Port du voile : encore et toujours la confusion

Publié le par Nadia Geerts

Port du voile : encore et toujours la confusion

 

À en croire la presse, la question du port du voile est devenu un élément central de la campagne électorale. L’affaire Mahinur Özdemir, candidate voilée se présentant sur les listes du cdH, fait grand bruit. Sur fond de discours non seulement politiquement corrects, mais encore extraordinairement confus.

 

Interviewée dans Le Soir de ce jeudi 28 mai, Mahinur Özdemir déclare que ce qui compte, ce n’est pas ce qu’elle a sur la tête, mais ce qu’elle a dans la tête. Et comment ne pas lui donner raison ? Mais comment aussi ne pas relever la contradiction entre ce propos de bon sens et les déclarations de la candidate, qui affirme, « en cas d’élection, qu’elle prêtera serment avec son foulard et qu’elle continuera à le porter “d’autant plus qu’il n’existe aucune interdiction juridique de ce genre au Parlement bruxellois“. » (http://www.parlemento.com/).

Car enfin, si réellement ce qui compte, c’est ce qu’elle a dans la tête – y compris donc sa foi –, quel besoin a-t-elle de porter un voile et, qui plus est, de refuser de s’en séparer dans l’exercice de ses futures fonctions parlementaires ? Madame Özdemir serait-elle moins musulmane si elle ôtait son voile ?

Cela dit, la moindre des choses pour le cdH aurait été d’assumer le choix qu’il fait d’accepter la présence d’une candidate voilée sur ses listes sans user de ridicules entourloupes pour masquer ce voile, à grands renforts de recadrages spécifiques de sa photo. De deux choses l’une en effet : soit le port d’un signe religieux ostensible par des candidats aux élections ne pose pas de problème – et alors pourquoi le gommer, si ce n’est pour des motifs bassement électoralistes ? –, soit il pose problème, et alors pourquoi l’accepter ?

 

Autre confusion, toujours dans Le Soir d’aujourd’hui : un article d’Hugues Dorzée dénonce un mail qui a largement circulé et qui reprends des extraits de la liste PS aux élections régionales bruxelloises, dénonçant le nombre de candidats au nom à consonance étrangère. J’ai moi-même reçu ce mail, et éprouvé le même sentiment de malaise que le journaliste : qu’importe en effet de quelle origine « ethnique » sont les candidats qui se présentent à nos suffrages ? L’essentiel n’est-il pas de savoir s’ils sont compétents, de connaître les idées qu’ils défendent, etc. ? Bien qu’on ne puisse nier que le communautarisme et le « vote ethnique » soient des facteurs d’explication de la présence de nombreux candidats sur les listes électorales, et d’élus au sein des différentes assemblées, il ne me paraît pas plus dérangeant que la pratique qui consiste à exiger la parité hommes/femmes sur les mêmes listes.

En revanche, Hugues Dorzée croit bon de préciser qu’on se fiche non seulement de l’origine nationale des candidats, mais encore de la taille de leur foulard. Là encore, il me semble qu’il s’agit de deux choses pourtant radicalement différentes :

Le candidat qui s’appelle Mohammed ne saurait être disqualifié pour cette seule raison, sans pratiquer un racisme éhonté, en tant que futur élu. De même d’ailleurs, les candidats et les élus ont évidemment le droit d’avoir des convictions religieuses, et il ne saurait être question, sous peine d’athéisme d’Etat digne des pires régimes communistes, de réserver les fonctions politiques à des mécréants.

Mais la question du voile est toute différente, puisqu’il ne s’agit plus d’accepter qu’un (ou plutôt, en l’occurrence, une) candidate soit d’origine étrangère, ni qu’il ait des convictions religieuses, mais qu’il les affiche dans le cadre de sa campagne électorale, et peut-être ensuite, dans l’exercice de ses fonctions représentatives.

Alors non, on ne s’en fout pas. Ou du moins on ne devrait pas. Car ce serait faire le contraire de ce que la porteuse de voile demande, consciemment ou non. En portant son voile, elle se présente aux électeurs en tant que musulmane. Et donc, il est normal que cette information qu’elle donne volontairement (au contraire du candidat prénommé Mohammed, dont le seul prénom ne dit encore rien de ses convictions religieuses) soit prise en compte par l’électeur. Prétendre le contraire, c’est dire « Je vous montre très fort mes convictions religieuses, mais surtout ne les regardez pas ! ».

Que Madame Özdemir choisisse de s’afficher sur ses photos de campagne électorale avec son voile est une chose. Qu’elle affirme vouloir le porter au sein du Parlement bruxellois si elle est élue en est une autre.

Mais qu’elle ne vienne pas s’étonner que son voile suscite des réactions, et surtout qu’elle n’en déduise pas, comme elle le fait en turc dans un article publié par le quotidien turc Zaman (conservateur musulman) le 25 mai dernier, être « exclue parce que je suis musulmane » – un comble, alors qu’elle figure bel et bien sur les listes électorales !

Une déclaration qui, si on la met en parallèle ave une autre de ces déclarations (« Les femmes voilées existent, il est donc important qu’elles soient présentes à tous les niveaux de la société ») montre bien à quel point Madame Özdemir confond la religion islamique et le voile d’une part, et la vie sociale et les fonctions de représentation politique de l’autre.

 

Non Madame Özdemir, je n’ai rien contre le fait que vous portiez votre voile dans la rue, dans les commerces, dans les trains, dans les cafés, dans les bus, ni même lorsque vous allez faire une démarche à la maison communale ou consulter un médecin à l’hôpital public.

Par contre, j’estime qu’en tant que peut-être future représentante de la population – car c’est en tant que telle que vous vous présentez, et pas seulement en tant que future représentante des musulmans de Belgique – vous commettez une erreur en affichant vos convictions religieuses, et que c’est mon droit le plus strict, en tant qu’électrice, de ne pas voter pour vous. Sans être accusée de vouloir vous exclure « parce que musulmane ». Vous affichez vos opinions religieuses – dont je vois mal, personnellement, ce qu’elles ont à faire dans la sphère politique –, quoi de plus normal que j’en prenne acte ?

 

Mais visiblement, ce n’est plus très politiquement correct de raisonner ainsi. Afficher ses croyances religieuses sur une affiche électorale, visiblement, c’est devenu pour certains exactement pareil que porter un nom à consonance maghrébine ou turque.

N’est-il pas grand temps de rappeler que si nous choisissons (dans une certaine mesure) nos convictions, et plus encore de les afficher ou pas, nous ne choisissons pas nos origines, ni notre patronyme. Et que le racisme réside donc dans la stigmatisation de caractéristiques que nous n’avons pas choisies, et non dans la critique d’idées et de choix que nous posons ?

 

Amen

 

 

Publié dans Laïcité - religions