Humaniser: avec ou sans l'évangile ?

Publié le par Nadia Geerts

Ouf ! Bruxelles-Toussaint 2006, cette grande entreprise d'évangélisation de la ville, c'est fini. Dès aujourd'hui, on peut à nouveau se promener sans crainte dans les rues de Bruxelles: personne ne viendra nous accoster pour nous parler de l'espérance qui l'habite. C'est en tout cas mon espérance à moi, misérable mécréante que n'a point encore touchée la grâce du Seigneur.

Outre l'espérance, me reste tout de même un certain agacement, je l'avoue. C'est que l'évêque de Bruxelles Jozef De Kesel et le cardinal Danneels ont présenté ces réjouissances comme s'inscrivant dans le cadre d'une "nécessaire humanisation" de la ville.

Humanisation ? Ai-je bien ouï ? Moi, je pensais benoîtement que la religion ouvrait à Dieu, à la transcencance, au sacré, aux anges, à l'enfer, à Saint-Pierre et ses clés et à tout le bazar, mais pas à l'homme.  Et puis, "humanisation", ça me fait quand même sacrément penser à "humanisme", ce mouvement de pensée qui depuis la Renaissance, veut faire de l'homme la mesure de toute chose, brandit la raison comme une arme contre l'obscurantisme religieux,  bref tente d'émanciper l'homme de l'emprise du religieux.

Apparemment, je me trompais. L'humanisation, maintenant, c'est l'Eglise catholique qui s'en charge. Les affaires marchaient-elles mal, le fond de commerce a-t-il été repris ? Quoi qu'il en soit, Bruxelles-Toussaint 2006 ne fait que suivre la voie de feu le PSC, qui nous avait déjà fait le coup. Par une machiavélique inversion de sens, désormais, les humanistes, ce sont les chrétiens. Merci Joëlle Milquet ! Et nous,  qui assumions sans peine d'être les "sans Dieu", voilà qu'on suggère que nous manquons aussi d'humanité. Regardez les villes sans Dieu, c'est affolant: elles sont déshumanisées; vite vite, prions pour leur réhumanisation, et au passage, envahissons la ville de gentils petits missionnaires chargés de mettre un peu d'humanité dans tout cela. Mais attention, hein: sans aucune arrogance ! Non, l'Eglise catholique moderne doit être "ouverte, présente, ni complexée, ni arrogante". Très humaine, en somme.

Bon, je crois que je vais aller faire un tour à l'église, moi. Je sens en moi un grand besoin d'humanisation. Mais toujours fort peu d'espérance.

 

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