous sommes entrés dans une nouvelle période de l’histoire du terrorisme. Moins régionale et nationale, cette nouvelle phase est caractérisée par un terrorisme suicidaire, des attentats menés par des terroristes qui cherchent à infliger volontairement des dommages massifs à des civils et qui appartiennent à des groupes qui n’ont aucun intérêt à la négociation (1). » A la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, Mme Eliza Manningham-Buller, directrice générale du Security Service britannique (MI5), résumait ainsi fidèlement les difficultés politiques que les groupes de type Al-Qaida posent aux autorités et aux services de renseignement occidentaux.

La lutte contre le « terrorisme » n’est en effet pas aussi univoque que pourraient le laisser penser les viriles déclarations de fermeté de nombre de ministres de l’intérieur (on se souvient du « il faut terroriser les terroristes » de M. Charles Pasqua). Elle résulte au contraire de multiples transactions entre les gouvernements, les agences de renseignement et les groupes clandestins, dans lesquelles chacun fait jouer ses intérêts politiques ou organisationnels, et tente d’imposer sa « vérité ».

Ainsi le « terrorisme » ne décrit pas une réalité objective qui s’imposerait à tous. L’armée allemande utilisait ce terme pour parler des résistants français, la Russie le fait pour les combattants tchétchènes et aucun groupe clandestin ne se revendique comme tel, préférant selon les cas « combattants de la liberté », « nationalistes », « avant-garde du prolétariat », « soldats de l’islam », etc. L’apposition du label « terrorisme » n’est de la sorte qu’un instrument de délégitimation de certains mouvements et de leurs revendications.

Vecteur de la violence d’Etat

C’est ce qui explique à la fois l’impossibilité d’arriver à une définition unanime dans le temps et dans l’espace et les stratégies différentes qui sont employées par les gouvernements pour y faire face : non-intervention, pression, négociation, répression policière, voire action militaire. Ces réponses dépendent des rapports de forces politiques entre les parties en présence, de leur évolution, comme des objectifs des groupes clandestins et de leurs modes d’action.

Dans la régulation de cette violence politique, les services de renseignement occupent une place centrale. Leur travail de repérage, d’identification et de surveillance offre aux autorités des informations leur permettant d’anticiper l’apparition et l’évolution d’une crise, d’élire des interlocuteurs, ou d’être au courant des stratégies de leurs adversaires. Mais leur rôle ne se borne pas, tant s’en faut, à celui de simples outils au service de la décision politique. De la disqualification publique de certains groupes au sabotage de leurs actions ou à la destruction – morale, et dans certains cas, physique – de leurs leaders, en passant par la démoralisation des militants ou l’exacerbation des tensions internes, les stratégies qu’ils utilisent sont nombreuses (2).

Dans le cas des renseignements généraux (RG) français, ce fut même l’objet exclusif de certaines sections, aux méthodes discrètes et parfois illégales, comme la section manipulation, le groupe des enquêtes réservées, ou de cellules opérationnelles plus informelles. En Espagne, le Cesid appuya les groupes antiterroristes de libération (GAL), qui assassinèrent des réfugiés basques, en France, à la fin des années 1980 ; en Grande-Bretagne, des services de renseignement participèrent à l’élaboration des pratiques de « shoot to kill » destinées à éliminer des militants présumés de l’Armée républicaine irlandaise (IRA). Ils sont de la sorte un vecteur – partiellement autonome – de l’exercice de la violence d’Etat, dont l’action influe tant sur les stratégies des groupes clandestins que sur celles des autorités.

Plus encore, leur travail routinier de sélection des informations, d’analyse, d’interprétation et de prospective participe à la délimitation du jeu politique. En qualifiant ou en disqualifiant certains interlocuteurs sur la base de leurs propres appréciations, les services de renseignement leur permettent ou non d’y participer. Ils apparaissent ainsi comme des gardiens – souvent méconnus – de l’ordre politique, et leurs modes de perception pèsent sur sa définition et son fonctionnement.

Par-delà leur diversité, les membres des services de renseignement ont en commun d’accorder une place centrale aux rapports de forces politiques. Leurs principes d’action s’opposent à ceux du monde judiciaire, pour lequel le rapport au droit (à la loi) est central. Même dans le cas où ces agents sont des policiers, ce qui les éloigne de leurs collègues des services de police judiciaire ou des polices urbaines est plus qu’une différence de missions. Réalisant l’essentiel de leur carrière professionnelle au sein même des services de renseignement, ils vont en intérioriser les pratiques, les routines bureaucratiques et les visions du monde héritées de leur histoire.

Cet apprentissage fabrique des dispositions spécifiques, qui se caractérisent par un intérêt pour le jeu politique, une maîtrise pratique de ses enjeux, et par un attachement à l’ordre légitime et à sa conservation. Elles sont une importation des logiques du soupçon propres aux policiers en général dans l’activité politique et expliquent la récurrence des explications en termes de « complot » et de « manipulation ».

Au prisme d’une vision menaçante

L’une des manifestations les plus claires de ces dispositions est le degré d’organisation que les services de renseignement prêtent à leurs adversaires dans leurs rapports et leurs synthèses. Ils ont tendance à voir derrière la moindre initiative locale un élément d’une stratégie politique globale, et à considérer des groupes ou des individus autonomes comme les agents d’une organisation occulte et structurée. Directeur des RG de 1992 à 2004, M. Yves Bertrand commentait en ces termes la surveillance des discours tenus dans les mosquées : « Nous avons par exemple été particulièrement vigilants après les attentats du 11 septembre 2001. Nombre d’observateurs s’attendaient à des dérapages nombreux (...). Curieusement, les responsables des mosquées et des associations ont très bien contrôlé leurs troupes ; ce qui, d’ailleurs, n’est pas pour nous rassurer. Cela signifie (...) que la communauté est très bien contrôlée par ces associations  (3). »

Dans ce type d’analyse, le calme est pire que la tempête, car il dissimulerait quelque chose de plus inquiétant. Au prisme de cette vision menaçante du monde et de la prédominance donnée au caché sur le visible, la réprobation quasi unanime de ces actes sanglants devient ainsi une préoccupation supplémentaire, qui constitue une nouvelle justification de leur travail de surveillance. Si elle n’est pas forcément cynique, cette volonté de « grandir » la menace assure aux agents de renseignement de forts profits, tant matériels (moyens, budget) que symboliques (importance des services, reconnaissance personnelle).

En ce qui concerne l’islam, la surveillance des communautés musulmanes, et notamment des lieux de culte, des leaders et des associations religieuses, ne date pas des attentats contre le World Trade Center et le Pentagone. Elle constitue l’une des routines du contre-espionnage, les services d’un certain nombre de pays d’émigration (notamment du Maghreb) utilisant depuis longtemps les infrastructures religieuses pour contrôler leurs exilés.

Mais l’intérêt des agences de renseignement occidentales pour les communautés musulmanes va prendre une tournure assez différente à la suite d’un certain nombre d’événements internationaux liés à l’islamisme politique. En France, les principales étapes du développement des sections spécialisées ont été la révolution iranienne de 1979, la situation au Proche-Orient, les attentats du réseau Fouad Ali Saleh de 1985-1986, et surtout la guerre en Algérie après juin 1991, qui devait déboucher sur une nouvelle vague d’attentats en 1995. Les services de renseignement vont de la sorte concentrer leur attention sur les activités des groupes islamistes armés (algériens essentiellement), que ce soit pour contrer leurs velléités d’actions violentes sur le territoire ou pour perturber le travail logistique qu’ils peuvent y mener (propagande, recrutement, circuits de financement, etc.).

En Grande-Bretagne, l’attention de ces services pour les musulmans vient de l’afflux de réfugiés pakistanais, ou de Frères musulmans pourchassés dans les anciennes colonies britanniques. Elle resta cependant longtemps marginale en raison de la focalisation sur le conflit nord-irlandais. En Espagne, le changement est plus récent encore, la question basque ayant jusqu’à une date récente occupé la quasi-totalité de l’énergie des services.

Les attentats du 11 septembre 2001 et du 11 mars 2004 ont de la sorte réorienté à des degrés divers l’activité de ces agences. Mais, surtout, ils ont sérieusement modifié les modes historiquement constitués de régulation de la violence politique auxquels les agences étaient habituées. C’est d’abord l’irruption brutale en temps de paix, sur le territoire d’un Etat occidental, de crimes de masse, indifférents à la qualité (sociale, politique, voire confessionnelle) des victimes. Plus encore, ces attentats subvertissent les principes de vision et de division fondamentaux du champ politique. Les groupes qui en sont à l’origine ne s’appuient pas sur des bases et des revendications ethno-nationalistes ou de classe, qui, jusque-là, structuraient la violence politique, et continuent de le faire dans de nombreux conflits, y compris dans ceux qui impliquent des mouvements radicaux musulmans (en Palestine ou en Tchétchénie, par exemple).

Non seulement les mouvements se réclamant d’Al-Qaida semblent faire fi des traditionnels processus politiques de négociation, mais leur autonomie, tant tactique que stratégique, et leur absence de base territoriale ou sociale compliquent largement la construction de cet échange. A la différence d’autres groupes clandestins, pour lesquels les services de renseignement avaient des interlocuteurs identifiables – liés aux mouvements eux-mêmes, à des vitrines politiques, ou à des gouvernements leur apportant leur soutien –, ce type d’organisations apparaît comme un « ennemi anonyme et sans visage (4) ».

Il s’agit donc de repérer au sein des communautés musulmanes quels sont les individus susceptibles de rejoindre les rangs des groupes radicaux. S’ils continuent à surveiller les mosquées, les prêches, les associations culturelles, etc., certains services de renseignement vont avoir de plus en plus recours à l’élaboration de « profils », de « figures » typiques. Fondant leur travail sur des études de cas d’individus impliqués dans des actions clandestines, ils vont élaborer des trajectoires sociales modales et apporter une vigilance particulière aux activités de ceux qui répondent à ces propriétés.

C’est ainsi qu’une origine étrangère (et particulièrement d’un pays musulman), un niveau d’études relativement élevé, la fréquentation de telle ou telle association ou mosquée (« fondamentaliste » ou « salafiste » surtout), des voyages fréquents, une rupture professionnelle et des séjours à l’étranger, etc. déclenchent presque automatiquement l’attention des agences de renseignement. Il en va de même pour les « convertis », qui deviennent la métaphore de l’ennemi invisible, fondu dans la population et bénéficiant de tous les avantages que procure la nationalité (libre circulation, protection juridique, facilités administratives, etc.).

En ligne de mire, l’islam

La difficulté de la tâche, alliée à l’inquiétude légitime des différents gouvernements face à cette menace et à leur relatif désarroi pour y faire face, expliquent et légitiment les plaidoyers pour la limitation des libertés et la mise en place de moyens d’exception, qu’ils soient policiers ou judiciaires (5).

A bien des égards, on pourrait dire que l’on assiste à une reconfiguration de l’équilibre entre les logiques du renseignement (la suspicion) et celles du judiciaire (l’administration de la preuve). La figure du suspect devient plus importante que celle du coupable. Le camp de Guantanamo incarne l’exemple le plus frappant de ces logiques de renseignement : enfermer des individus pour leur soutirer des informations en s’affranchissant des garanties juridiques élémentaires qui les protègent. Mais, pour extrême qu’il soit, cet exemple n’est pas isolé. En Grande-Bretagne, l’Anti-terrorism, Crime and Security Act, modifié en décembre 2001, a permis la mise en détention illimitée de personnes suspectes d’être des terroristes internationaux sans que leur culpabilité ait été juridiquement établie (voir Un contrôle incontrôlable).

En France, l’application très extensive de la législation antiterroriste de 1986 (et notamment les incriminations d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ») permet des stratégies dites du « coup de pied dans la fourmilière », qui consistent à arrêter massivement des individus qui pourraient entretenir un lien avec des groupes clandestins afin de « désorganiser les réseaux ». Et peu importe si l’immense majorité, après avoir passé jusqu’à vingt-quatre mois en détention préventive, est innocentée lors des procès. En règle générale, en matière de « terrorisme islamiste », le rapport entre le nombre d’arrestations, le nombre d’inculpations et de culpabilités avérées est totalement disproportionné.

Mais la suspicion ne s’arrête pas à la lutte antiterroriste, elle s’étend également à la loyauté des communautés musulmanes, particulièrement en France. Passé au prisme des dispositions antisubversives des agents des services de renseignement, tout élément, fait ou activité culturelle et religieuse va être relié à des velléités politiques de subversion de l’ordre établi provenant d’organisations structurées et avançant masquées.

C’est ainsi que les services français portent une attention particulière aux groupes musulmans prosélytes, tels que la Jama’a at-Tabligh, qui prêchent dans les quartiers populaires. De la même manière, ils sont attentifs au rôle que peuvent jouer certaines associations ou leaders religieux dans l’apaisement des tensions au sein d’une cité. Ne pouvant toutefois mesurer l’impact direct de ces influences, ils vont recourir à la notion vague de « communautarisme », censée menacer l’unité républicaine par l’exaltation d’une identité « musulmane ».

Les RG français ont même élaboré une grille de comptabilité du repli communautaire des quartiers, sur la base de huit indicateurs : « nombre important de familles d’origine immigrée, pratiquant parfois la polygamie » ; « tissu associatif communautaire » ; « présence de commerces ethniques » ; « multiplication des lieux de culte musulman » ; « port d’habits orientaux et religieux » ; « graffitis antisémites et anti-occidentaux » ; « existence, au sein des écoles, de classes regroupant des primo-arrivants, ne parlant pas français » ; « difficulté à maintenir une présence de Français d’origine ». Ces indicateurs réactivent l’image de l’intégration républicaine, liée au modèle historique de développement de l’Etat, et caractérisée par l’effacement des différences régionales et culturelles. Ils permettent ainsi de rappeler à l’ordre tout ce qui semble contester ce modèle de référence.

Or, il importe d’être particulièrement prudent. Les adhésions religieuses peuvent revêtir les formes les plus diverses. Il existe un ensemble de positions qui se déclinent sur un axe allant d’un pôle spirituel à un pôle plus culturel. Ces positions renvoient à des motivations très différentes et génèrent des pratiques, des comportements et des usages sociaux de l’islam sans lien entre eux.

Quoi de commun entre un(e) étudiant(e) féru(e) de théologie et un(e) adolescent(e) en situation de déqualification sociale, qui se « bricole » une identité visant à restaurer des formes de dignité personnelle, et dans lesquelles l’islam peut jouer un rôle (6) ? Quoi de commun entre la diabolisation de l’Occident prêchée par certains leaders religieux, les critiques de la politique israélienne menées par des associations communautaires, et la radicalité du discours de certains jeunes de cités qui, de la même manière que des ouvriers précarisés vont voter pour le Front national pour marquer une ultime frontière avec le groupe dans lequel ils appréhendent de tomber, vont rejeter sur les « femmes », les « juifs » ou « l’Occident » la responsabilité de leur situation actuelle ? Rien. Les logiques, les mobiles et les manifestations sont différents. Chacun peut bien sûr donner lieu à des actes ou des gestes intolérables, qu’il faut combattre, mais sans faire d’amalgame et sans tout mélanger.

Ce que s’empressent de ne pas faire nombre de marchands de peur intéressés à produire une image apocalyptique du monde, qui sert leurs intérêts économiques ou politiques. Alors que les travaux sur des individus qui sont entrés dans l’action violente insistent sur la singularité des trajectoires et des histoires de vie qui ont conduit au passage à l’acte (7), MM. Alain Bauer et Xavier Raufer, parmi d’autres, n’hésitent pas à faire d’un incendie volontaire un « attentat de basse intensité », ou encore à affirmer qu’« à partir de ces zones de non-droit inaccessibles aux forces de l’ordre et grouillant d’armes de guerre, assurer la logistique d’un réseau terroriste est stricto sensu un jeu d’enfant (8 ».

Ces explications télescopent l’image d’une religion conquérante, homogène et guerrière, construite dans certains cénacles stratégistes en mal d’ennemi global après la chute de l’URSS (9) et l’essor relatif des revendications liées à l’exercice du culte musulman dans les pays occidentaux, pour les agréger dans une même totalité menaçante.

Quant à la critique du « communautarisme » telle qu’elle se développe dans les discours d’Etat, elle pourrait bien n’être qu’une manière de s’exonérer à bon compte des effets dévastateurs des politiques économiques et sociales qui sont conduites depuis une vingtaine d’années. En 2004, 33 % des 20-29 ans résidant des zones urbaines sensibles (ZUS) étaient chômeurs ou inactifs (sans être en formation), contre 12 % au niveau national. Les immigrés non européens qui y vivent ont 17,2 fois moins de chances de trouver un emploi que leurs homologues nationaux (10). Si l’on ajoute à cela l’absence de droits politiques des uns, l’auto-exclusion des autres due au creusement de la distance entre les partis politiques (de gauche notamment) et les milieux populaires, des services publics dégradés, de multiples formes quotidiennes de discrimination, des contrôles policiers à répétition et des dénis de justice, les cris d’orfraie sur le danger « communautariste » pourraient prêter à sourire. En passant sous silence les conditions de précarité des quartiers (et leur origine), ce thème permet une condamnation morale de formes d’adaptations individuelles et collectives à la misère, et la mobilisation au nom d’un projet républicain idéalisé, dont on occulte soigneusement les manquements en termes d’égalité.

Question sociale masquée

Soit sous l’angle du « terrorisme » soit sous celui du « communautarisme », l’islam apparaît donc aujourd’hui comme un projet global de subversion susceptible de se substituer au communisme, frappé par les restructurations du capitalisme post-fordiste et l’effondrement de l’URSS. Il cumule en effet une dimension transnationale (cohérente avec la manipulation étrangère) et de fortes communautés implantées dans les Etats occidentaux, mais occupant des positions basses dans les hiérarchies sociales.

Ces interprétations proviennent directement du travail des services de renseignement et des dispositions de leurs agents. Et leur succès s’explique tant par les positions institutionnelles qu’ils occupent au sein de la division du travail politique que par le discours de certains groupes religieux, ayant également intérêt à une polarisation des positions, qui les crédite de forces, d’un poids et d’une crédibilité qu’ils n’ont pas. Mais, n’en déplaise aux uns comme aux autres, immigré(e) ne veut pas dire musulman(e) et musulman(e) ne veut pas dire militant(e) politique de l’islam.

Les reformulations intéressées de la question sociale en question de sécurité ou en question religieuse permettent d’occulter les fondements des difficultés réelles que connaissent aujourd’hui les classes populaires, laminées politiquement et socialement par des décennies de réformes néo-libérales. Elles redéfinissent – et installent – des lignes de clivage en leur sein qui rendent plus difficile encore la reconquête collective d’un avenir meilleur. Mais est-ce bien là leur projet ?

Avec la disparition du « péril communiste » et de l’« empire du Mal », les services de renseignement européens et américains ont été privés d’un ennemi qui justifiait leur existence et leur budget substantiel. S’appuyant sur les activités de groupes terroristes hétérogènes et disparates, ils ont, notamment depuis le 11-Septembre, construit un nouvel ennemi stratégique, disposant d’une vision globale, qui mettrait en danger les valeurs fondamentales de la liberté et de la démocratie.

Laurent Bonelli.
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Lire aussi : Un contrôle incontrôlable

(1) « Global terrorism : are we meeting the challenge ? », conférence au City of London Police Headquarters, octobre 2003. Cette enquête comparative porte sur des services de renseignement français : renseignements généraux (RG) et direction de la surveillance du territoire (DST) ; britanniques : Security Service et Special Branch (SO12) et espagnols : Comisaría general de información (CGI) et Centro nacional de intelligencia (CNI), qui prend la suite en 2002 du Centro superior de información de la defensa (Cesid).

(2) Gary T. Marx, Undercover. Police Surveillance in America. University of California Press, Berkeley, 1988.

(3) Souligné par l’auteur. Rapport de M. Jean-Louis Debré sur la question du port des signes religieux à l’école (n° 1275), Assemblée nationale, décembre 2003.

(4) L’expression est de Jorge Dezcallar de Mazarredo, directeur du Cesid, puis du CNI, de 2001 à 2004.

(5) Un observatoire des pratiques et des politiques en matière antiterroriste dans les différents Etats de l’Union, ainsi qu’au niveau communautaire a été mis en place dans le cadre du programme européen Challenge. Données et analyses sont accessibles sur son site.

(6) Voir Jocelyne Césari, Musulmans et républicains. Les jeunes, l’islam et la France, Complexe, Bruxelles, 1998.

(7) Stéphane Beaud et Olivier Masclet, « Un passage à l’acte improbable ? Notes de recherche sur la trajectoire sociale de Zacarias Moussaoui », French Politics, Culture and Society, vol. 20, n° 2, New York University, New York, été 2002.

(8) Alain Bauer et Xavier Raufer, La guerre ne fait que commencer, J.-C. Lattès, Paris 2002.

(9) Notamment Samuel Huntington, The Clash of Civilizations and Remaking of World Order, New York, Simon and Schuster, 1996.

(10) Observatoire des zones sensibles, Rapport 2004, Editions de la DIV, 2004. Les ZUS représentent 751 quartiers répartis sur l’ensemble du territoire et comptent 4 672 089 habitants.



Commentaire n°1 posté par quaeps le 08/02/2009 à 18h14

Monsieur ou madame,

Si vous souhaitez continuer à réagir à mes articles ridicules, pleins d'ignorance crasse et de mauvaise foi, je vous prierais de respecter ces quelques règles élémentaires:
1. Adopter un ton courtois. L'anonymat n'autorise pas à traiter son interlocuteur avec cette condescendance dont vous abusez.
2. Ne pas monopoliser ce blog par le nombre et la longueur de vos commentaires.
J'estime que les règles de courtoisie ont été depuis bien trop longtemps bafouées par vous. ceci est donc mon dernier avertissement. Si vous persistez sur ce ton, je ne publierai plus vos commentaires. Je doute qu'ils manquent à grand monde d'ailleurs.

Réponse de Nadia Geerts le 08/02/2009 à 19h11
Allant plus loin, il est question d'idéologie (de "victimologie") plus que de "culture" et de "religion" et moi, ce la me fait penser à l'expérience de Milgram, à la surpopulation, à la force de la propagande et à l'opacité des sources et canaux d'informations.

Car enfin, qui sait de quoi il parle, vraiment, lorsqu'elle/il parle, nous l'observons sans cesse, qui possède les outils pour penser, disons, de la guerre au moyen-orient.

La diplomatie, la vraie, le pouvoir, LES ENJEUX MAFIEUX, c'est à dire ce VRAI MONDE où l'idéologie ne compte pas (elle est entretenue pour garder la troupe ou l'agiter, c'est l'évidence) mais le pouvoir et la finance, son bras armé, sont les vrais enjeux par le biais de l'eau, des ressources vitales, armes, métaux, diamants... Alors ils peuvent brâmer et faire les fiers, les "résistants" idéologiques et autres grandes gueules revenchardes et brisées du Réseau des corbeaux virtuels et leur grands amis les granddes âmeuhs morales se situant sur le plan de la morale, pardon de l'éthique... glosez, glosez les amis, pendant ce temps là le monde s'en tartine les doigts de vos oeuvres, produits, idées absconses et actes de foi. Il est en effet plus facile de s'éreinter sur des questions morales de positionnement que de faire le vrai boulot de soutier que recquérerait une transparente information permettant - enfin - de débattre à armes égales avec... mais oui, les maaaaaîtres du moooonde !

à bon entendeuse/eur...

PS: je n'aime pas les défilés et les petites bougies, cela me gratouille même la méninge gauche. Tant de soumission affichée sans vergogne, c'est d'un péthétique ! MAis bon, faut de tout, pas vrai ?
Commentaire n°2 posté par pierre duys le 08/02/2009 à 18h51
Chère Nadia,
Vous écrivez, avec raison : "Il faut que les voix musulmanes progressistes se fassent entendre".
Mais, au-delà de leur crainte d'exprimer une opinion discordante, ne peut-on pas expliquer ce silence prudent par la soumission inconditionnelle au coran, etc ... ?

Le noeud du problème, pour ne pas dire l'abcès à crever, ou du moins dont il faudrait, à mon sens, leur  faire prendre conscience, n'est-ce pas ce point commun à toutes les religions et autres sectes : l'incitation, dès l'enfance, à la soumission, à l'obéissance à un "Seigneur" , peu importe son nom, et à des textes "sacrés" ? Il est flagrant que l'islam est la religion la plus coercitive de toutes ...
Mais comment leur faire comprendre que le respect de la dignité de l'être humain implique de développer son esprit critique à tous égards et une conscience morale autonome et responsable ?

Tous les musulmans, donc aussi les modérés et les progressistes,  me paraissent  influencés et conditionnés à la soumission par leur éducation et par leur milieu culturel unilatéral ultérieur.
Non seulement la liberté de pensée n'existe pas dans l'islam, mais elle est condamnée, comme chez nous, du temps de l'inquisition ...
Tant que l'éducation coranique restera inféodée à un texte aussi dogmatique, inégalitaire et intolérant que le coran, lorsqu'il est pris à la lettre, et à des interprétations obsolètes voire fondamentalistes, comment l'islam pourrait-il s'ouvrir à la modernié (malgré ses défauts) ?

Et comment, dans ces conditions, entamer un dialogue interculturel et la recherche d'un consensus de valeurs communes ? N'est-il pas navrant de se rappeler que, du 7e au 13e siècle en Espagne, l'islam était une culture pleine d'ouverture humaniste et d'interrogation critique (malgré quand même la dhimmitude ...) ?

Je suis personnellement pessimiste quant à l'avenir d'une très éventuelle coexistence pacifique entre les chrétiens, surtout évangéliques, les juifs et et les musulmans, a fortiori islamistes ... La prétention de posséder "La Vérité" et surtout de l'imposer aux autres exlique mon pessimisme ...
Mais à long terme, je veux conserver ma "foi en l'homme", entendue comme la confiance en ses possibilités de perfectionnement, d'ouverture  à la différence de l'autre, du moins s'il est placé dans des condtions éducatives favorables à une telle évolution.

Cordialement,
Michel THYS
Waterloo 
Commentaire n°3 posté par Michel THYS le 08/02/2009 à 19h41
Bonsoir Nadia.
Et-ce une plaisanterie ???
Le commentaire de ce(tte) "quaeps" ne peut se lire que sur sa partie GAUCHE (qui de plus est à DROITE, le coté gauche étant composé de notes et références diverses!).
Votre irritation concernant ce personnage se conçoit, j'ai eu l'occasion déjà de lire ce que j'appellerais ses élucubrations, et ai même une fois exprimé mon avis là-dessus.

Mais vous ne signalez nullement ce dysfonctionnement de mise en espace - est-ce un problème technique accidentel ?

Le commentaire de Pierre Duys, lui, est parfaitement centré et lisible - je dis bien LISIBLE.
Mais COMREHENSIBLE ...! Alors là, désolée, soit je ne suis pas d'un niveau intellectuel suffisant, soit monsieur P.Duys est un génie époustouflant, mais ... je ne comprends strictement RIEN à ce qu'il écrit, et d'ailleurs je survivrai parfaitement bien avec cette ignorance ...
Commentaire n°4 posté par Caspard le 08/02/2009 à 23h44
Non, je ne suis en rien responsable des erreurs de mise en page, dont je ne m'étais d'ailleurs pas aperçue, et auquel je ne peux malheureusement rien faire.
Quant à Pierre Duys, ses commentaires sont effectivement parfois un peu nébuleux...
Réponse de Nadia Geerts le 09/02/2009 à 10h18

Je n’avais pas envie de répondre  à de telles inepties surtout quand l’auteur se met en position de juge et de pompier-pyromane afin de mettre un groupe de gens dont il ne connait absolument rien si ce n’est des préjugés en « objet d’études ». Vous vous êtes pris pour une anthropologue ?  « Ressort communautariste », « djihad », « islamisme » et j’en passe, je suis prêt à parier que vous ne connaissez rien de tout ces concepts. Mais bon ils sont bien connotés et c’est l’essentiel.

Si c’est pour traiter les musulmans (toujours eux, quel esprit pauvre ! quel blog pauvre !) d’hypocrites que vous écrivez cet article, vous auriez simplement dû faire un copié collé des articles de Wafa Sultan ou de Sifaoui (des musulmans très démocrates comme tout le monde le sait), cela vous aurez épargnez toute cette peine. Mais j’aimerais quand même que vous cessiez de faire l’amnésique ; lors des attentats de Madrid et de Londres un grand nombre de musulmans ont été protester à la bourse ; vous ne les avaient pas vus ? Bien sur, bien sur. Quand les « musulmans » vont protester contre l’agression israélienne c’est pour cesser les massacres quand des gens comme vous (indignés sélectifs) n’iront pas le faire. Et pourquoi iraient-ils protester contre les actions criminelles de groupes isolés dont aucune autorité ni politique et ni musulmane n’a accordé de crédit ? Devrais-je, parce que je suis maghrébine, aller protester quand les maghrébins qui vont bruler des voitures en France ? C’est absurde et vous montrer un gout pour la polémique qui pourrait vous mettre dans une situation impossible. Dites moi pour que je sache une bonne foi pour toute, une fille qui porte le voile est –elle une islamiste.

 Ce que dévoile ce texte c’est un gout à la polémique et d’accusation facile et malhonnête (surtout quand il s’agit d’islam). Il faut que vous cessiez de parler des gens sans les connaitre. Vous parlez d’eux toujours à eux jamais. Vous ne savez pas de quoi vous parlez et vous ne savez pas le mal que vous faites au gens. A cause de gens comme vous les médias sont islamophobes et racistes. Vous jouez les « sympas » et émettez des discours bondés de préjugés et d’indignations à la limite du racisme. J’ai fait un travail avec votre texte, j’ai remplacé musulmans par juifs et votre texte, à s’en tenir aux considérations du discours officiel est antisémite. Quelle honte cet article. Mais bon concernant l'islam (comme sil y avait chez les musulmans que l'islam, point de cultures et de socialisations), on s'est habitués aux torchons

Commentaire n°5 posté par Farida le 08/02/2009 à 23h55
Vous savez quoi, Farida ? Si vous n'avez pas envie de répondre à mes inepties, eh bien laissez-vous allez et ne répondez pas !
Réponse de Nadia Geerts le 09/02/2009 à 10h20

 Vous écrivez « Mon propos n’est pas de tirer la conclusion chère à l’extrême droite selon laquelle l’islam serait par essence une religion barbare, et les musulmans des brutes fanatisées. Je suis en effet persuadée que nombreux doivent être les musulmans non radicaux, qui désapprouvent totalement les attentats suicide, le terrorisme, la lapidation et autres horreurs commises au nom de leur religion. Mais pourquoi ne les entend-on pas ? »

 

Je ne connais évidemment pas la proportion de musulmans non radicaux qui comme vous le pensez désapprouvent les excès commis au nom de leur religion.

Ne pensez vous pas que les prise de position de  l’OCI (Organisation de la Conférence Islamique), organisation qui regroupe 57 états musulmans, dont la Turquie et le Maroc, et notamment la  prééminence qu’elle accorde à la loi religieuse musulmane  sur la déclaration universelles des droits de l’homme, impose le silence aux musulmans de Belgique et d’Europe en général et les empêche de dénoncer lapidations, amputations judiciaires et  autres horreurs auxquels vous faites allusion.   

 

Commentaire n°6 posté par Louis le 09/02/2009 à 11h23
Bonjour,

Je ne pense pas qu'à elle seule, une prise de position "officielle" puisse suffire à décourager des "électrons libres" d'exprimer une voix divergente: ainsi, nombreux sont les chrétiens à critiquer le Vaticain. Je pense que la raison d'être de ce silence est plus à chercher dans un sentiment de trahison, si l'on se distancie des "siens" pour soutenir un discours occidental, laïque, etc.
Cordialement
Réponse de Nadia Geerts le 09/02/2009 à 16h33

Mais oui, c'est toujours les mêmes méthodes, vous vous dérobez quand vous êtes mis au pied du mur par de vrais questions. Technique de l'autruche.

Commentaire n°7 posté par Farida le 09/02/2009 à 11h35
Farida, pensez-vous vraiment que vos questions aient le pouvoir de me mettre mal à l'aise ? Non, c'est votre ton qui m'insupporte. La courtoisie, ça ne fait pas de tort dans les rappots humain, et avant de revendiquer un peu plus de respect pour les idées que sont les religions, vous feriez bien de témoigner vous-même d'un peu plus de respect vis-à-vis des personnes.
C'était quoi, votre question dérangeante, d'ailleurs ? Savoir si le voile était pour moi un signe d'intégrisme ? Clairement oui, puisqu'il s'agit d'une interprétation littérale du texte religieux, sans mise en contexte historique, culturel, etc. Voilà, vous êtes contente ?
Réponse de Nadia Geerts le 09/02/2009 à 16h36
Nébuleux... certes, de cette nubulosité qui floute les réalités matérielles - ce qu'il se passe en vrai - et qui ne nous passe jamais sous le regard. Il faut creuser soi-même. N'ayant pas l'information juste, l'on juge mal et l'on se réfugie dans l'explication idéologique qui mène à une confrontation vaine.

On le sait et disons le à la louche, une grosse moitié de la finance/commerce mondiale est mafieuse. Qui tire les conclusions de ce fait ? Une grosse moitié. Difficile à chiffrer. Les infos sont éparses sur les malversations des institutions, les liens entre commerce légal et illégal, le commerce stratégique. Que sait-on sur ces réseaux nébuleux, pour de vrai ? Il faut que soient désamorcé les leviers politiques, stratégiques et diplomatiques avant que l'institution judiciaire ne puisse enquêter plus avant. Est-ce clair ? Ne vous posez-vous vraiment aucune question lorsque vous dites que "en démocratie, nous etc"... Nous savons que la naïveté est l'habit le plus commun. Les affaires clearstream et ELF et Fortis, la banque PNB, le pays aux 1000 scandales, le livre de Barrez, les affaires d'états, le trafic des pierres, le financement des partis, les vendeurs de mort: armes, drogues... L'ont ne va jamais au bout des tenants et aboutissants, l'on juge, parfois, les fourmis. Que voulez-vous juger de l'état du monde, de la région que vous en connaissez le mieux, à l'aulne d'information dont on peut dire qu'elles sont pour le moins parcellaires? L'idéologie est là pour vous y aider et ne pas trop creuser le réel et ses enjeux. Opposez-vous les soi disant chrétiens et musulmans et tout ce que vous voulez, amusez-vous, entretuez-vous: ailleurs l'on sait compter et aligner le pouvoir, le vrai.
Les mannes que sont les états, les institutions bancaires, financières... tout ces gens qui travaillent et donnent sans rechigner sous peine de prison, leurs impôts, la manne ! Ne croyez-vous aps que cela attise certaines... euh, convoitises ? il existe un niveau où tout ceci, disons plus justement tout ceux-là, que ces fortunes intéressent, se lient. non, pas tous pourris! QUe diantre, il y a pléthore de gens honnêtes. MAis ces affairistes réseaux de prédateurs existent vraiment, ils se lovent dans ce que l'on appelerait le commerce légal et l'eau tourne, ou le lait? C'est une évidence. Oui, l'avidité, tout cela. Bref. C'est la guerre, nous dirons... des pouvoirs, oui, des ressources, oui, s'épproprier l'or du voisin, oui. Que croyez-vous ? oui, la guerre totale. Avez-vous remarqué que dans la sacro sainte déclaration des droits de l'homme etc... l'on n'interdit pas l'exploitation des uns par d'autres. VOus êtes-vous seulement demandé pourquoi ? Laissez moi vous répondre. PArce que c'est le fondement même de la société.

De ce niveau là, où l'on fait des affaires et où l'idéologie ne compte pas, l'on manipule assez facilement, tout s'achète n'est-ce pas, politiques, tv, journeaux, combien travaillent pour "une sphère mafieuse", consciemment ou pas, le salaire et le cntrat sont de belles manières de s'assurer le concours même des plus honnêtes gens, pas vrai ?

L'on manipule facilement les idéologies dans le sens où l'on veut lancer les foules... les unes contre les autres. Les idéologies, les systèmes, les grilles de perception du réel à travers lesquelles l'on se sentira sommé de choisir son camp, sont falcifiantes. Ce sont des laisses. Et l'on voit bien, en lisant ici et ailleurs, comment les gens, faute de penser par soi, aiment à s'y lover dans ces grilles et placer leur entendement du monde sur ce plan là seul, l'idéologie réductrice, simplificatrice, mortifère. Alors qu'une interprétation plus exacte du réel demande une appréhension de complexités qui dépassent complètement le pékin que nous sommes, normalement, par manque d'outils pour le penser, par manque d'informations, par pollutions idéologiques constantes.

Je veux dire, en ce qui concerne les questions posées par Nadia et ses interlocuteurs, en ce qui concerne leurs débats tjs foireux, je veux dire houleux et réducteurs malgré les efforts sincères que Nadia déploie, par leur naïveté à tous, cela ne dépasse quère le péremptoire et tous me font penser à des Cassiopéiens qui regarderaient pour la première fois un match de foot sur terre, débarquant. A la limite, ils se rendent compte qu'il s'agit d'un jeu - ce qui n'est même pas certain - pour le reste, le sens exact de cette pratique leur restera parfaitement étranger et pourtant, de là, ils élaboreront des théories, voire des études scientifiques, qui ne seront que les reflets d'eux-mêmes, de leurs outils et de leur conception du monde.

Allez sur le terrain, enquêter sur les réalités des enjeux, au-delà du politique, les réseaux qui se combattent sur des terrains inaccessibles au citoyen, passez votre temps libre à recouper et liers les informations, formez de véritables ocntre pouvoirs, creusez et repenser... le conflit palestinien, puisque c'est ce qui vous occupe en ce moment, bref, agissez vraiment.

Oui, je sais. Crier "mort aux nazis juifs" ou "les musulmans sont des crétins d'assassins" reste plus facile et donne cette sensation de transgression qui fait tellement bander bas.

Les enjeux de la guerre en palestine n'ont rien à voir avec des histoires religion, contrairement à ce que tu disais il y a peu, Nadia, ce sont des luttes de pouvoir qu'il est facile de nommer et par là de travestir. Et ces luttes, ces réseaux qui s'opposent, ces courants plantent leurs origines dans le temps et dans la complexité des alliances, des jeux de revers (les uns avec et contre les autres, en même temps), c'est à dire que de les juger sur le simple et maigre et futile plan idéologique revient à... brasser du vent. Et ce vent fait des morts. 
Commentaire n°8 posté par pierre duys le 09/02/2009 à 14h11

Il y a une spécialité dans certains mouvements de gauche ou pacifistes qui consiste, lors de chaque conflit, à se rabattre sur le ni-ni. Ni Milosevic, ni Otan, ni Bush ni Saddam et, aujourd’hui, renvoyer dos-à-dos Israël et le Hamas ou le Hezbollah. Dans tous les cas, le problème est triple :

- On ignore la différence dans les rapports de force.

- On met sur le même pied l’agresseur et l’agressé.

- Et, ce qui est le plus important, on se place comme si nous étions en dehors des conflits, au-dessus de la mêlée, alors qu‘évidemment nos gouvernements ne le sont pas.

Dans le cas du conflit à Gaza, la version dominante du ni-ni consiste à condamner à la fois les tirs de roquettes du Hamas et la réponse d’Israël, parfois jugée disproportionnée. Le mot "disproportionnée" est lui-même absurdement disproportionné par rapport à l’écart des forces en présence. D’un côté, il y a une force armée nationale ultrasophistiquée. Lorsque cette force attaque, elle le fait pour détruire des infrastructures et terroriser toute une région par la démonstration de sa supériorité militaire. De l’autre, il y a quelques fusées artisanales qui sont lancées vers Israël, sans espoir de gagner une bataille, mais plutôt pour signaler désespérément qu’un peuple dépossédé, enfermé et oublié existe toujours. Les tirs de roquettes n’étant qu’un moyen de cogner à la porte d’une prison, l’agresseur est avant tout celui qui a emprisonné injustement tout un peuple, le privant depuis des décennies d’autres moyens de faire reconnaître son existence. Les gens qui lancent ces roquettes sur Israël sont souvent des descendants de ceux qui ont été chassés de leurs terres en 1948. Les roquettes sont l’écho de cette dépossession datant maintenant de soixante ans. Tant que ce fait fondamental n’est pas pleinement reconnu, et il ne l’est presque jamais en Occident, il est impossible d’avoir une vision réaliste de la profondeur du problème.

Celui-ci provient en réalité des principes sur lesquels Israël est fondé, à savoir qu’il est légitime pour certaines personnes, en vertu d’une propriété acquise à la naissance (être « juif ») d’occuper la terre d’autres personnes auxquelles les hasards de la naissance n’ont pas conféré cette propriété. Que l’on invoque la Bible ou l’holocauste comme justification plus directe de cette occupation ne change rien à son caractère intrinsèquement raciste, c’est-à-dire fondé en fin de compte sur une distinction importante faite entre les êtres humains et liée uniquement à leur naissance.

Cet aspect raciste est évidemment présent à l’esprit des victimes et de tous ceux qui s’identifient à eux-surtout les populations du monde arabo-musulman et une partie du tiers-monde, pour qui le projet sioniste rappelle douloureusement des expériences antérieures du colonialisme européen, mais il n’est pratiquement jamais intégré au débat en Occident. Il faut souligner qu’il s’agit ici d’un racisme institutionnel, c’est-à-dire lié aux structures d’un état, ce qui est très différent du racisme « ordinaire », celui, malheureusement fort répandu, mais souvent passif, qui existe dans l’esprit de beaucoup d’individus. Et c’est le racisme d’état qui est en général considéré comme étant « d’extrême droite », « incompatible avec nos valeurs », « contraire à la modernité et à l’esprit des Lumières ». C’est ce racisme qui menait à la condamnation générale de l’Apartheid en Afrique du Sud et de son idéologie. Mais ce n’est pas le cas pour le sionisme, qui est pourtant l’idéologie qui légitime ce racisme institutionnel. Malheureusement, c’est souvent la gauche occidentale qui, tout en étant la plus prompte à dénoncer en général le racisme d’état, est la plus portée à faire une exception pour "l’Etat juif".

De plus, tout le discours dominant sur ce conflit est indirectement contaminé par la vision raciste de départ :

- Toutes les parties et tous les intellectuels ou commentateurs « respectables » doivent, avant toute autre chose, reconnaître « le droit à l’existence d’Israël », mais l’expression « droit à l’existence de la Palestine » est pratiquement inexistante. Pour ce qui est des Palestiniens, leur État, à supposer qu’il y en ait un jour un, résultera non d’un droit, mais d’une négociation ; et encore, d’une négociation avec un partenaire palestinien « responsable », c’est-à-dire reconnaissant comme préalable à toute discussion le droit à l’existence de son adversaire, lequel ne lui reconnaît nullement un tel droit.

- N’importe quelle personne d’origine juive a le droit de s’installer en Israël mais les non-juifs qui en ont été chassés en 1948 ou après, ainsi que leurs descendants, ne peuvent pas le faire. Même dans les Territoires dits palestiniens, leurs déplacements d’un endroit à l’autre sont fortement limités.

- Le Hamas et le Hezbollah doivent êtres empêchés de se réarmer, mais Israël peut recevoir des Etats-Unis, gratuitement, toutes les armes souhaitées.

- Israël est constamment célébré comme étant "la seule démocratie au Moyen-Orient”, mais les élections libres des Palestiniens sont ignorées.

- Les Palestiniens doivent « renoncer à la violence, » mais pas Israël.

- L’Iran ne peut posséder d’arme nucléaire, mais Israël bien.

Toutes ces différences de traitement reposent en fin de compte sur l’idée que l’entreprise initiale de colonisation était légitime, ou qu’elle appartient au passé et qu’il n’est pas souhaitable d’en reparler ; mais les deux attitudes reviennent à nier l’humanité pleine et entière des victimes, ce qui nous ramène à la question du racisme. Car imaginons quelle serait la réaction européenne si l’État d’Israël avait été créé, mettons, dans une partie des Pays-Bas ou de la Côte d’Azur, en en faisant fuir une fraction importante des habitants.

Ces deux poids deux mesures se retrouvent à tous les niveaux dans le discours dominant, par exemple lorsqu’on répète qu’il ne « faut pas importer le conflit » en France, comme si le fait que presque toute la classe politique française accepte de se faire sermonner, lors du dîner annuel du CRIF, sur son attitude supposée pro arabe, ne constituait pas déjà une « importation du conflit », mais unilatérale, en faveur d’Israël.

Le discours qui stigmatise l’extrême droite souffre également de ce deux poids deux mesures ; en général, ce discours vise l’extrême droite française traditionnelle, dans ses différentes variantes, ou les islamistes, mais jamais le sionisme. En fait, une bonne partie de la gauche politique et intellectuelle adopte, sur la question de la Palestine, une position implicitement raciste qui serait considérée comme d’extrême droite si elle avait concerné l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid.

La gauche attaque souvent en grande pompe une extrême droite, certes désagréable, mais faible et marginale (c’est bien pour cela qu’on peut l’attaquer) tout en étant, au mieux, passive face à une autre extrême droite (le sionisme), qui, elle, est soutenue militairement et diplomatiquement par la plus puissante démocratie au monde.

Une façon de tenter de faire taire les protestations contre la politique israélienne consiste à dénoncer l’antisémitisme dans les manifestations, ainsi que l’identification entre Israël et nazisme. Évidemment, cette dernière comparaison est excessive, mais tout le monde commet ce genre d’excès, tout le temps. Quid de « CRS-SS » (en Mai 68, combien de morts, comparé à Gaza) ? Ou d’Hitlerosevic ? Ou de Nasser, le Hitler sur le Nil (en 56) ? Pourquoi des supporters d’Israël peuvent-ils constamment identifier le Hamas ou l’Iran à Hitler et l’excès inverse serait interdit ? On pourrait répondre que cela devrait l’être à cause de ce que les Nazis ont fait aux juifs. Mais ce genre de considérations n’a jamais empêché de comparer aux Nazis les Soviétiques ou les Serbes, qui ont aussi beaucoup souffert pendant la guerre. Moins que les juifs sans doute, mais à partir de quel niveau de souffrance les excès deviennent-ils inacceptables ? Plus fondamentalement, à partir du moment où la nazification de l’adversaire est l’arme idéologique principale de l’Occident et d’Israël, il est inévitable que cette arme soit retournée contre eux quand l’occasion s’en présente.

Pour ce qui est de l’antisémitisme, il ne faut pas oublier que la politique israélienne se fait au nom d’un État qui se dit juif, et qu’elle est fortement soutenue par des organisations qui disent représenter les juifs (à tort ou à raison). Comment espérer éviter, dans ce climat, que beaucoup de gens ne deviennent anti-juifs ? C’est en demander un peu trop à la psychologie humaine. Pendant la guerre, la plupart des habitants des pays occupés étaient anti-allemands (contre les « Boches »), pas seulement antinazis. Pendant la guerre du Vietnam, les opposants étaient souvent anti-américains pas seulement opposés à la politique US (et c’est encore la même chose maintenant par rapport à leur politique au Moyen-Orient). Il est absurde d’espérer que les gens se fassent la guerre tout en ne se haïssant pas, en respectant les droits de l’homme, et en étant de bons antiracistes. Et comme le conflit est importé, depuis longtemps, dans le discours médiatique et l’action politique, il y a bien ici une guerre idéologique dont les effets prévisibles sont exactement ceux que l’on déplore.

On ne peut pas non plus demander aux opposants à Israël de faire la distinction entre juifs et sionistes alors que le discours dominant ne le fait presque jamais (du moins quand cette identification permet de présenter Israël comme un pays éternellement « victime » ou « paria »).

De plus, comment veut-on qu’une population qui est sans arrêt diabolisée, ridiculisée, insultée, parce que, en tant que musulmane, elle n’aurait rien compris à la démocratie, aux droits de l’homme, aux droits de la femme, et serait "communautariste" quand elle affiche ses convictions religieuses, ne réagisse pas avec virulence (au moins verbale) face aux massacres de Gaza ?

Ce qui précède n’est pas une « justification de l’antisémitisme » mais une observation banale sur un aspect déplaisant mais assez universel de la psychologie humaine. On pourrait ajouter que tous les discours de dénonciation et de condamnation de l’antisémitisme qui ne prennent pas en compte le contexte dans lequel celui-ci se développe ne servent à rien et sont sans doute contre-productifs, comme le sont en général les discours moralisateurs.

La situation ici est pratiquement aussi inextricable que la situation en Palestine même. Bien sûr que l’antisémitisme augmente, ainsi que l’identification communautaire, dans tous les camps. Nous sommes incapables de résoudre la situation au Moyen-Orient, mais on pourrait au moins commencer par reconnaître ici la véritable nature du problème (le racisme institutionnel d’Israël) et changer radicalement de discours. Il faudrait également mettre fin aux intimidations et aux procès (pour délit d’opinion), faire en sorte que tous puissent dire ce qu’ils pensent vraiment d’Israël et de ses soutiens, et établir l’égalité des armes dans les débats sur ce qui touche au sionisme. Il faudrait également que la politique française et européenne soit déterminée indépendamment de l’influence de groupes de pression. C’est seulement ainsi que l’on peut espérer, à terme, décommunautariser le débat et faire régresser l’antisémitisme.

Jean Bricmont
Le 8 février 2009.

Commentaire n°9 posté par Jean-Marc le 09/02/2009 à 15h04

Merci pour cet article, que j'avais déjà lu par ailleurs.

Le problème me semble toujours être un peu le même: d'un côté ceux qui dénoncent, et se voient reprocher de ne pas tenir compte du contexte, et de l'autre ceux qui inscrivent les faits dans un contexte, et se voient alors reprocher de ne pas dénoncer ce qui devrait l'être. Personnellement, j'estime que les deux approches sont nécessaires, mais je crains comme la peste cette contextualisation qui tombe parfois dans le travers du relativisme moral et culturel.
Pour le reste, je vous demanderais, à l'avenir, de ne pas publeir de longs articles repris d'ailleurs, mais de les présenter birèvement en indiquant ensuite le lien interne où le lire.

Réponse de Nadia Geerts le 09/02/2009 à 16h42
Bravo Nadia une fois de plus. Mais j'aimerais que tu tapes un peu sur les curés cathos intégristes un de ces jours. En bon laïquard de gauche, cela me démange , surtout quand je vois Williamson  qui attend de voir la preuve de l'existence des chambres à gaz avant de se rétracter. Et la preuve de Dieu, il l'a peut-être?!!!

Cela me fait penser aussi à ceux qui nient que le 11 septembre était l'oeuvre des fanatiques musulmans d'Al Quaïda . Il leur faut une preuve aussi sans doute. Meuh non, c'est encore la faute aux Juifs aussi sans doute. Que d'obscurantisme... 

Et n'oublie de taper sur les intégristes Juifs car je crains que demain ces autres "fous de Dieu"  gagnent de nombreux sièges à la Knesseth.

Allez, continue ton combat et que ceux qui ne sont pas d'accord le disent avec courtoisie. Y en a aussi assez des insultes.

Sur ce, je me replonge dans le livre d'Elizabeth Badinter sur les Passions intellectuelles (tome III). Que ceux qui ont l'insulte facile lisent ce que les Lumières subissaient au XVIIIe siècle. Nous Occidentaux sommes passés par l'obscurantisme aussi et les Lumières nous en ont délivré. Laissez-nous vivre avec nos Lumières s'il vous plaît !
Commentaire n°10 posté par Jean-Sébastien Jamart le 09/02/2009 à 15h15
T'inquiète pas, la liste est encore longue des articles que j'ai l'intention d'écrire, précisément sur certains des sujets que tu évoques...;-)
Réponse de Nadia Geerts le 09/02/2009 à 16h43
Vous voyez, vous êtes mal a l'aise. Je vous demande si une fille qui porte le voile est une islamiste, vous changer la question en est ce que le voile est un signe d'intégrisme pour répondre oui. Est ce ma faute si vous  n'êtes pas cohérente? Mais en attendant, allez-y, comme dirait J-S Jamart tapez car cela démange certains...
Commentaire n°11 posté par Farida le 09/02/2009 à 21h05

La jeune fille qui porte le voile n'est pas nécessairement une islamiste. En revanche, j'estime que, même sans le savoir, elle contribue à propager une idéologie islamiste. Voilà ma réponse et désolée si, de mémoire, je n'ai pas répondu exactement à la question que vous posiez dans ma réponse précédente.

Réponse de Nadia Geerts le 10/02/2009 à 09h29

Vous avez raison..

« Impose » est un terme excessif en l’occurrence.

Il serait plus exact de dire que les diverses déclarations de l’OCI contribuent à la création d’un climat qui décourage la plupart des musulmans modérés qui souhaiteraient exprimer leur indignation devant certaines pratiques de le faire.

 

Bien à vous.  

Commentaire n°12 posté par Louis le 09/02/2009 à 21h54
J'estimais, et j'estime toujours, que ce n'est pas parce qu'on est musulman qu'on doit se sentir concerné chaque fois qu'un musulman dit ou fait un pas de travers, ce pas fût-il parfois énorme, monstrueux
C'est marrant, vous écriviez tout le contraire il n'y a pas si longtemps ..
 
Réduire l'islam politique à de la barbarie, c'est l'expression de votre grande méconnaissance ! On ne réduit pas les politiques occidentales à de la barbarie quand Bush est aux "manettes". La logique qu'on admet pour soi est bizarrement ignorée quand il s'agit des autres.
 
Votre hypothèse, les 3 issues des musulmans face à la monté du radicalisme religieux au sein de l'islam ( en réalité, face à l'affirmation d'une l'identité musulmane)
La première: se radicaliser qui consiste ( quand on connaît vos positions)  en une pratique basique de sa religion, vous n'en voulez surtout pas !!!
La deuxième: rejeter l'islam en bloc, vous en rêvez.
La troisième: attendre que ça passe mais vous écrivez que ça ne passera pas.
Pour soulager  votre malaise/problème, les musulmans devraient donc rejeter l'islam en bloc.
Finalement, c'est un appel à l'apostasie que vous envoyer aux musulmans ici. 
Commentaire n°13 posté par F.Z. le 10/02/2009 à 22h39
Non on ne vient pas vous demander des comptes pour Lerhmitte et van Hoelsbeek, par contre, dans toute ces affaires, "on" a demandé des comptes à la figure de l'étranger, celle de l'arabo-musulman fantasmé, le bouc émissaire. Qui somme-t-on de manifester contre le 11septembre? Qui accuse-t-on dans les premiers jours du meurtre de Van Hoelsbeek? Qui sert de bouc émissaire pour les avocats de Lhermitte et pour une bonne partie de la presse? Vous participer à une dérive que vous ne cessez de prétendre dénoncer. Les pompiers-pyromanes.
Commentaire n°14 posté par Torres le 14/02/2009 à 16h31
A nouveau, qui est ce "on" ?
Concernant le 11 septembre, je crois avoir dit clairement que je déplorais tout réflexe communautariste, que les musulmans avaient parfaitement le droit de ne pas se sentir plus concernés par le 11 septembre que les autres, MAIS que s'ils étaient capables de se mobiliser en masse, en tant que musulmans, pour une affaire de caricatures, alors la simple logique voulait qu'alors, ils se mobilisent aussi en masse quand des crimes étaient commis au nom de leur religion.
Concernant le meurtre de Joe, "on" n'a pas accusé qui que ce soit, mais fourni un profil des agresseurs en leur accolant un qualificatif (maghrébin, ou nord-africain, je ne sais plus) qui ne collait pas à ce qu'ils étaient en réalité. C'est une erreur regrettable, mais en même temps, je pense qu'elle a été rapidement corrigée et qu'aujourd'hui nul n'ignore plus l'origine réelle des agresseurs.
Concernant Lhermitte, je n'ai pas eu l'impression que qui que ce soit servait de bouc émissaire. Il se fait que c'était un curieux ménage que ce "ménage à trois", et que ça n'a certainement pas dû contribuer à l'équilibre mental de G. Lhermitte, mais je n'ai pas eu l'impression que le mari était plus mis en cause que le docteur, ni que cela menait à déresponsabiliser totalement la mère infanticide, qui a écopé de la peine la plus lourde.
Réponse de Nadia Geerts le 14/02/2009 à 18h15
Je vous signale que, en Iran, les manifestations de soutiens spontanées aux victimes du 11 septembre ont été au moins aussi nombreuses que celles dénonçant les caricatures...cfr. la SUPERBE émission de mercredi sur Arte....
Commentaire n°15 posté par quaeps le 14/02/2009 à 19h26
Sorry, je n'ai pas la télé. Mais si vous me renseignez un lien internet permettant de découvrir ces manifestations spontanées de soutien aux victimes du 11 septembre, j'irai volontiers y jeter un oeil.
Réponse de Nadia Geerts le 14/02/2009 à 23h51
Sorry, pas de lien, faites une recherche ou trouvez quelqu'un qui a enregisté l'émission....
Commentaire n°16 posté par quaeps le 15/02/2009 à 00h04
chère Nadia Geerts,
Geneviève Lhermitte n'a pas tué ses enfants au nom de toutes les femmes, et les assassins de Van Holsbeek n'ont pas invoqué leur "qualité" de jeune pour agir.
Au contraire, les terroristes revendiquent haut et clair leur appartenance religieuse et prétendent tuer au nom de celle-ci. Il serait donc normal que les musulmans "normaux" s'en indignent et  proclament leur indignation. (ils le font bien pour protester contr de banales caricatures...)
Commentaire n°17 posté par moszkowicz le 16/02/2009 à 23h06

Vous avez raison de pointer que ni G. Lhermitte ni les jeunes assassins de Joe n'ont prétendu agir au nom d'un principe qui les unirait à d'autres, à leur corps défendant. Ce que j'ai ovulu dire, c'est que je me demande si, sous prétexte qu'un fou prétendrait agir au nom d'un groupe humain auquel j'appartiens, je devrais me sentir moralement tenue de réagir. En revanche, ce qui pose problème, comme vous le soulignez, c'est la promptitude à réagir "en tant que musulmans froissés dans leur sensibilité" face aux caricatures, mais pas face aux attentats terroristes.

Réponse de Nadia Geerts le 17/02/2009 à 10h29

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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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