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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 16:24

Tel était le titre de la première table ronde des Rencontre laïques internationales organisées par l’UFAL ces 4 et 5 avril à Saint-Denis. Je vous en livre ici quelques morceaux choisis.

 

Moulay Chentouf : « si le peuple peut ne pas être laïque, l’Etat, lui, doit l’être »

Moulay Chentouf  fait partie du MDSL : le Mouvement Démocratique, Social et Laïque (http://mdls.fr.gd/), créé le 1er novembre 2008.

Moulay Chentouf n’a pas de mots assez durs pour dénoncer le fait que l’Etat confessionnel algérien favorise l’islamisme au lieu de la citoyenneté, qui donnerait à la raison les moyens de vaincre l’obscurantisme.

En parlant d’islamisme, Moulay Chentouf sait visiblement de quoi il parle ; et de rappeler que dans les années 90, les démocrates étaient prêts à tous les compromis pour éviter les conflits avec le FIS (Front islamique de salut). Or, pour lui, les islamistes n’ont pas droit de cité, et il n’hésite pas à les comparer à des nazis : on ne traite pas avec ces gens-là.

Militant pour un Etat laïque, Moulay Chentouf l’est sans conteste : car si le peuple peut ne pas être laïque, l’Etat, lui, doit l’être. D’ailleurs, que peut bien signifier un Etat islamique ? Un Etat ne peut avoir de conscience religieuse, et ne peut donc être que laïque, la laïcité protégeant par ailleurs l’essence de la religion contre son instrumentalisation par le pouvoir. Le choix de l’Algérie ne doit donc pas être un choix entre la modernité et l’islam, mais entre la modernité et l’archaïsme.

 

Marieme Helie-Lucas : « ce n’est pas de l’islam ou des musulmans que doit s’occuper la laïcité, mais des intégristes ! »

Marieme Helie-Lucas  est la fondatrice de WLUML (Women Living under muslim laws : http://www.wluml.org/french/). Face à la montée des intégrismes, elle dénonce l’angélisme d’une grande partie de la gauche et des associations de défense des droits humains, qui semblent ne pas voir que les étapes actuelles de la montée intégriste sont semblables à celles qu’à connu Algérie. Un intégrisme qui tient plus de l’extrême droite que de la religion. Ainsi, en Pologne, sous la pression de l’Eglise catholique, les couples non pariés n’ont plus accès à la fécondation in vitro ; en Inde, un mouvement hindou veut la suppression du mot « laïcité » de la Constitution ; dans une région du Pakistan, les écoles de filles ont été non seulement fermées, mais encore détruites, etc.

Les intégrismes sont complémentaires, et les revendications de l’un récoltent fréquemment le soutien des autres, que ce soit au niveau local ou international. Ainsi, au Canada, les « accommodements raisonnables » visent à délaïciser les lois. Et dans cette entreprise, ce sont toujours les droits des femmes qui sont attaqués en premier, et ce au nom du « respect des minorités ».

C’est dans cette optique que, le 5 août 1990, l’Organisation de la Conférence islamique a présenté sa déclaration sur les droits de l’homme en islam (http://www.aidh.org/Biblio/Txt_Arabe/inst_org-decla90.htm), dont le but est de favoriser une vie digne, conforme à la charia, et qui fait obligation à l’Etat de faire connaître aux hommes la religion islamique. La déclaration de l’ONU, en 2005, sur la diffamation des religions, s’inscrivait dans la même perspective, mais quatre rapporteurs ont conclu en 2008 que cette déclaration équivalait à un déni de liberté, les idées, qui plus est, ne pouvant par définition être diffamées, au contraire des personnes.

Mais dans ces luttes en faveur de la laïcité, Marieme Helie-Lucas attire l’attention sur le risque de se voir proposer le soutien de mouvements de droite, d’extrême droite et/ou racistes, qui veulent éradiquer certains comportements au nom de la laïcité, nonobstant le fait que les laïques n’ont pas à statuer sur la nature des religions, mais à préserver l’Etat. Vu sous cet angle, intégristes et racistes travaillent en réalité main dans la main, puisqu’ils essentialisent l’islam. Or, ce n’est pas de l’islam ou des musulmans que doit s’occuper la laïcité, mais des intégristes.

Et Marieme Helie-Lucas de conclure son exposé par quelques chiffres : 20 % de la population française origine du Maghreb se déclarent sans religion, et 79 % des croyants ne pratiquent pas. 54 % sont favorables à la laïcité, et 57 % parmi les musulmans croyants déclarés. Par contre, nombreux sont ceux qui pointent les discriminations économiques et sociales.

Dès lors, Marieme Helie-Lucas plaide pour que l’on cesse de parler des « musulmans » de manière indistincte, et que l’on traite les problèmes économique et sociaux sans référence à la religion.

 

Harsch Kapoor : Renoncer aux explications simplistes pour expliquer la montée des intégrismes

Harsch Kapoor, pour le South Asian Citizen’s Web, a dénoncé le simplisme de la conception conventionnelle qui, au sein des « gauchisants », persiste à expliquer la montée des intégrismes hindous en Inde par la mondialisation, tout comme elle expliquait naguère la montée du fascisme par le soutien des capitaux financiers.

Or, les intégristes se présentent en Inde comme des patriotes, des défenseurs de la nation, ce qui les place sur un registre commun avec la gauche. A cela s’ajoute la fabrication de tout un imaginaire focalisant sur un âge d’or révolu et ayant pour projet da création d’une culture uniforme, standardisée, non seulement en Inde, mais aussi en diaspora, et cela depuis 1960.

Les intégristes hindous ont, dans le but de récolter de l’argent, intensifié leurs efforts en direction de la diaspora (principalement en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada) depuis 1991, et ont utilisé pour cela les ONG, on se présentant comme faisant un travail de culture et d’éducation.

Toute une série de données dont il faut tenir compte pour comprendre les raisons du déclin de la force d’attraction exercée par les partis et plateformes laïques, alors que l’intégrisme est en pleine expansion, et ce dans tous les secteurs de la société.

 

Catherine Kintzler : « La laïcité ne fait pas partie de l’énumération qu’elle rend possible ».

Catherine Kintzler, philosophe de la laïcité (UFAL 75), a axé son exposé sur la théorie du 1 et du 0, affirmant d’emblée que si les anglo-saxons commencent par 1, les Français commencent par zéro. En effet, les anglo-saxons partent de ce qui est : des croyances, qui peuvent être fédérées, alors qu’en France, les croyances vont s’inscrire dans un Etat qui les rend possible, y compris celles qui n’existent pas encore. Toute la question étant dès lors : faut-il partir du 1 de la croyance – à l’instar de Locke, pour qui les incroyants n’étaient pas fiables, car ils ne pouvaient pas créer de lien – ?

Pour Catherine Kintzler, la réponse est clairement non : l’association politique commence avec elle-même, on commence donc par le 0 de la laïcité, conception minimaliste qui n’exige pas que l’on croie ni même que l’on ait des valeurs. La laïcité, en ce sens, ne fait pas partie de l’énumération qu’elle rend possible.

Opposant le principe de laïcité à celui de tolérance, Catherine Kintzler a rappelé que le principe de laïcité rend possible le principe de tolérance, mais une tolérance subordonnée au principe de laïcité, dès lors que celle-ci ne s’oppose aux religions ou communautés que quand lorsqu’elles prétendent faire la loi.

Partant de ces réflexions, Catherine Kintzler attire l’attention sur deux déformations de la laïcité. La première consiste à étendre la tolérance partout, et la seconde à éradiquer toute manifestation de ses convictions religieuses, dans un mouvement liberticide.

Principe de tolérance, principe de laïcité…. Pourquoi donc le second est-il préférable au premier ? Pour Catherine Kintzler, le principe de tolérance ne fonctionne plus du tout aujourd’hui, car il nécessite un consensus sur la liberté des individus de refuser de se soumettre à la communauté. Or, les intégrismes ne jouent pas ce jeu-là. Dès lors, la laïcité devient un outil de liberté à la disposition de tous, en n’accordant pas de statut politique aux communautés, donc en refusant qu’une quelconque communauté puisse être admise à faire sa loi.

 

Christian Terras : une nouvelle croisade au sein du Vatican.

Christian Terras , rédacteur en chef de la revue Golias, a axé son exposé sur la politique d’alliance actuellement menée par le Vatican vis-à-vis des intégristes. Le but de Benoît XVI, selon lui, est non seulement d’occulter les aspects novateurs de Vatican II, mais aussi et surtout de lancer une croisade contre le relativisme du monde moderne, la laïcité et la sécularisation.

Distinguant les intransigeants – qui refusent de transiger avec la modernité, le relativisme, le primat de la raison, l’indépendance du sujet – des intégristes – qui aspirent à ce que le catholicisme inspire tous les aspects de la vie des individus, semblables en cela à un mouvement théocratique – Christian Terras a cependant relevé que les frontières étaient désormais floues et poreuses entre les deux mouvements, les intransigeants étant devenus une courroie de transmission du mouvement initié par Jean-Paul II et poursuivi par Benoît XVI.

A suivre...

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Published by Nadia Geerts - dans Laïcité - religions
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commentaires

Rachid Z 09/04/2009

Selon moi, contrairement à ce que préconise Chentouf, ce dont à besoin l'Algérie, c'est plus d'islam, plus de liberté, plus de justice et pour ce faire, il serait préfèrable d'éduquer en profondeur ces groupuscules laïcistes aux principes de la démocratie : une démocratie qui exprime la volonté du peuple et rien que du peuple !!! Il faut combattre ces laïcistes, farouches adversaires des droits et libertés du citoyen !!!

Louis 10/04/2009

Lettres trop grandes, ceci passera mieux si vous le permettez.
Je crois que je suis tombé aujourd’hui sur un cas d’école des problèmes que peut rencontrer l’application pratique de la laïcité, je me permets donc de vous en faire part.
Une femme en burka a posé sa candidature pour obtenir un logement dans un immeuble d’appartements sociaux. Sa candidature a été refusée, « sa tenue ayant été jugée incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française ». Le maire communiste de Vénissieux, le parti socialiste et la Halde volent à son secours.
Vous trouverez l’information  via le lien ci-dessous ;
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20090409.OBS2765/refus_de_logement_social_pour_cause_de_burka__faute_pro.html
et une analyse de l’incident dans le blog ci-dessous encore :
http://lavissauveaconditiondeclairer.blogs.nouvelobs.com/
 

Ahmad Nurani 10/04/2009

"Dans les années 90, les démocrates étaient prêts à tous les compromis pour éviter les conflits avec le FIS (Front islamique de salut)"Cette propagande est tellement mensongère qu'elle en devient ridicule. Compromis dites-vous ? C'est comme cela qu'on appelle un coup d'Etat militaire qui met fin à un processus électoral démocratique ? Des exécutions extrajudiciaires en masse ? L'appui donné en sous-main par l'armée (lequel ne fait plus l'objet d'aucun doute aujourd'hui) aux groupes islamistes les plus radicaux (GIA) pour qu'ils perpètrent des massacres contre les membres du FIS et leurs électeurs ?

Ahmad Nurani 10/04/2009

Désolé de devoir encore remédier aux défaillances de votre culture historique, mais le FIS n'a jamais pris le pouvoir par la force en Algérie. Il a gagné des élections démocratiques haut la main en 1992 et c'est l'armée (les prétendus "laïcs") qui a interrompu le processus électoral, plongeant le pays dans la guerre civile. Voilà où mènent les idées de M. Chentouf.Par ailleurs, en 1995, le FIS a lui aussi fait des compromis lors de négociations organisées à Rome par la communauté de Sant'Egidio, à l'issue desquelles il a abouti à un accord avec des laïcs démocrates. C'est une nouvelle fois l'armée qui a rejeté le résultat de ce dialogue.

Louis 11/04/2009


 A  deux semaines d’un évènement mondial important pour les laïcs du monde entier, le grand « show » antiraciste Durban II  à Genève du 20 au 24 avril,  je constate que le camp laïc est très divisé sur le bien fondé de la participation à cet évènement. Pour les uns comme Caroline Fourest(http://carolinefourest.wordpress.com/) à il est essentiel que les pays européens y participent pour avoir l’occasion  d’empêcher certaines lignes rouges, allègrement franchies lors de Durban I, d’être franchies à nouveau, pour d’autres comme Mohamed Sifaoui (http://www.mohamed-sifaoui.com/article-29955312.html) il ne faut pas participer à  la rencontre, celle-ci étant dès le départ organisée de manière tellement négative que toute participation ne peut qu’être nuisible et à la laïcité ( loi contre le blasphème) et au véritable antiracisme et finalement à l’ensemble des droits de l’homme et des femmes évidemment. Je préfère le terme anglais « Human Rights ».
Personnellement je choisirais la non participation.
 
 

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Ce blog se veut, entre autres choses,  un espace de libre critique des tentatives d'immixtions du religieux dans le champ du politique - de la res publica -, partant du principe que seule la laïcité de l'Etat permet la coexistence de diverses sensibilités philosophiques et religieuses, sans qu'aucune d'elles ne prétende écraser les autres. Ni religion d'Etat, ni athéisme d'Etat, mais la conviction que nos options religieuses et philosophiques sont affaire privée, au même titre que notre sexualité.
Comme fil conducteur, l'humanisme, qui récuse l'enfermement de qui que ce soit dans des catégories qu'il n'a pas choisies, au nom de sa sacro-sainte appartenance à la communauté, quelle qu'elle soit.

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