« Sioniste ! »

Publié le par Nadia Geerts

Je suis toujours étonnée de la vivacité avec laquelle certains utilisent le terme « sioniste » comme une insulte cataloguant d’emblée ses cibles comme des infréquentables. Et, malgré de nombreuses recherches, je ne comprends toujours pas ce que recouvre exactement ce terme dans l’esprit de ceux qui l’utilisent, parfois à tort et à travers.

 

S’agit-il de critiquer la notion d’ « Etat juif » ? Certes, cette critique est recevable, pour peu qu’elle s’accompagne alors de la même dénonciation de tout Etat privilégiant de manière manifeste les tenants d’une confession religieuse particulière. Autrement dit, cela ne peut se faire qu’au nom de principes laïques, et non d’un quelconque argument lié à une hypothétique « terre sainte », qu’elle soit musulmane ou juive. On ne voit pas en effet quel mal il y aurait à revendiquer l’existence d’un Etat juif à côté de multiples Etats islamiques, si ce n’est en vertu d’un principe de laïcité qui s’oppose à toute immixtion du religieux dans l’organisation d’un Etat. Sans même parler du côté grotesque de tout argument se fondant sur la présence « originaire » de tel ou tel peuple il y a 2000 ans.

 

S’agit-il de critiquer les privilèges dont jouit un hypothétique « peuple juif » par rapport aux autres humains ne pouvant se prévaloir de cette appartenance ? Là encore, la critique est fondée, mais l’honnêteté intellectuelle doit mener à reconnaître que cette pratique est loin d’être isolée. Plusieurs pays accordent ou ont accordé un accès facilité à la nationalité à ceux qui pouvaient se prévaloir de liens historiques avec ceux-ci. Pas plus tard qu’aujourd’hui, Le Soir relatait que l’Allemagne avait accepté de reconnaître les enfants issus de la collaboration (généralement nés en France de père Allemand à l’époque de l’occupation). Les demandes de naturalisation de ces enfants bénéficieront d’une attitude bienveillante des autorités allemandes.

Évidemment, l’Etat juif étant un Etat jeune, la référence à une appartenance au « peuple juif » ne peut se fonder sur de semblables éléments concrets, et on peut même soutenir qu’elle se fonde plus sur un mythe que sur une quelconque réalité. Cependant, ce serait ignorer la réalité du sentiment d’appartenance à la « communauté » juive, sentiment qui dépasse de loin la pratique religieuse ou même une foi commune, et s’enracine sans doute en grande partie dans le traumatisme du génocide commis par les nazis.

Et toutes ces critiques ne peuvent mener qu’à deux attitudes : revendiquer la transformation de l’Etat « juif » en un Etat israélien laïque, accueillant sur son territoire tous ceux qui souhaitent y vivre, sans privilégier quiconque en vertu de son origine, de sa confession ou de quelque autre critère, ou contester l’existence même de cet Etat. J’y reviendrai.

 

S’il s’agit de critiquer la politique actuelle de l’Etat israélien, là encore, aucun problème. C’est le droit le plus strict de tout citoyen d’estimer que cet Etat a commis, tout au long de ses soixante années d’existence, des erreurs et/ou des fautes, voire des crimes condamnables. Réclamer, en d’autres termes, le respect des résolutions de l’ONU, le retrait des territoires occupés, l’arrêt de la colonisation, etc. sont des attitudes parfaitement respectables, tout comme l’est la dénonciation des différences de traitement entre citoyens Juifs et Arabes ou des entorses de l’Etat d’Israël à la laïcité (absence de mariage civil par exemple).

 

S’agit-il de critiquer la création de l’Etat d’Israël en 1948 ? J’ai déjà eu l’occasion d’écrire ici que j’estimais qu’il s’agissait sans doute d’une erreur historique. Mais depuis, soixante ans ont passé, deux, voire trois générations, sont nées en Israël, et il me semble qu’on ne peut refuser de tenir compte de ce « nouvel » état (et Etat) de fait. Il serait absurde et criminel, aujourd’hui, de revendiquer le « retour » des Israéliens vers un « chez eux » qu’ils n’ont jamais connu.

 

Israël n’est certainement pas exempt de critiques. Et son statut de démocratie, au moins formelle, nous permet d’être d’autant plus critiques que ce pays a des prétentions démocratiques. Oui, il y a des choses à améliorer en Israël. Oui, il y a des choses à critiquer et à dénoncer. Mais le problème, c’est que trop souvent, j’ai l’impression désagréable qu’est considérée comme sioniste toute personne soutenant ne serait-ce que le droit à l’existence d’Israël. Le corolaire en étant que la seule attitude défendable est de lui contester jusqu’à ce droit.

Lorsque je lis par exemple le Dr. Abdallah Al-Achaal, expert juridique et professeur de loi internationale, ancien vice-ministre égyptien des affaires étrangères, déclarer dans une interview qu’ « Israël" n’est dans la région que pour semer la zizanie », qu’ « "Israël" ne veut jamais la paix », pour conclure en disant que « Le monde arabe ne pourra jamais accepter "Israël" » (http://rachid-zz.skynetblogs.be/post/6731993/), il me semble que le problème dépasse de loin la constatation de tel ou tel aspect de la politique israélienne. Et que l’instauration d’une paix durable dans la région passe par la mobilisation des démocrates des deux camps contre « leurs » extrémistes. En posant comme pré-requis la reconnaissance du droit des deux peuples à l’existence et à la sécurité au sein de deux Etats.

 

 

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