On en est là…

Publié le par Nadia Geerts

À Dison, la décision de deux écoles communales d’interdire dorénavant le port de tout couvre-chef fait des vagues, et le tribunal a ordonné aux deux écoles de laisser les fillettes fréquenter l’école en attendant la décision la décision du Collège, qui devrait tomber ce lundi. L’un des pères concernés refuse dans la foulée que ses filles aillent à la piscine.

 

Mais les démocrates se tâtent, ils n’en finissent pas de se tâter. Invoquant la liberté de culte, la volonté de n’exclure personne, la tolérance, le respect des convictions, etc. Pendant ce temps, les revendications religieuses se font chaque jour plus pressantes, plus nombreuses et plus radicales. Mais d’aucuns se refusent à y voir une quelconque poussée islamiste.

 

Comment peut-on pourtant invoquer la liberté de culte dans le cas de deux gamines d’école primaire, qui, de toute évidence vu leur âge, ne font que reproduire les convictions religieuses de leurs parents ? Peut-on sérieusement soutenir qu’à dix ans ou moins, on n’est pas mûr pour des relations sexuelles, on est trop jeune pour consommer du tabac ou de l’alcool, on est incapable de voter en conséquence de cause, mais qu’on a déjà réfléchi sérieusement à ce qu’est la pudeur, à la charge spécifique qui incombe en l’occurrence aux femmes et filles en la matière, à la manière d’interpréter le Coran et la Sunna, etc. ?

 

Comment peut-on ne pas voir que ceux qui affublent précocement leurs filles d’un voile les transforment ce faisant en objets sexuels, sommés d’envoyer aux mâles humains un message clair sous peine d’être la cible de leur concupiscence ? Comment accepter que des gamines soient ainsi privées d’enfance ?

On me dira qu’elles imitent leur mère, comme toutes les gamines du monde. Mais que dirait-on si demain, des gamines arrivaient à l’école en hauts talons et mini-jupe, sous prétexte de faire comme maman ? Le MRAX s’empressera-t-il de courir à leur rescousse au motif qu’après tout, c’est de leur culture qu’il s’agit, et qu’il n’est pas acceptable que l’école exclue qui que ce soit ? Et leur mère n’aura-t-elle pas le bon sens de rappeler à sa fille qu’elle est à l’âge de jouer et d’apprendre, pas de se déguiser en femme, a fortiori pour aller à l’école ? Bref, que « ce n’est pas de son âge » ?

 

L’autorité parentale s’est toujours arrêtée à la porte de l’école. Entrant dans le bâtiment scolaire, les élèves quittent l’autorité des parents pour passer sous celle du corps enseignant. Cela implique des règles différentes, peu ou prou, de ce qui se passe à la maison. Et il n’est pas acceptable qu’un interdit, sous prétexte qu’il touche à un prescrit prétendument religieux, soit systématiquement contesté dans sa légitimité. Car c’est le retour du cléricalisme qu’on nous prépare là : l’acceptation de ce que des règles religieuses ont un surcroît de légitimité par rapport aux règles temporelles.

 

Personnellement, je suis opposée au port de tout signe religieux à l’école, et j’ai déjà maintes fois eu l’occasion d’en expliquer les raisons. Mais s’agissant de petites filles en âge d’école primaire, je trouve proprement scandaleux qu’il faille délibérer afin de déterminer si oui ou non, nous avons le droit d’exiger d’elles qu’elles ôtent leur voile en classe.

Si nous n’y prenons garde, ce sont ces petites filles que nous allons livrer, pieds et poings liés, à des fondamentalistes qui n’auront pas, pour leur imposer certaines pratiques, nos scrupules à les leur interdire.

 

Ce samedi aura lieu une manifestation de soutien aux écoles de Dison, pour l’interdiction du voile à l’école. Rendez-vous à 11h à la gare de Verviers. Venez nombreux !

 

 

Publié dans Laïcité - religions