Neutralité de l'Etat, voile et aide sociale

Publié le par Nadia Geerts

Le CPAS de Wavre a refusé récemment d'auditionner une jeune femme candidate à l'aide sociale au motif qu'elle refusait d'enlever son voile. Le MRAX dénonce l'instrumentalisation de la neutralité de l'Etat "non pour protéger l'Etat et ses citoyens d'une immixtion du religieux dans les affaires publiques ou l'inverse, mais pour exprimer de plus en plus ouvertement le rejet de la femme musulmane qui a fait le choix de porter le foulard ". Le président du CPAS, quant à lui, se retranche derrière l'article 11 de la Constitution, lequel refuse  "toute différenciation ayant pour but direct ou indirect de placer l'un ou l'autre des deux sexes en situation de discrimination".

L'incident ne peut manquer de relancer la question de la neutralité du service public, et risque fort, hélas, de voir assimiler une fois encore laïcité et dogmatisme laïque. S'il ne me semble pas déraisonnable, en effet, d'exiger que les fonctionnaires de l'Etat soient  - ou du moins paraissent - neutres dans l'exercice de leurs fonctions, s'il me semble souhaitable de préserver les élèves mineur(e)s de toute mainmise prématurée de la religion, quelle qu'elle soit, sur leurs consciences en devenir, je ne vois pas en revanche au nom de quoi un service public pourrait s'arroger le droit de refuser un service à l'une de ses usagères, adulte de surcroît, qui porterait un signe d'appartenance religieuse, fût-il ostensible et perçu comme discriminant.
Car qui discrimine qui, dans ce cas-ci ? Est-ce la jeune femme voilée qui discrimine le président du CPAS en refusant d'ôter son voile, ou ce dernier qui la discrimine en lui refusant l'accès à l'aide sociale dès lors qu'elle est voilée ?

En matière philosophique et religieuse, quels sont les droits et devoirs de ceux qui représentent l'Etat (enseignants, assesseurs, juges, fonctionnaires communaux, etc.) ?
Au respect de quelles règles les usagers des services publics doivent-ils être soumis en la matière (étant entendu, par exemple, qu'il ne saurait être question pour un musulman de refuser à sa femme l'assistance d'un médecin masculin pour son accouchement ) ?
Quelle place pour les religions dans la sphère publique ? Et quid du cas particulier de l'école ? 

Autant de questions auquel il devient urgent de répondre, afin d'éviter, d'une part, une escalade de revendications motivées par l'appartenance religieuse, et d'autre part, une crispation extrémiste  laïque face au phénomène religieux dans son ensemble.

C'est d'ailleurs un cadre législatif clair, qui définisse une fois pour toute ce qu'est la neutralité, que semble appeler de ses voeux le président de CPAS Frédéric Janssens (MR), lorsqu'il déclare (Le Soir, 28 octobre 2006) "Nous avons notre conception de la neutralité dans le service public. Si le ministre devait prendre une circulaire avec un point de vue différent, je l'appliquerais".

Une manière de démontrer, par l'absurde, l'urgence de légiférer ?

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