Burqa : il est urgent de réaffirmer notre attachement aux principes démocratiques

Publié le par Nadia Geerts

Que ce soit dans les débats sur le voile (à l’école, au parlement), sur la burqa ou sur le burkini, toujours les débats se polarisent autour de la question de la liberté et de l’émancipation individuelles. Et certes, on peut considérer comme un progrès que des femmes qui auparavant étaient cloîtrées chez elles sortent désormais en rue, fut-ce en burqa. En vertu de ce prisme, s’opposer à la burqa revient à être d’emblée suspect de préférer des femmes cloîtrées et soumises à des femmes qui auraient trouvé des moyens qui leurs sont propres d’accéder progressivement à l’émancipation. Bref, nous serions, consciemment ou non, les empêcheurs de s’émanciper en rond, prisonniers du carcan de nos préjugés et autres valeurs dites occidentales.

Or, il me semble que cette interprétation centrée sur l’individu est à pour le moins insuffisante.

 

Tout d’abord parce que, si interdire la burqa au nom de la laïcité me paraît en effet un non-sens s’agissant d’un individu déambulant dans un lieu public, il ne me paraît en revanche pas dénué de bon sens d’exiger que toute personne y soit identifiable. Sous la burqa, ou sous un niqab parfois complété d’une paire de lunettes noires, comment reconnaître la maman d’un enfant venant le récupérer à la sortie de l’école, par exemple ? Ou plus largement, comment s’assurer qu’on a bien devant soi celle que la porteuse de burqa prétend être ?

Accepter un espace public dans lequel déambuleraient des fantômes inidentifiables, c’est saper le fondement même du vivre ensemble, qui fait du contact visuel, et plus largement du visage, un médium essentiel.

C’est donc d’un point de vue de sécurité, mais aussi de minimum minimorum du vivre ensemble, que l’on peut à bon droit interdire la burqa.

 

Faut-il pour cela créer une nouvelle loi, ou aurait-on dû, comme le disent certains, se borner à rappeler (comme l’ont fait certaines communes bruxelloises) ce très vieux règlement de police qui interdisait de se promener masqué en-dehors des périodes de carnaval ?

On peut en effet considérer que cette dernière manière de faire aurait suffi, et qu’interdire nommément la burqa équivaut, volontairement ou non, à « stigmatiser toute une communauté », leitmotiv ô combien à la mode.

 

Cependant, il y a une dimension de la burqa qui la rend foncièrement différente du masque de Mickey : La burqa, comme le rappelle Fiammetta Venner, « est un symbole de soutien à des régimes qui lapident, mutilent, discriminent »[1]. Peut-être ce soutien est-il inconscient, mais qu’importe. Est-ce que sous prétexte qu’un jeune énergumène se serait dessiné une croix gammée sur le bras sans savoir ce qu’elle signifie, il faudrait s’abstenir de lui rappeler que la vision de ce symbole nous est intolérable ?

Comment mieux exprimer aujourd’hui son rejet de la société occidentale, de la démocratie, des droits de l’homme, de l’égale dignité des hommes et des femmes, de l’Etat de droit et j’en passe, qu’en revêtant ce scandaleux sac de toile qui est, pour tant de femmes dans le monde, la condition sine qua non pour que leur présence soit tolérée (je dis bien tolérée, et non pleinement acceptée, comme un droit) dans les lieux publics ?

Comme l’écrivait Elisabeth Badinter dans son « Adresse à celles qui portent volontairement la burqa », « En vérité, vous utilisez les libertés démocratiques pour les retourner contre la démocratie. Subversion, provocation ou ignorance, le scandale est moins l'offense de votre rejet que la gifle que vous adressez à toutes vos soeurs opprimées qui elles, risquent la mort pour jouir enfin des libertés que vous méprisez. »[2]

 

De deux choses l’une donc :

Soit cette odieuse burqa est portée de manière volontaire, et elle signifie non seulement un rejet des principes fondateurs de notre société, mais encore une approbation, consciente ou non, de régimes qui ont transformé les femmes en sous-êtres (sans même parler ici du sort réservé aux homosexuels, par exemple), et nous avons le droit de dire que ce choix, d’une extrême violence symbolique, n’est pas compatible avec le vivre ensemble auquel nous sommes attachés.

Soit cette burqa est imposée à de malheureuses femmes qui sont ainsi enfermées en permanence, même dehors, d’une manière qui nie radicalement leur droit élémentaire à la dignité, à la liberté et à l’égalité, et nous devons à toute force les aider, par des moyens qui ne peuvent être que contraignants.

 

En n’oubliant jamais que ce combat oppose, non pas, comme d’aucuns aimeraient le faire croire, une culture à une autre, voire une hypothétique communauté à une autre, mais les démocrates soucieux de défendre les principes fondateurs de nos Etats de droit à ceux qui les haïssent pour les libertés qu’ils garantissent. La question, vue sous cet angle, n’est plus de savoir ce que nous, démocrates, sommes prêts à tolérer, mais auxquels de nos principes fondateurs eux, promoteurs de la burqa, et elles, adeptes de la burqa, sont réellement prêts à souscrire. 



[1] http://www.marieclaire.fr/,port-de-la-burqa-pour-ou-contre-en-france,20187,33541,2

[2] http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2009/07/27/elisabeth-badinter-s-exprime-sur-la-burqa.html

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