Voile : Les raisons d’interdire

Publié le par Nadia Geerts

Cet article a été publié sous forme de carte blanche dans La Libre Belgique du 15 septembre 2009.

La nouvelle est tombée vendredi : dorénavant, les signes religieux seront interdits dans toutes les écoles de la Communauté flamande, comme en a décidé le Conseil de l’Enseignement
[1].

 

Voilà une mesure de bon sens dont on souhaiterait que la Communauté française s’inspire. En effet, il serait temps que le monde politique francophone s’inspire des expériences vécues dans de nombreuses écoles, où la non-interdiction des signes religieux a débouché sur de graves difficultés : ce sont ces difficultés, et non une quelconque hostilité à la diversité, qui ont motivé tous ces chefs d’établissements : refus de serrer la main à un professeur masculin, d’être seule avec lui dans un local ou de participer aux cours de gym à Bruxelles 2 ; prosélytisme et pressions sur les filles non voilées à Anvers; refus de participer aux activités de théâtre ou de patinoire, refus de contrôle de la chevelure pour y détecter d’éventuels poux à Vauban ; refus enfin tout récemment, dans une école primaire de Dison, de laisser la fillette concernée fréquenter la piscine. Et ce ne sont là que quelques exemples.

 

N’en déduisons pas hâtivement que l’ensemble des musulmans de ce pays seraient hostiles à la mixité, et à l’ouverture sur le monde que l’école a pour mission de favoriser. La réalité est tout autre, et insuffisamment rappelée : dans l’immense majorité des cas, l’interdiction des signes religieux est bien acceptée par les élèves musulmans et leurs parents. Mais quelques activistes empoisonnent le débat, donnant simultanément l’impression fallacieuse qu’ils sont représentatifs de l’ensemble de la « communauté musulmane », et le sentiment que si nous ne cédons pas à leurs exigences, nous verrons bientôt fleurir quantité d’écoles islamiques. Or, l’exemple français montre bien, six ans après le vote d’une loi d’interdiction des signes religieux à l’école, que ces craintes ne se sont pas réalisées : l’enseignement confessionnel français compte à ce jour quatre écoles musulmanes[2]

 

Ce qui me paraît bien plus inquiétant aujourd’hui que ce spectre des écoles islamiques, c’est que l’on puisse discuter très sérieusement de savoir si des gamines de l’enseignement primaire ou maternelle peuvent ou non porter le voile à l’école. Les tenants de la liberté religieuse oseront-ils sérieusement prétendre qu’une fillette de cet âge pose un choix conscient en revêtant son voile ? Au lieu de nous tortiller pour déterminer si nous avons le droit d’interdire ce voile à l’école, ne devrions-nous pas opter sans hésitation pour la protection de l’enfant contre ceux qui la transforment avant l’heure en objet de désir à soustraire impérativement aux regards concupiscents des petits mâles ?

 

Une autre question me paraît devoir d’urgence être posée : comment expliquer qu’un prescrit qui n’apparaît nulle part de manière indiscutable dans le Coran soit devenu aujourd’hui, pour certains, l’alpha et l’oméga de l’islamité de la femme ? Quelle urgence y a-t-il à faire porter le voile à une adolescente ou à une fillette ?

Pour répondre à cette question, on ne peut faire l’économie de ceci: dans l’esprit de ceux qui bataillent aujourd’hui contre des règlements scolaires prétendument discriminatoires, le voile ne se réduit pas à un signe religieux, et encore moins à un « simple bout de tissu ». Il véhicule une conception bien précise de la femme (et parfois de la fillette) et de ses rapports avec l’autre sexe qui explique les dérives mentionnées ci-dessus : derrière le voile, ce sont l’assignation à une décence rigidement codifiée pour les filles, et le soupçon de lubricité pour les garçons, qui se profilent, mettant à mal le climat de confiance principielle qui devrait sous-tendre les relations humaines dans le cadre scolaire. Il véhicule également une conception du monde dans laquelle le religieux est premier, et le temporel second. L’exact contraire de ce qui constitue le fondement même de nos démocraties, et qui implique que les règles qui organisent le vivre ensemble sont des créations humaines, et non des préceptes divins.

 

Face à cela, il était urgent de rappeler que l’école est ouverte à tous, sans distinction d’origines, de condition sociale, de sexe ou de convictions, mais dans le respect par tous d’un ensemble de règles destinées à favoriser le vivre ensemble.

 

C’est ce que vient de faire le Conseil de l’enseignement de la Communauté flamande. Bientôt suivi en cela, je l’espère, par les autorités compétentes en matière d’enseignement en Communauté française, pour que la prochaine rentrée scolaire se déroule dans la sérénité. Nos écoles, nos élèves en ont bien besoin.

 



[1] Une exception est toutefois prévue pour les enseignants de matières philosophiques, et ce uniquement pendant les cours. De même, les élèves pourront également porter ces signes distinctifs durant ces cours.

 

[2] http://tom-goldschmidt.blogspot.com/2009/04/une-ruee-vers-les-ecoles-musulmanes.html

Publié dans Laïcité - religions