Voile : cherchez l'erreur

Publié le par Nadia Geerts

Mon article sur « Islam et démocratie » (http://nadiageerts.over-blog.com/article-35749388.html) a suscité nombre de commentaires. Certains insistaient sur le fait que le Coran, à la différence des textes sacrés juifs et chrétiens, n’étaient pas interprétable. Moi, je veux bien tout ce qu’on veut. Mais il me semble que s’agissant du voile prétendument islamique, il y a comme qui dirait un problème :

 

Que dit le Coran concernant le voile ? Pas un mot qui permette d’en déduire une obligation pour toute musulmane, dès lors qu’elle est pubère (voire, pour les plus pervers, bien plus tôt) de se couvrir la tête en présence des hommes qui ne lui sont pas apparentés : on sait que le prophète demandait à ce qu’un voile soit tendu entre ses épouses et les hommes qu’il recevait, mais cela ne me permet pas de conclure que toutes les musulmanes sont concernées, ni surtout n’explique comment on passe de l’étoffe tendue au voile sur la tête.

De la même manière, le Coran dit « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. » (XXIV, 31)

Voilà qui est bien plus clair, et parle en effet des croyantes, et non plus des seules épouses du prophète. Mais ce qui est très clair également, c’est qu’il est question de poitrine et d’atours (qu’on pourrait dévoiler en frappant des pieds), et non de chevelure. Par quel miracle d’interprétation est-on donc monté de quelques cinquante centimètres, alors qu’il eut été si simple que les musulmanes se couvrent la poitrine, comme toute une chacune ou presque ?

 

Mon esprit volontiers cartésien[1], je le reconnais volontiers, a donc tendance à se dire que ceux qui prétendent qu’il faut lire le Coran de manière littérale ne devraient avoir aucune raison de prôner le port du voile pour les musulmanes, puisqu’il s’agit là d’une interprétation éhontée de ce que le texte dit réellement.

 

Un abime vertigineux s’ouvre alors sous mes pieds : serait-ce donc en interprétant le Coran qu’on en vient à penser que toutes les femmes doivent se mettre un bout de tissu sur la tête ? Dans ce cas, en toute bonne logique, les fondamentalistes islamiques devraient s’opposer au port du voile, ou du moins s’en ficher comme de leurs premières babouches.

 

Admettons donc que, pour de mystérieuses raisons, certains « savants » musulmans aient estimé nécessaire, en cherchant à comprendre l’intention divine au-delà du texte littéral, que les musulmanes se couvrent désormais la tête. Par pudeur, nous disent-ils, pour ne pas qu’elles attirent les regards sur elles. Soit. Mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu raté : d’abord parce que les plus pudiques, selon les codes en question, sont précisément celles qui attirent le plus le regard, du moins dans nos contrées. Et c’est au point que si vous voulez, madame, qu’on vous regarde, le plus sûr moyen est sans conteste de revêtir une burqa : vous éclipserez aussitôt, je vous le garantis, toutes les bimbos au nombril à l’air.

Ensuite parce que je ne saisis pas bien comment ces femmes pénétrées de l’importance de ne pas attirer les regards sur elles concilient cette obligation avec le fait de manifester plusieurs jours de suite devant les écoles anversoises, comme elles l’ont fait la semaine dernière.

On me dira que je suis injuste, que discrétion ou pas, il est des moments où il faut défendre ses droits. Certes… Mais remarquez que ce n’est pas moi qui ai dit que la femme devait être discrète.

 

Bref, ceux qui refusent traditionnellement d’interpréter sont justement ceux qui recourent à l’interprétation pour faire du voile un prescrit coranique. Il faut donc nécessairement interpréter le Coran si l’on veut justifier le port du voile. Or, c’est justement ce que refusent qu’on fasse ceux qui considèrent le voile comme un prescrit coranique… Cherchez l’erreur.

 


[1] Du moins jusqu’au moment où Descartes réintroduit Dieu dans une démonstration jusque là rigoureuse, et prétend en démontrer l’existence…

Publié dans Laïcité - religions