Simplement laïque

Publié le par Nadia Geerts

Je rentre d’un week-end à Paris, plus exactement à Saint-Denis, où j’étais invitée à intervenir lors des 2ièmes rencontres laïques internationales organisées par l’UFAL (Union des Familles Laïques).

Quel plaisir, tout au long de ces deux journées, de me sentir simplement laïque ! De rencontrer des gens venus de toute la France, mais aussi d’Algérie, de Pologne, d’Iran, du Bangladesh, pour témoigner de ce qui menace la laïcité en Inde, en Angleterre, au Sénégal et ailleurs !

 

Non pas qu’il n’y ait pas, à côté de ce mouvement laïque fondamentalement progressiste, démocrate et antiraciste, une frange que l’on puisse qualifier de « laïciste ». Non pas qu’en France, toute attaque contre les religions ou contre une religion particulière puisse se voir légitimer par un attachement viscéral à la laïcité, comme en témoignent les échanges parfois houleux entre les orateurs ou les organisateurs de ces rencontres et des membres de Riposte Laïque.

Simplement, le cadre du débat est clair. Nul besoin de revenir cent fois sur ce qu’est la laïcité, ce qu’elle permet, ce qu’elle promeut et ce qu’elle refuse. Nul débat oiseux sur une pseudo laïcité qui ne serait qu’un alibi néo-colonialiste et impérialiste. Nulle trituration intellectuelle des concepts pour leur faire dire tout et leur contraire. Nulle naïveté et nulle hésitation face aux arguments des relativistes culturels qui, sous couvert de droit à la différence, tendent à instaurer un deux poids deux mesures préjudiciable en premier lieu aux défenseurs de la liberté.

 

Des débats, pourtant, il y en eut. Notamment entre Caroline Fourest et Moulay Chentouf, un militant laïque algérien qui lui reprochait de prôner la participation à Durban II, au motif qu’on ne s’asseyait pas à la même table que les intégristes éradicateurs. Cet homme savait de quoi il parlait, à l’évidence.

Oui, quel plaisir d’entendre cet homme, mais aussi Marieme Helie-Lucas (fondatrice du WLUML : Women living under muslim lows - http://wluml.org/french/), Harsk Kapoor (South Asian Citizen’s Web - http://www.sacw.net/) , Aouicha Bekhti (Mouvement Démocratique Social et Laïque algérien), Azar Majedi (Organisation for Women’s Liberation), Maryam Namazie (Campagne contre la Sharia en Angleterre), Taslima Nasreen ou Fatou Sow (WLUML), défendre une conception de laïcité à la fois profondément humaniste, progressiste et sans concession.

 

Qu’on ne me dise plus jamais que la laïcité est une « exception française ». Ces rencontres ont démontré, si besoin était, que partout dans le monde, quelles que soient leurs origines et leurs convictions, il existe des gens qui, comme le disait Moulay Chentouf aux organisateurs dans son exposé, sont « aussi laïques que vous ».

Des gens qui, à l’instar de Marieme Helie-Lucas, voient avec inquiétude la montée des intégrismes et l’angélisme d’une grande partie de la gauche et des associations de défense des droits humains face à ce qui, sous couvert de religion, est en réalité rien moins que du fascisme.

Des gens qui, comme Maryam Namazie, rappellent avec force qu’octroyer aux religions un pouvoir politique, c’est contribuer au retour d’un système médiéval, inhumain et misogyne, et qui dénoncent le fait que certains pays occidentaux s’accommodent de cette régression, par exemple en laissant s’instaurer des tribunaux de la charia ou en légalisant de fait la polygamie, sans voir que c’est bien cette attitude qui est raciste, et non le fait de revendiquer des droits et devoirs égaux pour tous.

Des gens qui, comme Fatou Saw, dénoncent la collusion entre l’Etat et les intégristes – les uns et les autres se renforçant mutuellement – pour contrôler les luttes des femmes.

Des gens qui, comme Taslima Nasreen, témoignent, presque dans leur chair, de la difficulté de vivre sous la menace constante des fondamentalistes, en n’étant réellement soutenue que par les laïques, les autres ne la soutenant que lorsqu’elle critique l’islam.

Des femmes qui, comme Ouiacha Bekhti, refusent avec force d’être régies par des lois religieuses qui datent d’il y a quinze siècles et ont pour fonction de minoriser les femmes, et qui nous exhortent à ne surtout rien céder sur la laïcité.

 

Des gens aussi qui, comme Gérard Kerforn, du MRAP des Landes, ont clairement rappelé la distinction entre laïcité et racisme, prenant clairement ses distances à la fois avec certains écrits de Riposte Laïque et la dérive communautariste du MRAP.

 

Oui, comme l’a dit Caroline Fourest, les laïques ne sont pas des intégristes. La meilleure preuve en est qu’avec nous, laïques, il y a de la place pour eux. Tandis qu’avec eux, il n’y a aucune place pour nous.

 

Je reviendrai certainement plus en détails sur ces rencontres dans les prochains jours. Aujourd’hui, plus que jamais, je me sens simplement laïque.

Publié dans Laïcité - religions